‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 37 sur 134 · NUE ARRIVÉE DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

NUE ARRIVÉE DE L'EMPEREUR

“La Reine-Hortense, qui portait l'empereur Napoléon HE sur les ‘flots bleus de la orties nt devait faire en si ma heures le vi de Marseille à Gênes.

* Dès le 41 mai 1859, dans la dtrrégs une bteitieg du syndic de Ja ville annonçait à la population de Gènes que le lendemain, dans la journée, le chef de l'Empire français mettrait le pied sur le sol de FItalie, où il arrivait en ami et en allié, où il venait en libérateur. |

Dans la soirée de ce même jour, la veille du débarquement de FEmpereur, le chemin de fer de Turin amenait à Gênes des flots de curieux. Le prince de Carignan, lieutenant général du royaume, le comte de Cavour, président du conseil des ministres de Sardaigne, le prince de la Tourd'Auvergne, ambassadeur de France, étaient également arrivés, par un train spécial, dans la cité d'André Doria, qui déjà s'était pavoisée tout entière de gonfanons et d’oriflammes. D’innombrables drapeaux tricolores se balançaient aux balcons des palais et aux mâts des navires ; de riches tentures décoraient les façades des maisons, ou, sur des transparents aux couleurs italiennes, on peignait en lettres d’or des devises patriotiques, et au devant desquelles couraient des guirlandes de feuillage. On préparait de brillantes illuminations, on dépouillait toute la contrée de ses fleurs. tout se disposait enfin pour faire à Napoléon IIT une réception splendide.

Quelle ville se prête mieux à ces éclatantes solennités que cette ville de Gênes, qui s'étend au fond d’un vaste golfe, sur les hauteurs, comme un immense amphithéâtre dont les gradins de pierre sont remplacés par des rangées de palais? De tous les points de cet amphithéâtre immobile le regard se porte et se perd au loin sur les ondes, qui ont la couleur du ciel et la limpidité d’un lac.

Encadrée par les montagnes de la Corniche, qui lui font une bordure de rochers, de villages et de vallons, la Méditerranée roule mollement,

devant ces collines tapissées d’une décoration vivante qui s’agite dans des rucs de marbre, ses vagues onduleuses et mourantes.

Des forts dominent les collines de Gênes; de ces forts, à l’aide d’une longue-vue, on voit à quinze lieues en mer. Ainsi, on découvre, longtemps avant leur entrée dans le port, les navires qui se détachent à l'horizon avec leurs blanches voiles que le vent agite entre l’azur des cieux et l'azur des flots. Le 12 mai 1859, avant une heure, on aperçut la Reine- Hortense, courant sur la Méditerranée avec la rapidité d’une hirondelle qui rase les ondes du bout de son aïle. La Reine-Hortense naviguait dans la direction du merveilleux port de Gênes, où le magnifique palais d'André Doria est le premier chef-d'œuvre que rencontre le regard du matelot debout sur le pont de son navire.

De gigantesques escaliers, qui conduisent aux terrasses supérieures de cette demeure princière, descendent également vers la mer, dont les flots baignent leurs dernières marches. Dans ce palais, il y a une salle basse où Charles-Quint, déjà désabusé des grandeurs de la terre et fatigué du commerce des hommes, passa toute une longue nuit en contemplation en face d’un ciel étoilé et d’une mer azurée, rêvant, dans le fond de sa pensée inquiète et dans le secret de son âme lassée, à sa future abdicaüon. Dans cette salle, il n’y avait alors que des curieux impatients de voir la Reine-Hortense entrer dans la rade.

Des avalanches de peuple descendaient de toutes les rues, de toutes les places, vers le rivage, couvrant l’immense promenade des Portiques, et débouchaient de toutes les issues, roulaient de toutes les collines, inondant tous les quais : on eût dit des vagues humaines se succédant plus pressées, plus impatientes que les vagues de l'Océan quand la tempête les pousse les unes après les autres. È

Dans le port marchand, 1l y avait huit cents navires à l'ancre, pavoisés aux couleurs de toutes les nations du globe; dans le port militaire, il y avait des navires français arborant le pavillon tricolore; sur le vieux môle, les zouaves de la garde impériale étaient venus se ranger en bataille.

