DISTANCE
Aval.
Ainsi la pente totale depuis Eyragues, le sommet du marais, jusqu'à la mer sur une longueur de 80 kilomètres,
n'est que de 13,17
Elle n'est plus que de 7,60
à Saint-Remy, sur une longueur de 75 kilomèt.
Elle n'est plus enfin que de 3,70
à Saint-Gabriel, sur une dislance de 60 kilomèt.
a Les étangs et les marais qui sont aux environs a d'Arles formaient anciennement un seul amas d'eau
« qui était navigable et poissonneux vers le milieu du • onzième siècle (4 ) . »
Toute la plaine était, jusqu'au XIIP siècle, une immense fosse dont les eaux débouchaient à la mer par un des graus de la plage, entre Fos et Tembouchure du Rhône, et la fosse reprend cet ancien état chaque fois qu'une pluie dilu* vienne rompt ou submerge les digues du Vigueirat [canal qui sert à l'écoulement de la plaine) , ce qui est très-fréquent, ou, ce qui est plus rare, lorsqu'une inondation du Rhône ou de la Durance vient la couvrir de ses eaux.
La plaine de Fos à Ernaginum était donc bien la Fos$a à laquelle Marius donna son nom en la rendant plus complètement navigable par une introduction nouvelle des eaux du Rhône.
Ces prémisses établis, revenons a l'inscription de Fronton.
Comment se fait-il, que le curateur de la marine d'Arles en résidence à Ernaginum, soit en même temps le patron des utriculaires des Durances ? Pourquoi des Durances, il y en a donc plusieurs? Et puis, quel rapport entre Ernaginum et les Durances?
De nombreux documents historiques vont nous l'expliquer.
Les Fosses-Mariennes portent aussi le nom de canal des Lonnesou Duransole (SI).
Or, qu'est-ce que ce canal ou fossé des Lonnes ou Duransole ? où est-il situé ?
Le canal des Lonnes ou Duransole était une dérivation de la Durance partant du territoire de Cbateaurenard ,
(1) Stat.y t. 2, p. 491, tiré de Papon, t. 2, à la fin du vol.. charte 9
(2) Aperçu hist.^ Des., p. 65.
arrivant près de Laurade, nous disent les nombreux documents que nous allons citer ; de la, deux Durances, une, coulant par le lit actuel Tautre par le canal des Lonnes. Ce n'était pas \k la fosse dont nous venons de parier, mais bien la Fosse-Marienne, le canal, la tranchée que Marins fit caver pour détourner une bonne partie de la rivière et la tirer jusqu'à la mer.
Il n'y a qu'une seule difficulté à cette solution , c'est qu'elle suppose une erreur dans le texte : Plutarque aurait pris le Rhône pour la Durance ; erreur facile à expliquer, car la Durance est \h si près de son confluent qu'on peut facilement les confondre.
Il faudra bien, du reste, en prendre son parti, si, avec cette variante, nous parvenons à reconstituer les Fosses- Mariennes, car l'épigraphie doit confirmer l'histoireou la redresser, lorsqu'elle se trompe de lieu, de date ou de nom.
Consultons d'abord les géographes et les historiens anciens sur cette erreur de Plutarque, et voyons s'ils ne vont pas eux-mêmes la rectifier.
Strabon parle des Fosses-Mariennes, « formantune nou- « velle embouchure du Rhône, mais libre et ferme, soit a pour descendre le fleuve, soit pour le remonter, et propre (( par là à assurer le ravitaillement de l'armée de Marins. »
Ce qui signifie que l'embouchure de ces fosses était toujours praticable, parce qu'elle n'était pas encombrée par les vases et par le sable, comme l'est celle du Rhône ; cette disposition des lieux ne peut donc s'entendre que des eaux venant de la Durance , passant par les marais, et découlant à la mer par le Galéjon.
a Le nouveau traducteur de Pline (1) prétend que « le
(1) HisUnre naturelle, Paris 1771, t. 2, p. 66.
« caniil des Fosses-Mariennes n'avait aucune communier cation avec le Rhône, et qu'il fut creusé à 3,000 pas en- 9 viron du bord oriental du fleuve, depuis la mer jusqu'à <k la Durance.
« Vitra y fossœ ex Rhodano centum passibus, Marti a opère et nomine insignes, c'est'h'dive, diXiAélh, on ren- 9 contre les canaux creusés hors du Rhône (i) . »
Ce qui fait dire à Solin (2) : « Caïm Marins bello dm- « brico,factis manufossis, invitavit mare : perniciosavnque « ferventis Rhodani navigationem temperavit (3) , » que nous traduisons par :
(( Marins, dans la guerre cimbrique, ayant creusé de « main d'homme des fosses, il invita la mer à venir jusqu'à « elles, et surmonta ainsi la navigation du Rhône bouil- « lonnant. »
Le nouveau traducteur de Pline ajoute :
« Au moyen de l'autre direction qui tire de l'occident à « l'orient, l'espace d'environ trois milles, cette fosse com- « munique avec un petit bras de la Durance , qui sert à (( la remplir ; au reste, pour exécuter cette grande opéra- « tion , Marins ne fit peut-être autre chose que de faire « conspirer ensemble, par quelques tranchées, plusieurs « mares et plusieurs étangs, tels que ceux que Pline a « remarqués être très-fréquents vers cette côte ; cela fait, f il aura donné communication, d'une part, avec la Du- « rance, et de l'autre avec la mer.
a Observons que ces fosses ne touchaient point au Rhône, « ni à ses embouchures, comme on se l'est figuré, mais
(1) Papon, t. i", p. 350, aux notes.
