‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 20 sur 134 · DUR · texte numérisé non relu

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106 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE | chariots, de navires, en laissant toujours le reçu correspondant;mais : il punira des peines les plus fortes quicorique. tentera de”faire des. réquisitions semblables sans nécessité évidente ét sans un contrat exprès. «15° Jusqu'à ce que se produise le cas prévu’dans le premier * article de cette instruction, vous userez de tous les moyens en votre pouvoir pour manifester l'aversion qu'éprouve l'Italie contré la domnahon autrichienne et les gouvernements inféodés à l'Autriche, en même femps que son amour de l'indépendance et-sa confiance dans la maisonde Saoie et le gouvernement piémontais ; mais M: Le tout pour | éviter des conflits

et des mouvements intempestifs et isolés. es sise

« Turin, le 4% mars 4859.

« Pour le Présidént : 1 Le « Le Secrétaire, + «Le Vice-Président,

« LA Farina. | GariBALDI. »

Le vice-président de cette Société formée pour l'indépendance de l'Italie, le chef de ces volontaires qui allaient répandre leur sang pour ‘affranchir la Péninsule, Joseph Garibaldi, enfin, par le côté aventureux de sa vie, par la force surhumaine de son caractére, ressemble à un-héros des légendes. | of.

L'imagination des hommes se plait au merveilleux elle a vu dans Garibaldi un chercheur d’ aventures de la trempe des chevaliers errants du. moyen âge. Sa nature étrange, sa force extraordinaire, sa vie exceplion- | nelle, ont fait qu'elle n'a pu admettre qu'un chef de partisans, dont on racontait tant de prodiges, eût une taille et une figure comme tout le monde. On l'a cru.doué d'une haute stature et d'une physionomie satanique. | |

La vérité, c'est que Garibaldi est de taille moyenne et d'une expression de visage qui annonce l'homme de rêverie plutôt que l'homme de lutte.” Sa blonde chevelure et son calme regard achèvent de lui donner un ensemble qui ne révèle ni son énergie ni son impétuosilé. Cependant son existence, véritable épopée de batailleur, est un combat permanent, un

mouvement perpétuel. On dirait qu'il fuit le repos, comme si pour lui le repos, était la mort.

Garibaldi était prédestiné à être marin. Son père, riche pécheur de. Nice, faisait le commerce de cabotage sur les côtes sardes. Il naquit dans cette ville, au bord de la mer, le 4 juillet 1807, ayant une barque pour

- berceau. Son éducation fut naturellement celle d'un marin; il grandit sur

les flots de la Méditerranée, au milieu d’une population de pêcheurs et de mätelots ax rudes manières et aux franches allures.

Ainsi élevé-en-pleim vent, entré le ciel et la mer, courant sur le rivage avec la désinvolture et l'indisciplite d’un enfant de patron de barque,

l-dut prendre, mêmê à son insu, le goût de l'imprévu et l'amour de

l'extraordinaire. On conçoit qué cette nature, dont rien ne comprimait les manifestations dans les premières années de la jeunesse, se soit accoutumée à vivre au gré de-Sa fantaisie et se soit plu à sortir des sentiers battus pour suivre les routes accidentées d’une existence indépendante.

* Fumème temps qu'il respirait, avec l'air de la Méditerranée, le souffle de: la liberté, en même temps qu'il se familiarisait, dans son enfance, avec les émotions de la lutte et du danger, Garibaldi assouplissait son corps,

dans toutes sortes de fatigues et d'exercices d’un heureux effet sur le

développement de son organisation physique. C'est ainsi qu'il a dû acquérir cet “mfatigable- tempérament et cetie force extraordinaire qui le rendent.Si éminémment propre à la guerre de partisans.

Le père de Garibaldi voulait faire deson fils un homme ES uit et un marin discipliné; mais le fils répondit mal aux désirs du père. Il étudia beaucoup. moins: les mathématiques que lesicôtes de la Méditerranée, qu'il se plaisait à parcourir à l'aventure. Il entra pourtant, jeune encore, dans la marine royale sarde : compris dans les rangs inférieurs du corps des officiérs, il n'eut pas le temps de fournir une longue carrière dans la

profession qu'il avait embrassée.

Compromis dans la conspiration qui éclata et qui avorta dans Gênes en 1854, Garibaldi réussit à échapper par la fuite à la police de son pays, et, prenant nuitamment le chemin de l'exil, il parvint à franchir les frontières dela Sardaigne du côté de Nice. Il vécut deux ans à Marseille, dans la fièvre de l'attente, alla prendre, en 1836, à Tunis, où il entra au service du bey, le commandement d’un petit navire, se fatigua vite de son inaction, et, renonçant au vieux monde, s’embarqua un beau jour pour le nouveau monde où l’appelaient ses goûts d'indépendance et son amour des aventures.

Le Brésil fut la première station de Garibaldi sur la terre américaine. Îl allait y chercher la guerre, il y trouva l'amour. Arrivé à Rio-Janeiro, il descendit dans une maison où habitait une jeune femme du nom d'Annita. Cette femme avait le cœur d'une héroïne avec la figure d'une madone. Il en devint éperdument épris, l'épousa et l'associa à sa vie toute d'action, si bien qu’elle partagea toutes ses fatigues el tous ses périls comme un homme aurait pu le faire.

