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Français. Continuez à donner des preuves de la discipline, de la modération, de l’obéissance aux lois et aux autorités, qui devront assurer ce bénéfice suprème à l'Italie et à la Toscane à jamais affranchies de toute influence étrangère. De mon côté, Je vous promets de n'avoir rien plus à cœur que de répondre aux intentions du roi et de mériter votre confiance, en coopérant au bien de cette noble partie de l'Italie. »
M. Boncompagni institue une consulte, forme un ministère et s'occupe d'organiser rapidement l’armée nationale qui doit porter le nom de deuxième corps de l'Italie centrale. Déjà sont formés trois régiments d'infanterie, un fort bataillon de ürailleurs, une compagnie d'artillerie. Le 1" régiment d'infanterie organisé à Modigliana, près de la frontière romaine, est composé de quatre bataillons, forts chacun de six cents hommes ; il est bientôt complété par un cinquième bataillon de chasseurs placé sous les ordres du colonel Luigi Accarini. Son drapeau tricolore, comme celui de toute la division toscane, est orné de la croix de Savoie.
Jusque-là cependant c'était la révolution, c'était la déchéance de fait de la dynastie de Lorraine, mais ce n’était pas encore l'état de guerre entre la Toscane et l'Autriche. Cet état de guerre fut proclamé dans les derniers jours de maï par la déclaration suivante du commissaire extraordmaire, adressée au comte de Cavour :
« Le gouvernement de la Toscane : Considérant que l'existence du gouvernement qui régit la Toscane durant la présersie guerre de l’indépendance doit son origine au vœu de la nation résolue de s'associer à la guérre ouverte par le Piémont contre l'Autriche, et à soustraire l'État aux inluences autrichiennes qui avaient pesé sur la nation par l'occupation de son lerriloire, la destruction de ses libertés et l'usurpation des prérogalives de la souveraineté ; que le protectorat de la Toscane demandé parle pays, accepté parle roi Victor-Emmanuel, a pour conséquence nécessaire de réunir les forces des deux États pour la défense de l'indépendance italienne; qu'encore bien que la réunion de ces forces suffise pour établir l'état de guerre entre la Toscane et l’ Autriche, il importe néanmoins que cet élat:soit formellement déclaré, afin que les relations de l'État avec les puissances étrangères ne démeurent pas douteuses, déclare :
La Toscane est associée à la Sardaigne et à la France dans la guerre qui a lieu actuellement contre l'Autriche pour l'indépendance de l'Italie.
« Florence, le 25 mai 1859.
| | € Le commissaire extraordinaire,
«C. Boxcompagai. »
A dater de ce jour, l'intervention de l'armée française en Toscane était diplomatiquement régulière ; elle était conforme au droit des gens et aux lois de la guerre. Cette intervention allait se réaliser, avec le concours seulement de la seconde division, ainsi que je l'ai déjà dit, et sous l’autorité directe et personnelle du prince Napoléon, commandant en chef du cinquième corps de l'armée d'Italie qui, du reste, était déjà débarqué à Livourne, et dont je vais sommairement rappeler la carrière.
Ici je suis moins un biographe qu'un peintre ; je n’écris pas unehistoire qui serait un livre dans un livre; je trace un portrait qui doit frapper, non par l'étendue, mais par la ressemblance, par la fidélité morale des traits. |
Napoléon-Joseph-Charles-Paul Bonaparte, issu du mariage de Jérôme Bonaparte, ancien roi de Wesphalie, ancien prince de Montfort, le p'us jeune des frères de Napoléon [* avec la princesse Sophie-Dorothée- Frédérique-Catherine, fille du roi de Wurtemberg, est né dans l'exil, le 9 septembre 1822, à Trieste, où, après avoir supporté plusieurs années de persécution, son père et sa mère avaient trouvé une retraite momentanée. |
Exemple éclatant des vicissitudes de la fortune et de l'instabilité des grandeurs, le jeune Napoléon était prédestiné à passer les années de sa première jeunesse dans cette ville qu’on nomme la ville éternelle, parce que là tout commence et tout finit, depuis des siècles innombrables : parce qu'elle survit à toutes les puissances de ce monde qui y trouvent une tombe après y avoir eu leur berceau ; parce qu’elle a vu déjà naître et mourir tout un monde, toute une société, toute une civilisation ; parce que les racines de l'avenir s’y greffent sur les ruines du passé; parce qu'enfin, comme au sein de la création, tout s'y renouvelle, de telle sorte que toute pensée humaine, usée, ne s’y éteint dans la mort que pour y renaitre dans la vie, transformée. :
