AD RHODANI OSTIA SACR. ARAM
y» s* ii« M*
Jovi magno : Lucius Cornelim Balbm, patro Anatiliorum, ad Rhodani ostia saoravit aram (1 )*.
Cornélius Balbus était consul l'an de Rome 714, 40 ans avant Jésus-Christ; il était l'ami de César et de Pompée; il prit le parti de César et le suivit dans les Gaules ; cette inscription est dessinée dans le livre noir conservé aux archives de la -commune des Saintes-Mariés, qui a été composé en 1521 par Vincent Philipon d'Avignon. Est-elle l'œuvre d'un faussaire comme le prétend M. Desjardins (2), ou bien a-t-elle été seulement mal lue, mal interprétée^ comme le pense M. Faillon [3] ? Cet auteur, qui a tout intérêt à la croire authentique, car elle est une des justifications de sa légende, en conteste cependant l'interprétation, et il justiQe son opinion en donnant un fac-similé du monument lui-même, qui est indéchiffrable.
Ce fac-similé (puisque le marbre a disparu) quelle qu'eu soit l'interprétation, qu'il soit ou non le même que celui, dontlinterprétation est donnée par la Statistique, porte-t-il en lui-même des caractères qui puissent faire apprécier l'authenticité du monument? Voilà toute la question, à laquelle la science ou l'ignorance de l'interprète n'ont rien à voir; et si le monument est authentique et des premiers
(1) Siat., t. 2, p. 1126.
(2) Rh. et Dan., p. 20.
(3) Mon. inéd., t. !•', p. 1271 et 1286.
siècles de rërc, comme nous le croyons, il suffit à notre justification pour pronver que, là où il se trouvait, était, dans les premiers siècles, un établissement romain et a dû être très-certainement aussi la principale embouchure du Rhône. On chercherait vainement aujourd'hui ce livre noir atix archives des Saintes-Mariés ; il a été volé, ainsi que le livre ronge, qui est, dH-on, dans la bibtiolbèque d'un amateur d'Arles; il ne reste donc plus que le fac-similé de M. Faillon.
Nous donnons du reste cette inscription pour ce qu'elle vaut, sans y ajouter plus dimportance qu'elle n'en mérite, l'induction que nous tirons du texte de Plutarque et des considérations qu'on trouvera dans le cours de ce travail ayant pour nous une toute autre importance.
M. Desjardins soutient, au contraire, que le sol des Saintes^^Maries est de formation récente, qu'il date de six ou sept sièèles au plus (i), et qu'au IV* siècle le Rhône avait son embouchure aux Marquises (8).
11 n'entre pas dans notre sujet de traiter incidemment, à l'occasion du plus ou moins d'antiquité du sol des Saintes- Mariés, la théorie des atterrissements, sur laquelle se fonde M. Desjardins pour contester cette antiquité.
Nous ne pouvons pas cependant la laisser passer sans réponse, en ce qui concerne la question qui nous occupe.
Nous considérons la formation du delta de la Gatnafgtie comme la résultante de trois forces; l"" la mer soulevant et jetant à la côte les sables infériebrs et en formant des cor* dons littoraux ; ^ le Rhône comblant ses^estualres et recouvrant les sables marins d'une couche dé limon ; et Sf" les
(1) Rhône et Dan., p. 23.
(2) Aperçu /iw^^pl. IX.
soulèvements que ne peuvent ignorer ceux qui connaissent le bois delUeuge, iiot isolé au milieu du Valcarès « dont la végétation alpestre diffère essentiellement de celle de tous les autres terrains de la Camargue.
Ce soulèvement, en tout semblable, quoique eflleurantà PjBinelesol, à celui de Lansac, qui est 4e l'autre cdté du Rhône, dans le marais de Fos, paraît se rattacher à Sylvërèal et au Daradel, qui sont à l'ouest du petit Rhône.
Ces trois forces étant indépendantes les unes des autres, et soumises à des lois différentes, n'ont entre elles rien de commun et ne peuvent, par conséquent, obéir à la théorie des atterrissements soutenue par H. Desjardins, qui ne s'applique qu'aux dépôts limoneux du Rhône, et qui, de plus, est en contradiction avec tous les faits historiques que nous connaissons.
