‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 4 sur 134 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

la France vers cette belle et poétique Italie qui lui avait inoculé le génie des’arts, des sciences et des lettres:

Sanctuaire de la civilisation moderne, la patrie du Dante et du Tasse, de Raphaël et de Cimarosa, de Machiavel et d’Alfieri. était également le théâtre de sanglantes et terribles luttes d'ambition. |

Le Pape et l'Empereur, ces deux grandes puissances du temps, l'une personnifiant la force morale, l’autre représentant la force matérielle, se disputaient, sur ce théâtre aux vastes souvenirs et aux noms glorieux, la prépondérance universelle.

L'Empereur alors s'appelait l'empereur d'Allemagne. Quelque nom quil eût, il visait à la monarchie universelle autocratique.

Le Pape, à son tour, quel qu’il fût, visait à la république universelle théocratique.

Monarchie universelle ou république universelle : tel était le terrain de cette immense querelle.

Mais, des deux côtés, c'eût été le triomphe du despotisme, la défaite de la liberté. Dans la monarchie universelle, comme.l’éût comprise l'Empereur, ou dans la république universelle, comme l'eût faite le Pape, l'esprit de progrès, à jamais étouffé, aurait péri, laissant la pensée humaine mutilée par les ciseaux de la censure temporelle ou de la censure spirituelle, toutes deux également impitoyables. |

Dieu, qui voulait sauver la civilisation de ce naufrage ne permit pas un tel malheur ni un tel crime. Il fit l'Empereur assez fort pour empêcher la république universelle théocratique rêvée par Grégoire le Grand; il fit le Pape assez puissant pour émpêcher la monarchie universelle autocratique rêvée par Charles-Quint,. Mais il les laissa l’un et l’autre trop faibles, pour que l’un ou

l'autre pût imposer au monde, avec sa volonté de fer et sa doc-

INTRODUCTION vit

trine de compression, sa dangereuse et superbe suprématie.

Un jour vint où, emporté par les événements qui avaient modifié les conditionsgénérales au milieu desquelles se développait la famille européenne, l’empereur d'Allemagne disparut.

… Il n’y eut plus alors que la maison d'Autriche rivale de la maison de: France : les Bourbons et les Hapsbourg, les deux plus grandes et les deux plus anciennes races souveraines d'Europe.

Le débat s'était rapetissé : il ne s'agissait plus de monarchie universelle autocratique ou de république universelle théocratique ; il s'agissait simplement de la suprématie de l’Autriche ou de la France dans la Péninsule.

L'avenir de l'humanité était dégagé de la question. Mais le rôle de l'Autriche et le rôle de la France en Europe y restaient fatalement impliqués. L'une et l’autre étaient condamnées à un duel d'influence dans la Péninsule, car celle des deux dont l’action devait s’y affablir était destinée à s’amoindrir dans le monde.

À cette époque, ayant échoué définitivement dans ses tentatives et-dans ses aspirations de république universelle théocratique, la Papauté avait cessé d'être une menace pour n'être plus qu'une sauvegarde. Elle ne donnait plus de craintes; elle n’inspirait que des respecis. La France et l'Autriche s’efforcèrent alors. chacune de son.côté, de s'appuyer sur elle dans la Péninsule. Seulement la France ne recherchait que l'autorité des conseils ; l'Autriche ambitionnait la domination des armes,

Le chef de. la dynastie des Bourbons, Henri IV, comprit merveilleusement ce.que devait être dans cette situation la politique de la Francé dans la Péninsule, et il n’eut qu'une pensée, ce fut d’y établir un accord intime et.sincère entre la cour du Louvre et la cour du Vatican-contre l'influence autrichienne et pour l'indé-

pendance italienne.

se S

vin INTRODUCTION

Ce système survécut à Henri IV ; ses héritiers en pourvuivirent la réalisation ; et si parfois, aux heures de faiblesse ou de corruption, ils parurent l'oublier, ils ne songèrent jamais à l’abandonner.

La Monarchie devait même léguer à la République la politique d'Henri IV en Italie : on vit, en effet, le Directoire reprendre ses desseins’et refaire ses plans, au delà des Alpes.

De glorieux souvenirs sont restés, comme d'irrécusables témoignages de cette adoption de la pensée d'Henri IV par le Directoire : Arcole, Lodi, Marengo.

La brillante campagne de 1796, qui fit la destinée du chef des Napoléons, est donc née de cette pensée du chef de la dynastie des Bourbons.

Pendant quelques années, sous le règne de Napoléon [”, l'Italie avait été incorporée à l'empire français. Ce fut une faute. Une Italie indépendante et amie eût mieux valu qu’une Italie conquise etirritée. |

D’après les traités de Vienne, la maison de Savoie reprit la possession des États sardes ; Marie-Louise fut nommée, en sa qualité d’archiduchesse d'Autriche, duchesse de Parme, pendant sa vie, à la condition qu’à sa mort la branche des Bourbons d’Espagne, qui possédait ce domaine, avant la conquête française, serait rétablie dans ses anciens droits souverains.

L'autre branche des Bourbons d'Espagne, qui régnait à Naples, avant cette même conquête, remonta sur le trône des Deux- Siciles; les anciennes familles souveraines du duché de Modène et du grand-duché de Toscane furent également restaurées.

On rétablit le domaine témporel du saint-siége, et l'Autriche enfin redevint maîtresse de la Lombardie et de la Vénétie.

Ce n’était pas assez pour la cour de Vienne.

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