‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 12 sur 134 · IE · texte numérisé non relu

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davantage, vingt-lrois régiments d'infanterie de ligne, deux bataillons de chasseurs à quatre compagnies chacun, quatre bataillons frontières, cinq régiments de cavalerie légère à huit escadrons, quatre régiments d’arüillerie, des artilleurs de place, des compagnies de pionniers, des soldats du génie et du train, en tout environ cent quatre-vingt mille combatlants, ou près du tiers de toutes les forces militaires du vaste empire des Hapsbourg.

En effet, ces forces n’atteignent pas tout à fait le chiffre de sept cent mille hommes, empruntés à tant de nationalités diverses, qu'ils ne peuent être animés d'aucun sentiment commun de patriotisme et de dévouement. Sans élan comme sans homogénéité, ils ignorent l'amour de la patrie et n'obéissent qu'aux lois de la discipline.

Dans cette armée de sept cent mille hommes, chargée de la garde Imtérieure et de la défense extérieure d’un immense État, fait de pièces et de morceaux, on comptait, avant la campagne de 1859, quatre-vingt mille Italiens, quatre-vingt-six mille Polonais, soixante-trois mille Teheques, cent vingt-deux mille Slavons, cent trente-quatre mille Hongrois, neuf mille Roumains, cent vingt mille Allemands, en tout six cent quatorze mille hommes sous les drapeaux.

Quatre-vingt mille hommes environ, disponibles ou mobilisables, pouvaient encore être appelés sur les champs de bataille ; ce chiffre se composait de vingt-sept mille soldats répartis dans divers établissements militaires, de deux mille hommes, fantassins ou dragons d'état-major, el surtout d'à peu près cinquante mille hommes de bataillons francs, de cavalerie irrégulière, de cavalerie et d'artillerie de frontières, recrutés un peu partout, parmi ces mêmes nationalités si étrangères les unes aux autres d’origine, de mœurs et de caractère. CEE | = Si on laisse de côté ces derniers quatre-vingt mille hommes, qui forimaient comme une dernière réserve, on (trouve quatre cent cinquantehuit mille fantassins, au nombre desquels figurent vingt-huit mille chasseurs à pied et cmquante-cinq mille Croates répartis entre quatorze régiments frontières; dix-sept mille hommes de grosse cavalerie, trenteneuf mille hommes de cavalerie légère, cinquante mille artilleurs manœuvrant huit cents canons au plus, treize mille sapeurs et pionniers, douze mille soldats du train et vingt-cinq mille gendarmes.

On a déjà vu que, par la différence des races qui composaient cette armée, elle ne pouvait jas correspondre, comme force de résistance ou d'attaque, à une armée aussi nombreuse qui n'aurait eu qu'une âme et qu'une pensée, qu'un intérêt et qu'un but, parce qu’elle aurait été homogène et que le souffle d’un même sentiment de nationalité l'aurait

pe

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 99 animée. Elle portait encore en elle un autre germe de faiblesse : l'esprit d'émulation lui fait fatalement défaut, parce que sa constitution, complétement aristocratique, y crée au courage et au génie d'insurmontables barrières qu'ils ne peuvent franchir que dans des circonstances exceplionnelles. L'empereur d'Autriche ne pourrait pas dire à ses troupes, comme l’empereur des Français à son armée, que chaque soldat porte dans sa giberne son bâton de maréchal, car, dans la monarchie des Hapsbourg, on est colonel de naissance et on y hérite d'un régiment comme on hérite ailleurs d’une maison ou d’une ferme. Quelquefois ce singulier héritage tombe en déshérence ; alors l'empereur d'Autriche le donne comme il donne un titre ou un ruban. Souvent aussi il passe dans des mains nouvelles en vertu d'un acte de vente, comme une propriété immobilière, qui se transmet par acte notarié. Ce système, qui remonte à la féodalité allemande, a ce bizarre résultat que les corps dont se compose l'armée autrichienne se désignent par les noms de leurs propriétaires, et non par leur numéro propre. Ainsi l'infanterie de ligne est composée de soixantedeux régiments qui s'appellent ainsi qu'il suit :

4% Empereur François-Joseph. [22° Comte Wimpfen.

2° Vacant. 23° Chevalier d’Airoldi.

5° Archiduc Charles. 24° Due de Parme.

4 Grand maître de l’ordre Teuto- |25° Général de Wocher.

nique. 96° Grand-duc Michel.

5° Comte de Lichtenstein. [97° Roi des Belges.

6° Comte Coroni. 98° Lieutenant général Benedek. 7° Général Prohaska. 29° Général de Schonals.