Ces preuves théoriques ne lui paraissant pas suflBsantes pour justifier son opinion, H. Desjardins a recours aux preuves historiques ; mais , récusant le testament de saint Césaire (54%) et les divers titres de 992, 1066, etc., etc., que nous citons au chapitre des deux légendes, il appuie son opinion sur un passage d'Anibert (f ), « d'après lequel « cet auteur arlésien reconnaît que les archives de la ville « d'Arles ne permettent pas de reporter l'origine des Saintesa Maries au-delà du XIII® siècle (2). » Or, nous le constatons à regret, M. Desjardins se trompe : Anibert ne parle ni du sol, m du village, ni même de l'église des Saintes- Mariés ; mais, ce qui est bien différent, de la Légende des Saintes-Mariés, et en cela nous sommes complètement de son avis, ainsi qu'on le verra aux citations que nous donnons de cet auteur.
(1) Rh, et Dm,, p. 23.
(2) Àrdberty rép. d'Arles^ t 2, p. 104 et 5, et t. 3, p. 421.
Anibert connaissdit trop bien son histoire d'Arles pour commettre une pareille énormité, digne tout au plus des traducteurs de Festus Avienus, qui, sur Tinterprétation erronée d'un texte incorrect, lui font trouver le Rhône à l'étang de Thau, au N.-O. de Cette, sans se demander par où aurait coulé le fleuve pour arriver jusque-là (4).
Pour soutenir sérieusement de pareilles fables et les rendre discutables, il faudrait tout au moins chercher à concilier les textes et expliquer comment Festus Avienus ayant vu, bu IV* siècle, le Rhône couler dans l'étang de Thau, M. Desjardins a pu le retrouver lui-même aux Marquises, en Camargue, précisément à la même époque. Nous n'insistons pas sur de pareilles erreurs, dont l'énoncé suffit pour les faire apprécier.
Si donc le Rhône débouchait aux Saintes-Mariés, on doit admettre que, pour se rendre à cette embouchure, il inclinait à l'ouest, à la brassière de la Cape, à 2 kilomètres environ au-dessous d'Arles^ par un lit nommé Rhône de Saint* Ferréol,qui a coulé jusqu'en 1140(2], dont on connaît encore les traces que nous indiquons sur notre plan , d'après M. Desjardins, et qu'il avait une embouchure commune avec le petit Rhône, aux Saintes-Mariés.
Dans cette hypothèse, la prise au Rhône des Fosses-Mariennes est tout bonnement impossible ; car alors la distance entre le point d'attache au Rhône et la mer, est telle, que le canal, manquant tout à fait de pente, devrait, pour tirer la plw grande partie du flenve^ être creusé à niveau plat, avoir des dimensions exagérées dont il serait resté des traces, et dépasser par conséquent les moyens d'action
(1) Aperçu hisi., p. 54.
(2) Aperçu hist., p. 68, pi. XXI.
d'uoe armée en campagne, ce cpii ne Tauraît pas empécbé de s'enyaser à la première crae, ainai que cela arri?e aox roubines de dérivation de tontes les feimes de la Camargue la pente dn Rhône, d'Arles à la mer, n'étant que de 4*7555, sur une longueur de près de 50 kilomètres.
En sera-t*ii autrement si la prise est à Champtercier, à 44 kilomètres au-dessous d'Arles, comme le propose H. Desjardins (4), ou môme encore plus bas sur le bord de la plage, comme le proposent les auteurs de la Stali* stique (2) ? Evidemment, non ! La situation sera exactemrat la même, ainsi qu'on le verra plus loin, et nous n'avons pas même besoin pour le prouver de nous appnyer sur aucun des arguments qui précèdent.
Mais, nous objecte-t-on, si les Fosses-Mariennes ne tirent pas leurs eaux du Rhéne, que devient alors le textesi précis de Plutarque ? Notre réponse est fort simple : Plutarque a pu commettre une erreur, mus il n'a pas pu dire une absurdité. Prendre le Rbéne pour la Durance, alors que les deux cours d'eau coulaient dans la môme vallée, dans la lAème direction, côte à côte, est une erreur parfaitement aec^[>table, et il serait étrange qu'il ne l'eût pas commise. Dériver, au contraire, dans un terrain bas, couvert d'eau, {mr un travail de main d'homme, la majeure partie des eaux du Rhône ,. qui débite moyennement au-dessous d'Arids SliSO mètres cubes à la seconde, soit pour la majeure, partie ou les deux tiers, 4720 mètres, au milieu des impôfisibitités de toute nature dont nous parlerons plus tard, est au contraire une absurdité dont Plutarque ne pouvait se rendre coupable, et dont il n'eût pas manqué de constater les difficultés si elle avait été tentée.
