‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 114 sur 134 · CINQUIÈME CORPS D'ARMÉE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CORPS D'ARMÉE

« Soldats du cinquième corps de l'armée d'Italie,

« L'Empereur m'appelle à l'honneur de vous commander. Plusieurs d'entre vous sont mes anciens camarades de l’Alma et d'Inkermann. Comme en Crimée, comme en Afrique, vous serez dignes de votre glorieuse réputation. Discipline, courage, ténacité, voilà les vertus militaires que vous montrerez de nouveau à l'Europe, attentive aux grands événements qui se préparent. Le pays qui fut le berceau de la civilisation antique et de la renaissance moderne va nous devoir sa liberté; vous allez le délivrer à jamais de ses dominateurs, de ces éternels ennemis de la France dont le nom se confond dans notre histoire avec le souvenir de toutes nos luttes et de toutes nos victoires.

« L'accueil que les peuples italiens font à leurs libSénteins témoigne de la justice de la cause dont l'Empereur à pris la défense.

«Vive l'Empereur ! vive la France! vive l'indépendance italienne !

« Le Prince commandant en chef le cinquième corps de l'armée d'Italie,

JÉRÔME NaAPOLÉON. »

On s’en souvient : c’est dans une visite que le prince Napoléon, qui était resté à Gênes, fit à l'Empereur, au quartier général d'Alexandrie, qu'il reçut l'ordre de se rendre en Toscane. Quelques troupes de la seconde division du cinquième corps avaient précédé Son Altesse Impériale à Livourne. Ainsi, dès le 19 mai, le maire de cette cité publiait un mnifeste ainsi conçu : |

« Habitants de Livourne,

« Les troupes du magnanime allié de Sa Majesté le roi de Piémont, Napoléon IT, vont arriver parmi nous. Recevez-les avec la même affection, les mêmes démonstrations de gratitude que vous avez prodiguées à vos frères piémontais., Le principe soutenu par les deux puissances est le même : notre affranchissement de l'étranger. Qui combat pour la même cause a droit, de notre part, aux mêmes honneurs.

« Livourne, hôtel de ville, le 49 mai 14859.

« Le maire, Micuece D'ANGI010, »

Le maire de Livourne avait été devancé par le roi de Sardaigne, qui avait annoncé dans ces termes, aux troupes toscanes, l’arrivée du prince Napoléon :

« Soldats toscans,

«Au premier bruit d’une guerre nationale, vous avez cherché un capitaime qui vous conduisit contre les ennemis de l'Italie.

« J'ai accepté de vous commander, parce qu'il est de mon devoir d’organiser et de discipliner toutes les forces de la nation.

« Vous n'êtes plus les soldats d’une province ; vous faites partie de l'armée italienne.

« Vous croyant dignes de combattre à côté des vaillants soldats de la . France, je vous place sous les ordres de mon très-cher gendre, le prince Napoléon, qui a reçu de l'Empereur des Français la direction d'importantes opérations militaires.

« Obéissez-lui comme vous obéiriez à moi-même, car nous avons une pensée commune avec le généreux Empereur descendu en Italie comme le défenseur de la justice et du droit national.

« Soldats ! les jours de grandes épreuves sont arrivés. Je compte sur vous. |

« Vous devez maintenir et accroître l'honneur des armes italiennes, »

II, CPS)

97h L'ITALIE CONFÉDÉRÉE

Accompagné de son premier aide de camp, le colonel de Franconnière, de son second aïde de camp, M. Ferri Pisani, et de ses officiers d’ordonnance, le commandant Rayon et le Rent de frégate Dubuisson, le 25 mai, le prince Napoléon arrivait en vue des côtes de Toscane et rédigeait, à bord même de la Reine-Hortense, en rade dé Livourne, cette belle proclamation :

« Habitants de la- PAS

« L'Empereur m'envoie dans vos pays, sur la aohände de vos représentants, pour y soutenir la guerre contre nos ennemis, les oppresseurs de l'Italie. |

«Ma mission est exclusivement militaire ; je n'ai pas à m'occuper el je ne m'occuperai pas de votre organisation intérieure.