Élevée par le vent des révolutions au faîte de la puissance, rejetée, par un coup du sort, de ce faite dans les abimes de l'adversité ; portant avec une égale hauteur d'âme et une égale modestie de caractère la grandeur et l'infortune, la mère des Bonaparte, Lætitia Ramolino, avait réuni autour d'elle, dans un quartier silencieux de Rome, comme les branches autour du tronc, la plupart des membres dispersés de cette famille qui s'était faite race. C'est dans cette cité des consuls, des empereurs et dés papes que le prince Napoléon grandit dans la majesté des vieux souvenirs de la Rome païenne et dans le rayonnement des vivantes clartés de la Rome chrétienne. Mais dès l’âge de neuf ans, en 1831 , à la suite de l'insurrection comprimée des Romagnes, il fut contraint de quitter cette résidence. Réfu-
gié à Florence, il y resta jusqu'en 1835. Son père l’envoya en pension à Genève, au commencement de cette même année où il devait perdre sa mère. L'ancienne reine de Westphalie mourut le 28 novembre. |
Le séjour de Genève ne fut qu'une étape dans la vie du prince Napoléon. Après la mort de sa mère, il partait pour le Wurtemberg, où il entrait à l'école militaire de Louishourg. On se souvient des émotions de 1840. M. Thiers était alors président du conseil des ministres de France. Le prince Napoléon entrait dans sa dix-huitième année. Il était sorti de l’école de Louisbourg, et vivait à la cour du roi de Wurtemberg, son oncle. On parlait de guerre européenne. Il avait l'âme française. Il quitta le royaume de Wurtemberg, afin de n'être pas exposé : à porter les armes contre la patrie des Bonaparte.
Le prince Napoléon, reprenant le bâton du voyageur, recommença ses pérégrinations à travers l'Europe. Il visita tour à tour l'Allemagne, l’Angleterre et l'Espagne. En 1845, il vit la France; en 1847, il y revint, comme la première fois, en proscrit toléré; il s'y trouvait lorsque la Révolution de 1848 y éclatait comme un coup de foudre. L'élection le fit représentant ; la constitution du second empire devait le faire sénateur de droit, prince français, héritier éventuel du trône. La fortune enfin souriait à ce prince né dans l'exil et bercé par l’adversité. Il allait gr toutes les dignités et toutes les distinctions.
Le jour où la campagne de Crimée était décidée, le prince Napoléon avait le grade de général de division. Ce grade que sa naissance lui avait donné, il voulut le conquérir une seconde fois sur un champ de bataille. I manifesta donc à l'Empereur le désir de faire partie de l'expédition d'Orient, dans une lettre dont voici les termes :
« Sire,
Au moment où la guerre va éclater, je viens prier Votre Majesté de me permettre de faire partie de l'expédition qui se prépare. Je ne demande ni commandement important, ni titre qui me distingue; le poste qui me semblera le plus honorable sera celui qui me rapprochera le plus de l’ennemi. L'uniforme que je suis si fier de porter m’impose des devoirs que je serai heureux de remplir, et je veux gagner le haut grade que votre affection et ma position m'ont donné. Quand la nation prend les armes, Votre Majesté trouvera, j'espère, que ma place est au milieu des soldats : et je la prie de me permettre d'aller me ranger parmi eux, pour soutenir le droit et l'honneur de la France. »
Le prince Napoléon eut le commandement de la troisième division de
l'armée d'Orient. Au moment où les Russes, prenant sur le Danube une attitude menaçante, commencèrent le siége de Silistrie, le maréchal de Saint-Arnaud, disent les biographes du cousin de l'Empereur, résolut d'envoyer la troisième division à Constantinople, dans le but hardi. de couvrir cette capitale de l'empire ottoman, 'alors menacée : sous les ordres de son général, elle traversa sur deux colonnes, en deux semaines, presque toute la Turquie d'Europe, et bientôt les soldats français saluërent ce dôme de Sainte-Sophie que leurs ancêtres avaient vu pour la dernière fois cinq siècles auparavant. L'émotion produite par cette apparition courut aussi vite parmi les descendants de Mahomet IT et ceux de Comnène, que dans les rangs de nos soldats. La grandeur et l'étrangeté de ces circonstances n’éclata nul jour d'une manière aussi sensible que lorsque le sultan vint passer la troisième division en revue sur l'immense plateau de Daoud-Pacha, dominant la ville de Constantin, la mer de Marmara et les lieux les plus célèbres de l'histoire et de la fable, par un de ces soleils qui prêtent leur éclat aux grands tableaux de l'histoire. Le neveu de l'empereur Napoléon présenta au successeur de Mahomet IT les régiments accourus pour le défendre.