(1) Aperçu hist.y, p. 43.
(2) Statut. 2, p. 258.
Plutarqne aurait donc commis une erreur, en mettant là prise des Fosses^Mariennes au Rhdne, puisque nous te jugeons incapable de dire une absurdité. L'idée seule de dériver la majeure partie des eanx d'un fleuve comme le Rhône, pour alimentef un canal, prouve mieux encore que lotts les raisonnements l'erreur de Plutarque et de tous ses con^entateurs. On prend à ufi fleuve les eaux strictemrat nécessaires à l'alimentation d'un c^nal, comsue en le fsdt pour le canal Saint-Louis, maison ne dérive pas poui^ iseia la plus grande partie de ses eaux ; à moins que ce fleuve ne soit la Durance, dont le dÉbil est relativement peu considérable et qu'on n'ait besdm, oomme «'est iti le cas, de la majeure partie de ses eaux pour inonder la plaine et en faire une fosse acces^le aux navires de charge.
Enfin pour ei^Uquer la prise au Rhône des Fosses-Ma-' rieqnes, il ne suffit pas de tirer avec une équerre uneligùe plus ou moins longue, plus ou moins oblique, de Fos au Rhône. Il faut encore, si on veut suivre à la lettre le texte de Plutarque, ta*ouver sur les bords du fleuve le camp de Marias ; et c'est parce que tous nos prédécesseurs ont été arrêtés. par l'impossibilité absolue.de faire concorder les deux textes qu'ils ont, contre toute vraisemblance, conservé le camp de Marins à Fos, tte sachant où le placer sur les bords du fleuve.
Et c'est an contraire parce qu'il a voulu les appUquer tous deux que M. Deejardins a été coaduit à cette jnqualiflable allecnative de placer ce camp à Qiamptemer d'abord et ensuite à Arles, et qu'il pourra marne, s'âl le préfère, le placer encore plus haut, sans se rapprocher davantage de la vérité.
L'erreur de placer au Rhône la prise des Fosses-Ma-
rieDnes en amène une seconde bien pins grave encore au point de vne stratégique, quelle que soit la rive du fleuve sur laquelle on place le camp de Marius.
Si on le place sur la rive droite, celle par où doivent arriver les Barbares, on lui met le fleuve à dos : « Songez, • dit M. le maréchal Vaillant, au pont du Rhin par César, « aux ponts de Ttle de Lobeau, >ux ponts de Kowno sur « le Niémen, et à tant d'autres, et dites-vous que jamais < général ne campa sur la même rive que son ennemi, se « mettant à dos non pas un Rhône, mais même une rivière « de moindre importance (1). »
Si on le met sur la rive gauche, on lui fait commettre une faute bien plus grave encore. On campe en effet sur les bords d*un fleuve, lorsqu'un ennemi ayant à le traverser on veut lui en disputer le passage. Mais quand on veut au contraire 1 -attirer dans une direction qu*on a choisie soimême, sur des champs de bataille où on veut le battre (ce qui était le plan de Marius) , on ne se place pas alors sur les rives du fleuve, puisque cette manœuvre aurait pour résultat de faire chercher à l'ennemi un autre passage, mais aux environs, pour qu'il puisse librement le traverser, tandis qu'on est à distance convenable pour surveiller ses mouvements.
Si donc les Fosses-Mariennes ne pouvaient pas avoir leur prise au Rhône, si le camp de Marius ne pouvait être sur l'une ni sur l'autre rive de ce fleuve, c'est que nous sommes en présence d'une erreur historique qui rendrait inexplicable toute la suite des récits de Plutarque, si nous ne parvenions à la rectifier.
(1) Rh, et Dan., p. 27.
§111— ERNAGINUH (saint-gabrhl).
