ARMÉE D ITALIE, CINQUIÈME CORPS
« État-mujor général.
| « Quartier général, à Florence, le 8 juin.
« Général !
« En visitant, hier, les cantonnemens de l’armée toscane sur la route de Filigare, J'ai. été frappé de la belle tenue des troupes de la première brigade commandée par le colonel Stefanelli, de leur air tnetsl et du bon esprit qui les anime.
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 281 « Veuillez leur en témoigner ma satisfaction. J'ai la ferme assurance qu'au jour du combät elles sauront faire honneur à l'Italie par leur bravoureet leur fermeté.
« Recevez, général, l'assurance de ma considération très-distinguée.
« Le prince commandant en chef le cinquième corps d'armée, « NaroLÉéon (Jérôme).
«M. le général UzLoa, commandant l'armée toscane. »
Cependant l'armée alliée marchait à la conquête de la Lombardie. Le dimanche, 5 juin, à six heures du soir, le bruit de la victoire de Magenta se répandit dans la capitale de la Toscane. Bientôt après, la dépèche qui confirmait ce bruit était partout affichée, et le prince Napoléon faisait tirer une salve de vingt et un coups de canon. Florence tout entière sortait de ses maisons; ce n’était plus de la joie, c'était du délire !
Dans les rues, la musique militaire jouait l'air national, répété par plus de dix mille voix; une manifestation spontanée s’organisait ; toute la ville était en peu d'instants illuminée comme par magie, et, à la clarté des feux, on apercevait à chaque fenêtre, à chaque balcon, les drapeaux français et italiens, ornés à l’envi de devises patriotiques. Toute la population en masse se portait au palais du prince Napoléon et l'air retentissait sans cesse des cris mille fois répétés de : Vive l'Empereur ! Vive le roi Victor-Emmanuel! Vive le Prince !
Le 8, un Te Deum solennel était célébré dans la grande cathédrale de Florence, et, dans cette magnifique basilique, un des plus beaux monuments qu'il ait été donné au génie humain de créer, l’archevèque officiait en personne. Le prince Napoléon, accompagné de son état-major, les généraux toscans, les corps d'officiers, les autorités civiles et militaires, françaises, toscanes, sardes, y assistaient. Les réjouissances publiques continuaient au dehors ; tout le monde était aux fenêtres ou dans la rue ; à la nuit, des milliers de torches s’allumaient comme par enchantement, et, de même que l’avant-veille, aux balcons de chaque maison flottaient les drapeaux aux couleurs nationales de FItalie et de la France.
Enfin, la municipalité de Florence adressait à l'Empereur et au Roi des adresses de remerciments et de félicitations, à l'occasion de la brillante victoire qu'ils venaient de remporter, et les bureaux étaient encombrés par une foule impatiente de prendre part à cette manifestation nationale, pendant que les soldats français et toscans s’irritaient de rester éloignés du théâtre de la guerre. Mais les ordres formels de l'Empereur les enchainalent en Toscane. |
Cependant le prince Napoléon utilisait son séjour à Florence en faisant
marcher de front les travaux de défense avec l’organisation des troupes. Toute son attention se porte d’abord sur Livourne, qu'il fallait protéger du eûté de la terre. |
Une muraille d'enceinte, cinq forts et le réseau de canaux qui sillonnent la ville devaient faciliter ce travail important, qui pouvait permettre d'abandonner à ses propres forces la base de l’armée opérant en TFoseane.
Un ingénieur militaire français était chargé de la direction des travaux, et un officier d'artillerie de notre état-major, de l'armement.
Livourne, on le sait, est pour la Toscane un port de premier ordre, qui assurait aux alliés un débouché des plus faciles au centre de la Péninsule, déjà sillonnée par un réseau de chemins de fer partant de la ville.
Livourne n'était, au quinzième siècle, qu'un bourg de la république de Pise : ce bourg, une fois sous la domination florentine, devint bientôt une ville de trente mille âmes, entourée d’une enceinte fortifiée. L'enceinte elle-même ne tarda pas à être insuffisante pour contenir une population qui allait en augmentant chaque jour : grâce à ces accroissements, la ville fut en quelques années un port de commerce qui, au seizième siècle, achevait, par l'importance qu'il avait prise, la perte de celui de Pise.
Au commencement du dix-septième siècle, Côme Il construisit le môle de l'ancien port, d'un développement de cinq cent vingt-cinq mètres, avec une encemte abritée de vingt-deux hectares. Mais les fonds, qui n’a. vaient que cinq mètres à peine, élaient insuffisants, et de plus les vents du nord et de l’ouest, ne rencontrant : à leur action aucun obstacle, ôtaient au port toute sécurité.
C'est dans ces circonstances que furent entrepris, en 1853, les travaux actuels du nouveau port, sous la direction d’un ingénieur français, M. Poirel, directeur des premiers travaux du port d'Alger. Aujourd'hui, deux mai môles, de seize cents mètres environ de développement, donnent un abri sûr aux bâtiments de toute grandeur. Huit millions ont déja été dépensés à cet important travail.
