COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L'ARMÉE
« Occimiano, 17 mai 1839.
Ordre du jour.
« Le roi a été extrêmement satisfait de l'attitude courageuse des troupes dans les faits d'armes qui ont signalé l'ouverture des hostilités. Les tentatives de l'ennemi contre nos positions ont rencontré partout une vi- :
goureuse résistance. Ces premiers succès sont pour nos drapeaux un gage assuré de gloire à venir. » -
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Arüllerie de la Garde Impériale.
tenue de'Guerre.
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La veille, l'Empereur était allé visiter à Valenza les avant-postes des armées alliées établis au bord du Pô, sur la rive droite, en face des Autrichiens qui étaient rassemblés sur la rive gauche. Il y était allé également dans le but d'étudier le cours du fleuve, après s'être arrêté quelque temps dans la citadelle d'Alexandrie qu’il avait examinée dans ses détails les plus minutieux.
Valenza avait vu, deux jours auparavant, le premier essai de canons rayés. Les Autrichiens avaient pointé leurs pièces de campagne sur un moulin perdu dans la plaine, sans parvenir à l’'endommager, malgré le nombre des boulets lancés dans ses ailes de bois. De l’autre côté du Po, des artilleurs français assistaient curieusement à cette école de tir, jugeant des coups, en spectateurs désintéressés. Enfin, cependant, ils furent si mécontents de l'adresse des artilleurs autrichiens, qu'ils ne purent résister au désir de leur donner une leçon. Ils mirent en batterie six petits canons ; ils tirèrent à deux mille six cents mètres. Après quelques décharges, il ne restait plus rien des fortifications en terre qui leur avaient servi de cible.
On sait que d'après un nouveau système d'artillerie, dont Napoléon III a eu l'idée première, les pièces d'artillerie sont intérieurement rayées comme les carabines de précision.
Les calibres sont désormais réduits à deux : calibre de 12 ou de siége : calibre de 4 ou de campagne.
Le boulet plein est entièrement supprimé ; il n’y a plus que des projectiles creux.
Ces projectiles sont à double effet ; ils frappent comme le boulet plein et éclatent comme l’obus. Leur forme est conique ; ils sont munis d’ailettes de plomb qui s'engagent dans les rayures de la pièce et donnent au tir une précision jusqu'alors inconnue.
La pièce de 12 rayée, destinée aux opérations de siége, remplace plus particulièrement la pièce de 24, qui est le calibre anciennement usité pour ouvrir la brèche. Voici avec quels avantages :
Contre un massif de la plus forte maçonnerie on a braqué une batterie
de 24 de l’ancien système, à la distance de trente-cmq mètres, qui est celle à laquelle on ouvre le feu de brèche contre un rempart.
Un second massif de maçonnerie, parfaitement semblable au premier, a été battu en brèche par une batterie de 12 du nouveau système, mais à la distance de soixante-dix mètres.
Or il a fallu à l'artillerie rayée moitié moins de coups qu’à l’artillerie ancienne, pour ouvrir la brèche à une distance double.
Les projectiles pénétraient dans l'épaisseur du bloc de pierre et de ci-
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200 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE | ment à une profondeur de quatre-vingts centimètres, et faisaient explosion en ouvrant d'énormes entonnoirs. |
Et, pour déployer cette terrible puissance de projection, il ne faut à la pièce rayée qu'une charge de poudre de douze cents grammes : la pièce de 24 brûle huit kilogrammes de poudre à chaque coup.
Les avantages que présente la pièce de 4 ou de campagne sont encore plus remarquables.