«Napoléon I à déclaré qu'il n'avait qu'une seule ambition : celle de faire triompher la cause sacrée de l'affranchissemént d’un peuple, et qu'il ne serait jamais influencé par des intérêts de famille. Il a dit que «le seul but de la France, satisfaite de sa puissance, était d'avoir à ses «frontières un peuple ami qui lui dévra sa régénération. »

«Si Dieu nous protège et nous donne la victoire, l'Italie se constituera librement ; et, en comptant désormais parmi les nations, elle affermira l'équilibre de l'Europe.

«Songez qu'il n'est pas de sacrifices trop grands, lorsque l’indépendance doit être le prix de vos efforts, et montrez au monde, par votre union et par votre modération, autant que par votre énergie, que vous êtes dignes d’être libres. | | | «Le Prince commandänt en chef le cinquième corps

de l'armée d'Italie,

| « JÉRÔME NapoLéon. »

Le même jour, Son Altesse Impériale débarqua sur le sol de la Toscane.

Ce que l’on avait vu d'enthousiasme dans toute la Sardaigne, à l’arrivée des soldats de la France, ce que l’on avait entendu d’acclamations sur le passage de l'Empereur, de Gênes à Alexandrie, on le revit à Livourne, on allait le revoir à Florence sur le chemin de Son Altesse Hnpériale ct à l'arrivée du cinquième corps. Toute la population de Livourne était en fête. La ville entière était illuminée. Partout. et toujours des cris spontanés, des élans indescriptibles, des fleurs à profusion, une joie immense et une sympathie universelle.

Des témoims oculaires ont raconté que les enfants PEER les oi dats français en leur disant avec la naïveté de leur âge : N'est-ce pas que

L'ITALIE. CONFÉDÉRÉE ; 975 les Autrichiens ne reviendront plus ici? La haine de l'Autrichien, la haine de l'étranger : c'est le sentiment qui dominait, qui domine toujours dans toute la Toscane comme dans toute l'Italie; c'est le sentiment qui a creusé un abime profond entre la population de Florence et la dynastie de Lorraine. Ce n'est pas qu'on formule contre cette dynastie des accusa

tions graves. On apprécie même la sagesse des lois Léopoldines, qu'elle a données naguère, avec impartialité. Mais on sait aussi que les descendants de François-Étienne sont fatalement condamnés, par leur origine et leur situation, à n'être que des préfets de l'Autriche, et, avant tout, on ne veut pas de préfets de l'Autriche. La seconde pensée des Toscans était alors et doit être encore de se constituer en royaume indépendant et de conserver complétement son autonomie.

Au mois de mai et au mois de juin, nul ne songeait, ni à Florence ni à Livourne, à l'annexion de l’ancien domaine des Médicis au Piémont. On vient même de voir qu'en réclamant le protectorat de Victor-Emmanuel II pendant la guerre le gouvernement provisoire avait expressément réservé pour l'avenir, aussi bien que pour le présent, ce principe sacré de l'autonomie de la Toscane. Cela est si vrai, que le prince Napoléon avait à peine touché le sol toscan, qu'on entendit aussitôt les eris de : Vive le grand-duc de Toscane ! se mêler, sur son passage, aux cris de : Vive l'Empereur ! Vive la France ! Vive l'Indépendance de l'Italie !

Ces cris, on les entendit à Livourne, on devait les entendre à Florence ; on devait les entendre enfin partout où le prince Napoléon allait se montrer. Certes, on ne peut pas dire qu'il les ait provoqués! on ne peut pas même prétendre qu'il les ait encouragés. Il ne lui est pas échappé, pendant toute la durée de son séjour dans la Toscane, un mot, un signe d'approbation, d'encouragement, de saüsfaction de ces manifestations publiques et quotidiennes qu’il ne pouvait interdire, et qui étaient évidemment l'expression vraie, spontanée, de désirs réfléchis et d’espérances raisonnées. De mon côté, je n’exprime ict ni opinion, ni blâme, ni éloge. Je me borne à raconter, en historien qui doit tout savoir et tout dire. Maïs il est évident que, dans les dispositions d'esprit où se trouvait la population toscane, il eût suffi d'un geste pour donner un corps à ces désirs, à ces espérances, à ces vœux du peuple! * |

Quoi qu'il en soit, le débarquement des hommes, du matériel, des chevaux, s'effectuait chaque jour avec une facilité d'autant plus grande que toute la population s'y prêtait avec une extrême courtoisie, disant qu'elle pouvait bien donner ses services à qui lui donnait son sang. On le voit, la sympathie qu'inspirait le chef rejaillissait sur les simples soldats. a HART