8° Archiduc Louis. 30° Comte Nugent.

9° Comte Hartman-Klarstein. 31° Baron de Culoz. 10° Comte Mazzuchelli. 32° Archiduc Franc.-Ferd. d'Este. 11° Prince Albert de Saxe. = [33° Comte Giulay.

19° Archiduc Guillaume. [34° Prince de Prusse.

13° Baron Wimpfen. | 35° Comte de Kevenhüller-Metsch. 14° Grand-duc Louis IE de Hesse. |36° Comte Degenfeld. 15° Duc de Nassau. [57° Prince de Varsovie.

16° Zanini. 38° Comte Haugwitz.

17° Prince de Hohenlohe. 39° Dom Miguel.

18° Grand-duc Constantin de Russie, | 40° Général de Rossbach. 19° Prince Ch. de Schwarzenberg. |41° Baron de Sirkovich. 20° Prince Fréd.-Guill. de Prusse. |42° Roi de Hanovre.

2° Comte de Leiningen. - |43° Geppert.

44° Archidue Albert.

45° Archidue Sigismond.

46° Baron Jellachich.

41° Comte Kinsky.

.&8* Archiduc Charles-Ernest.

49° Baron de Hess.

30° Prince Latour-et-Taxis.

51° Archiduc Charles-Ferdinand.

92° Archiduc François-Charles.

99° Archiduc Léopold-Louis.

54° Prince Émile de Hesse.

59° Général baron de Bianchi.

96° Baron Furstenwarther.

91° Prince Félix Jablonowski.

58° Archiduc Étienne.

99° Archiduc Rénier.

60° Prince Gustave de Wasa.

61° Comte Strassolda.

62° Baron de Tursky.

Les chasseurs à pied sont constitués par bataillons, sauf une seule

exception en faveur du régiment des chasseurs de l'Empereur, composé d'Allemands presque entièrement Tyroliens ; par un privilége spécial, ces bataillons, qui sont au nombre de vingt-cinq, sont désignés par leur numéro particulier. |

La cavalerie se subdivise en cuirassiers, en dragons, en hussards et en uhlans.

Les régiments de cuirassiers sont au nombre de huit, ainsi nommés :

1° Empereur François-Joseph. 9° Empereur Alexandre de Russie. 2° Roi Maximilien-Joseph deBavière. | 6° Comte Walmoden.

5° Roi Jean de Saxe. 7° Duc Guillaume de Brunswick. 4° Empereur Ferdinand, S° Prince Charles de Prusse.

Les régiments de dragons sont également au nombre de huit, ainsi nommés :

1° Archiduc Jean. 5° Prince Eugène de Savoie. 2° Roi Louis de Bavière. 6° Comte de Ficquelmont. 3° Empereur François-Joseph. 7° Prince Windischgraetz. 4° Grand-duc Léopold IT de Toscane. | 8° Archiduc Ferdinand de Toscane.

Les régiments de hussards sont au nombre de douze, ainsi nommés :

1°" Empereur François-Joseph.

2° Grand-duc Nicolas de Russie.

9° Prince Charles de Bavière. 9° Prince de Lichténstein.

4 Comte Schlick. 10° Roi Fréd.-Guill. III de Prusse. 9° Vacant. Autref. comte Radetzki. | 11° Prince Alex. de Wurtemberg, 6° Roï Guillaume de Wurtemberg. | 12° Comte Haller de Hallerker.

7° Prince Henri LXIV de Reuss.

8° Électeur Guillaume de Hesse.

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 37 Enfin les régiments de uhlans sont aussi, comme ceux de cuirassiers cl de dragons, au nombre de huit, ainsi nommés :

1° Comte Civalaert. 5° Comte Walmoden.

9° Maréchal prince Schwarzenberg. | 6° Empereur François-Joseph.

3° Archiduc Charles-Louis. 1° Archiduc Charles-Louis.

4 Empereur François-Joseph. 8° Archidue Ferdinand-Maximilien.

Les titres qu’on donne aux chefs de cette armée féodalement constituée ont à leur tour une couleur qui rappelle le passé. En effet, dans son étatmajor général, on compte quatre grades, ainsi désignés :

Feco-marécnaL, grade équivalent à celui de maréchal de France ; Feuv-zeucueister, grade sans équivalent dans l’armée française; Fero-MarécHaL LEUTENANT, grade équivalent à celui de général de division ; Généraz-maon, grade équivalent à celui de général de brigade.