C’est à Livourne que s'était installé le service central de santé du cinquième corps; c'est là qu'était également la base des opérations de ce COrPS.
Cependant l'heure de marcher était enfin venue : le 12 juin, en se réveillant, la ville de Florence cherchait vainement ce qu'était devenue l'infanterie française. La division Ulrich s'était de bonne heure mise en route pour Pistoïa, avec son artillerie. Le 15, c'était le tour de la cavalerie. Avec elle partaient les gendarmes ou guides toscans du général Ulloa. Presque simultanément, les volontaires romagnols du général Mezza-Capo
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 983 recevaient l'ordre de se mettre en route. Bientôt il ne restait plus à Florence que le régiment de gendarmerie à pied de la Toscane, magnilique corps, parfaitement organisé, et fort de près de deux mille hommes. Le cinquième corps opérait, en avant et à gauche, un mouvement qui le rapprochait à la fois du Pô et des ports de la Spezzia et d'Avenza. Avenza, situé vers le débouché du torrent de Carrione, au sud de la Spezzia, n’est pas un port proprement dit, mais un simple embareadère pour les marchandises de Carrare. C’est là, néanmoins, qu'allaient être débarqués des approvisionnements et des troupes SV de Livourne et de Pistoïa.
Le 16 juin, à deux heures, lé prince Napoléon partait de Florence par le chemin de fer. À trois heures, il arrivait à Lucques, après s'être de nouveau arrèté quelques instants à Pistoïa. Tout le long du parcours, les populations des campagnes baltaient des mains et poussaient des exclamalions, en agitant des drapeaux aux couleurs de France et d'Italie.
Cette fois encore la réception la plus brillante l'attendait au débarcadère. Les autorités de la ville et lé consul de France étaient accourus à sa rencontre. La ville tout entière était pavoisée. Des inscriptions en italien et en français, à la gloire de nos armées et à celle de l’empereur Napoléon, ornaïent les fenêtres, les portes et les maisons.
Ce fut sous une véritable pluie de fleurs et de couronnes que Son Altesse Impériale et sa suite, ainsi que les officiers de l'état-major général, traversèrent la partie de la ville qui du chemin de fer mène à la place du palais Ducal. Tout était préparé pour une de ces splendides illuminations dont l'Italie a le secret, et Lucques présentait le soir an aspect vraiment féerique. Des fleurs jonchaient le sol des rues, le canon grondait, les cloches sonnaient à toutes volées, et à l'entrée du palais stationnait une foule compacte, acclamant le prince Napoléon chaque fois qu'elle pouvait l’entrevoir. |
À dix heures, c'était le tour de nos troupes de se voir acclamées et fêtées. Pendant deux jours, l'enthousiasme fut le même : à mesure que nos soldats entraient dans la ville, la population accourait sur leur passage; les jeunes gens se disputaient à qui porterait leurs effets, les femmes leur distribuaient des bouquets et des couronnes, et l'air retentissait des cris mille rois gs de : Vive la France! Vive Napoléon! Vive l'Italie! |
Le 18 juin, le général Ulloa annonçait en ces termes à son armée que le moment était venu pour elle de se mettre en marche pour aller prendre sa part de gloire dans les événements qui se préparaient, et que la campagne était ouverte : UE
« Officiers, sous-officiers et soldats!
« Nos vœux sont comblés ; je vous mène affronter l'ennemi. Quand on voulut faire de vous l’aveugle instrument de l'Autriche, vous avez dédaigné cette vile condition, et, répondant à la voix qui vous appelait sous le drapeau italien, avec une merveilleuse unanimité, vous vous êtes levés {ous comme un seul homme, criant : Vive l'Italie!
«Qui, soldats, vive l'Italie! mais, pour que l'Italie vive, il faudra chasser l’Autrichien qui la foule encore. Il sera mis en fuite si vous savez combattre sans peur, avec la ferme résolution de vaincre ou de mourir. Soldats! je suis sûr de votre courage et de votre discipline, et je compte que vous rivaliserez avec vos frères du Piémont, avec vos amis de France. Le combat est proche. La victoire est assurée. En avant donc, l'Italie nous regarde. Vive l'Italie ! Vive Victor-Emmanuel ! Vive Napoléon ! »
Ce même jour, 18 juin, l'avant-garde du cinquième corps était à Vassa, dans le duché de Modène. Le 21, lé passage des Apennins était effectué, et l'état-major général du prince Napoléon arrivait le 25 à Boscetto, et le 24 à Formoso; le 25, il entrait à Parme, où, le lendemain, 26, se trouvaient concentrées la division toscane, la division Ulrich, toute la cavalerie de cette division, toute l'artillerie du cinquième corps, se concertant alors pour rejoindre, à l'extrême droite, les forces alliées, et prendre les Autrichiens en flanc.
On sait que, dans les deux duchés de Modène et de Parme, que les troupes placées sous le commandement supérieur du prince Napoléon avaient à traverser pour aller retrouver le gros de l’armée alliée en sortant de la Toscane, des révolutions s'étaient accomplies depuis l'état de guerre, qui avaient également placé toute la contrée sous le protectorat dictatorial du roi de Sardaigne.
