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Le corps de troupes du prince Napoléon s'était donc trouvé en pays ami, lorsqu'il avait traversé le duché de Modène pour se réunir à Parme, où le premier soin de son chef avait été de se mettre en eg avec le és d'Autemarre.
Ce général, qui avait été détaché, on se le rappelle, du cinquième corps dont sa division faisait partie, avait occupé Crémonce pendant la bataille de Solferino et s’était porté sur Piadena, dans la nuit du 25 au 26, afin de couvrir la droite de la grande armée et de protéger le passage du Pô par le prince Napoléon, passage qui devait être effectué à la hauteur de Casal Maggiore. C’est à ce moment-là que la première nouvelle.de la bataille de Solferino parvint à l'état-major du cinquième corps ; l'issue en était si imparfaitement connue, qu'après avoir rejoint le général d’Autemarre à Piadena, dans la matinée du 26 juin, Son Altesse Impériale dépècha le colonel de Franconnière, son premier aide de camp, au quartier général de l'Empereur, pour s'informer des résultats de la grande bataille qui venait de se livrer, ét prendre les ordres de Sa Majesté.
Le soir même, le colonel de Franconnière était de retour à Parme, et transmettait à Son Altesse Impériale l'ordre, si longtemps désiré, de réunir le cinquième corps en entier à la grande armée, en lui faisant passer le Pô à Casal Maggiore. Cette opération présentait quelques difficultés. La largeur du Pô, dans cette localité, n'est pas moindre de six cents mètres, et l'établissement d’un pont de bateaux de cette dimension, sans équipages réguliers, est une entreprise presque impossible. Mais nos pontonniers déployèrent tant d'activité et de zèle que le soir du 27 juin ils avaient achevé de jeter un pont de bateaux fixe sur le Pô, et que le 28 juin le passage put commencer.
Le 4 juillet, le prince Napoléon adressait à l'Empereur le rapport suivant sur la mission du cinquième corps :
« Quartier général, à Goïto, le 4 juillet 1859.
« Sire,
«Jusqu'à ce jour, la mission du cinquième corps, dont Votre Majesté a daigné me confier le commandement, a été politique et militaire.
« Seule la division d'Autemarre, retenue à l'armée de Votre Majesté, a été assez heureuse pour qu'un de ses régiments, le 3° de zouaves, engagé avec l'ennemi, se couvrit de gloire à Palestro, un autre, le 93°, a eu aussi le bonheur de combattre à Montebello. |
« Le cinquième corps, en se réunissant en Toscane, avait pour mission politique : | |
« 1° De maintenir ce duché dans la ligne de conduite tracée par Votre Majesté, c'est-à-dire de ne pas laisser dégénérer l'expression du sentiment patriotique, et surtout d'organiser militairement toutes les ressources que l'on pouvait tirer de ce pays, ainsi que des duchés de Parme et de Modène ; | HT
« 2° De contraindre, par la pÉnct du drapeau Médais sur les frontières de la Romagne, le gouvernement autrichien à observer strictement la neutralité dans les États du Pape ;
. C3 De garantir les habitants contre un retour offensif de l'Autriche, et de leur permettre de faire éclater sans entrave l'expression de leur sympathie pour la cause de l'indépendance italienne et de leur reconnaissance pour les bienveillantes intentions du gouvernement de Votre Majesté.
. <La mission militaire du cinquième corps était :
«€ 1° D'empêcher un corps autrichien de faire une pointe sur la Toscane, et de priver l'ennemi des précieuses ressources de l'Italie centrale ;
«9° De menacer le flanc gauche de l’armée autrichienne en compromettant ses lignes de retraite et hâter son abandon des duchés de Parme et de Modène dès après la première victoire de l’armée alliée.
-< Ces divers buts ont été atteints heureusement, et sans coup férir, par la présence seule à Livourne, à Florence, aux débouchés des Apennins; des troupes du cinquième corps.
-.« 1° Au point de vue politique :
« La Toscane a joui de la plus grande trigwiilété sans que sa liberté fût troublée, Sous la protection du drapeau français, l'armée toscane, désorganisée après le 27 avril, a pu se réorganiser assez vite pour qu'aujourd’'hui elle donne au cinquième corps un appoint de dix mille soldats armés, équipés, el prêts à se mesurer avec l'ennemi; pour qu'une division de volontaires, aux ordres du général Mezzacapo, s'organise également à Florence, sans que le pays soit privé du régiment des gendarmes toscans, fort de deux mille hommes et suffisant pour maintenir la tranquillité ; en outre, la neutralité n'a pas été violée par spin dans les États pontificaux. | | |
« Enfin l'enthousiasme qui s’est produit dans tous les lieux parcourus par le cinquième corps, depuis lé jour de son débarquement à Livourne jusqu’à celui de sa jonction avec l’armée de Votre Majesté : les ovations qu'il a reçues, lui et son chef, à Livourne, à Florence, à Lucques, à Massa, à Parme et dans toutes les localités petites où grandes où il a dû s'arrêter, sont un témoignage authentique et qui ne saurait manquer de produire
un effet moral considérable.