La plus mauvaise voie poar retrouver les Fosses-Mariennes, leur port et le dernier campement de Marins, c'est d'aller les demander à la plage de Fos« sur les bords de la mer.
C'est parce qu'ils ont pris cette route» qu'ils ont com mencé parla fin, que nos devanciers sont tombés dans les plus graves erreurs.
4u lieu donc de nous perdre avec eux à la poursuite d'un inconnu, pour faire ccHicorder des textes inconciliables, recherchons d'abord en quel lieu les Barbares ont traversé le Rhône ; la topographie nous dira ensuite où Marins a établi son camp, et comme c'est pour alimenter ce camp que le canal a été creusé, nous aurons du même coup et le port et les Fosses que nous cherchons.
Cette déduction naturelle et logique nous conduira plus sûrement à la vérité que le raisonnement inverse, car si Plutarque s'est trompé, si son texte a été tronqué ou altéré, les lieux n'ont pas changé depuis l'arrivée des Barbares.
Les Teutons et les Ambrons, quoique ayant pris leur route par les bCHrds de la mer de Gènes, ne pouvaient pas suivre constamment les bords de la côte: ils en étaient empêchés depuis Béziers jusqu'à Fos, par la région des marais et des étangs, et au delà jusqu'à Toulon par les montagnes, qui dans les deux cas en rendent les abords impossibles.
Us étaient donc obligés, pour trouver des chemins praticables autant que pour pourvoir à leur subsistance, de suivre les terres élevées, les grandes vallées, les pays ha-
bités et cultivés, surtout depuis les environs de Béziers jusques a Beaucaire, car ils ne pouvaient se jeter dans les immenses marais qui, d*Aigues-Mortes, de Saint-Gilles et de Beaucaire, s'étendent jusqu'à la mer.
Us arrivent donc en ligne droite de Nimes à Beauoaire, et cornue il leur est impossible de traverser le Bbdne plus bas que cette ville, et qu'ils n'ont aucun intérêt à remonter son cours pour le traverser plus haat> oooûime avait été forcé de le faire innibal^ puisque ce passage ne leur est pas disputé, ils le franchissent entre Beaaeaire et Tarascon, où probablement le Rhône se diîisait aiors eamme aujourd'hui en plusieurs branches.
Passé le Rh6ne, lès Barbares n'ont pas deu routes à suivre : iront-ils , par l'étroite chaussée du Trébon qui sépare le Rhône et les étangs « se jeter dans une impasse à l'extrémité de laquelle ils trouveront Arles, le narais du pont de Grau et le désert de ce nom? Ce serait une insigne folio, en admettant que ce chemin fàt praticable, ce qui est fort douteux, caria plaine était presque entièrement sous les eaux, et s'ils l'avaient commise, leur armée ne serait pas arrivée jusqu'à la. plaine de Fourrières !
Ils suivent donc simplement à l'est , droit devant eux, la belle plaine de Tarascon ; obliquant ensuite au sud sur Maillane où ils traversent la Fosse-Marienne, la troisième branche du Rhône» comme la nomment les historiens (1), ils vont reprendre parSatnt-Remy le pied nord des Alpines, la grande voie aurélienne que Marins avait probablement rattachée à son camp des deux côtés ds la montapne.
Cette route n'est pas seulement la meilleure, la plus sûre, la plus courte, mais la seule pour aller d'Espagne en
. (1) Artémidore^ eoo-Rh. et Dan.^ p.45, et Bouche^ t. 2, p . 424 .
Italie, celle que les Barbares ont suivie, car ils n'en pouvaient suivre d'autre ; et dans celte hypothèse, Marius, pour surveiller leurs mouvements, les précéder ou les suivre, n'avait pas à choisir ; son camp ne pouvait être que sur les flancs des Alpines, qui font face à Tarascon.
Mais trouverons-nous aussi aisément le port des Fosses- Mariennes qui alimentait ce camp ?
Sans aucun doute ; puisque l'un ne peut pas aller sans l'autre , le camp doit nous conduire inévitablement au port.
Un monument épigraphique, l'inscription de Fronton, depuis longtemps connue du monde savant, qui est incrustée dans le chœur de l'église de Saint-Gabriel, va nous mettre sur sa trace.