Le prince Napoléon avait trouvé à Livourne le ministre de France en Toscane et le commissaire royal extraordinaire. La marche de Son Altesse impériale du port de Livourne à son quartier général fut une vraie marche triomphale à travers des rues pavoisées et enguirlandées. Il parcourut, sous une pluie de fleurs et au bruit d’acclamations universelles, la rue Saint-Jean, la place d’Armes et la rue Grande, d'où il se rendit à l'hôtel de l’Aquila-Nera. Un grand nombre de soldats d'infanterie et le 14° des chasseurs de Vincennes étaient échelonnés sur son passage ; deux escadrons de hussards étaient rangés sur la place.

Les Autrichiens pouvaient alors, d’un jour à l'autre, par les positions qu'ils occupaient, franchir aisément le défilé de l’Abetone, qui est le passage du Modénais dans la Toscane, et inonder la contrée de leurs soldats, car le général ennemi Wempffen était dans les environs avec un corps de troupes de quarante mille hommes. |

Heureusement le prince Napoléon déployait à Livourne une très-grande activité, utilisant le peu de monde qu'il avait sous ses ordres de façon à faire croire, par la manière dont il faisait manœuvrer la seconde division du cinquième corps, qu'elle était une armée. Il avait envoyé le général de brigade Cauvin du Bourguet à Pistoïa avec quelques compagnies pour garder le défilé de l’Abetone. Le 28, Son Altesse Impériale se rendit elle-même jusqu'à cette cité d’antique origine, située dans une plaine fertile, au pied des Apennins, à un mille de l'Ombrone, et flanquée de tours et de bastions, cité riche en sculptures gothiques, riche aussi en souvenirs historiques. C’est dans les montagnes qui sont au nord de Pistoïa que Catilina livra la bataille désespérée où il perdit la vie. Le lendemain, 99, le prince Napoléon allait faire en personne une reconnaissance dans les Apennins et présider à l'établissement des troupes qui allaient être chargées de la défense de cette importante position. |

Le général du Bourguet restait à San-Marcelo. Le prince Napoléon retourna à Livourne par le chemin de fer de Lucques et de Pise. Les habitant de Lucques, ne pouvant maîtriser leur enthousiasme, dès qu'ils apprirent que le prince Napoléon arrivait à la gare, s'y précipitèrent avec une {elle fougue, que toutes les barrières furent renversées. La foule criait avec une énergie caractéristique : Vive le prince Napoléon! vive le grand-duc! Cette foule était si compacte, si imprudente même dans son élan, que le train princier fut longtemps avant de pouvoir partir pour Pise. Toute la population de Lueques voulait accompagner Son Altesse Impériale. En dépit de toutes les recommandations qui furent faites, un grand nombre de Lucquois restèrent dans le train princier, qu'ils escor-

L'ITALIE ,CONFÉDÉRÉE 271 tèrent jusqu'à Pise, toujours acelamant le prince Napoléon et eriant : Vive le grand-duc! |

Rentré à Livourne, le prince Napoléon partit le 1"; juin pour Florence, où son arrivée avait été officiellement annoncée dans la proclamation suivante :

« Citoyens |

« Son Altesse Impériale le prince Napoléon, commandantle cinquième corps de l’armée française, arrivera aujourd'hui parmi nous. L'accueil hospitalier qui l'attend sera tel que le mérite le généreux défenseur de notre indépendance dans les conseils de celui qui s’en est fait le magnanime champion, et le gendre du roi guerrier qui, après dix années d'attenté, nous a enfin appelés aux combats. Vous avez déjà fraternellement accueilli les soldats de la France qui viennent venger les injures séculaires de notre patrie; saluez aujourd’hui, dans le prince Napoléon, le chef qui les mène au combat avec nous. Sous ses ordres les deux nations sœurs feront preuve d'honneur et renouvélleront cette noble confraternité d'armes qui a déjà réuni les Toscans et les Français dans les guerres gloricuses du premier Empire. L'Italie n’a jamais reçu de secours plus puissant ni plus désitéressé pour relever son antique grandeur.

« À la préfecture de Florence, le 31 mai 1859.