« 2 Au point de vue militaire :
« La présence du cinquième corps en Toscane, ou plutôt dub division d'infanterie, d'une brigade de cavalerie et de neuf batteries, a retenu les corps autrichiens qui, des bords du Mincio, semblaient prêts à se jeter sur les riches plaines qui avoisinent la rive droite du P6; la présence de ce corps prêt à déboucher sur l’armée autrichienne a imprimé à cette armée une crainte assez vive pour qu'elle se soit hâtée, dès après la bataille de Magenta, d'abandonner Ancône, Bologne, et suecessivement toutes les positions sur la rive droite du Pô, faisant sauter des ouvrages qui avaient coûté beaucoup de temps et d'argent.
« Tels sont, Sire, les résultats qui ont été la conséquence de l'envoi par Votre Majesté du cinquième corps en Toscane et dans les duchés. H me reste à faire connaître en peu de mots à Votre Majesté les opérations, malheureusement jusqu'à ce jour toutes PPS de la partie de ce corps réunic en Toscane.
« Le 12 mai dernier, la presque totalité de la première division du cinquième corps (division d'Autemarre) débarquait à Gênes.
« Je me trouvais moi-même dans cette ville avec une pars de mon élat-major.
« Le 14, le 3° de vs de la division d'Autemarre, est envoyé à Bobbio. '
« Le 17, le cinquième corps, moins la division d’Autemarre, soso de Votre Majesté l'ordre de se rendre à Livourne, où doivent être transportées directement de France les troupes de la deuxième division (Ulrich) arrivant de Paris. La brigade de cavalerie légère du général de Lapérouse reçoit également l'ordre de s'embarquer pour Livourne, tandis que la division d'Autemarre est détachée provisoirement du cinquième corps au premier corps à Voghera.
«Le 25 mai, je débarquais à Livourne, où ne tardaient pas à se concentrer la deuxième division, la brigade de cavalerie, l'artillerie de réserve et le parc arrivant de France.
« Le 31 mai, je transportais mon quartier général à Florence; la première brigade de la deuxième division, la cavalerie, l'artillerie et tous les services administratifs se concentraient dans cette ville, tandis que la deuxième brigade se portait de Lucques à Pistoja, occupant par des postes avancés tous les débouchés des Apennins et le nœud des routes. Le général toscan Ulloa portait, sur mon ordre, la brigade organisée de sa division également aux débouchés principaux de la Romagne.
«Le 12 juin, le but politique que Votre Majesté voulait d’abord et avant toul atteindre par la présence du cinquième corps étant accompli, il me
fut permis de commencer mon mouvement pour rallier la division d’Au- {emarre et me Joindre à l’armée de Votre Majesté.
« Tandis que je dirigeais la division toscane sur Parme, par le duché de Modène et par Ja route du col de l'Abetone, je fis marcher les troupes françaises qui se trouvaient de Lucques à San-Marcello et à Florence, par Lucques, Massa, Pontrémoli et Parme. |
« Cette marche de seize jours, effectuée dans des conditions atmosphétriques souvent peu favorables, m'a permis de constater la vigueur et l'excellente discipline des troupes de Votre Majesté.
« La division Ulrich (14° bataillon de chasseurs, 18°, 26°, 80° et 82° de ligne), les 6° et 8° de hussards de la brigade. de Lapérouse, l'escadron des guides toscans que j'ai joint à notre cavalerie, les neuf batteries divisionnaires ou de la réserve, les deux batteries du parc du cinquième corps, ont dû marcher sous une température très-élevée, et plusieurs fois ces troupes ont eu à supporter de violents orages qui ont grossi les torrents et présenté certaines difficultés. |
« L'état sanitaire s'est maintenu dans les conditions les ie favorables, el. je n'ai qu'à me louer de la discipline parfaite maintenue dans tous les corps par les chefs et par les officiers.
« Le contact avec les populations n’a donné lieu à aucune plainte.
« Le passage du Pô à Casal Maggiore, à douze kilomètres de Mantoue, ainsi que la construction du pont de bateaux, ont été des opérations faites avec intelligence, activité et zèle.
« Les troupes que j'amène à Votre Majesté et qui opèrent aujourd'hui avec l'armée principale, à Goito, seront dignes, je n’en doute pas, de celles qui, plus heureuses, ont déjà battu l'ennemi. 1
« Le Prince commandant le cinqième corps de l'armée d'Italie,
« JÉRÔME NaroOLÉON. »
Ainsi, le 4 juillet, la jonction du cinquième corps avec le reste de l'armée alliée était, complétement effectuée. Les troupes françaises se trouvaient donc renforcées d’une division d'infanterie, d'une brigade de cavalerie, d'un parc d'artillerie et des dix mille Toscans du général Ulloa. Mais un armistice allait séparer les combattants, et bientôt la paix allait rapprocher | les deux armées. Le cinquième Corps ne devait plus assister qu'à des entrevues d'empereur et à des apprèts de départ.