‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 38 sur 134 · f M LLUIIE pi · texte numérisé non relu

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194 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE sortaient des cris de Vive l'Empereur! vive Napoléon! et tous ces cris venaient du cœur, car ils saluaient l'indépendance de l'Italie.

Le lendemain, 15 mai, à six heures du matin, l'Empereur a reçu la visite du roi Victor-Emmanuel, qui a quitté son quartier général dé San- Salvator pour venir serrer la main de son auguste allié. Sa Majesté Sarde est repartie quelques heures après, et a été reconduite jusqu'au chemin de fer par Son Altesse Impériale le prince Napoléon.

Le samedi, 14, l'Empereur a quitté Gênes, au milieu de manifesta-

tions d'enthousiasme qui n'avaient pas cessé un instant depuis l'entrée de.

Sa Majesté dans cette ville. Le train impérial est parti à deux heures précises par le chemin de fer d'Alexandrie. Cette voie ferrée, qui traverse les Apennins et qui a coûté cent trente-cinq millions, fait le plus grand honneur au gouvernement sarde; elle atteste les ressources et l'activité de ce pays énergique, qui en a poursuivi la construction malgré des circonstances difficiles. Le train impérial ne s’est arrêté que quelques instants aux principales stations : Ponte-Decimo, Busalla, Arquata, Serravalle et Novi. Sur tout le parcours, les populations et les troupes en marche se pressaient aux points d’où l’on pouvait apercevoir l'Empereur, et le saluaient de cris de joie et d’allégresse. À quatre heures moins quelques minutes, le convoi impérial traversait la rivière de la Bormida, laissait à gauche la plaine où s’est livrée l'immortelle bataille de Marengo, et à quatre heures il entrait dans la gare d'Alexandrie.

L'Empereur a été reçu par les autorités civiles et militaires, qui l'ont conduit dans un salon magnifiquement décoré. Après y être resté quelques instants, Sa Majesté est montée à cheval et s’est rendue au palais royal, escortée par plusieurs escadrons de cavalerie, au milieu d’une double haie formée par la garde nationale, les troupes sardes et, les régiments français. Sur le terre-plein des fortifications, le chemim suivi par l'Empereur était bordé de mâts vénitiens ornés de banderolles flottantes aux couleurs des deux nations, et surmontés des aigles de France et de Savoie. Dans les rues suivies par le cortège, les maisons élaient tapissées, jusqu'à la hauteur du premier étage, de draperies aux couleurs sardes et françaises ; les balcons et les fenêtres étaient décorés de draperies semblables et de guirlandes de fleurs ; les drapeaux des deux nations réunis en faisceaux flottaient partout, et les dames de la ville jetaient sur le passage de Sa Majesté des bouquets et des fleurs ; des arcs de triomphe ct des trophées portaient des inscriptions remarquables. Sur deux colonnes, placées à la sortie de la gare, on lisait ces paroles de l’Empereur :

« Le but de c:tte guerre est de rendre l'Italie à elle-même, et non de

« la faire changer de maître ; nous aurons à nos frontières un peuple ami « qui nous devra son indépendance. »

On avait également transcrit ces paroles de Sa Majesté :

« Que la France s’arme et dise résolüment à l'Europe : Je ne veux pas « de conquêtes, mais j'avoue hautement ma sympathie pour un peuple « dont l’histoire se confond avec la nôtre et qui gémit sous l'oppression « étrangère. »

Du côté de la ville on avait tracé cette inséiption”

Coi miei soldati batterie la battaglia della libertà e della giustizia 1 prodi soldati dell” Imperatore Napoleone, mio generoso alleato. Vittorio-Emmanuele IT.

On avait écrit également ces autres paroles de Sa Majeste Sarde :

Napoleone III accorrerà sempre là dove vi è una causa giusta da difendere e la civilità da far prevalere.

A l'entrée de la Strada della Pierra, un are de triomphe avait été construit, sur lequel on lisait d’un côté :

AIT alleato di Vittorio-Emmanuele IL!

Et de l’autre : : ,

A l'héritier du vainqueur de Marengo!

Sur la Piazzetta, un buste en marbre de Napoléon I” avait été placé sur un piédestal et était entouré de quatre colonnes surmontées de vases contenant des fleurs. Au- dessous de l'image de l'Empereur était cette inscription :

A Napoleone IIT,

A Vittorio-Emmanuele IT! Questa muta eloquente effigie Rivendicata alla luce,

Dopo il trattato di Viena, Attesla concertandole

Le glorie di Francia,

Le italiche speranze.

Dé chaque côté de la place étaient des trophées aux armes de France et de Savoie ; l’un d'eux avait été offert par les habitants israélites, et sur un autre on lisait cette inscription :

Aux soldats de l’armée des Alpes.

Aux soldats de l’armée sarde,

Les arrière-petits-fils des délivrés à Legnago, Les fils des délivrés à Marengo.

Sur la Piazza teur où est situé le palais royal, se pressait une foule

compacte de plus de dix mille personnes qui a salué l'Empereur par des applaudissements et des bravos prolongés.

Quelques moments après, Sa Majesté le roi de Piémont est venu rejomdre l'Empereur et a diné avec lui.

Le soir, la ville a été entièrement illuminée ; quoiqu'on sût que l’Empereur ne devait pas se rendre au spectacle, le théâtre était cependant plein de monde; entre les deux pièces qui composaient la représentation, le meilleur acteur de la troupe a récité l'ode suivante, qui a été chaleureusement accueillie et que le public a fait répéter une seconde fois :

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