(2) De situ orbis Amstelodamij 1577, ch. 2, p. 17.
(3) Pline, iHd., p. 67.
« (luau contraire elles étaient hors du Rhône et au-delà « de ses embouchures ; car, immédiatement après avoir « parlé du Rhône fin ostia RhodaniJ, il dit, ultra, fossœ ex a RhodanOy c'est-à-dîre, au-delà de cette embouchure, les « fosses sont construites hors du Rhône (1), » insigne stagnumy formant un étang considérable.
Rien de plus clair que cette interprétation du texte de Pline ; c'est bien de la Durance, et non du Rhône, que les Posses-Mariennes tirent leurs eaux.
Les deux stations de Ptolémée ApuevT{ou <tij|ji^oX^ etxatvoû èxpoXoi ou xaiv6v TroTajjLiv, Car OU trouvo les dcux versions, qui sont séparées par MapiTiixa, Tout été, croyons-nous, par une erreur des copistes ou des commentateurs, et doivent n'en former qu'une seule, qui serait xatviv 7ïOTa(xov ou xatvou éx^oXal ex vficr to'j ApuevTtou (TV(jLpoXiii<;, c'est-à-dire : nouveau fleuve dérivé du confluent de la Durance.
L'interprétation que nous proposons explique , et le nouveau fleuve qu'on ne sait où placer après Maritima, et le fleuve Cœnus, dérivé sans doute du grec xoivJ^v, ou du latin cœno (2), quoique ces deux mots n'aient entre eux aucune analogie, et que la Statistique, pi. X, fait couler à Saint-Chamas, dans le lit de la Touloubre.
Elle explique, pourquoi le confluent de la Durance se trouve après les embouchures du Rhône, quand cette station , s'il n'y avait pas erreur, serait bien mieux placée après Emaginum, après Tarascon.
Elle explique enfin ce nom lui-même de nouveau
(1) Ibid., p. 68. — Le père Lubin, Tables géographiques.
(2) Et enim in ostiis Bhodani recursus maris lïmum multum congerebat armoque profundo cœno, etc., etc. Plutarque Marius, chap. XV. Trad. de Ricard,
fleuve, qui lui est donné parce que la rivière de Durance aurait été nouvellement convertie en fleuve, au moven de la dérivation pratiquée par Marias.
Ainsi, d'après notre version, Ptoiémëe aurait rectifié le texte de Plutarque, mais son texte à lui aurait, à son tour, été plus tard falsifié, pour donner raison à interprétation fautive qui avait prévalu.
Pomponius-Méla dit, à son tour : Inter Massiliam et Rhodanum Marilima Avaticorum stagno assidet. Fozta Mariana partent ejm amnis navigabili alveo effundit. Alioquin Httm ignobile et lapideum, etc. (1], que nous traduisons par : Entre Marseille et le Rhône, est assise, sur un étang, Maritima des Avaticiens; la Fosse-Marienne verse une partie de ce fleuve dans une longue fosse navigable; d'autre part, la terre qu'il baigne de ses eaux, littu$, (son rivage) est stérile et couverte de pierres.
Or, comme entre Marseille et le Rhône, îl n'y a que la Durance dont les eaux puissent former une fosse navigable et longer un rivage stérile , la Grau , il faut en conclure que Pomponius-Méla a implicitement reconnu, comme Ptolémée, que les eaux du nouveau fleuve viennent de la Durance et non du Rhône, qui n'a jamais côtoyé la Grau.
L'épitaphe d'un sarcophage d'Arles, bien connu du monde savant, de Flavius-Mamorius , Cornes ripœ , et qu'à la série de ses titres et à la mention du corps des Joviens , on croit pouvoir attribuer au lY^ siècle (S) , fait supposer qu'il était le Cornes ripœ des Fosses-Mariennes.
Millin (3) suppose qu'il s'agissait du Tibre. Papon et
(1) Pomponius-Méla^ par Solini, 1577. — De situ orbisUv.^ II, p. 29.
(2) Inscrip. chr, de Le Blaut, t. 2, p. 244.
Maffey ont pensé qu'il s'agissait du Rhône. M. Boecking fait observer avec raison « que le vague de l'expression ne « permet point de présenter comme certaine une semblable « attribution (4).» Nous partageons cette dernière opinion, et nous pensons que si le mot de ripœ s'appliquait aux rives du Rhône ou de tout autre fleuve, Tépitaphe n'aurait pas manqué de le dire, comme le disent les vers d'Apollinaire, qui définissent les fonctions de Cornes ripœ (2) . Le vague de cette expression nous conduit donc à l'interpréter, comme Ducange(3), par summam fossœ oram, et à attribuer à l'immense pourtour des Fosses-Mariennes plutôt qu'aux rives du Rhône les fonctions de Cornes ripœ.
Il résulterait de cette interprétation que les Fosses- Mariennes étaient autres que le Rhône, et qu'elles avaient toute l'importance que nous leur attribuons, puisqu'un Cornes ripœ était spécialement chargé de leur surveillance.