Le duché de Parme, tel qu'il était récemment bohstities comprenait aussi le duché de Plaisance. La destinée de ces deux cités est commune à celle de toutes les villes de la Ligurie, dont elles ont fait origmairement partie. Gouvernée par les Romains, puis par les Lombards, toute la contrée fut un instant soumise à Charlemagne, qui la donna au samt-siêge. Mais, à la faveur des luttes de l'empire et de la papauté, les deux cités principales élevées dans cette portion de l'Italie, Parme et Plaisance, se conslituèrent en républiques. |
Au quinzième siècle, Parme et Plaisance tombaient sous le joug du pape J Jules Il. Après le ponüficat de ce prêtre soldat, les Français et les Espagnols s'en disputèrent la possession. Mais n1 les uns mi les autres ne
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 285 parvinrent à s y maintenir. En 1545, le pape Paul INT en fit deux duchés qu'il donna à son fils naturel, Louis Farnèse, qui fut la souche d'une famille princière. Cette famille a régné sur Parme et Plaisance jusqu'en 1791.
On sait que le dernier prince de cette dynastie, François Farnèse, avait marié, en 1715, sa nièce Élisabeth à Philippe V, premier roi d'Espagne de la maison de Bourbon. En vertu du traité de la quadruple alliance, signé à Londres le 2 août 4718, don Carlos, fils de Philippe et d'Élisabeth, devint l'héritier de son gränd-oncle François Farnèse, et fut nommé duc de Parme et de Plaisance.
Ce même prince devint plus tard roi des Deux-KSiciles. Alors, sur les représentations de l'Autriche, il fut obligé de céder les deux duchés de Parme et de Plaisance, accrus du duché de Guastalla, à son frère, don Philippe. Ce prince transmit la souveraineté de ces trois duchés à son fils Ferdinand, qui en fut dépossédé par la France en 1801. C'est alors que, pour l'en dédommager, Napoléon 1”, qui-n'était encore que premier consul, institua à son profit l’éphémère royaume d'Étrurie. Il mourut en 1802.
Les duchés de Parme et de Plaisance firent partie du royaume d'Italie, pendant toute la durée du premier Empire, et, à ce litre, se trouvèrent, de fait, incorporés à la France. En 1815, on les donna à l'Impératrice déchue, Marie-Louise, qui devait en laisser la survivance au fils qu'elle avait eu de V Empereur caplif, le duc de Reichstadt. Mais de nouvelles conventions,
ignées en 1847 à Paris, stipulèrent que ces deux duchés passeraient, pate la mort de l'Impératrice déchue Marie-Louise, à l'infante d'Espagne Marie-Louise, alors duchesse de Lucques, el feraient ainsi retour à la maison de Bourbon.
Dans celte nouvelle situation, le duché de Lucques devait revenir au grand-duc de Toscane, le jour où l'infante Marie-Louise prendrait possession des duchés de Parme et de Plaisance, en vertu des anciens droits de sa famille sur ces mêmes duchés. En effet, Impératrice déchue, Marie- Louise, étant morte en 1847, ce fut, non pas l'infante Marie-Louise, mais son fils, Charles-Louis de Bourbon, duc de Lucques, dit Charles If, qui devint duc de Parme et de Plaisance, abandonnant le duché de Lucques à la Toscane, dont il fait aujourd'hui partie. La succession de ces terriloires se trouvait donc, au moment où à éclaté la guerre d'Italie, encore régie par les traditions du traité de la quadruple alliance de 1817, puisque le due Robert [”, qui appartient à la branche des Bourbons d'Fspagne, est le petit-fils de ce même Charles I]. C’est en son nom que sa mère, Louise de Bourbon, fille du duc et de la duchesse E Berri, gou-
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vernait alors les duchés de Parme et de Plaisance, à titre de régente.
Du reste, les duchés de Parme et de Plaisance ne comptent pas cinq cent mille habitants, et leur armée, quand elle est mise sur le pied de guerre, est à peine de quatre mille hommes.
Voici maintenant le récit sommaire des faits dont cette partie de l'Italie avait été le théâtre depuis que l'épée avait été tirée du fourreau.
Le 2 mai, la Gazette de Parme publiait la proclamation suivante :
« Nous, Louise-Marie de Bourbon, répérite pour le duc Robert 1° des États de Parme ;
« Attendu qu’en agissant dans des vues d'humanité les grandes puissances ne sont pas encore parvenues à réunir un Congrès européen dans lequel on ait à étudier et à aplanir par des concessions raisonnables et de sages mesures les difficultés survenues, et que, si près de nos États royaux, la guerre est allumée, nos devoirs de mère nous imposent de mettre en sûreté, contre les éventualités de la guerre, nos enfants bien-aimés : en conséquence, nous avons dû prendre la détermination de nous éloigncr momentanément de l’État, constituant, comme nous constituons en commission gouvernementale, nos ministres, afin que, durant notre absence, ils gouvernent et administrent l'État au nom du due Robert 1°, avec tous nos pouvoirs, conformément aux lois et formes établies, et suivant, au besoin, les instructions spéciales que nous leur avons données pour les circonstances extraordinaires. Dans l'espérance de reprendre bientôt en personne l'exercice de notre régence, nous faisons des vœux ardents et sincères pour que ce bien-aimé pays soit préservé de toute calamité, et que la douceur des sentiments et les conseils de la raison dominent les esprits.