M. FRONTONI EVPORI
Iiiiil. VIR AUG. COL. JVLIA
' ' AVG. AQVIS. SBXTIS. NAVIGVLAR.
MAR. ARBL. CVRAT. EIV8D. CORP.
PATRONO NAVTAR. DRVBN-
TIGORVM ET VTRIGVLATRIOR.
CORP. ERNAGINENSIVM
JVLIA NICE VXOR
CONIVGI GARI8SIM0
qui doit se lire ainsi :
a Marco Frontoni Eupori Seviro Augustali Goloniae- « Julise-Augustse Sexti» Naviculario Marino Arelat, curait ton ejusdem corporis patrono nautorum druenticorum, (( et utriculariorum corpôratorum Ernaginensium, Julia a Nice uxor conjugi carissimo (1), » que nous traduisons : « A Marcus Fronton Eupor, sévir Augustal de la Colonie
(1) Stat., 22, p. 452 et Aperçu hist., p. 28.
Julia^Augustâ d'Aix, curateur de la marine de charge d'Arles, patron des marmierz de$ Durance$ (1) et des corporatiom d'utriculaires dErnaginum.
L'existence de ce monument à Saint-Gabriel prouve que Fronton y avait sa résidence* qu'il y exerçait ses fonctions de curateur, que c'était bien là un port, qu'on est enfin en présence d'une épigraphe avec laquelle l'histoire elle* même doit compter; et si en dehors de ce monument irrécusable nous prouvons que Marius avait son camp à Er* naginum, que toute la plaine comprise entre Saint-Gabriel et Fos était déjà sous les eaux , qu'avec une simple dérivation de la Durance» qui a existé et qui existe encorOt on pouvait, comme on pourrait encore aujourd'hui, redonner dans trois jours à Fronton l'exercice de toutes ses fonctions de curateur de la marine et de patron des bateliers et des utriculaires, on reconnaîtra sans peine qu'Ernaginum a pu être, a été le port des Fosses-Mariennes, que son enfoncement même à 60 kilomètres dans Tintérieur des terres était une cause de préférence pour Marius, puisqu'il le rapprochait d'autant de sa base d'opérations.
Fronton était donc en même temps curateur de la marine de charge d'Arles, patron des bateliers (des étangs) et des utriculaires des Durances.
La marine de charge d'Arles, c'étaient les navicularii, les navires de mer qui allaient de Marseille à Ernaginum.
Les nautonniers des Durances étaient ceux qui naviguaient depuis Ërnaginum jusqu'à Fos, dans les immenses étangs des désuviates dont Memmorius était le
(1) Nous disons des Durances parce que cette interprétation exprime mieux notre pensée que Duranciers, que nous savons être la traduction littérale de l'adjectif druewttcorum.
cornes Ripœ et qui portaient pour signe distinctif la tessère de plomb percée d'un trou sur laquelle on voyait en relief l'image de Neptune armé du trident, portant un dauphin, ayant le pied sur une proue de navire dans le champ de laquelle on lit : Fo$sa Tessère trouvée à TrinquetaUle (1).
C'étaient encore ceux qui, à Ernaginum même, étaient chargés de faire traverser aux passagers dans leurs bateaux la branche de la Durance qui alimentait les Fosses.
Quant aux utriculaires dont on trouve de nombreux tombeaux à Saint-Gabriel, à CavaîUon, à Pertuis et sur tous les bords des fleuves et des rivières, c'étaient les bateliers de la Durance supérieure, de Saint-Gabriel à Gavaillon et à Pertuis, qui faisaient les transports des marchandises au moyen de bateaux posés sur des outres, afin de diminuer leur tirant d'eau.
On pouvait croire jadis, comme le croit encore M. Desjardins (SI) , « que les utriculaires étaient des espèces de « tonneliers, des fabricants d'outrés pour le transport des <c huiles et des vins » ; mais on se ferait une fausse idée de l'importance de la culture de la vigne et de l'olivier, ainsi que des relations commerciales de ces peuplades à une époque aussi reculée, puisque Arles n'existait pas encore (3) et cette erreur même n'est plus permise depuis la découverte de la tessère des utriculaires de Gavaillon décrite par Galvet . a Ges utriculaires, dit-il, se servaient de véritables outres, dont ils faisaient des barques, des ponts : le mémoire < de M. Galvet mentionne de nombreuses inscriptions
(4) Millin, t. 4, p. 28 et pi. LXXII.