Festus-Avienus, dans son Ora Maritima, prend aussi, comme beaucoup d'autres auteurs, les Fosses-Mariennes pour une troisième branche du Rhône; et M. de Saulcy, son interprète (4), commettant la même erreur, applique a la Camargue le Ir^erit semel dehin,c in vastam paludem et le stagnum grave, épithètes qui ne peuvent littéralement s'appliquer qu'à l'immense marais de 80 kil. de long, sur 6, 8 et même 4SI kil. de lai^e , que formait l'amas d'eau
(1) Leblant. Irucrip, chr,y ibid.
(2) Sid. ApolL, Carmen Paneg. Ânthemii, v. 199 à 201.
a Gomitis sub Jure accepto
« Danubii ripas . et tractum limitis ampli « Circuit, hortatur, disponit, discutit, armât. » Voir aussi Dodwel, Disseriatio di riva striqu,, p. 242 ; Leblant, ilnd, p. 224 ; Lazius, liv. !•', cap. 2. «6., v. H, p. 29.
(3) Ducange. Paris 1845.
(4) Reviie archéologique ^ 1867, t. 15, p. 94 et 1»5. — FancUoucke, traduction de Despois et Saviat.
-sodés Fosses, et dod à la Camargue, couverte d'étangs et de plages arides, qui n'a jamais eu que de fort minimes surfaces de marais proprement dits.
Mais cette erreur est reconnue par la rectification que propose M. deSaulcy, et qui placerait les Gavares sur le bord de ce troisième lit du Rhône.
Les Gavares étaient, en effet; riverains de la Durance et des Fosses-Mariennes, telles que nous les avons décrites, a Gavaillon était leur chef-lieu (1), mais elles occupaient, a en deçà de la rivière, ce que nous appelons le bassin « de Saint-Remy, c'est-à-dire tout le pays qui est situé « entre les Alpines et la Durance (S) jusques à Tarascon (3). »
La tessère de Trinquetaille déjà citée, portant au revers le mot Foêsa (4], prouve implicitement que les Fosses-Mariennes étaient autres qu'une dérivation du Rhône ; que c'était une navigation à part et ayant une certaine importance, puisqu'elle avait un corps spécial de bateliers qui n'avaient aucun rapport avec ceux du fleuve.
Wesseling s'exprime en termes non moins explicites : a Dv>xit ha$ Fossas Marins ex Rhodano per campum lapi- « deum (la Cvdi\x)U8qm ad oppidum, a fo$sis, dictum Fo$ (5).
Il n'y a que la Durance qui ait coulé et pu couler sur les bords de la Grau. Wesseling, comme tous les autres, confesse donc lui-même son erreur et confirme notre dire.
Seguin, dans ses Antiquités d'Arles, dit que l'inscription de Fronton, qu'il cite, prouve « que la mer arrivait jusqu'à
(1) Gabellio cavarum.
(2) Stca., t. 2, p. 200.
(3) Tarasco urbs antiqua in finibus Cavarum; Acta Sanctorum 29 juill. de Sonda Martha virgo .
(4) Mmin, t. 4, p. 28 et pi. LXXII.
« Saint-Gabriel ; que la mer était aux environs d'Arles ; a qu'Arles était construite entre une rivière et la mer (1). » Ce qui prouve que ce vieux souvenir subsistait encore , puisqu'il était recueilli comme une antique tradition.
L'historien Bouche, quelque éloigné qu'il paraisse de la réaUté , s'en rapproche pourtant beaucoup dans ses conclusions :
« LeGaléjon, dit-il, serait un des vestiges des Fosses* <x Mariennes, et celui qui a pris à tâche de dessécher les « grands étangs qui sont à l'entour de la ville d'Arles et de « Tarascon , ne s'est point servi d'autre secret que d'en a conduire les eaux de ces étangs dans le Galéjon et de a celui-ci dans la mer ; si bien qu'on voyait les barques a aller d'Arles à Fos et même au Rhône (S).
Le même historien Bouche (3), tous les commentateurs avec lui et M. Desjardins lui-même (4) reconnaissent que c'est par erreur que le nouveau fleuve dont parle Ptolémée est placé après Maritima; car où coulerait-il? Il n'y a plus que des montagnes escarpées entre Maritima et Marseille ! Il faut donc le placer avant cette dernière station, a C'est, « dit-il, cette nouvelle fosse par laquelle un nouveau fleuve dégorge dans la mer. » Rien de plus explicite que cette déclaration, à moins que, fermant les yeux à l'évidence, on ne veuille, comme quelques auteurs et comme Bouche luimême le propose , retrouver ce fleuve nouveau dans le ruisseau de la Touloubre, dans celui du Lar, dans celui dArenc et même dans celui de l'Huveaune.
(1) Seguin^ p. 2, 3 6t 4, etStat, t. 2,p. 1051.
(2) Hi8t. de Prov., t. !•', p. 164et 166.
(3) Ibid.
(4) Aperçu fUst., p. 30, aux notes.
8i la version que nous proposons n'était pas la seule vraie, si les eaux du nouveau fleuve n'étaient pas dérivées de la Durance, mais du Rhône, Ptolémée et tous les commentateurs avec lui, au lieu de lui donner ce nom de fleuve nouveau, auraient trouvé plus simple et plus naturel de dire : la troisième embouchure, la principale embouchure du Rhône , puisque, débitant Id plm grande partie des eaux de ce fleuve, elle aurait été en réalité la principale, la plus importante des trois.
