LA PAIX DE VILLAFRANCA
C'était le 7 juillet: le cinquième corps était réuni au gros de l’armée alliée. Il était trois heures du matin. Toutes les troupes franco-sardes étaient sous les armes, déployées à l'est de Peschiera, attendant l'ennemi qu'on annonçait s’avançant pour débloquer cette place et espérant uné nouvelle bataille et une nouvelle victoire. A six heures, les troupes rentraient au camp, sans avoir eu à brûler une seule amorce, et reprénaient leurs positions respectives. Ces positions, les voici : “les Piémontais , appuyés par notre premier Corps, assiégeaient Peschiera ; le deuxième corps avait son quartier général à Monzambano ; le quatrième corps obsérvait Villafranca, l'ennemi venant de Vérone; le troisième corps et la garde impériale étaient à Valeggio; enfin le cinquième COrps était placé en arrière, à Goïto,-sur la rive droite du Mincio, observant Mantoue.
Le 8 juillet, l'armée alliée occupait donc une ligne admirablement disposée pour forcer le. quadrilatère, pendant que l’escadre française s'apprêtait à seconder les opérations de cette armée, en attaquant Venise du côté de la mer, mouvement qui devait avoir lieu le 15. Mais bientôt on apprit, par l ordre du jour suivant, qu'un armistice, préliminaire de la paix, avait été arrêté entre l'empereur des Français et l'empereur d'Autriche.
« Valeggio, 10 juillet.
« Soldats, |
« Une SUSPERSIOTE d'armes a été conclue, le 8 juillet, entre les parties belligérantes, jusqu’au 15 août prochain. Cétte trève vous permet de vous reposer de vos glorieux travaux , ef de puiser, s’il le faut, de nouvelles forces pour continuer l’œuvre que vous avez si bravement inaugurée par votre courage et votre dévouement. Je retourne à Paris et je laisse le.commandement provisoire de mon armée au maréchal Vaillant, major général. Mais, dès que l'heure des combats aura sonné, vous me reverrez au milieu
de vous pour partager vos dangers. » | | | « NAPOLÉON. »
Cet armistice fut suivi d’une entrevue de l'empereur des Français et
de l’empereur d'Autriche. Dans cette entrevue, qui eut lieu à Villafranca,
le 41 juillet, la paix fut décidée. Voici en quels termes Napoléon HT annonça cette nouvelle à sa vaillante armée :
« Soldats !
« Les bases de la paix sont arrêtées avec l’empereur d'Autriche; le but principal de la guerre est atteint ; l'Italie va devenir pour la première fois une nation. Une Confédération de tous les États de l'Italie, sous la présidence honoraire du Saint-Père, réunira en un faisceau les membres d'une même famille ; la Vénétie reste, il est vrai, sous le sceptre de l'Autriche ; elle sera néanmoins une province italienne faisant partie de la Confédération. |
« La réunion de la Lombardie au Piémont nous crée de ce côté des Alpes un allié puissant qui nous devra son indépendance ; les gouvernements restés en dehors du mouvement ou rappelés dans leurs possessions comprendront la nécessité de réformes salutaires. Une ammnistie générale fera disparaitre les traces des discordes civiles. L'Italie, désormais maitresse de ses destinées, n’aura plus qu’à s'en prendre à elle-même si elle ne progresse pas régulièrement dans l'ordre et la liberté.
« Vous allez bientôt retourner en France; la patrie reconnaissante accueillera avec transport ces soldats qui ont porté si haut la gloire de nos armes à Montebello, à Palestro, à Turbigo, à Magenta, à Marignan et à Solferino ; qui, en deux mois, ont affranchi le Piémont et la Lombardie, et ne se sont arrêtés que parce que la lutte allait prendre des proportions qui n'étaient plus en rapport avec les intérêts que la France avait dans cette guerre formidable.
« Soyez donc fiers de vos succès, fiers des résultats obtenus, fiers surtout d’être les enfants bien-aimés de cette France qui sera toujours la grande nation, tant qu'elle aura un cœur pour comprendre les nobles causes et des hommes comme vous pour les défendre.
« Au quartier impérial de Valeggio, le 12 juillet 1859.
«€ NAPOLÉON
‘Voici le texte de la proclamation que le roi Victor-Emmanuel I publiait à la même occasion : :
« Soldats,
« Après deux mois de guerre nous sommes arrivés vainqueurs Sur les
308 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE bords du Mincio. Unis à nos courageux alliés, nous avons triomphé partout. | | VOA
« Votre courage, votre discipline, votre persévérance, ont excité l’admiration de toute l’Europe. Le nom du soldat italien est dans toutes les bouches. T
«Moi, qui ai eu la gloire de vous commander, j'ai pu apprécier tout ce qu'il y a eu d'héroïque et de sublime dans votre conduite pendant le cours de cette guerre. Il est inutile, soldats, de répéter que vous avez acquis les plus grands titres à ma reconnaissance et à celle de la patrie.
« Soldats,
«Des affaires d'État importantes m’appellent dans la capitale. Je confie le commandement de l’armée au digne et brave général La Marmora, qui a partagé avec nous les dangers et les victoires de cette campagne.
«Maintenant, je vous annonce la paix ; mais si jamais, dans l'avenir, l'honneur de notre patrie nous rappelle au combat, vous me verrez paraître pour vous commander, bien assuré que nous marcherons de nouveau à la victoire. ï
« Monzambano, le 12 juillet 1859. »
De son côté, l’empereur d'Autriche remercia sa fidèle armée dans un ordre du jour dont voici le texte :
CAppuyé sur mon bon droit, j'ai engagé la lutte pour la sainteté des traités, en comptant sur l'enthousiasme de mes peuples, sur la vaillance de mon armée et sur les alliés naturels de l'Autriche.
« J'ai trouvé mes peuples prêts à tous les sacrifices : de sanglants combats ont de nouveau montré au monde l'héroïsme de ma brave armée et son mépris de la mort; combattant un ennemi supérieur en nombre, après que des milliers d'officiers et de soldats ont. scellé de leur sang leur fidélité au devoir, elle reste ferme, courageuse, inébranlable, et attend avec Joie la continuation de la lutte. Sans alliés, je ne cède qu'aux circonstances malheureuses de la politique, en présence desquelles mon devoir était, avant tout, de ne plus verser inutilement le sang de mes soldats, de ne plus imposer à mes peuples de nouveaux sacrifices. Je conclus la paix en la basant sur la ligne du Mincio.
« Je remercie mon armée de tout mon cœur : elle m'a montré de nou- ‘ veau que Je puis compter sur elle d’une manière absolue pour les combats à venir.
« Vérone, le 12 juillet 1859. | « François-Josern. »
Ce fut le prince Napoléon qui porta à la ratification de l'empereur d'Au-
triche, à Vérone, les préliminaires de paix de Villafranca. On raconte qu'en
signant ce traité François-Joseph T° laissa tomber une larme dont la
… trace est restée sur le papier ; puis, qu'ayant brusquement apposé son
nom au bas de la eq il É le bras de Son Altesse Impériale, en lui disant :
« Prince, je vous souhaite de ne jamais signer un pareil traité. »
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