« Donné à notre résidence ducale de Parme, le 1° mai 1859.
« Louise .»
En présence d'une manifestation des officiers, qui, au nom de la troupe, demandaient à se réunir à l'armée piémontaise, la duchesse de Parme croyait devoir quitter le pays; elle partait en nommant un conseil de régence composé de ses ministres. Le même jour ceux ci se retiraient, et cédaient la place à un gouvernement provisoire.
Mais les troupes restées fidèles à leur souveraine reprenaient bientôt l'offensive; le colonel commandant l'armée ducale intimait à la junte pro-. visoire l’ordre de se dissoudre, et dès le lendemain la commission nommée par la régente reprenait l'exercice de ses fonctions.
Mieux inspirée et ayant d’ailleurs trouvé en Suisse pour son fils un hide
honorable et sûr, la duchesse de Parme venait reprendre la direction des affaires publiques. Le 5 mai, cinq jours après son Rue elle annonçait son retour en ces termes :
«Les désordres du premier jour de ce mois, bien qu’accomplis contre la volonté de l'immense majorité des citoyens fidèles, lesquels expriment rarement leurs loyales et excellentes intentions au dehors de leurs propres foyers, n’ont que trop justifié ma prévoyance maternelle pour. protéger la sûreté de mes fils bien-aimés.
« Mais les sentiments de fidélité qui ont été manifestés par les troupes ducales dans le rapide renversement de l'autorité illégitime et intruse ayant rendu le pouvoir à ma commission de gouvernement, d'accord avec le suffrage unanime des autorités constituées, de la municipalité et des plus notables habitants du pays, et un vœu ardent pour mon retour ayant été unanimement exprimé, je me sus immédiatement rendue au milieu de vous pour reprendre l'exercice de la régence.
«Et maintenant je me confie avec courage et assurance à la loyauté des troupes et de la population, demeurant dans cette attitude d'expectative qui est pour nous de nécessité absolue. Gette attitude, qui m'est permise par le véritable esprit des traités, doit être la meilleure sauvegarde du pays, la justice et la courtoisie des puissances belligérantes ne souffrant pas qu'on s'attaque à qui n'attaque pas el à qui accomplit son devoir en maintenant l’ordre jusqu’à ee que la sagesse de l'Europe ait pris les résolutions qui sauront ramener et rétablir la paix d'une façon permapente, » |
Cette noble résolution ne devait malheureusement pas être de longue durée. Une fois encore la duchesse de Parme faiblit sous la tâche qu'elle s'était imposée; elle trouva trop lourd, dans les circonstances actuelles, ce fardeau du gouvernement qu’elle était venue reprendre.
Quatre jours après la bataille de Magenta, le 8 juin, le commandant de la forteresse de Plaisance, envoyant à Louise de Bourbon un courrier porteur d'une importante dépêche, informait la duchesse que des ordres supérieurs lui enjoignaient d'évacuer avec toutes ses forces la ville et la citadelle. Il l'engageait done à se rendre en toute hâte à Vienne par Vérone et Mantoue, à l'effet de pourvoir à sa sûreté personnelle.
: Vivement émue de cette communication, la régente donne pendant une heure un libre cours à ses larmes; mais bientôt, se rappelant qu'elle est princesse et Française et qu’elle descend de cette famille de rois Si éprouvée par les vicissitudes humaines, elle retrouve tout son sang-froid pour arrêter et prescrire les dispositions du départ. Elle mande le syndic de
Parme et le directeur de la police, autorise la municipalité à s’adjomdre trente personnes des plus. notables du pays pour aviser aux mesures les plus pressantes, délie les troupes de leur serment de fidélité et adresse au peuple la proc hon suivante, empreinte à la fois de tristesse et de modération :
« J'appelle l'histoire et vous tous, habitants de l'État, en témoignagne des actes du gouvernement de ma régence. | |
« Les idées les plus ferventes, les plus flatteuses pour les esprits italiens, sont venues se joindre, sous ma régence, aux progrès pacifiques et sagement libéraux vers lesquels tous mes soins étaient tournés; mais les événements qui se passent en ce moment m'ont placée entre deux exigences contraires : prendre part à une guerre de nationalité, ou ne pas agir contre les conventions auxquelles surtout le duché de Plaisance et l'Etat entier étaient déjà soumis longtemps avant que je prisse les rênes du gouvernement.