Tout à coup, il y eut une violente ondulation dans la foule : une frégate partait, emportant, au-devant du cortége impérial, le régiment des grenadiers de la garde, le prince de Carignan, le comte de Cavour, et le prince de la Tour-d’Auvergne. A l'instant la rade se couvrit, aux accents de la musique militaire, de barques de toutes grandeurs et de toutes formes. C'était un spectacle magique, c'était un concert merveilleux que ces voix du peuple mèêlées aux fanfares de la musique, que cette foule palpitante-d'émotion, que cet aspect des navires et des palais pavoisés, que la.vue de ces barques volant sur les ondes comme des oiseaux gazouillants.

I était deux heures lorsque l’empereur des Français est entré dans le port de Gênes, au bruit des décharges d'artillerie des vaisseaux de guerre à l'ancre dans le port militaire, salué aussi par les coups de canon tirés à l'Amirauté, salué surtout par les acclamations de la foule et escorté de. nombreuses barques. d'où l’on jetait des fleurs sur le pont de la Reine- Hortense. | wi |

- Lorsque le navire s'arrêta, l'Empereur, accompagné de Son Altesse Impériale le prince Napoléon, de Son Altesse Royale le prince de Savoie-Carignan, de M. le comte de Cavour et du prince de la Tour-d’Auvergne ; descéndit dans un canot richement pavoisé aux couleurs françaises et sardes, et s’avança ainsi lentement au milieu des barques qui couvraient le port. Les chapeaux et les mouchoirs s’agitaient sur le passage de l'Em-" pereur, les bouquets et les fleurs pleuvaient autour de son canot, et, aux cris enthousiastes de Vive l'Empereur ! vive l'Italie ! qui le saluaient se joionrent bientôt les roulements des tambours et les fanfares des clairons des grenadiers de la garde, rangés en bataille sur les quais.

Quelques moments après, l'Empereur mettait le pied sur le sol italien. Sa Majesté à été reçue au débarcadère par le maire et le conseil municipal, et s'est rendue ensuite au Palazzo Reale, où la cour de justice et les autorités civiles et militaires lui ont été présentées. La foule, ‘qui n’a cessé de stationner devant le palais, dans la rue Balbi, remplissait l'air de ses vivat toutes les fois que l'Empereur paraissait au balcon. Le soir, Gênes s’est illumimée avec un éclat et une magnificence extraordinaires; pas une maison qui ne füt tendue de belles étoffes, pas une fenêtre qui ne fût garnie de cierges et de lanternes. Eclairée ainsi comme en plein jour, cette ville pittoresque, dont les rues sont bordées de palais de marbre, présentait un coup d'œil d'une originalité toute particulière. La rue Balbi, la place de PAnnunziata, la via Nuovissima, que devait parcourir l'Empereur le soir pour se rendre au théâtre Carlo-Felice, étaient décorées et illuminées avec beaucoup d'art. Des poteaux, placés de distance en dislance et reliés entre eux par des guirlandes de fleurs et de feuillage, supportaient des écussons aux inscriptions de Vive la France! vive l'Italie! vive Napoléon LL! vive Victor-Emmanuel! vive l'armée! I et vince!

A huit heures et demie, l'Empereur, accompagné du prince de Carignan et du prince Napoléon, est monté en voiture pour se rendre au théâtre. Une foule compacte se pressait dans la rue, mais ce flot vivant s'ouvrait respectueusement devant le cortége impérial. Partout les mêmes battements de mains frénétiques, partout les mêmes acclamations chaleureuses. Mais il est impossible de décrire la scène émouvante qui s'est produite à l'entrée de l'Empereur dans la salle; de toutes les poitrines

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