Il faut donc reconnaître, que le nouveau fleuve, puisqu'il n'est pas une troisième embouchure, la principale embouchure du Rhône , ne peut venir que du confluent de la Durance.
Ptolémée, le nouveau traducteur de Pline, et Pline luimême. Bouche et M. Desjardins, quoique aussi explicites que Piutarque , nous permettent donc de le rectifier et d'affirmer que c'est de la Durance et non du Rhône que Marins tira les eaux pour former les Fosses-Mariennes.
Cette opinion est pareillement justifiée par tous les documents fournis par la Statistique que nous allons citer, et par l'état des lieux, confirmant tous l'existence du canal des Lonnes, qui est un fait historique incontestable, incontesté, et que M. Desjardins est forcé lui-même de reconnaître (1).
Si donc, une portion de la Durance coulait dans la plaine par Laurade et Saint-Gabriel, il fallait bien que ces eaux eussent une issue quelconque ! Or, cette issue naturelle n'était, ne pouvait être que le thalweg de la plaine, débouchant à la mer, comme nous le voyons à toutes les inondations, par l'étang du Galéjon.
(1) Rh. et Dan., p. 20.
Et ce cours d'eau lui-même, ne pouvait être que les Fosses-Mariennes, le xaivàv iwTajjLiv, le fleuve nouvellement dérivé du confluent de la Durance,le Cœnus des historiens
modernes.
Les savants auteurs de la Statistique du département signalent en effet, dans leurs immenses recherches , de nombreux documents sur le canal qui amenait les eaui à Saint-Gabriel , et sur cette navigation intérieure ; mais, faute de coordination, ces matériaui ne servaient jusqu'à ce jour qu'à jeter une confusion inexplicable sur une question que nous allons essayer de rendre fort claire, parce que, après l'avoir signalée les premiers, ils en confondaient ou en oubliaient l'origine, le canal des Lonnes, qu'ils ont cependant tracé sur la carte des Gaules, pi. IX.
Rétablissons-le, et toutes leurs erreurs vont se dissiper, et nous rétablissons du même coup la navigation entre Portus, Pertuis, Cabellio, Cavaillon, les grands marchés à blé créés par les Marseillais pour seconder les desseins de Marins, avec Ërnaginum, par le moyen des utriculaires des Durances qui y venaient, dit Strabon, par l'ancien canal nommé le Louérion (1).
Ce qui les jetait dans cette confusion, c'est qu'ils confondaient à tout propos le canal des Lonnes : 1"" avec une ancienne prise du canal de Cabannes, située à Orgon, au quartier de Mounsaouvi qui est taillée dans le roc au ciseau, lorsqu'on trouve dans le même ouvrage (2) que cette prise fut autorisée par la communauté d'Orgon en 1Si34, et qu'elle fut ensuite vendue au seigneur de Saint-Andiol en 1654 (3), et t^ avec le Louérion qui était l'aqueduc
(1) Siat., t.2, p. 234 et 35.
(2) Ihid , p. 1110.
(3) /Wd.,R. 1102 et 1103.
romaiD partant de MoUégës , passant à Glanum , Ernaginum et aboutissant à Arles.
Cette explication va nous faire comprendre les nombreuses citations que nous puisons à ce savant répertoire.
<v Plus tard, laDurance prit, par l'effet des galets et a autres alluvions qu'elle déposa, le cours qu'elle a au- (( jourd'bui , et ne laissa sous les deux anciens lits de la « vieille Durance qu'un sillon coupé de marais. Les Ro- « mains profitèrent de cette dépression naturelle pour a dériver de nouveau les eaux de la rivière dans cet ancien a lit, et les canaux navigables qu'ils creusèrent furent a comblés dans la suite (1).
« Plus tard, enfin, la Durance s'ouvrit un passage au « dessous de Chateaurenard pour se rendre à Saint- « Gabriel, et des titres des X', XP et XIP siècles ne laisa sent aucun doute à ce sujet. Ce lit se ferma dans le XIP a siècle. Ce lit est appelé lesLonnes; il portait ce nom n jusqu'au-dessous de Laurade, où il joignait le lit le « plus ancien venant de la vallée de Saint-Remy ; il existe <x d'anciennes cartes de Provence où ce canal des Lennes (( est marqué.
« Mais il parait que ce n'était qu'un bras de la Durance « que les Romains avaient rendu navigable pour les utri* « culaires.
« Dans les IX*, X* et XP siècles, le bras de la Durance a qui passait à Saint-Gabriel et se rendait à la mer, por- « tait le nom de Duransole ou petite Durance (2).
<' Sous la domination romaine, et jusqu'au XIII® siècle, « une branche de la Durance dite des Lonnes, traversait
(1) Stot., t. 2, p. 180.