«Je ne dois pas m'opposer au vœu public de l'Italie, ni manquer à la loyauté ; par conséquent, ne jugeant plus possible de garder une situation neutre, que semblaient pourtant conseiller les conditions exceptionnelles faites, par les traités, au duché de Parme, je cède aux événements qui ont le dessus (cedo agli eventi che premono), recommandant à la municipalité de Parme la nomination d’une commission de gouvernement, pour préserver l'ordre, les personnes et les propriétés, pourvoir à l'administration publique, assigner aux troupes royales une destination convenable, et enfin pour tous les autres objets que réclameront les circonstances.
« Je me retire en pays neutre, auprès de mes fils bien-aimés, dont je réserve expressément tous les droits, que je confie d’ailleurs à la justice des grandes puissances et à la protection de Dieu.
« Bonnes populations de toutes les communes du duché, aujourd’hui et toujours je garde de vous en mon cœur un souvenir reconnaissant.
« Parme, le 9 juin 1859.
« Louise, régente. »
La duchesse de Parme partit ensuite en chaise de poste pour se rendre, non à Vieune, où elle refusa formellement de chercher un asile, mais pour la Suisse, où elle allait retrouver:son fils, le jeune duc Robert I”. Ce fut au milieu d'un profond et respectueux silence qu’elle quitta de nouveau la
capitale de ses Etats, s'éloignant avec dignité, sans aucune manifestation ni de dépit ni de colère.
Le 12 juin, la municipalité de Parme envoyait auprès du roi Victor-
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 289 Emmanuel IT une députation choïsie dans son sein afin de lui renouveler la formelle expression du vœu proclamé en 1848 pour l'union de cet État au royaume sarde. Ici les dispositions et les manifestations de la première heure, celles qui sont les plus vraies parce qu’elles sont les plus spontanées, ne sont déjà plus les mêmes qu'à Florence ; on n’y parle pas d’autonomie, mais d'annexion. C'est que l'intérêt n’était plus le même ; c'est que la situation n’est pas la même. A raison de son passé, de ses tradilions, de ses habitudes, de sa gloire, de tout ce qui a fait sa vie, de tout ce qui est dans son sang, Florence ne peut renoncer à l'autonomie, tandis que Parme est tellement enclavé dans la sphère d'action du Piémont, qu'aller à lui c’est aller à sa source naturelle : c’est une branche un instant séparée qui se rattache au tronc. Voici, au surplus, en quels termes la résolution de la municipalité parmesane fut annoncée :
« Habitants!
« Un ordre de choses nouveau est inauguré à Parme; hier, la municipalité, renouvelant par un acte solennel l'annexion de Parme au royaume sarde, décrétée en 1848, a envoyé une députation pour exprimer au roi Victor-Emmanuel II les vœux du pays.
«En attendant, la commission de gouvernement, à raison du mandat temporaire dont elle est investie, ne peut pas prendre de dispositions d’un caractère défmitif ; elle doit restreindre son action à ce qui est nécessaire pour le maintien de la sûreté de l'ordre et pour préparer l’avénement du nouveau gouvernement.
« Dans cette mission grave et difficile, la commission de gouvernement a la consolation de se voir aidée avec empressement et courage par la commission de sûreté et de défense, par les corps de la garde nalionale, des gendarmes et des douaniers, enfin par la majeure partie des habilants et même par ceux d’entre eux qui, pour servir leur pays, ont abandonné le travail qui les faisait vivre.
« En louant la conduite et la coopération des hons citoyens, elle assure que ceux qui se rendront coupables à l'égard du pays seront soumis à la rigueur des lois. |
« Que le pays ait confiance dans la commission de gouvernement, désireuse uniquement du maintien de l'ordre et de la tranquillité, afin de pouvoir dire à celui que le roi Victor-Emmanuel IT enverra pour le représenter : Parme est la digne fille de cette Italie à qu Dieu a prodigué les grandeurs et les infortunes.
« Parme, le 12 juin 1859.
« Signé : CanTELu, BRuxi, Anwant, »
290 L'ITALIE CONFÉDÉREE
Le premier acte de la municipalité avait été d’instituer la garde natiopale et de l’organiser suivant les lois et les dispositions en vigueur dans les États sardes. La population s’associa avec un vif enthousiasme aux espérances de la nationalité italienne ; les succès des alliés remplissaient tous les cœurs de joie, et le drapeau italien, avec la croix de Savoie, dé pleyait ses couleurs sur la principale tour de la citadelle.
Plaisance, que les Autrichiens venaient d'évacuer précipitamment, suivit avec empressement l'exemple de Parme. Là aussi la municipalité publiait une proclamation favorable à l'annexion. En voici les termes :
« Plaisance et son duché, en 1848, appelés à délibérer sur leur gouvernement politique, ont acclamé à l'unanimité leur annexion au Piémont sous la dynastie de Savoie. Les armes autrichiennes, en 1849, ont imposé à ce pays un gouvernement contraire à nos VŒux, et elles l'ont soutenu jusqu'au Jour où les de 0 autrichiennes ont abandonné notre ville. | |
« La force étrangère imposante qui nous tenait à l'écart dé gouvernemént piémontais n’existant plus, Plaisance et le duché rentrent aujourd'hui sous le gouvernement de Victor-Emmanuel IF, de ce roi qui, par sa loyauté et sa valeur, a acquis tant de droits au dévouement et à l'affection des Italiens.
