‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 14 sur 134 · LUN NAN · texte numérisé non relu

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Hulans Autrichiens.

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 11 heures du matin, les troupes autrichiennes étaient campées sur les hauteurs de Torricella, petite commune de la province de Voghera. Une patrouille, après avoir arrêté l'huissier du tribunal, qu'elle avait rencontré sur son chemin, et l'avoir forcé à lui servir de guide, entra dans le village et pénétra dans la maison des fermiers Cignoli. Là, après une perquisition minutieuse dans toutes les parties de l'habitation, ordre fut donné par les soldats à tous les membres de la famille Cignoli, ainsi qu'à quelques autres individus qui se trouvaient par hasard dans la cour de la ferme, de les suivre.

« La perquisition avait fait découvrir dans la maison une petite flasque en cuivre, contenant une quantité minime de petit plomb de chasse.

« Les personnes arrêtées étaient au nombre de neuf, savoir : Cignoli (Pietro), âgé de soixante ans; Cignoli (Antonio) âgé de cinquante ans ;

Cignoli (Girolamo), âgé de trente-cinq ans; Cignoli (Carlo), âgé de dixneuf ans; Cignoli (Bartolomeo), âgé de dix-sept ans; Selti (Antonio), âgé de vingt-six ans; Riccardi (Gaspardo),. âgé de quarante-huit ans ; San Pellegrini (Ermenegildo), âgé de quatorze : ans; Achilli (Luigi), âgé de dixhuit ans. E ane ie

Q Il y avait ainsi un vieillard de $oixante ans et un enfant de quatorze.

« La patrouille les conduisit devant le commandant autrichien, qui se trouvait sur la grand’route, à cheval, au milieu de ses troupes.

« Après avoir échangé quelques mots en allemand avec les soldats qui amenaient ces prisonniers, le commandant dit à l'huissier qui avait servi de guide de rester à sa place; puis il ordonna aux neuf malheureux paysans, qui ne savaient se faire comprendre et qui tremblaient de tous leurs membres, de descendre dans un sentier qui longeait la route. Ils avaient à peine fait quelques pas que le commandant donna à un peloton, rangé sur le chemin, le signal de faire feu.

« Huit de ces malheureux tombèrent roides morts; le sieur Cignoli, mortellement blessé, ne donnait plus signe de vie. Les troupes autrichiennes se remirent en marche, et le commandant, se tournant vers l'huissier, lui dit qu'il pouvait s’en aller ; et, afin qu'il ne lui arrivâl pas d'être retenu par les troupes qui étaient encore dans les environs, il lui donna un billet qu'il devait présenter, le cas échéant, et qui lui servirait de sauf-conduit. Ce billet était une carte de visite qui portait, sous une couronne de comte, ce nom :

€ F'ELDMARSCHALL LIEUTENANT URBAN.

« Cette carte figure au dossier de l'enquête. « Quelque temps après, les habitants se rapprochaient de l'endroit où

cette épouvantable boucherie avait eu lieu. Le vieux Cignoh, qui avait repris connaissance, fut transporté à l'hôpital de Voghera, où 1l mourut cinq jours après.

« Des énormités pareilles n’ont pas besoin de commentaires. C'est là un assassinat aussi lâche qu'atroce, et dont on pourrait tout au plus trouver des exemples parmi les barbares et les sauvages.

« Vous êtes prié, monsieur, de donner communication de cette dépêche au ministre des affaires étrangères du gouvernement près duquel vous êtes accrédité, et je vous prie en même temps d’agréer mes sentiments de haute considération.

«C. Cavour. »

La plume s'arrête fatiguée du récit de tant de barbarie. Assez d'épisodes de brigandages. D'ailleurs voici les Piémontais sous les armes : l'Autriche enfin va commencer à rencontrer en face d'elle, au lieu de populations à piller, des soldats à combattre.

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