(2) lbid.,t 2, p. 1051.
c uD versant de Chateaurenard et de Rognonas par « Maillane, le quartier de Laurade jusqu'à Saint-Gabriel, « (Ernaginum) où étaient établis un bac et un corps de « bateliers utriculaires ; tout autour de ces eaux courantes, « on voyait des marais et des lagunes (1).
a Le Louérion était l'aqueduc romain d'Arles, un canal « se détachant de la Durance au trou Turquet, près d'Orgon, « passant au palus de Saint-Remy et à Ernaginum. Tout « ce canal est navigable : nous ferons voir que de toutes « ces eaux jointes à celles des marais d'Arles, il résultait a un canal qui allait joindre les fosses de Marins (2).
« Les étangs et les marais qui sont aux environs d'Arles « formaient anciennement un seul amas d'eau qui était « encore navigable et poissonneux vers le milieu du on- « zième siècle. Cet amas d'eau, communiquait d'un côté a avec le Louérion et de l'autre avec le Rhône, mais nous « ne savons pas le nom qu'il portait (3) .
« Il y a lieu de croire que toutes les eaux réunies des « environs d'Arles ont porté anciennement' le nom de Lac « des Désuviates , Desuviatorum vel Desuaticorum stagc num (4] •
« Pline place les Désuviates [intus) en dedans de la « région des Anatilii, qui sont les peuples de la Camargue a et de la Basse-Crau. Le pays des Désuviates était borné : « au nord, par la crête des Alpines ; à l'ouest, par le Rhône ; a au midi, par les étangs de Désaumes et d'Ëntressens ; à ft l'est, par les Salyes ou territoire de Salon (5).
(1) Sfc*., t. 3, p. 745.
(2) iWd., t. 2, p. 178 et 538.
(3) Ibid., t. 2 p. 191.
(4) Ibid., t. 2, p. 191.
(5) /Wrf., t. 2, p. 195 (et Pline, t. 3, c. 4).
(( Il parait certain qu'un canal a, en effet, du temps des « Romains, conduit les eaux de la Durance à l'étang de « Berre et à Arles (1).
« Le canal de Marins se continuait droit au nord, « l'espace de 1S! milles environ, à compter depuis le port a de Gradus jusqu'à l'étang des Désuviates, qui embrassait « les marais d'Arles, de Montmajour et des Baux, et dans « lequel venait se dégager, du moins en partie, le Loué- « rion, canal détourné de la Durance, près d'Orgon. (( C'était proprement ce Louérion qui alimentait les « Fosses-Mariennes (2).
a Tous les grains du pays qui sont au nord de la Durance « lui arrivaient parles canaux tirés de cette rivière (3).
« Un canal sur lequel naviguaient les utriculaires avait a servi à transporter de Glanum à Arles les pierres des (( Arènes et des autres monuments (4).
a Dans le^ X® et X IIP siècles, les collines de Cordes et (( de Montmajour formaient encore des iles au milieu de a ce vaste lac. On ne pouvait aller à Montmajour qu'en a bateau.
a Le Louérion passait à Ernaginum, où il y avait deux « corps d'utriculaires , l'un pour la navigation jusqu'à « Arles, et l'autre pour la Durance ; d'Ernaginum il passait « à Saint-Etienne-du-Grès , Saint-Remy et joignait enfin la « Durance ; la première station de cette rivière était Cabel- (( Ho, Cavaillon ; on remontait de là à Cadenet et à Portus « où était le terme de la navigation sur la Durance (5) .
(1) Stat., t. 2, p. 252.
(2) /6td.,.t. 2, p 261.
(3) Ibid., t. 2, p. 262.
(4) Ibid., t. 2, p. 292.
(5) Ibid., t. 2, p. 301
(( Laurade existait du temps des Romains; c'était une (c station des utricalaires qui naviguaient sur le Louérion, « canal de navigation entre la Durance et le Rhône, qui (( passait à Ernaginum et dont il est parlé dans Strabon (1 ) .
« La Duransole vient du territoire de Rognonas ; elle (( a coulé dans ce qu'on appelle les fossés des Lonnes jus- « qu'en 1366 (2).
« La Duransole passait à Maillane (3).
« Il paraît qu'il a existé pendant longtemps un canal (c de navigation de Gavaillon à Arles, qui passait aux pa- (( luns à Saint-Remy et à Saint-Gabriel ; c'est sur ce canal (( que naviguaient les utriculaires, corps de mariniers qui « avaient leurs tribunaux à Cavaillon, à Glanum ou Saintce Remy, à Ernaginum ou Saint-Gabriel et à Arles, comme a le prouvent différents monuments et des inscriptions « bien conservées que nous rapporterons à leur place. Ce (( canal a subsisté jusqu'au XlPsiècle et on trouve dans les « archives de l'abbaye de Montmajour plusieurs chartes qui c( parlent de cette navigation, entre autres une de 1 1 1 9 (4).
« Rassin de Saint-Remy : un large ravin formé par le u lit d'un ancien cours de la Durance depuis Graveson (( jusqu'à Saint-Gabriel.
« Toutes les voies romaines se centralisaient à Arles, « tous les canaux de navigation, tels que les Fosses-Ma- « riennes, le Louérion, la Durance, la Duransole (5). On lit enfin dans Âmédée Thierry (6), qu'on voyait, des
(1) Sto*., t. 2, p. 1168, et Strabon, livre HI, sect. 2, p. 31.
(2) Ibid., t. 2, p. 1076.
(3) Ibid., t. 2, p. 1155.