Entré au service de la ville de Montévidéo qui était en lutte permanente

contre Buénos-Ayres où régnait alors le trop célèbre.et trop cruel Rosas, Garibaldi se familiarisa dans ces contrées avec le système dé$ combats irréguliers. Ce fut une guerre de deux ans entre lés flottilles des deux villes rivales. Un seul trait suffira pour peindre l'audace et l'initiative que le mari d'Annila sut déployer dans cette guerre où il y avait à la fois du fibustier et du partisan. LAS

Depuis quelques jours déjà la flottille de: Montévidéo et la flottille de Buénos-Ayres, mouillées à quelque distance l’une de l'autre, s’observaient dans le but de choisir un moment favorable poumune attaque inopinée. Un matin, à la faveur d’un épais brouillard qui venait de s'élever tout à coup et qui dérobait l'escadre ennemie à sa vue, Garibaldi forme le hardi projet d'aller la reconnaitre de près, etil exécute aussitôt son aveñtureux projet. Il choisit douze matelots, part avec eux dans une simple barque et s avance jusqu'au milieu de la flottille buénos-ayrienne. :, #,

Garibaldi est découvert. Une goëlette de six canons lui donne;la chasse. Il cherche à échapper à la poursuite de ce bâtiment léger qui maréhiait à toutes voiles. Mais les douze rameurs de la barque ne pouvaient lutter ; de vitesse avec la goëlette ennemie. Un boulet tiré de cette goëlette vient, comme pour l’avertir du danger qu'il court, tomber à quelques mètres de son embarcation, I allait être forcé de se jeter à la côte.

Aussitôt Garibaldi prend sa résolution. Il renonce à fuir et aborde au fond d'une petite anse dont la goëlette buénos-ayrienne vient bientôt garder l'entrée ainsi qu'une sentinelle qui veille sur des prisonniers. La nuit était venue. Le capitaine du bâtiment ennemi renvoya au jour une capture qu'il croyait certaine; il se trompait. Le lieu où s'était réfugié Garibaldi était un petit promontoire étroit et effilé ; à un quart de lieue de là, l’autre flanc du promontoire était battu par la mer. Garibaldi résolut de transporter sa barque à bras sur cet autre flanc du promontoire.

C'est ce qui s'exécuta avec autant de rapidité que de hardiesse. Mais il ne suffisait pas à Garibaldi d'avoir trompé la vigilance de la goëlette ennemie; 1l forma l’audacieux dessem de revenir enlever cette goëlette à l'abordage, avant le lever du jour et pendant le sommeil de l'équipage.

Communiqué aux douze matelots montévidéens, ce dessein les enflamme d'enthousiasme; 1ls s'élancent à la mer avec la certitude de vaincre et, en effet, collant sans bruit leur barque aux flancs de la goëlette, ils escaladent les bordages, tuent les hommes de quart, pénètrent sur le pont et obligent un équipage de quarante hommes à se rendre.

L'intervention des Anglais en faveur de Buénos-Ayres mit un terme forcé à cette guerre maritime. Cerné dans l'Uruguay par des bâtiments de la marine britannique* que commandait l'amiral Brown, Garibaldi

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 109 débarqua ses équipages et mit de ses propres mains le feu à sa flottille, pour qu'elle ne tombât pas aux mains de l'ennemi. Contraint de renoncer à combattre sur mer, 1l chercha à combattre sur terre. Il eut bientôt organisé une légion italienne de deux mille hommes, et continua de servir, à la tête de cette légion, la cause de Montévidéo contre le dictateur de Buëénos-Ayres.

Garibaldi devint un cavaiier merveilleux comme il avait été un marin excephonnel. Il s’éprit d'amour pour le cheval comme il s'était pris d'affection pour la mer. Habile à la nage, à la course, à l'escalade, il Tançait le lasso et maniait la lance avec une dextérité prodigieuse. Encouragée par son exemple, sa légion fut bientôt rompue à tous les exercices. Mais les événements de 1848 étaient survenus : Garibaldi allait reprendre le chemin de la patrie. ne.

Garibadi débarqua trop tard sur la terre italienne, Déjà la cause de l'indépendance était perdue en Lombardie et en Piémont. La liberté, à son tour, devait mourir de ses propres excès dans la Romagne. Garibaldi n'eut à soutenir que des luttes désespérées dans lesquelles la victoire était impossible et la défaite assurée. En vain 1l essaya de lutter dans le Tyrol, où il était alors inconnu, contre les soldats de l'Autriche. Il Lui fallut battre en retraite devant Radetzki.

Dans l'Italie centrale, devenu général en chef de l'armée républicaine, Garibaldi ne, put également résister au général d'Aspre, car 11 n'avait qu'un petit corps d'armée sans expérience à opposer à quinze mille hommes exercés au maniement des armes et soumis aux lois de la discipline. Il tenta de se jeter avec les débris de sa bande dans les Apennins. Mais là, il se heurta à une autre armée autrichienne. L'heure du triomphe n'avait pas encore sonné pour lui. Il alla reprendre sa place paris ses concitoyens et fut élu député par le comté de Nice.

Garibaldi n'était pas né pour les luttes de la vie parlementaire. La révolution romaine vint lui rouvrir la carrière des armes. Il repartit avec Annita, qui galopait près de lui sur un petit cheval des pampas, pour mettre son épée au service de la cause républicaine. Mais cette çause était condamnée d'avance dans l'opinion des peuples aussi bien que dans les conseils de l’Europe, car elle s'était servie de l'assassinat et elle s'était alliée à la démagogie et au socialisme. Avant de combattre pour lindépendance et la nationalité italiennes, à côté de la France, il devait succomber devant elle dans les murs de Rome.

Après des miracles de bravoure et d'audace, après des prodiges de dévouement et de stoïcisme, malheureusement accomplis à la gloire d'une cause souillée, errant tour à tour dans la Romagne et dans la Toscane,

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