La pièce de 4 rayée, qui a joué avec tant d'éclat sa première partie en Italie, rappelle, par ses formes extérieures, ses dimensions et son poids, l'ancien canon de 4, lançant le boulet de quatre livres, qui a disparu de notre matériel depuis 1829. Cette pièce résout le difficile problème de lancer avec une grande vitesse, à l'aide d’une charge relaüivement réduite, un projectile cylindro-conique animé d'un mouvement de rotation rapide autour de son grand axe, sans que le bronze de la pièce subisse, de la part du projectile en fonte, aucune dégradation. La durée de la bouche à feu est presque indéfinie. Les effets du tir réalisent, au point de vue de la précision et de la portée, toutes les prévisions d’une délicate théorie de mécanique. Le projectile éclate avec une précision mathématique à des distances calculées. Tous les accessoires ont reçu d'importants perfectionnements ; le mode de pointage est une ingénieuse application des lois de l'optique qui donne à la fois une fixité idéale à la ligne de mire et une grande rapidité à l'opération du pointeur. Les affûts et les voitures, considérablement allégés, n’ont rien perdu de leur stabilité nt de leur solidité, et transportent des outillages plus complets. Grâce à l’habile aménagement des coffres, l’approvisionnement par bouche à feu est aussi plus considérable sous un moindre volume. Quatre chevaux enlèvent sans effort, au galop, une de ces voitures dans les pires terrains. Cette mobilité fut bien appréciée par les batteries qui franchirent le mont Cenis. Dix heures de marche, sous un soleil déjà brülant, le long de ces sentiers escarpés, n’abattirent pas nos altelages
réduits du tiers pour l'emploi du matériel nouveau. La réduction du per-
sonnel est aussi très-sensible : six hommes servent aisément une bouche à feu nouvelle ; quatre y suffisent, et le feu se maintient encore bien nourri avec trois servants, L'ancien canon exigeait huit servants; 1l tirait encore servi par trois canonniers, mais le feu languissait beaucoup et sa précision souffrait. |
Dans les manœuvres, dans le tumulte du combat et sur les terrains dificiles, on apprécie mieux encore les solides avantages de cette légèreté pleine d'élégance. À Montebello, une pièce de canon franchit un mauvais pas dans les bras de ses servants; à Magenta, les grenadiers de
la garde sont débordés dans leur résistance héroïque : deux canons sont enveloppés par l'ennemi; l’un d'eux est encore attelé. Le jeune lieute- -
nant qui les dirige ordonne qu'on le dérobe au galop; l’autre est déjà en batterie: les chevaux, effrayés, tournent bride et emportent leurs conducteurs à la suite du premier. Séparé de ses chevaux, le canon entouré va rester aux mains de l'ennemi : l'officier s’y attelle, et, avec le secours de quelques bras vigoureux, l’entraine au pas de course, ne: laissant à l'ennemi d'autre trophée que son tolpack, coiffure des artilleurs de la garde, abattu par un boulet.
La pièce rayée de 4 est si petite, si mignonne, .qu on pourrait l'appeler la carabine d'artillerie. Elle pèse moins de trois cents kilogrammes ; elle n’emploie à chaque coup que cinq cents grammes de Pons et lance son boulet à une lieue kilométrique. Sa précision est telle, qu'à Ja distance de trois mille cent mètres elle atteint facilement un homme à cheval; à cette distance, elle anéantirait un corps de cavalerie. La force d'explosion de son boulet creux est terrible. On peut se faire une idée de cette force d’explosion, en se reportant, par la pensée, au souvenir de la catastrophe déplorable qui a mis fin aux jours du général Ardant. Cet officier fut, on s’en souvient, afteint par un éclat de projectile qui le frappa à la tempe au moment où il regardait à travers une fente presque linéaire pratiquée dans une épaisse muraille; le boulet-obus éelatait à soixante mètres au moins, et l'éclat, ou plutôt la parcelle qui frappa le général était d'une
exiguité excessive; cependant le crâne de la victime fut circulatrement
“brisé dans tout son pourtour, et la mort fut immédiate. Enfin la charge et la manœuvre de cette nouvelle artillerie sont tout ce qu'il y a de plus simple et de plus rapide. Toutes les pièces du système
” des canons rayés se chargent par la bouche; on a entièrement renoncé à
charger par la culasse.
Toute la rive gauche du Pô est tr sites l'armée autrichienne y était massée autour de Mortara, s'étendant jusqu'à Vigevano, Gambolo et . Male, et ayant ses tirailleurs postés depuis le gué de Frassinetto jusqu'à l'ile que forment à l'embouchure de la Bormida les deux branches du fleuve. Là, leurs postes disparaissaient en face des armées alliées.
Celles-ci se développaient sur la rive droite, où, sur un espace de cin-
quante mètres, on rencontre une succession de mamelons et de hauteurs qui font de ce point une excellente position militaire. C’est dans ce rayon.
que se trouvaient les divisions Bourbaky et Renault, échelonnées sur des collines environnantes semées de châteaux et de villages. Le 19 mai, l'Empereur alla reconnaitre Tortone, en même temps qu'il
se proposait d'inspecter les positions que le premier et le troisième corps Il. | 26
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