(4) Ihid., t. 1, p. 83. — Ibid., t. 4 p. 66. ,
(5) Ibid., t. 2, p. 1163.
(6) Revue des Deux-Mondes, 1857, t. 8, p. 121.
terrasses du palais de la Trouille bâti par Gonstantiu à Arles, (( les mille canaux qui sillonnaient la campagne, la fosse de (( Marius et les étangs où le Rhône se décharge à la mer. »
Or, le palais de la Trouille étant bâti au nord et dans la partie basse de la ville, on ne pouvait voir la fosse de Marius que là où nous la plaçons, où elle était réellement, dans le bas-fond couvert d'eau qui s'étendait à Test dans la plaine.
« Au temps des Romains, Marius avait fait creuser un « canal qui communiquait de la mer à l'étang du Galéjon, a et de celle-ci à Arles (1 ). »
« La ville de Tarascon possédait en propre et de plein « droit les forts de Saint-Gabriel et de Laurade, qui « étaient encore fortifiés au XIV® siècle ; l'un et l'autre (( étaient bâtis sur les bords de la Durance ; le château de « Laurade fut démoli en 1390 (2). »
Charles-le-Chauve donne des moulins établis sur la Durance, qui prenait alors son cours par Saint-Gabriel (3).
On trouve, dans le cartulaire de Saint- Victor, le tarif dn péage de Sanclo-Gabriele (4).
a On voit, par l'inscription de Fronton à Saint-Gabriel, « qu'il y avait à Ernaginum une compagnie d'utriculaires ; (( ces mariniers, au moyen de leurs outres, pouvaient (( naviguer sur la Durance qui prenait alors son cours « dans les marais, appelés aujourd'hui de Saint-Gabriel, d que Ptolémée met parmi les villes des Salyes (5).
(( Il y avait à Ernaginum un cours d'eau navigable
(1) StaHst. de Michel.
(2; Mon. inéd.,i. 1", p. 589.
(3) Md. t. 2, p. 625.
(4) PI. LU et LXXXI (Vm tarif).
(5) Mon. inéd., t. 2, p. 617, ex-Papon, t. !•', p. 39.
(( venant de laDuraDce, passant à Laurade, qui s'appelait a Daransole, et qui avait sa source entre Ghateaurenard « etRognonas(l).
« Ernaginum devait se trouver sur la dérivation de la « Durance et du Rhône, et était par conséquent un port « fluvial (2). »
Arrivons aux temps modernes :
En 1198, Alphonse II, comte de Provence, exempte les habitants de Saint-Remy du péage de Saint-Gabriel (3).
ce Profitant d'un exemple qui avait laissé de si profondes traces dans le pays, Raymond Bérenger donne aux Arlésiens, le 19 décembre 123S!, l'aqueduc ou canal de la Duransole , avec permission de dériver les eaux de la Durance dans le territoire de Ghateaurenard pour les conduire à Arles.
Les habitants d'Arles, n'ayant pas profité de cette faculté, le même Raymond Bérenger concède encore la Duransole aux Templiers de la maison d'Arles. Il est dit dans cet acte, qui est de 1244, que le canal passait par leTrébon (4) » partie supérieure du territoire d'Arles, et au nord de cette ville, entre le Rhône et le marais.
Les Templiers ne firent pas plus ce canal que les Arlésiens, parce que la plaine avait alors besoin de dessèchement plutôt que d'irrigation ; mais il vient d'être enfin exécuté, toujours sur l'ancien emplacement de canal des Lonnes, par une Gompagnie connue sous le nom de Gompagnie du Ganal des Alpines.
On le voit à ces nombreuses citations, les savants au-
(1) Abbé Véran, p. 483 et suiv.
(2) Kh. et Dm., p. 20.
(3) Stat., t. 2, p. 1163.
(4) Ibid., t. 2, p. 341 et 2.
tears de la Statistique avaient en mains tous les documents nécessaires pour fixer l'emplacement des Fosses- Mariennes, pour connaître leur origine, puisque nous ne faisons que les copier. Le temps seul leur a manqué pour coordonner tous ces matériaux qu'ils avaient pris plaisir à accumuler et à mettre sous la main du premier qui voudrait les prendre.
Le canal des Lonnes était donc celui que Marins fit caver pour tirer les eaux de la rivière jusqu'à la mer, pour former les Fosses-Mariennes; celui sur lequel naviguaient les mariniers desDurances dont Fronton était le patron, au moyen duquel Portus et Cabellio communiquaient avec Krnaginum.
Rien n'était plus facile à Marins que cette dérivation des Lonnes, soit qu'elle existât déjà et qu'il n'y eût plus qu'à en agrandir la prise, soit même qu'il fallût la caver. La côte de la Durance est à son embouchure à + 13, sa pente est de â millimètres par mètre; le point d'arrivée à Laurade est à + 4.56; la distance entre les deux est d'environ 15 kilomètres.
Le canal, quel que fût le point d'attache, devait donc avoir plus de demi pour cent de pente. *
La Durance a un débit suffisant pour faire de la plaine un grand lac et pour donner, à la passe de son embouchure, une hauteur d'eau capable des plus grands navires. Elle débite 70 mètres à Tétiage et 350 mètres aux eaux moyennes. Si on suppose que Marins dériva les deux tiers, ce volume, soit 46 mètres dans le premier cas et 230 dans le deuxième, on reconnaîtra qu'il a pu, sans peine, faire un lac navigable de cette immense plaine qui était déjà sous les eaux.