De nouveaux progrès des Russes nécessitent un mouvement en avant. Cette fois, la division entière du prince Napoléon est embarquée dans l'arsenal, et trois jours après elle débarque à Varna, où elle resta pendant-une partie de l'été. Cette période fut employée à des manœuvres et à des marches continuelles. On peut dire que l’admirable disciple, l'aplomb et l'homogénéité de la troisième division datent de cette époque, ainsi que sa glorieuse destinée.
Au mois de juillet eut lieu l’expédition de la Dobrutcha, fameuse par le coup terrible qui frappa l’armée et qui faillit l'anéantir avant qu ‘elle eût combattu. Les divisions Canrobert, Bosquet et Napoléon étaient échelonnées dans les plaines immenses de l’ancienne Mæsi, quand tout à coup, à la suite d’un orage, un choléra foudroyant vint les frapper ; les hommes tombaient dans les rangs comme s'ils avaient marché sous le feu ennemi. Dans ces moments difficiles, le prince Napoléon fut admirable. Il ne quitta pas l'ambulance, et pas un seul convoi de malades ne fut organisé sans lui. L'amour que lui ont porté les soldats date de cette époque. IL ramena sa division décimée à Varna, et ce ne fut qu'après l'avoir installée dans un campement salutaire et l'avoir entourée de tous les soins propres à la refaire, qu'en proie lui-même à une fièvre dévorante, il consentit à quitter cet air empesté pour aller prendre quelques jours de repos à Constantinople. Vingt jours après, il s ’embarquait de nouveau pour venir trouver sa division à Varna. L expédition de
Crimée était décidée. Encore malade, il se fit porter au camp et y fut reçu par les cris enthousiastes de ses soldats.
On sait quel a été le rôle de la troisième division à ; l'Alma ; c'est elle qui enfonça le centre russe.
Après la bataille, le prince Napoléon se Mit à l'ambulance, puis visita à pied, suivi d'un seul aide de camp, les bivacs où s'établissaient ses troupes, au milieu des morts et des mourants. A mesure qu'il se présentait devant chaque bataillon, les soldats se précipitaient autour.de lui avec des cris d'enthousiasme et d'amour.
Dans les premiers jours de novembre, après le commencement du siége, le prince, déjà malade, demanda au général en chef, Canrobert, le commandement des colonnes d'assaut qui devaient être lancées sur Sébastopol. À ce moment, l'attaque régulière ayant: échoué par le feu du 17 octobre, on en était venu au projet de tenter sur la ville un coup de main vigoureux. Le 5 novembre au matin, la furieuse attaque des Russes sur le plateau d'Inkermann changea toutes ces dispositions, et’fit entrer les opérations dans la phase de langueur où elles se sont continuées pendant plus d’un an. Dans celte journée mémorable, et dès le point du jour, le prince Napoléon reçut l'ordre d'envoyer sur le champ de bataille d’Inkermann sa première brigade, commandée par le général de Monet. Bientôt il sortait lui-même de son camp, à Ja tête de la deuxième brigade, pour se porter à la défense de nos lignes, qu'une terrible sortie des Russes menaçait. C'est dans cette circonstance que périt le brave et infortuné de Lourmel, Aussitôt que celte.sortie eut été repoussée, le prince Napoléon envoya solliciter l'ordre de marcher, avec sa deuxième brigade, sur le canon d’Inkermann. Sans attendre ces ordres, il se mit en marche et arriva à temps pour réunir toute sa division sur le plateau et prendre part aux derniers incidents de ce terrible combat. Ce fut une de ses batteries, la batterie Lainsecq, qui du haut des berges qui dominent la Tchernaïa, foudroya les Russes en déroute, et entassa leurs cadavres dans cette allée funèbre.
Deux jours après, le prince. Napdlds: à à bout de forces, boss par la fièvre, fut obligé de s'embarquer pour Constantinople, sur laquelle l’énorme quantité de malades et de blessés de l'armée était évacuée. Il y resta un mois, et, sa santé ne se rétablissant pas, les ordres de l’Empereur le mounléraut en France.