Une double force manquait à cette organisation surannée, une double force que l’armée française possède au suprême degré : le sentiment de l'égalité et l'esprit d'émulation; en un mot, il y manquait idée démocratique,

Quoi qu'il en soit, dans les premiers jours d'avril, l'Autriche avait rappelé ses hommes en congé, complété les cadres de son administration militaire et organisé son service de santé; elle avait mis enfin son armée de la Lombardie et de la Vénétie sur le pied complet de guerre. Au même moment, elle se fortifisit à Ferrare, à Ancône, à Bologne, partout où sa main pouvait s'étendre en vertu de ses traités secrets et particuliers avec les souverains de la Péninsule rivés à son joug. On sentait, on voyait qu'elle se préparait à une lutte gigantesque pour conquérir, en l'asseyant sur des bases définitives, une domination incontestée sur toute l'Italie.

On négociait encore. Cependant l'Autriche accumulait toujours dans la Péninsule soldats sur soldats, canons sur canons. Bientôt elle allait avoir dans la Lombardie et la Vénétie neuf corps d'armée, commandés, le premier par le général Clam-Gallas, le second par le général Zobel, le troisième par le prince Schwarzenberg, le quatrième par le général Schlick, le cinquième par le général eomte de Stadion, le sixième par le général Wimpfen, le septième par le général prince de Lichtenstein, le huitième par le général Benedeck, le neuvième par le général Schaafgotsche. Ces neuf corps d'armée étaient placés sous le commandement supérieur du feld-zeugmeister comte Giulay, général en chef de l’armée autrichienne, ayant pour chef d'état-major le colonel Kuhn, vaillant officier, âgé de

38 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE quarante ans, qui avait fait la campagne de Hongrie avant de combattre les Italiens en 1848 et 1849.

Né à Pesth en 1799, François Grulay est de race hongroise. Le comte Ignace Giulay, son père, a longtemps occupé le poste de ban de Croatie. Le comte Ignace Giulay compta sous les drapeaux plus d'échecs que de succès. En 1809, il commandait le neuvième corps de l'armée autrichienne, avec la mission de protéger la retraite du prince Charles, qui venait d'être vaincu à Erntorf, Cette mission ne fut qu'à moitié remplie : le neuvième corps seconda très-faiblement Je prince Charles dans ses mouvements stratégiques. Mais on sait qu'auprès des gouvernements l'intrigue réussit mieux que le mérite : en 18453, le comte Ignace Giulay fut nommé, en récompense de ses services négatifs, feld-zeugmeister, et parvint ainsi au second grade de l’armée. On touchait à la fin des grandes luttes du premier Empire. Le comte Giulay abandonna la carrière des armes el vécut jusqu'en 1851 dans une retraite absolue.

François Giulay embrassait cette même carrière en 1816, époque de paix profonde succédant à une longue phase de guerre. L'Europe allait se reposer, dans un calme universel, de cette terrible et gigantesque épopée militaire de vingt années dont l'épée de la France avait écrit les glorieux et sanglants feuillets sur tous les champs de bataille du vieux monde, -

Devenu comte à la mort de son père, François Giulay fut successivement nommé, en 1839 général-major, et en 1846 feld-maréchal lieutenant, sans avoir jamais assisté à aucun combat. 5

En 1848, époque de la campagne de Hongrie; lé comte François Giulay fut éloigné du théâtre de la guerre, à raison de son origine, et envoyé à Trieste, en qualité de gouverneur militaire de llyrie. Là, il déploya de grandes qualités administratives ; Trieste lui doit surtout l'agrandissement de son port, dont les défenses furent augmentées. C'est également sous sa direction et par son initiative que les chantiers de Pola se translormèrent en une sorte de Sébastopol de l'Adriatique. et

Au mois de juin 1849, le comte François Giulay était appelé au poste de ministre de la guerre de l'empire d'Autriche. 1 conserva ce poste jusqu'au moment de sa suppression, qui eut lieu au mois de- juillet 4850, On le retrouve plus tard à Saint-Pétersbourg, où il est envoyé par la cour de Vienne, avant l'expédition de Crimée, avec la mission d'expliquer au Czar les motifs secrets de la neutralité douteuse de l'Autriche. On sait que la Russie n'a ni oublié ni pardonné cette neutralité. Le comte François Giu lay a donc éclioué dans son importante négociation diplomatique.

Au retour de cette mission, le comte François Giulay rentra dans le

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 39 service actif de l'armée; il reçut, sous les ordres du maréchal Radelzki, alors gouverneur général, civil et militaire, du royaume Lombardo-Vénitien, le commandement d'un des corps de l’armée d'Italie.

