INTRODUCTION IX
Le grand-duc de Toscane était un archiduc d'Autriche; le duc de Modène était un autre archiduc d'Autriche. Tous deux appartenaient à la maison de Lorraine, dans laquelle s'était fondue, tout en conservant son premier nom, la maison de Hapsbourg, qui régnait en Allemagne.
La cour de Vienne exploita habilement ces liens de parenté pour étendre sa domination sur toute l'Italie centrale et pour y établir des garnisons dans des forteresses d'où elle dictait sa volonté tout à la fois aux princes et aux peuples.
Ainsi, au moment où la campagne de 1859 s'était ouverte, l'Autriche était militairement établie à Plaisance, dans le duché de Parme; à Ferrare, dansles États de l'Église. Le grand-duc de Toscane et le duc de Modène régnants n'étaient pas seulement ses alliés : c'étaient de simples préfets aux ordres de la cour de Vienne. | |
L'équilibre des influences était done rompu en Îtalie au profit de la domination autrichienne; le droit et le devoir de la France étaient de s'inquiéter de cette situation, dans l'intérêt de sa politique séculaire. |
Ge n’est pas tout : cette domination tournait contre le progrès, la liberté, la civilisation; l'Autriche abusait de sa force pour établir son système de compression dans toute l'Italie centrale, en même temps qu’elle faisait peser un joug de fer sur les populations de la Lombardie et de la Vénétie.
Mais une heure vient toujours où le despotisme appelle la révolte, parce que toute violence enfante la violence, comme l'abime appelle l'abime.
On pouvait donc prévoir le jour où les peuples de la Romagne, de la Toscane, du Parmesan et du Modénais se soulèveraient contre le régime qui pesait sur eux, en même temps que les
x INTRODUCTION
Lombards et les Vénitiens s'insurgeraient contre le joug étranger
qu’ils subissaient avec tant de douleur et d'impatience. Évidemment il y avait là un immense danger pour le repos de
l'Italie et pour la paix du monde : une explosion inattendue pour
vait se produire qui eût embrasé l'Europe.
Ainsi l'Autriche rendait une intervention armée dans la Pénin-
sule inévitable, non-seulement dans l'intérêt de la France et dans celui du Piémont, mais encore dans l'intérêt même de l'Europe et dans celui de là civilisation, en y produisant, par ses empiétements successifs et ses. ambitions démesurées, une situation menaçante pour la paix du monde.
Le premier plénipotentiaire de la Sardaigne au Congrès de Paris de 4856, M: le comte de Cavour, dénonça, dans un mémoire éloquent et lucide, à ses collègues de la diplomatie, cette situation pleine de périls et grosse de tempêtes.
Le premier plénipotentiaire de la France et le premier plénipotentiaire de l'Angléterre au même congrès, M. le comte Walewski et M. le comte de Clarendon, s’occupèrent à leur tour de cette situation pour en signaler les dangers.
Vaines paroles, qui se pérdirent dans l'indifférence et l'égoïsme de la cour d'Autriche! |
Le cabinet de Vienne persista tout à la fois dans son système de compression inexorable et dans son illégitime prétention à la suprématie.
Le cabinet de Paris, de son côté, persévéra généreusement dans son alliance avec le cabinet de Turin, qui, d'accord avec lui, n’avait qu'une pensée : assurer l'indépendance de l'Italie, expulser l'Autriche de la Péninsule. |
Une union matrimoniale entre la famille impériale de France
et la famille royale de Sardaigne vint resserrer encore cette al-
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INTRODUCTION | XI liance : le prince Napoléon épousa la fille ainée de Victor-Emmanuel II, la princesse Clotilde.
Quelque temps après, fidèle à la politique d'Henri IV, qui est restée la politique traditionnelle et nationale de la France en Ita-
lie, Napoléon IL entreprenait la rapide et glorieuse expédition
dont ce livre va retracer la miraculeuse histoire.
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