« Habitants de Plaisance !
« Notre perpétuel ennemi, l'oppresseur de Tftalie, mis en déroute ct en fuite dans plusieurs combats rapides par les armées italico-françaises, braves et invincibles, a abandonné Plaisance, détruisant les nombreux forts qu’il y avait récemment élevés. Plaisance est hbre et renoue aujourd'hui le pacte qu'avec l’admirable et universelle assistance de tous, Plaisance, la première entre les autres villes de l'Italie, avait provoqué et conclu avec l’illustre martyr de l'indépendance italienne, avec le magnanime Charles-Albert de sainte mémoire.
« La municipalité, représentant naturel du peuple, après s'être adjoint de nombreux citoyens, a proclamé à l'unanimité le pacte, et elle a élu une commission provisoire de gouvernement qui se compose des avocats Giuseppe et Manfredi, du marquis Giuseppe Mischi et Fabrizio Gavardi. Cette commission gouvernera la ville et le duché de Plaisance jusqu’à l’arrivée parmi nous du commissaire du roi italien qui, avec le généreux Napo- Jéon HE, soutient sur le territoire lombard la dernière guerre de l'indépendance nationale.
« Habitants ! l'attitude digne et calme que vous avez tenue aux jours
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 291 du malheur vous honore! Vous serez fidèles à vous-mêmes, aujourd’hui qu'a cessé la compression, et, tandis que vos fils continueront de soutenir les fatigues et les périls de la guerre, tout bon citoyen sera dépositaire de l'honneur du pays. | Vive Victor-Emmanuel! Vive Napoléon IH! Vive l'Italie! Vive la France ! vivent les nations sœurs!
« A la mairie, le 10 juin 1859.
« Pour le maire, l'adjoint : G. AncuissoLa. »
Le lendemain, la commission provisoire de gouvernement prenait à son {our la parole en ces termes :
« Concitoyens |!
« L'usurpation et la domination ont cessé. En vertu du vote unanime et spontané, nous sommes réunis de nouveau au royaume dont nos cœurs ne furent jamais séparés pendant les onze années qu'a dominé la force. Le roi magnanime, le premier soldat de la brave armée de l'indépendance italienne est aujourd’hui notre monarque : notre drapeau est le drapeau national. |
« Concitoyens! en prenant au nom du roi Victor-Emmanuel IT le gouvernement de ce duché, jusqu’à l'arrivée parmi nous du commissaire royal, au milieu des difficultés de la mission dont vous nous avez honorés, nous avons la consolation de voir que la concorde, la dignité et la sagesse de toutes les classes sont bien adaptées à la haute idée de nationalité et dignes des jours solennels où l'Italie accomplit sa délivrance. Fermes en ces principes sublimes de liberté et d'ordre, de vertus et de gloire, échangeons tous ce salut : Vive Victor-Emmanuel, notre roi! Vive l'Italie !
« Plaisance, 11 juin 1859.
« Maxrreni, Miscui, Gavarpr. »
On vient de le voir, la duchesse de Parme n'avait pas eu le courage d’embrasser résoliment la cause de l'indépendance italienne. Cependant elle n'avait pas non plus pris les armes contre celte cause; elle n'était pas assez l’ennemie de l'Autriche, elle n’en était pourtant pas l’esclave. Mais il n’en était pas de même du due de Modène, François V, archiduc d'Autriche, qui du reste tient ses droits de la cour de Vienne.
Fondé par les étrangers, devenu plus tard colonie romaine, ravagé par les Goths et par les Lombards, possédé tour à tour par les papes et les
Vénitiens, par les ducs de Milan et les ducs de Mantoue, constitué enfin en république, dans les premières années du treizième siècle, l'Étatde Modène se donna librement, pour échapper à la suprématie de Bologne, au seigneur de Ferrare, Obizzon d'Este. C'est ainsi que le territoire qui est aujourd'hui le duché de Modène passa sous la souveraineté de l'illustre maison d'Este, récemment éteinte, après six siècles de règne.
Les seigneuries de Modène et de Ferrare restèrent unies jusque vers la fin du seizième siècle. À cette époque la maison d'Este perdit celle de Ferrare, mais conserva celle de Modène, qui avait été érigée en duché par Frédéric HF, empereur d’Allemagne,len faveur de Borso, fils naturel de Nicolas IL. La seigneurie de Ferrare avait également été érigée en duché, quelques années plus tard, par le pape Paul IF, en faveur de ce même prince qui allait disparaître de ce monde.
Ce fut le pape Clément II qui réunit le duché de Ferrare aux États de l'Église. César d'Este était alors duc de Modène et de Ferrare. Dépouillé de la moitié de ses possessions, il est le vrai fondateur de la maison des ducs de Modène, appartenant à la race des anciens princes d'Este. Deux de ses prédécesseurs avaient porté le nom d’Alphonse : le premier fut l'époux de Lucrèce Borgia; le second fit emprisonner le Tasse.