(2) Rh. et Dan., ^,iS.
(3) Au dire de M. Desjardins. .
soulèvements qoe ne peuvent ignorer ceux qui connaissetit le bois delUeuge, ilôt isolé au milieu du Valcarès , dont la végétation alpestre diffère essentiellement de celle de tous les autres terrains de la Camargue.
Ce soulèvement, en tout semblable, quoique efiteurant à peine le sol, à celui de Lansac, qui est -de l'autre cMé du Rhône, dans le marais de Fos, parait se rattacher à Sylvéréal et au Daradel, qui sont à Touest du petit Rhône.
Ces trois forces étant indépendantes les unes des autres, et soumises à des lois différentes, n'ont entre elles rien de commun et ne peuvent, par conséquent, obéir à la théorie des atterrissements soutenue par H. Desjardins, qui ne s'applique qu'aux dépôts limoneux du Rhône, et qui, de plus, est en contradiction avec tous les faits historiques que nous connaissons.
Ces preuves théoriques ne lui paraissant pas sufiSsantes pour justifier son opinion, H. Desjardins a recours aux preuves historiques ; mais , récusant le testament de saint Césaire (54%) et les divers titres de 992, 1066, etc., etc., que nous citons au chapitre des deux légendes, il appuie son opinion sur un passage d'Anibert (f ), « d'après lequel « cet auteur arlésien reconnaît que les archives de la ville « d'Arlesne permettent pas de reporter Torigine des Saintesa Maries au-delà du XIII® siècle (S). » Or, nous le constatons à regret, M. Desjardins se trompe : Anibert ne parle ni du sol, ni du village, ni même de l'église des Saintes- Mariés; mais, ce qui est bien différent, de la Légende de% Sainteg'Maries, et en cela nous sommes complètement de son avis, ainsi qu'on le verra aux citations que nous donnons de cet auteur.
(1) Rh. et Dan., p. 23.
(2) Àrdbertj rép. d'Arles, t 2, p. 104 et 5, et t. 3, p. 421.
Anibert cooDaissait trop bien son histoire d'Arles pour commettre nne pareille énormité, digne tout au plus des traducteurs de Festus Avienus, qui, sur l'interprétation erronée d'un texte incorrect, lui font trouver le Rhône à l'étang de Thau, au N.-O. de Cette, sans se demander par où aurait coulé le fleuve pour arriver jusque-là (4).
Pour soutenir sérieusement de pareilles fables et les rendre discutables, il faudrait tout au moins chercher à concilier les textes et expliquer comment Festus Avienns ayant vu, au IV* siècle, le Rhône couler dans l'étang de Thau, M. Desjardins a pu le retrouver lui-même aux Marquises, en Camargue, précisément à la même époque. Nous n'insistons pas sur de pareilles erreurs, dont l'énoncé suffit pour les faire apprécier.
Si donc le Rhône débouchait aux Saintes-Mariés, on doit admettre que, pour se rendre à celte embouchure, il inclinait à l'ouest, à la brassière de la Cape, à 2 kilomètres environ au-dessous d'Arles, par un lit nommé Rhône de Saint* Ferréol, qui a coulé jusqu'en 1140 (S), dont on connaît encore les traces que nous indiquons sur notre plan, d'après M. Desjardins, et qu'il avait une embouchure commune avec le petit Rhône, aux Saintes-Mariés.
Dans cette hypothèse, la prise au Rhône des Fosses-Mariennes est tout bonnement impossible ; car alors la distance entre le point d'attache au Rhône et la mer, est telle, que le canal, manquant tout à fait de pente, devrait, pour tirer la plus grande partie du fleuve, être creusé à niveau plat, avoir des dimensions exagérées dont il serait resté des traces, et dépasser par conséquent les moyens d'action
(1) Aperçu hist., p. 54.
(2) Aperçu hist., p. 68, pi. XXI.
soulèvements qae ne peuvent ignorer ceux qui connaissent le bois deRieuge, îlot isolé au milieu du Yalcarès . dont la végétation alpestre diffère essentiellement de celle de tous les autres terrains de la Camargue.