En 1857, quand l'heure de la retraite eut sonné pour le feld-maréchal Radetzki, la cour d'Autriche, cependant, parut animée du désir d'accorder à la Lombardo-Vénétie une sorte d'indépendance : on parla même alors d’ériger les possessions italiennes de la maison de Hapsbourg en vice-royauté. Tout se borna néanmoins à l'envoi à Milan de l'archidue Ferdinand-Maximilien, avec une mission conciliatrice. L'archidue, qui avait dû être vice-roi, ne fut que gouverneur général, I trouva à Milan le comte François Giulay, qui, succédant au feld-maréchal Radetzki dans le com . mandement des troupes autrichiennes en Italie, resta dans cette capitale, auprès du frère de l’empereur, avec le titre de chef militaire. Le comte François Giulay n'eut alors qu'une pensée : il mit toute sa gloire à neulraliser les idées de réforme du gouverneur général.

Le comte François Giulay ne réussit que trop dans ses tentatives d'opposition aux volontés de l'archiduc Ferdinand-Maximilien, car les pouvoirs de ce représentant du système de la compression, mauguré par Radetzki après la bataille de Novare, étaient assez étendus pour contrebalancer parfois ceux du gouverneur général de la Lombardo-Vénétie, qui allait passer tout entière sous son administration absolue. En effet, simplement investi, tout d’abord, du commandement de l'armée autrichienne en Italie, puis élevé au grade de feld-zeugmeister, le comte François Giulay obtenait, le 20 avril 1859, par la volonté expresse de François-Joseph I, le gouvernement général de la Lombardo-Vénétie, réunissant ainsi, comme autrefois Radetzki, toute l'autorité civile à toute l'autorité militaire. Il était le maître : on va le voir à l'œuvre.

La sommation directement adressée par le cabinet de Vienne au cabinet de Turin de remettre l'armée sarde sur le pied de-paix, sous peme d'y être contraint par la force, bien qu'elle constitue également une pièce diplomatique, est le premier document militaire de la guerre de 1859. Ce document trouve donc ici sa place naturelle. En voici le texte :

« Monsieur le comte,

«Le gouvernement impérial, Votre Excellence le sait, s'est empressé d'accéder à la proposition du cabinet de Saint-Pétersbourg de réunir un congrès des cinq grandes puissances pour chercher à aplanir les complications survenues en Jtalie.

« Convaincu, toutefois, de l'impossibilité d'entamer, avec des chances

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40 L'IFALIE CONFEDÉRÉE

de suecès, des délibérations pacifiques en présence du bruit des armes et des préparatifs de guerre poursuivis dans un pays limitrophe, nous avons demandé la mise sur pied de paix de l'armée sarde et le licenciement des corps francs ou volontaires italiens, préalablement à la réunion du

conor ès.

«Le gouvernement de Sa Majesté Britannique trouve cette condition si juste et si conforme aux exigences de la situation, qu'il n'hésite pas à se l'approprier en se déclarant prêt à insister, conjointement avec la F rance, sur le désarmement immédiat de la Sardaigne et à lui offrir en retour, côntre toute attaque de notre part, une garantie collective à laquelle, cela s'entend, l'Autriche aurait fait honneur.

«Le cabinet de Turin parait n'avoir répondu que par un refus catégorique à l'invitation de mettre son armée sur pied de paix et d'accepter la garantie collective qui lui était offerte,

«Ce refus nous inspire des regrets d'autant plus profonds, que, si le gouvernement sarde avait consenti au témoignage des sentiments paciliques qui lui était demandé, nous l’aurions accueilli comme un premier symptôme de son intention de concourir de son côté à l'amélioration des

rapports malheureusement si tendus entre les deux pays depuis quelques années. En ce cas, il nous aurait été permis de fournir, par la dislocation des lroupes impériales italiennes dans le royaume Lombard- Vénilien, une preuve de plus qu'elles n'y ont pas été rassemhiées dans un but agressif contre la Sardaigne.

« Notre espoir ayant été déçu jusqu'ici, l'empereur, mon auguste maitre, à daigné m’ordonner de tenter directement un effort suprême pour faire revenir le gouvernement de Sa Majesté Sarde sur la décision à laquelle 11 parait s'être arrêté.

« Tel est, monsieur le comte, le but de cette lettre. J'ai Change de prier Votre Excellence de vouloir bien prendre son contenu en la plus sérieuse considération, et de me faire savoir si le gouvernement royal consent, oui où non, à mettre sans délai son armée sur pied de paix et à licencier les volontaires italiens.

«Le porteur de la présente, auquel vous voudrez bien, monsieur le comte, faire remettre votre réponse, a l'ordre de se tenir, à cet effet, à votre disposition pendant trois jours.

