‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 6 sur 134 · DÉPART DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

DÉPART DE L'EMPEREUR

On l'a vu : la pensée de l'affranchissement de l'Italie planait déjà sur le Congrès de Paris, car cette pensée avait surgi, au sein de l'illustre réunion des diplomates qui ont rédigé le traité du 30 mars 1856, le jour même où ils allaient se séparer, convaincus d'avoir pour longtemps assuré la sécurité des souverains et le repos des peuples. Ainsi, c'est dans les délibérations mêmes de la paix que se forgeaient les armes de la guerre.

Trois années s'étaient écoulées pendant lesquelles la question d'Italie avait marché d’un pas lent, mais continu, à travers les labyrinthes de la

politique et dans le mystère des cours, vers son dénotiment inévitable. Nul n’y songeait, lorsque, le 1” janvier 1859, un mot de l'empereur des Français à l'ambassadeur de l’empereur d'Autriche la fit apparaitre tout à coup, dans toute son imminence, à l’Europe surprise. Son heure était venue : elle était éclose à la publicité ; elle appartenait à la discussion ; elle sortait des domaines de la théorie pour entrer dans la région des faits.

L'opinion, cependant, devait rester quelque temps encore indécise, entre les alternatives de la paix et de la guérre, croyant tantôt à une solution diplomatique, tantôt à une péripétie belliqueuse. Après quatre mois enfin d'allées et de venues des ambassadeurs et d'échanges de notes entre les gouvernements; quatre mois de perpétuelles fluctuations dans l'état des esprits et de variations incessantes dans la marche des événements: quatre mois de négociations aussi stériles dans leurs résultats ‘que laborieuses dans leurs efforts : le jour même où chacun croyait avec le plus de foi que la diplomatie allait dénouer la question d'Italie, la France apprit que cette question ne pouvait plus être tranchée que par l'épée.

C'était le 21 avril 4859. La veille, les Parisiens s'étaient endormis dans le rayonnement des dernières espérances de paix. Le matin mème ils s étaient éveillés, l'esprit allègre, l'imagination rassurée, rêévant de leurs plaisirs et de leurs affaires. En effet, le Moniteur universel du 21 annon- ‘\çait avec un calme imperturbable que le gouvernement de la reine d’Angleterre avait fait à la France, à la Russie, à la Prusse et à l'Autriche les propositions suivantes :

« 1° Qu'on effectuerait au préalable un désarmement général et simultané ;

« 9° Que ce désarmement serait réglé par une commission militaire ou civile indépendante du Congrès, laquelle commission serait composée de six commissaires, un pour chacune des cinq puissances, et le sixième pour la Sardaigne ; | Fsnett

« 3° Qu'aussitôt que cette commission serait réunie et qu'elle aurait commencé sa tâche, le Congrès se réunirait à son tour et procéderait à Ka discussion des questions politiques; | |

« 4° Que les représentants des États italiens seraient invités par le Congrès, aussitôt sa réunion, à siéger avec les représentants des cmq grandes puissances, absolument de la même manière qu'au Congrès de Leybach, en 1821. » | | Er

La France, la Russie et la Prusse avaient immédiatement adhéré à ces propositions du cabinet de Londres. Ces bases d'arrangement semblaient si merveilleusement d'accord avec la raison, le droit et la justice, que personne ne doufait que l'Autriche ne s'empressât, à son tour, de donner son approbation pleine et entière à des demandes aussi équitables et . aussi sensées.. * | |

On ne supposait plus, on ne pouvait plus supposer qu'au point où en

“aisés dat ot D. à d'os nes

étaient arrivées les négociations qui se suivaient si péniblement depuis les célèbres paroles sorties, comme l'éclair qui annonce l'orage, de la bouche de Napoléon II, ce prince aux pacifiques idées serait contraint de tirer son épée du fourreau pour la mettre au service de l'indépendance italienne et de la civilisation universelle. On ne croyait pas, on ne pouvait pas croire qu'en rejetant, avec la précipitation de la folie et la témérité de l’orgueil, le moyen de conciliation qui lui était offert par le cabinet de Londres, l'empereur d’Autriche rouvrirait, de sa propre volonté, aux armées de la France, les chemins de la gloire, en leur rouvrant, de sa propre main, les plaines de la Lombardie.

lependant une vague rumeur circule tout à coup parmi les groupes qui stationnent sur leperron de la Bourse, et les promeneurs qui encombrent la ligne des boulevards. On dit de tous côtés que l'Autriche est assez abandonnée de Dieu pour préférer la chance des combats aux solutions de la diplomatie. On s'interroge, on se regarde ; on doute encore, tellement une nouvelle aussi inattendue paraît invraisemblable.