Ce soulèvement, en tout semblable, quoique efflenra&f à peine le sol, à celui de Lansac, qui est 4e l'autre c6té du Rhône, dans le marais de Fos, parait se rattacher à Sylvoréal et au Daradel, qui sont à l'ouest du petit Rhône.
Ces trois forces étant indépendantes les unes des autres. et soumises à des lois différentes, n'ont entre elles rien de commun et ne peuvent, par conséquent, obéir à la théorie des atterrissements soutenue par H. Desjardins, qui ne s'applique qu'aux dépôts limoneux du Rhône, et qui, de plus, est en contradiction avec tous les faits historiques que nous connaissons.
Ces preuves théoriques ne lui paraissant pas suffisantes pour justifier son opinion, M. Desjardins a recours aux preuves historiques ; mais , récusant le testament de saint Césaire (542) et les divers titres de99SI, 4066, etc., etc., que nous citons au chapitre des deux légendes, il appuie son opinion sur un passage d'Anibert (1), «^ d'après lequel « cet auteur arlésien reconnaît que les archives de la ville « d'Arles ne permettent pas de reporter l'origine des Saintesa Maries au-delà du XIII^siècle(2). » Or, nous le constatons à regret, M. Desjardins se trompe : Anibert ne parle ni du sol, ni du village, ni même de l'église des Saintes- Mariés; mais, ce qui est bien différent, de la Légende des Saintes-Mariés, et en cela nous sommes complètement de son avis, ainsi qu'on le verra aux citations que nous donnons de cet auteur.
(1) Rh, et Dan., p. 23.
(2) Àmberty rép. d'Arles, t 2, p. 104 et 5, et t. 3, p. 421.
Anibert connaissait trop bien son histoire d'Arles pour commettre une pareille énormité, digne tout an plus des traducteurs de Festus Avienus, qui, sur l'interprétation erronée d'un texte incorrect, lui font trouver le Rhône à l'étang de Thau, au N.-O. de Cette, sans se demander par où aurait coulé le fleuve pour arriver jusque-là (1).
Pour soutenir sérieusement de pareilles fables et les rendre discutables, il faudrait tout au moins chercher è concilier les textes et expliquer comment Festus Avienus ayant vu, au lY* siècle, le Rhône couler dans l'étang de Thau, H. Desjardins a pu le retrouver lui-même aux Marquises, en Camargue, précisément à la même époque. Nous n'insistons pas sur de pareilles erreurs, dont l'énoncé suffit pour les faire apprécier.
Si donc le Rhône débouchait aux Saintes-Mariés» on doit admettre que, pour se rendre à celte embouchure, il inclinait à l'ouest, h la brassière de la Cape, à 2 kilomètres environ au-dessous d'Arles, par un lit nommé Rhône de Sainte Ferréol, qui a coulé jusqu'en 4 4 40 (S), dont on connaît encore les traces que nous indiquons sur notre plan, d'après M. Desjardins, et qu'il avait une embouchure commune avec le petit Rhône, aux Saintes-Mariés.
Dans cette hypothèse, la prise au Rhône des Fosses-Mariennes est tout bonnement impossible ; car alors la distance entre le point d'attache au Rhône et la mer, est telle, que le canal, manquant tout à fait de pente, devrait, pour tirer la plu$ grande partie du fleuve, être creusé à niveau plat, avoir des dimensions exagérées dont il seraitresté des traces, et. dépasser par conséquent les moyens d'action
(1) Aperçu hisi., p. 54.
(2) Aperçu fUst., p. 68, pi. XXI.
Trébon impraticables, et tout travail dans la plaine de Fos impossible ?
M. Desjardins a donc corroboré le meilleur de nos arguments en croyant le combattre, et nous n'aurions qu'à le remercier de son'concoui;s, s'il nous l'avait donné avec plus de convenance.
A présent que nous connaissons par le monument de Fronton le port où aboutissaient les Fosses-Mariennes, il ne nous sera pas di£Bcile de connaître ce qu'étaient ces Fosses, remplacement qu'elles occupaient, à quel fleuve elles avaient leur prise, et en quel lieu était leur embouchure.
§ m. - ERREURS ANCIENNES ET MODERNES