L'exécution d'un pareil canal était pour l'armée de
Marftis un véritable travail d'armée en campagne. Le pays était sain, et il suffisait d'ouvrir une tranchée de 500 mètres de longueur à partir du fleuve, ou seulement d'élargir quelque Lonne existante, pour jeter dans la plaine sans plus s'en inquiéter, toute Teau dont on avait besoin, tandis qu'il répugne de croire à un travail gigantesque tel que celui qu'on suppose, pouvant, dans un pays malsain, compromettre la santé d'une armée, lorsqu'il s'agissait de satisfaire des besoins actuels et immédiats.
Enfin, Marins n'a pas fait ce travail pendant les trois années qu'il est resté dans les Gaules , mais la dernière année, au dernier moment, quand il a su par ses espions que les Barbares approchaient.
Marins fit-il des* travaux dans la partie inférieure de la plaine pour déterminer une embouchure praticable aux grands navires ? C'est possible , mais nous ne le pensons pas. Les eaux devaient couler, en suivant comme elles l'ont fait lors des inondations, par la région des étangs et se jeter à la mer par le grau du Galéjon ; et la passe était maintenue et par leur volume, et par la pression supérieure qui leur donnait une très-grande force. Cette fuite naturelle par le Galéjon explique très-bien la phrase de Strabon : < que l'entrée du canal est difficile à cause du peu d'élé- « vation du sol qui est tel, que par un temps obscur on « ne l'aperçoit pas même à une petite distance. » Preuve que cette embouchure était loin de Fos; qu'elle n'était signalée par aucun ouvrage , aucun port, et que la belle gravure que nous donne de ce port M. Desjardins, d'après Peutinger, ne peut s'appliquer aux Fosses-Mariennes.
Combien de temps a duré la grande navigation de la mer jusqu'à Ernaginum? Plusieurs siècles, sans doute, si on en juge par Timportance des débris de toute sorte
qu'on trouve aux alentours de Saint-Gabriel; elle durait encore sous Strabon qui vivait sous Auguste et Tibère; sous le sévir augustal Fronton, curateur de la marine, et sous Flavius -Mammius le Cornes ripœ, c'est-à-dir.3 au lY* siècle ; mais elle dut cesser de fonctionner au dessus d'Arles, lorsque fut construit Taqueduc qui traversait les marais du Pont-de-Grau, qu'on attribue à Jules César ; à moins qu'on n'y eût ménagé une passe pour les navires, ce qui était de facile exécution , puisque les deux rangs d'arches dont il était formé avaient de 17 à 18"" de haut (1 ), mais ce qui pourtant est peu probable, car il n'en est question ni dans les anciens auteurs, ni lors de la démolition de la tour Rouge, c'est-à-dire en briques, qui existait encore au milieu du Pont-de-Grau en 1 660 (2),
Groire, comme M. Desjardins (3), que les Fosses-Mariennes ont servi à la navigation pendant plus de six siècles, parce qu'on trouve jusqu'à cette date des corporations de marins, des navicularii marini à Arles, est une erreur grave, car la navigation maritime a existé sur le Rhône avant, pendant et après les Fosses-Mariennes et concurremment avec elles, comme existaient et existent encore les Nautœ Rhodani, les bateliers du Rhône pour la navigation fluviale; les deux professions se complétant au lieu de s'exclure, comme cet écrivain tendrait à le prouver. Quant aux utriculaires et aux bateliers de toute sorte, ils n'ont cessé d'y naviguer qu'après le dessèchement de Van Eus en 164S; et comme ces travaux furent négligés (par suite du bannissement de cet habile ingénieur et de
(1) Bstrangin, p. 43 et 45 et Noble Lalozière.
(2) ïbid.
(3) Aperçu hist., p. 27.
— esses associés, qui durent quitter la France à la révocation de i'édit de Nantes), et endommagés par les inondations successives du Rhône , nous avons navigué nous-méme jusqu'en 1835, date de l'ouverture du canal de navigation d'Arles à Bouc, sur toute la partie inférieure de la plaine à partir de quelques kilomètres au-dessous de Saint-Gabriel, sur un fond de plusieurs mètres d'eau, jusques à la mer, quoique la Durance eût cessé d'y couler depuis le XIIP siècle.
Après avoir consulté les historiens et les géographes de l'antiquité, les historiens des derniers siècles et nos contemporains, il ne sera pas sans intérêt de consulter à leur tour les géographes de ces deux dernières époques , pour voir si dans les cartes qu'ils ont publiées de cette partie de la Provence qu'ils avaient sous les yeux , ou dont ils retraçaient l'état d'après les travaux antérieurs , nous ne retrouverions, pas comme nous Ta dit h Statistique (1), les Fosses- Hariennes telles que nous venons de les décrire.
La première, que nous plaçons à ce rang parce qu'elle est la plus complète et que nous la donnons à la fin de ce volume, est la carte de la Gallia Christiana provinciœ Arelatensis (2), dans laquelle la dérivation de la Durance ne laisse aucun doute sur ce xaiv6v icoTa|x6v, ce nouveau fleuve dont l'embouchure au grau du Galéjon est désignée sous le nom de Casirum de Fossis.