César d’Este eut d'abord des successeurs attachés à la cause de la France. Ainsi plusieurs d’entre eux commandèrent nos troupes en Italie: d'autres y dirigèrent les opérations des soldats espagnols, alors que les maisons de Bourbon qui régnaient à Paris, à Naples et à Madrid y faisaient cause commune. ;
Mais il n’en fut pas toujours ainsi. François III, qui avait exercé les fonctions de généralissime des armées espagnoles, perdit son duché par les chances de la guerre. Il le recouvra cependant à la paix d’Aix-la-Chapelle. Seulement, soit nécessité, soit versatilité, cinq ans après cette paix, le 11 mai 1755, il conclut à Vienne, avec l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, un traité secret en vertu duquel la réversibilité du duché de Nodène était assurée à la maison de Habsbourg en cas d'extinction de la maison d' Este. |
Ce traité étant le point de départ des prétentions de François V, il importe d'en faire connaître les dispositions générales. Tout d'abord on y constatait que l'intention formelle du due régnant de Modène était que la maison de Habsbourg devint l'héritière de la maison d'Este, dans le cas où la descendance masculine de cette dernière famille viendrait à s'éteindre. | + Or n’élait-il pas exorbitant qu'un prince italien, qui n’était souverain de Modène que parce qu'il était prince italien, disposât avec celte facilité
d'un territoire italien pour le donner, de sa propre autorité, avec les habitants qui s'y trouvaient, à une puissance allemande, à une puissance Cnnemie? Modène, en se plaçant sous: la protection de la maison d'Este, s'était confié à des princes de son sol et non à des princes qui lui étaient étrangers par la race et par l'origine, comme par la langue et par le c ractère.
Quoi qu'il en soit, François HI avait un fils, Hercule HI; mais ce fils n'avait qu'une fille. On prévoyait que la descendance masculine de la — maison d'Este allait s’éteindre. Ce fut cette prévision qui moliva le traité secret du 414 mai 4753. Cette fille fut destinée, avant l’âge, à l'archidue d'Autriche Pierre-Léopold, second fils de l'impératrice Marie-Thérèse. Mais ce mariage ne put se conclure. La fille d'Hercule HH, la petite-fille de François I, au lieu d'épouser le second fils de Marie-Thérèse, épousa le troisième fils de cette souveraine. Celui-ci élait l’archiduc Ferdinand.
D'après les termes du traité sécret du 11 mai 1755, cet archiduc devait succéder, dans le duché de Modène, à Hercule IE, sous le nom de Ferdinand I". Voilà comment, par une convention secrète, conclue en haine de la France et à l'insu de l'Italie, une branche de la maison de Habsbourg allait être appelée un jour à posséder le duché de Modène, dont la population ne songeait certes pas à devenir autrichienne ou allemande, quand elle se jetait dans les bras d'un prince d'Este. Hercule JE avait épousé l'héritière des duchés de Massa et de Carrara, qui vinrent accroilre les possessions de la maison d'Este, dévolues à la maison de Habsbourg.
Toutefois l'archiduc Ferdinand ne porta que nominativement, sous le nom de Ferdinand I, le titre de duc de Modène, qu'il tenait du chef de sa femme, fille d'Hercule HI, dernier prince de la maison d'Este. En effet, de 1797 à 1814, le duché de Modène appartint successivement à la république cisalpine et à l'empire français.
Le fils de Ferdinand [°’, mort en 1806, prit le nom de François IV. Les événements de 1814 lui rendirent le duché de Modène, accru, du chef de son aïeule, des duchés de Massa et de Carrara el augmenté, par le congrès de Vienne, du territoire de Guastalla, ancien fief de la célèbre maison des princes de Gonzague. Ce François IV est le père de François V, le plus fidèle allié de l'Autriche, le plus décidé des ennemis de la France.