L'esprit pratique et la vive intelligence du prince pshaneléen RE se manifester dans une circonstance importante. Chargé de la direction supérieure de l'Exposition universelle, il a fait, par le zèle éclairé et par Île dévouement quotidien qu'il a apportés dans l'accomplissement de sa mis-
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE | 971 sion, le succès de cette grande entreprise. Son rapport à l'Empereur sur les produits de l'industrie qui ont figuré dans l'immense bâtiment des Champs-Elysées est un chef-d'œuvre de patience et de méthode, de profondeur et de lucidité. C’est un admirable et vaste travail qui est tout un livre, tout un manuel d'économie sociale, également utile au publiciste, à l'homme d'Etat et au commerçant, et que l'esprit de progrès et de liberté éclaire et échauffe tout à la fois de ses rayons lumineux.
Quelques mois après la Reine-Hortense emportlait le prince Napoléon vers les rivages de l'Écosse, de l'Islande et du Groenland, première station d'un voyage inspiré par le goût de l'étude et l'amour de la science, et qui devait conduire le cousin de l'Empereur presque au milieu des mers polaires. À son retour en France, il s'enferma dans le sanctuaire de la vie privée, se dérobant à la politique pour se donner tout entier à l'art et à la science, Je ne le suivrai pas dans ce sanctaire, je ne le suivrai pas davantige dans son brillant passage au ministère de l'Algèrie, où il a laissé de profonds regrets et d’impérissables souvenirs, ni dans les missions que l'Empereur lui a confiées, tantôt auprès de l’empereur de Russie, tantôt auprès du roi de Prusse, ni dans son excursion à Limoges, qui fut une ovation. Mais je l’accompagnerai au tombeau du grand Frédéric, où l'on crut voir apparaitre , le soir où il vint y méditer sur le destin des empires et l'avenir des peuples, l'idéale figure, pensive et grave, de Napoléon I” ressuscité, figure si profondément gravée dans la mémoire des peuples. |
En effet, la tête du prince Napoléon, c’est le portrait de l'empereur Napoléon!”, détaché de son cadre, son portrait vivant. C’estaussi son ardente et active organisation, c'est aussi sa vaste et pratique intelligence. Il a les mêmes goûts, les mêmes aptitudes, les mêmes qualités, les mêmes défauts; ainsi, quoique avec des allures vives et impélueuses comme son oncle, c'est un caractère calme et résolu, qui ne s’abandonne jamais, qui jamais ne se livre, qui ne cède pas à la spontanëité, mais qui apporte une grande fermeté dans tout ce que la réflexion et la raison lui ont fait décider. Son esprit se passionne cependant pour une idée, pour un principe, parce qu'il a dés convictions sévères et profondes, qui sont sa religion politique et sociale. Mais, comme sa nature est toute positive, comme il est porté de préférence vers les occupations uliles, comme le côté rationnel des choses l’impressionne et l’attire plus que leur côté spiritualiste, il a dans son langage les rayonnements et les clartés d’éloquence qui persuadent et qui saisissent, sans posséder cette faculté sympathique de l'homme qui entraine aisément, parce qu’il est facile à entrainer.
Économe et laborieux, comme son oncle, le prince Napoléon réunit,
comme lui, à un haut degré, deux genres de qualités qui semblent s'exclure : l'esprit d'organisation et l'esprit d'investigation. Comme son oncle, il est doué d'une grande circonspection et. d’une rare sagacité, et il a, comme lui, on le voit à ses prédilections en art et en littérature, de mystérieuses affinités de goût et d'imagination avecles GrecsdutempsdePériclès et les Romains du temps d'Auguste, affinités qui sont modifiées par le positivisme des sociétés modernes et le libéralisme des idées démocratiques; mais loin d'aimer à l'exemple de son oncle, ce que je pourrais appeler une existence théâtrale, il fuit, au contraire, avec une intention {rès-caractérisée, l'apparat, la mise en scène, la représentation. De là vient sans doute qu’il ne possède pas auprès des masses cette popularilé qui est ordinairement l'ambition des princes, et qu'il lui serait cependant facile de conquérir, s’il mettait à l'obtenir-la moitié du soir qu’il met à l'éviter.
Tel est le prince que l'Empereur avait mis à la tête du cinquième Corps et qu'il chargea d'une mission spéciale, à la fois politique et militaire, mission que Son Altesse Impériale devait accomplir seulement avec le concours d’une partie de ce même cinquième corps, auquel il avait adressé, dès le début de la campagne, la proclamation suivante :