La Gallia Christiana, et spécialement le père Denys de Sainte-Marthe, moine de Tordre de Saint-Maur, présentent toute garantie de sincérité et d'authenticité ; il faut donc s'incliner devant ce document indiscutable qui justifie toute notre argumentation.
(1) Stot.,t. 2, p. 1051.
(2) T. 1*, p. 514. Ihid, prima Narbonensis, p. 595.
Les Fosses-Mariennes y sonl dérivées de la Durance entre Châteaurenard et Rognonas par Tancien canal des Lonnes , ainsi que nous l'avons indiqué : elles se dirigent sur Laurade et Saint-Gabriel, passent près d'Arles et vont déboucher à la mer par Tétang du Galéjon, à l'embouchure duquel est assis le Gastrum de Fossis, indiquant avec précision les quatre passages du Pont-de-Crau, du Mas^Thibert, des Gazes et celui de Fontvieille.
Cette carte est dessinée par Nolin, fils du géographe du roi. Elle donne à la Durance le nom de fleuve, parce qu'il débouche à la mer ; ce n'est pas un travail de fantaisie, il porte avec lui un cachet de parfaite exactitude.
La seconde est la magnifique carte dressée pour MM. les syndics de la noblesse d'Aix, par Esprit Devoux, en 1757, qui, pareillement, montre les Fosses-Mariennes dans le fond de la plaine, depuis la Durance jusqu'à l'embouchure du Galéjon.
Cette carte est exposée sur les murs du cabinet de travail de MM. les employés aux archives de la préfecture de Marseille.
La troisième est la carte jointe au premier volume de V Histoire générale de la Provence, du P. Papon, de
La quatrième est une carte sans titre, date, ni nom d'auteur, à la bibliothèque de Marseille, cotée D E K 9S, tiroir 4S, premier portefeuille.
La cinquième, une carte de Provence, de Henri Guillot, géographe ordinaire du roi, dédiée à M. de Seignelay, de 1651 à 90. Ibid.
La sixième, une carte divisée par vigueries et bailliages, dédiée à M. Bertrand-René Pallu, par Bailleul le jeune. Ibid .
La septième, une carte de Provence, de Guillaume l)elisle, de TÀcadémie royale des sciences, 1715. Ibid.
La huitième, celle de Banville, de 1 706, donnée par M. Desjardins, pL XVI. (Aperçu historique.)
La neuvième, la carte de Chiquet, de 1719, à la bibliothèque de la ville, donnée par M. Saurel.
Enfin, la carte de la Gaule, dans l'atlas de Idi Statistique, pi. IX, qui donne la Duransoleou canal des Lonnes, ayant sa prise en Durance au-dessous de Gastrum de Ragnaro, aboutissant à Laurade, près de Saint-Gabriel, et allant se perdre dans les étangs au-dessous d'Arles .
Gette carte, par une exception qu'il importe de signaler, supprime tous les étangs à partir d'Arles et, par conséquent, le Galéjon et sa fuite à la mer, parce que les auteurs de ce remarquable travail, plaçant les Fosses-Mariennes entre Fos et le Rhône, ont cru pouvoir supprimer, ainsi que le supprime à son tour M. Desjardins lui-même, cet énorme amas d'eau qui contrariait leur système.
Mais replaçons sur cette carte les étangs inférieurs à Arles, qui n'ont pas cessé de s'y trouver, puisque les eaux supérieures devaient avoir leur écoulement à la mer, et nous aurons les Fosses-Mariennes dans toute leur étendue.
Nous ne sommes donc pas les premiers qui ayons placé les Fosses-Hariennes dans le thalweg de la plaine ; et si quelque chose doit surprendre, ce n'est pas notre audace, mais plutôt l'oubli des populations qui , ayant eu ce spectacle sous les yeux jusqu'en 1835, en ont cependant si complètement perdu le souvenir, et la persistance de tous les historiens à chercher une solution impossible, lorsque rien n'était plus simple et plus facile à comprendre que la pensée de Marins.
Nous croyons inutile, après les preuves que nous venons
de fournir, d'en chercher de nouvelles dans la concordance des distances indiquées par les géographes de l'antiquité ; parce que leurs chiffres ont pu être encore plus facilement altérés que leurs textes; parce que, sur le bord de la mer, les distances varient considérablement, suivant qu'on suit ou non les sinuosités de la côte, et enfin parce que leurs supputations doivent inspirer une médiocre confiance, nos prédécesseurs, quoique s'étant gravement trompés, étant toujours parvenus à les faire concorder avec leurs systèmes.
Les Marseillais, à qui Marins avait donné les Fosses-Mariennes pour récompenser les services qu'ils lui avaient rendu en approvisionnant son armée, firent élever des tours, et à l'embouchure duGaléjon dont elles marquaient l'entrée, et sur les bords des étangs en signe de balise pour en indiquer la route.
Au moyen de ces signaux, qui étaient vus à de grandes dislances et dont beaucoup subsistent encore, les navigateurs pouvaient se diriger avec sûreté dans ces immenses marais où des points de repère leur étaient indispensables.
Ainsi s'explique l'existence de nombreuses tours que leur situation dans les marais rend impropres à la défense, et au moyen desquelles on pourrait encore reconnaître la ligne que suivaient les navires.