Si, à l'expiration de ce terme, il ne recevait pas de réponse, où que celle-ci ne ft pas complétement satisfaisante, la responsabilité des graves conséquences qu'entrainerail ce refus relomberait tout entière sur le gouvernement de Sa Majesté Sarde. Après avoir épuisé en vain tous les moyens conciliants pour procurer à ses peuples la garantie de paix sur

© L'ITALIE CONFÉDÉRÉE M laquelle l'empereur est en droit d'insister, Sa Majesté devra, à son grand regret, recourir à la force des armes pour l'obtenir. |

« Dans l'espoir que la réponse que je sollicite de Votre Excellence sera conforme à nos vœux tendant au maintien de la paix, je suis votre dévoué serviteur.

« Buor.

« Vienne, 19 avril 1859. »

Une pareille sommation, adressée par le ministre des affaires étranvères de l'empereur d'Autriche, M. le comte de Buol, au ministre des affaires étrangères du roi de Sardaigne, M. le comte de Cavour, ne pouvait être que la préface d’une lutte armée. Aussi le baron de Kellersberg, qui avait reçu la mission de la porter à Turin, était-il l'un des aides de camp du comte François Giulay. Le choix du messager indiquait suffisamment le but du message. Voici le texte de la réponse qu'il fut chargé de rapporter à son maitre :

« Monsieur le comte,

« Le baron de Kellersberg m'a remis, le 23 du courant, à cinq heures et demie du soir, la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 19 de ce mois, pour me mander, au nom du gouvernement impérial, de répondre par un oui où par un 707 à l'invitation qui nous est faite de réduire l’armée sur le pied de paix et de licencier les corps formés de volontaires italiens; en ajoutant que si, au bout de trois jours, Votre Excellence ne recevait pas de réponse, ou si la réponse qui lui serait faite n’était pas complétement satisfaisante, Sa Majesté l'empereur d'Autriche était décidée à avoir recours aux a7mes pour nous imposer par la force les mesures qui forment l'objet de sa communication. L

« La question du désarmement de la Sardaigne, qui constitue le fond de la demande que Votre Excellence m'adresse, a été l'objet de nom: breuses négociations entre les grandes puissances et le gouvernement de Sa Majesté. Ces négociations ont abouti à une proposition formulée par l'Angleterre, à laquelle ont adhéré la France, la Prusse et la Russie.

«La Sardaigne l'a acceplée sans réserve ni arrière-pensée. Comme Votre Excellence ne peut ignorer ni la proposition de l'Angleterre ni la réponse de la Sardaigne, je ne saurais rien ajouter pour lui faire connaitre les intentions du gouvernement du roi à l'égard des difficultés qui

s'opposaient à la réunion du congrès. | | LR (ÿ

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€ La conduite de la Sardaigne dans cette circonstance a été appréciée par l'Europe. Quelles que puissent être les conséquences qu'elle amène, le roi, mon auguste maitre, est convaincu que la responsabilité en tombera sur ceux qui ont armé les premiers, qui ont refusé les propositions formulées par une grande puissance et reconnues justes par les autres, ct qui maintenant y substituent une sommation menaçante.

«Je saisis celte occasion de me dire votre dévoué serviteur.

« C. Cavour.

U Turin, 26 avril 1859, »

Le baron de Kellersberg recevait à cinq heures et demie, juste soixantedouze heures après la remise de la sommation autrichienne, la réponse sarde à cette sommation ; à six heures, il quittait Turin, accompagné par un officier d'état-major, jusqu’à la frontière, et revenait au quartier général de l'armée autrichienne en Italie, dite deuxième armée. Ce quar -

lier général était alors à Pavie, près du point de jonction du Tessin avec le PÔ, à quelques pas du territoire sarde.

Le lendemain, l'empereur d'Autriche adressait à cette armée l’ordre du jour suivant :

«Après de vains efforts pour conserver la paix à mon empire, sans mettre en question sa dignité, je suis forcé de prendre les armes.

« C'est avec assurance que je confie le bon droit de l'Autriche aux meilleures mains, aux mains éprouvées de ma brave armée.

«Sa fidélité et sa bravoure, sa discipline exemplaire, la justice de la cause qu'elle défend et un glorieux passé me garantissent le succès.

« Soldats de la deuxième armée, c’est à vous d’enchainer la victoire aux drapeaux immaculés de l'Autriche, Allez au combat avec Dieu et avec la confiance dans votre empereur.

« François-Joserx. »

Cet ordre du jour était immédiatement suivi de la publication d’un manifeste ainsi conçu :

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