Pourtant elle était vraie. Le lendemain, le Moniteur universel annonçait, toujours avec le même calme imperturbable, que l'Autriche avait rejeté les propositions de l'Angleterre, acceptées par la France, la Russie et la Prusse. L'organe officiel du gouvernement français ajoutait que le cabmet de Vienne‘avait sommé directement le cabinet de Turin de remettre l'armée sarde sur le pied de paix, en lui déclarant que, s'il refusait d'obtempérer volontairement à cette impérative injonction, il serait contraint d'y obéir par la force. C'était le 22 avril. |

Ce fut comme un coup de théâtre. La veille, au matin, tout encore était à la paix. Le lendemain, au soir, tout déjà était à la guerre. Les événements allaient se précipiter désormais avec la rapidité de la foudre. La sommation du cabinet de Vienne au cabinet de Turin, quoique datée du 19 avril, n'avait été remise, de la part du comte de Buol au comte de Cavour, par le baron de Kellesberg, que le 23 avril.

Mais un délai de trois jours seulement avait été donné au roi Victor- Emmannuel I par l'empereur François-Joseph [pour répondre par un oui ou par un non à cette sommation aussi brutale qu'insolente. Ce délai allait expirer ; le danger pressait ; il était temps d'accourir au secours du Piémont menacé d’une invasion immédiate. Le Moniteur universel du 95 avril annonçait officiellement la formation instantanée d'une armée des Alpes, qui, dès le lendemain, s'appelait l'armée d'Italie, et publiait les noms des chefs des cinq corps que cette armée devait comprendre, et à laquelle la garde impériale devait s’adjoindre. |

Le 96 avril, M. le comte de Cavour répondait, au nom du roi de Sar-

4 : L'ITALIE CONFÉDÉREE daigne, par un refus magnanime à l'étrange sommation que le comte

de Buol' lui avait adressée au nom de l'empereur d'Autriche. Le même

jour, l'empereur des Français envoyait au Sénat, où elle était portée par Son Excellence M. Fould, ministre d'État, et au Corps Législatif, où elle était portée par Son Excellence M. le comte Walewski, ministre des affaires étrangères, une communication ne était l'exposé sommaire de la question d'Halie. Cet exposé le voici : |

«- L'état de l'Halie, aggravé par des mesures administratives adoptées dans le royaume lombard-vénitien, avait déterminé le gouvernement autrichien à faire, dès le mois de décembre dernier, des armements qui n'ont pas tardé à présenter un caractère assez bras pour éveiller en Piémont les plus sérieuses inquiétudes.

«Le gouvernement de l'Empereur n'a pu voir surgir ces difficultés $ sans se montrer vivement préoccupé des conséquences qu'elles pouvaient avoir pour la paix de l'Europe. N'étant point dans le cas d'intervenir directement pour proposer lui-même les moyens de les prévenir, il s’est toutefois empressé d'accueillir lés ouvertures qui lui ont été faites. Plein de

confiance dans les sentiments du gouvernement de. Sa Majesté Britan-

nique, aussi bien que dans les lumières de son ambassadeur à Paris, le gouvernement de l'Empereur a sincèrement applaudi à la mission que M. le comte Cowley est allé remplir à Vienne, comme une première teri-

“tative propre: à préparér un rapprochement, et il s'était félicité avec une

satisfaction.non moins réelle d'apprendre que les idées échangées entre M. l'ambassadeur d'Angleterre et le gouvernement autrichien étaient de nature à fournir des éléments de négociations. |

- € La proposition de se réunir en Congrès, présentée dans le même momént par la Russie, répondait à cette situation de la manière la plus

heureuse en appelant les cinq puissances à participer également : à la dis-

cussion d’une question d'intérêt européen ; le gouvernement de l'Empe-

reur n'a pas hésité à faire connaître qu'il adhérait à cette proposition.

« En y adhérant de même, le gouvernement anglais a jugé utilé de

5 préciser les bases des délibérations événtuelles du Congrès. Ces’ bases ‘sont les suivantes : idee |

“« 1° Détérminer les moyens par lesquels la em peut être maintenue |

entre l'Autriche et la Sardaigne ; €2 Etablir comment l'év acuationi des États à romains par ‘les ‘lé

| françaises et auirichiennes peut être le mieux effectuée : «8° Examiner s’il convient d'introduiré des réformes. dans l'adiinis- {ration mtérieure de ces États et des autres États de l'Italie dont l’admi-

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ler are t'tbtles dé in.