Dès l’origine de la guerre, le gouvernement piémontais déclarait qu'il se regardait comme étant en état de guerre avec François V. Le Messager de Modène, journal officiel du duché, accablait tous les jours d'insulles Victor-Emmanuel II et son gouvernement, el d'ailleurs le maintien de stipulations, qui de la part du duc de Modène étaient une véritable alicnation de sa souveraineté en faveur de l'Autriche, le libre passage octroyé
aux {troupes autrichiennes, constituaient des actes d'inimitié ouverte qui justifiaient suffisamment la déclaration de guerre du Piémont. Aussi, quand les soldats d'Este vinrent menacer Carrare et Massa, qui spontanément et sans aucune collision s'étaient prononcées pour la cause nalionaie, le commissaire, sarde s’empressa de requérir l'assistance des troupes tosçcanes, et le général Ulloa envoya de ce côté deux compagnies de renfort et deux pièces d'artillerie. Fortes de cet appui, Massa et Carrare proclamèrent la dictature de Victor-Emmanuel If: le gouvernement piémontais les prit alors sous sa protection. Deux commissaires extraordinaires furent provisoirement chargés d'administrer ces deux villes: le 20 mai, l'ordre. étant rétabli et la révolution définitivement assise, ces commissaires transmirent leurs pouvoirs au représentant régulier de la Sardaigne. En remettant le gouvernement entre ses mains, ils adressèrent aux habitants cette proclamation : |
« En prenant congé de vous, nous avons besoin de vous remercier de la coopération que vous nous avez donnée dans la difficile mission qui nous avait été confiée. Nous avons traversé ensemble des jours de crise et d’alar: mes sans avoir à déplorer aucun désordre, La tranquillité publique n’a pas été troublée ; la propriété et les personnes ont été respectées. Vous n'avez pas abusé de la victoire : généreux vis-à-vis de ceux qui étaient tombés, vous n'avez pas contristé par des vengeances les jours de notre renaissance. Lorsque l'ennemi nous a menacés, vous avez couru spontanément à la défense du pays; impatients de vous mesurer avec lui, vous êtes allés à sa rencontre. Votre attitude prouve que vous êtes dignes de l’heureux avenir {ue vous prépare le gouvernement du roi.
« Vive le roi Victor-Emmanuel H ! Vive l'Italie ! »
Cependant, saisi du même vertige qui avait poussé le duc de Toscane à quitter ses États, et qui, à deux reprises différentes, avait entrainé esprit plus ferme cependant de la duchesse Louise de Bourbon, se sentant peutêtre dans son duché moins encore en sûreté que ces deux monarques ne l’étaient dans les leurs, parce qu'il avait plus qu'eux pactisé avec l'Autriche, et qu’avecelle il avait pesé sur l'Italie, François V résolut, lui aussi, de s'éloigner de Modène; avant de partir, il nomma une commission qui devait gouverner.en son lieu et place, et lui rendre intact à son retour le pouvoir qu'il lui confiait. Les événements devaient en décider autrement,
Le 12 jum, un corps autrichien quittant Bologne, arrivait à Modène et semblait s'entourer d'un profond mystère. Mais bientôt.on apprit que ce corps était le dernier débris des armées autrichiennes qui avaient occupé les duchés et les légations, et qu'il n'apparaissait à Modène que pour rallier la garnison et opérer sa retraite.
Ce bruit devint bientôt une certitude. Ce fut comme le signal d’une explosion : après le premier moment donné à la joie, on n'eut plus qu’une pensée, celle de couper la route de Broscello aux Autrichiens, qui toutefois ne laissèrent pas le temps aux Modénois de la réaliser, dès le lendemain matin ils évacuèrent la ville en toute hâte. La population n'avait pas attendu leur départ pour arborer le drapeau tricolore sur tous les monuments et pour se décorer de cocardes italiennes. Les derniers Croates n'avaient pas franchi les portes de Modène, que les cloches sonnaïent, à toutes volées, en signe d'allégresse publique.
Deux heures après, une réunion de plus de mille jeunes gens appartenant aux premières familles de la cité, et auxquels ne tarda point à se joindre la population tout entière, se rendait au palais ducal, où siégeait la régence. Les membres de cette régence crurent devoir se dissoudre sans retard, pour prévenir quelque conflit regrettable.
La foule se porta ensuite au palais communal, où elle proclama comme chefs du: nouveau gouvernement MM. Giuseppe Tivelli, Pietro Muratori, Emilio Nardi, Giovanni Montanovi et Egidio Boni. Ces citoyens
honorables, élus par le peuple, prenaient à midi les rênes du gouverne-
ment de la ville, et se substituaient aux municipes, es s'étaient rendu justice eux-mêmes.
Là aussi, le premier acte du nouveau pouvoir fut d'instituer une garde nationale et de procéder à son armement. Puis une députation partit pour le quartier général du roi de Sardaigne, afin de lui offrir l'annexion du duché à sa couronne. Desregistres étaient ouverts au palaismunicipal pour les volontaires désireux de prendre part à la guerre de l'indépendance : ceux-là étaient nombreux encore, bien que la jeunesse modénoise, bravant tous es obstacles que pouvait lui créer le gouvernement de Françcois V, eût déjà payé largement son tribut de Da 2 à la cause ita- Henne.
Le 15 juin, le journal officiel de Modène portait en tête la croix de Savoie et annonçait que la régence laissée par François V ayant été renversée, la municipalité avait promis aux habitants la prochaine arrivée d’un commissaire sarde, dont une députalion était allée au camp de l'armée alliée demander l'envoi avec instance, En effet, Louis Zini, avocat, vint à Modène avec ce titre, précédant de quelques heures l'entrée d'un corps d'armée sarde. Mais bientôt la situation dé Parme et de Modène fut ré- gularisée d’une manière uniforme. Le cabinét de Turin envoya M. Farini, député, dans les États de Modène, et M. le comte Pallieri, dans les États de Parme, chacun avec le titre de gouverneur administrant au nom du roi de Sardaigne.
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