« Le préfet : À. Bossixr. »

Le ministre de France, le commissaire extraordinaire du rot de Sardaigne, les membres des Légations et le maire de la ville, attendaient le prince Napoléon au débarcadère du chemin de fer. Toute la population de Florence s'était portée, avec celle des campagnes, musique en têle, à sa rencontre. Les deux côtés de la route de Pise à Florence étaient littéralement couverts de piétons, de chevaux et de voitures. Toutes les belles Florentines avaient des fleurs et des bouquets, qu’elles agitaient de loin en criant : Vwe la France! vive l'Empereur! vive Victor- Emmanuel! Et, à tous ces vivats, nos soldats, oubliant leurs fatigues, répondaient par le eri de Vive l'Italie!

Les acclamations populaires accompagnèrent Lu prince Napoléon jusqu’au palais della Crocetta. Des détachements de troupes françaises ct toscanes faisaient partie du cortège, et d'autres détachements formaient la haie. Arrivé au palais, le prince Napoléon se montre au balcon, d'où il salue et remercie la population. Le soir, il se rend à la Comédie-Française, au théâtre del Cocomoro ; là, une nouvelle ovation l'attendait. Ren-

tré ensuite au palais, il adresse du balcon de belles et sages paroles à la population, insistant sur l'importance de l'union et de la concorde pour obtenir la victoire. « L’unique pensée de la T oscane, dit-il, doit être la guerre, et son seul cri : Vive l'indépendance italienne! »

Cependant, au milieu de toutes ces ovations et de toutes ces fêtes, à Livourne comme à Florence, des pensées plus sérieuses occupent constamment l'esprit du prince Napoléon. Dès son arrivée en Toscane, il avait écrit au général Ulloa que les troupes. indigènes feraient dorénavant partie du cinquième corps. Elles furent mises sous ses ordres, et l’écu de Savoie fut ajouté à leur drapeau tricolore.

Des forces considérables débarquent constamment en Toscane. À mesure qu'elles arrivent, le chef du cinquième corps s occupe de leur organisation définitive. Une colonne campe provisoirement à Florence, dans les prairies de l'ile des Cassines, pendant que le 80° régiment de ligne, un bataillon du 26° de ligne, une batterie du 14° d'artillerie, et enfin cinq cents hommes de l'infanterie de marine piémontaise, avaient été dirigés sur Pistoia, soit avant, soit après la reconnaissance de Son Altesse Impériale. Enfin, sans rien laisser transpirer de ses intentions ni des instruclions qu'il a reçues de l'Empereur, le gendre de Victor-Emmanuel Il se préparait à commencer ses opérations militaires dans l'Italie

centrale. LE | |

De son côté, le gouvernement toscan pourvoit d'une manière définitive à la direction du ministère de la guerre, en appelant à ce département le major général chevalier Paolo-Antonio Decavero. Puis les troupes prêtent serment d'obéissance à Victor-Emmanuel II, comme général en chef de l'armée italienne. Sept drapeaux, offerts par les dames des principales villes de Toscane, sont distribués aux cinq régiments d'infanterie, au régiment de grenadiers et à la cavalerie. Sur l'écharpe de chacun d'eux sont brodées les armes de la ville qui l’a donné. Le serment est prèêlé entre les mains du commissaire sarde, qui lui-même distribue les drapeaux. L’archevêque de Florence les bénit et adresse ensuite aux troupes une allocution toute patriotique. Ainsi dans toute l'Italie on associait la pensée de Dieu à la pensée de l'indépendance. ,

La Toscane tout entière s’apprètait donc à prendre sa part des dangers et des gloires de la guerre de l'mdépendance, fière d’unir l'effort de ses soldats à l'effort des soldats de la France et de les envoyer sur les champs de bataille sous la conduite du prince N apoléon, qui devait commander, avec le cinquième corps, toute la division de volontaires placée sous les ordres immédiats du général Ulloa el augmentée de l'adjonction de volontaires romagnols, ainsi que de volontaires du Modénais et du Parmesan.