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE F -nistration offrirait des défauts qui tendraient évidemment:à eréer un-état permanent et dangereux de trouble et de res et AUS seraient. ces réformes ;:

:. «4 Substituer aux traités entre j'Autriche et les-duchés une confédé: ration des États de l'Italie entre eux, pour leur shstaisas mutuelle: tant ‘intérieure. qu'extérieure. in |

« Le gouvernement de l'Empereur a mis à acquiescer s sans réserve à ces bases de la négociation le même empressement qu'il avait montré à accepter la proposition d'un Congrès. | |

.«Le gouyernement, autriehen avait, de son côté, donné son assenlirmehl pret tns #0 Fe ue Dot. et er et tout devait faire espérer que les négociations pouvaient s'ouvrir-dans. un délai rapproché. .. «Le: cabinet de Vienne avait parlé-du, désarmement préalable de la Sardaigne. comme d'une mesure indispensable pour assurer le calme-des délibérations, et.ilen fit plus tard une condition absolue-de sa participation.au Congrès. Cette demande ayant.souleyé des objections unanimes;-le cabinet de Vienne y substitua la proposition d’un désarmement général et. immédiat, en l'ajoutant comme un siriquième point aux-bases des né- .gocialions.…

«Ainsi, Far Rte ce que la France avait successivement bite sans. hésitation toutes les propositions qui lui avaient été présentées, l’Aujets, après avoir paru disposée, à se prêter, aux négociations, soulevait

.des difficultés mattendues. TO: f oh # Le. gouvernement. de. l'Empereur , n en a.pas moins persévéré dans les sentiments de conciliation qu'il avait pris-pour règle de sa conduite. Le cabinet, anglais, continuant de, s'occuper avec la plus loyale sollicitude des moyens. de, faire disparaitre les retards que la question du. désarmement apport < à la réunion. du Congrès, avait pensé que l’on satisferait ne point mis en.avant par l'Autriche si l’on admettait immédiatement le désarmement général, en convenant d’en rêgler l'exécution à d'ouverture même des délibérations, des plénipotentiaires, seuil Le gouvernement de Sa Majesté a consenti à accepter cette PURE son. Il restait toutefois à déterminer si, dans cet état de choses, 1l.étal nécessaire que la Sardaigne elle-même souscrivit préalablement au prin- cipe du désarmement général. Il ne paraissait pas qu'une pareille condi-

bon püt être. imposée au: gouvernement. sarde ;s'il.était laissé en-dehors

des délibérations du Congrès ; mais cette considération; même offrait les éléments d’une. combinaison. nouvelle qui, entièrement. conforme. aux principes de l'équité, ne : semblait pas devoir soulever. d'objections. Le

6 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE gouvernement de | empereur déclara au gouvernement anglais qu'il était disposé à engager le cabinet de Turin à donner lui-même son assenti- || ment au principe du désarmement général, pourvu que tous les États | | italiens fussent invités à faire partie du Congrès.

ll « Vous savez déjà, Messieurs, que, modifiant cette suggestion de mail) nière à concilier toutes les susceptibilités, le gouvernement de Sa Majesté || Britannique a présenté une dernière proposition basée sur le principe du fl désarmement général simultané et immédiat. L’exécution devait en être | | réglée par une commission dans laquelle le Piémont serait représenté. |

Les plénipotentiaires se réuniraient aussitôt que cette commission serait | elle-même rassemblée, et les États italiens seraient invités par le Congrès | à siéger avec les représentants des cinq grandes puissances de la même manière qu'au Congrès de Laybach en 1891. | « Le gouvernement de l'Empereur a voulu manifester de nouveau ses dispositions econciliantes en adhérant à cette proposition qui a été de même acceptée sans délai par les cours de Prusse et Russie, et à laquelle le gouvernement piémontais s’est également déclaré prêt à se conformer, | « Toutefois, au moment même où le gouvernement de l'Empereur croyait pouvoir nourrir l'espoir d’une entente définitive, nous avons appris que la cour d'Autriche refusait d'accepter la proposition du gouvernement de Sa Majesté Britannique et adressait une sommation directe au gouvernement sarde. Pendant que, d’un côté, le cabinet de Vienne persiste à ne pas consentir à l'admission des États italiens au Congrès, dont il rend ainsi la réunion impossible ; de l’autre il demande au Piémont de s'engager à mettre son armée sur le pied de paix et à licencier les volonaires, c’est-à-dire à concéder sans délai et isolément à l'Autriche ce qu'il a déjà accordé aux puissances, sous la seule réserve de s’en entendre avec elles. | | « Je n’ai pas besoin de faire ressortir le caractère de cette démarche, ni d'insister plus longuement pour mettre en lumière les sentiments de modération dont le gouvernement de l'Empereur n’a cessé au contraire de se montrer animé. Si les efforts réitérés des quatre puissances pour sauvegarder la paix ont rencontré des obstacles, notre conduite l'atteste hautement, ces obstacles ne sont point venus de la France. Enfin, Messieurs, si la guerre doit sortir des complications présentes, le gouvernement de Sa Majesté aura la ferme conviction d'avoir fait tout ce que sa ‘dignité lui permettait pour prévenir cette extrémité, et ce n’est point sur | lui qu'on pourra en faire peser la responsabilité. Les protestations que | les gouvérnements de la Grande-Bretagne, de la Russie et de la Prusse ont |

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