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 279 La division du général Ulloa, qu’on avait appelée primitivement le corps des chasseurs des Apennins, renfermait donc des représentants de toute l'Italie centrale. C'était déjà l'unité militaire de cette portion de la Péninsule indiquant ses tendances à l'unité politique. Mais, dès ce moment, il y eut deux partis dans la Toscane. Depuis que M. Boncompagni avait pris à Florence la direction des affaires publiques en qualité de commissaire extraordinaire du roi de Sardaigne, on vit se former ce qu'on nommait dans les correspondances du jour le parti piémontais de l'annexion en opposition au parti toscan de l'autonomie. Si M. Boncompagni eût été un Florentin au lieu d'être un sujet de Victor-Emmanuel IF, il est douteux que l’on eût aussi vite oublié les sentiments qui animaient les membres du gouvernement provisoire, lorsque, tout en acceptant, tout en sollicitant le protectorat momentané du roi de Sardaigne dans l'intérêt de l'independance italienne et de la patrie commune, il stipulait cependant en faveur de l'individualité de la Toscane.

Admirablement secondé par le général Ulloa, qui, avec un trésor laissé vide par le ministre de la guerre de la dynastie de Lorraine, était cependant parvenu à couvrir toutes les dépenses que la réorganisation de l’armée toscane avait exigées, le prince Napoléon déployait une merveilleuse activité dans les dispositions générales qu’il était utile de prendre, d’abord pour la défense de l'Italie centrale, ensuite pour refouler les Autrichiens au delà des Apennins, enfin pour faire intervenir le cinquième corps avec tous les volontaires italiens du centre dans les luttes qui se RNA aux confins du Piémont et de la Lombardie.

Également préoccupée, dans son intelligente sollicitude, du bien-être du soldat, le 6 juin, Son Altesse Impériale était allée aux Cassines passer en revue la cavalerie et l'artillerie de son corps d'armée, qui y étaient campées. La population de Florence s'était portée en foule sur cette délicieuse promenade. Il était cinq heures du soir. Dès que le prince Napoléon parut, à la tête de son état-major, composé de son chef d'état-major général, de ses aides de camp, de ses officiers d'ordonnance et des officiers généraux foscans, il fut accueilli par une immense et universelle acclamation de la foule, bientôt répétée par les troupes françaises, qui, après la revue, défilèrent devant Son Altesse Impériale.

Dans la soirée du même jour, le palais de la Crocetta, occupé par le prince Napoléon, présentait l'aspect le plus animé. Les jardins de cette habitation, illuminés à giorno, en verres reflétant les couleurs nationales de France et d'Italie, offraient un coup d'œil féerique. On y voyait confondus dans une franche et étroite confraternité les officiers français, toscans et sardes. L'excellente musique de l’un des régiments français n’a

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cessé de faire entendre les plus belles partitions de nos opéras, tandis que dans toutes les allées circulaient ensemble les officiers de tout grade des armées alliées. Cette fête militaire, dont on conservera longtemps le souvenir à Florence, s'ést prolongée jusqu'à une heure du matin.

Du reste, le séjour du prince Napoléon à Florence fut une époque de fète perpétuelle et d'ordre admirable. Jamais on n’y avait vu plus de calme, plus de réserve. Sa présence produisit un excellent effet sur l’esprit de la population et le double but politique et militaire que l'Empereur s'était proposé en lui confiant cette mission, dont. il sut s'acquitter avec autant de tact que de dévouement, fut complétement réalisé.

Dans sa visite aux Cassines qui sont aux portes de Florence, le prince Napoléon avait remarqué que ces Cassines, chaudes le jour, humides la nuit, devaient être malsaines. Son Altesse Impériale s'occupa d'assurer aux troupes françaises un meilleur campement. D'accord avec les autorités, 11 les fit caserner dans des couvents et des palais, où elles reçurent l'accueil le plus cordial et le plus sympathique.

De son côté, le général Ulloa apportait la plus grande activité à compléter l'armement et l'organisation de l’armée régulière toscane, dans laquelle il faisait entrer les volontaires romagnols ainsi que tous les corps irréguliers formés spontanément au début de la guerre de l'indépendance. Ses efforts furent promptement couronnés d’un succès si complet, que le prince Napoléon, ayant visité le campement de cette armée, donna les plus grands éloges à la tenue et à l'esprit des troupes dont elle était composée, ainsi que le constate l'ordre du jour suivant :

« Officiers, sous-officiers et soldats!

« Je suis enchanté et fier en même temps de porter à votre connaissance une lettre que Son Altesse Impériale le prince Napoléon m'a adressée après m'avoir fait l'honneur de visiter avec lui les positions de la reoine

mobile à Filigare. Elle est A ss en ces termes : *

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