‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 52 sur 134 · GARIBALDI · texte numérisé non relu

GARIBALDI

Maitre de Côme, Garibaldi fait de cette ville où il se fortifie son quartier général. C’est de ce centre d'opérations queses ordres et ses mouvements rayonnent dans la direction de Milan; c'est de là qu'il menace d'attaquer l'Autriche sur le territoire même de cette capitale de la Lombardie. Il y reçoit des renforts en hommes, en matériel, en chevaux.

Le corps des chasseurs des Alpes s'augmente de nouveaux volontaires qui accourent se ranger sous le drapeau de l'indépendance. Déjà <es avantpostes sont établis à Carita ; déjà la Valteline tout entière se soulève à sa voix contre la tyrannie de l étranger et envoie des soldats et des armes pour combattre ses oppresseurs.

Angera avait imité Varèse et Côme et reconnu l'autorité du roi Victor- Emmanuel ÎE. Sondrio, capitale de la Valteline, imite à son tour Angera ; un commissaire sarde y est installé, comme à Côme, à Varèse et à Angera, au nom du roi de Piémont. A l’exemple de ses collègues, ce commissaire extraordinaire institue des municipalités, organise des gardes nationales et enrégimente des volontaires dans toute la province, pendant que Garibaldi, achevant la conquête de toute la contrée, s'empare de Soreno, place forte située sur la rive lombarde.

À l'extrémité orientale du lac de Côme, au bas de l'une des rondes ramifications que les Alpes jettent dans la Lombardie, il y avait autrefois un château fort où le célèbre J. de Medici soutint des assauts terribles. Ce château fort abrita bientôt une ville du nom de Lecco. Aujourd'hui, cette ville est une cité industrielle importante qui domine le cours de l'Adda. Lecco suit le mouvement national qui entraine toute la contrée. A la voix de Garibaldi qui l'occupe, elle se range sous la domination du roi de Piémont. C'est déjà un commencement d'occupation de la ligne de l'Adda.

Une grande route ouverte, côtoyant la rive gauche du lac de Côme, unil deux magnifiques voies qui se séparent à Colico pour se diriger, l'une par Merbegno, vers le Selvio, l'autre par Chiavenna, vers le Spulgen. Gari-

baldi, dont la sympathie des populations seconde le patriotisme et le courage, s'empare encore de celte grande route ouverte. Là vinrent s'arrêler momentanément les progrès de sa marche triomphale. Mais un immense résultat a couronné déjà son aventureuse expédition. |

En effet, cette expédition créaitune diversion aussi heureuse que hardie, qui étant pour l’armée autrichienne une menace el un embarras, secon- * dait admirablement les opérations de l’armée alliée agissant dans le même but, se dirigeant vers le même point, marchait enfin, de son côlé, par d'autres chemins, vers la capitale de la Lombardie.

Ainsi, par ses efforts combinés avec les efforts du gros des troupes franco-sardes, par ses succès correspondant aux succès de ces troupes, Garibaldi devenait, avec son corps de chasseurs des Alpes, un point d'appui pour l'insurrection des populations lombardes répandues dans le pays accidenté du versant méridional des Alpes. Ilmenaçait donc sérieusement le flanc droit et les derrières des Autrichiens sur le PÔ, en même temps qu'il leur rendait difficiles leurs communications avec leurs possessions. allemandes, puisque la Valteline, soulevée à sa voix, les séparait de ces possessions. |

La correspondance du premier consul avec le général Moreau, dans la mémorable campagne de 1800, dit combien 1l est important pour une armée qui opère dans la haute Italie que son flanc gauche, s'appuyant sur le Tyrol et la Styrie, soit à couvert de toute surprise contre un ennemi débouchant des Alpes. L'irruption des chasseurs des Alpes en Lombardie et l'insurrection de la Valteline avaient mis l’armée alliée à l'abri de ce

danger. Elle pouvait, elle allait marcher en avant. | Pendant que Garibaldi couvrait les premiers chemins de la ob. bardie aux chasseurs des Alpes, leurs frères du Piémont s’apprêtaient à vaincre à Palestro. |

Mais je ne puis me séparer du corps des chasseurs des Alpes sans citer l'ordre du jour daté de Milan, le 8 juin, qui devait apporter à ce corps un témoignage officiel éclatant de la satisfaction du roi de Piémont. Voici cet : ordre du jour :

« Pendant que l’armée alliée se tenait encore sur la défensive, le général Garibaldi, à la tête des chasseurs des Alpes, des rives de la Doria s’élançait, hardiment sur le flanc droit des Autrichiens, avec une rapidité de mouvement extraordinaire. En peu de jours, il arrivait à Sesto-Calende, d'où, après avoir chassé l'ennemi, 1l pénétrait sur le territoire lombard et venait s'établir à Varèse. Là, attaqué par le feld-maréchal Urban avec trois mille hommes d'infanterie, deux cents chevaux et quatre canons, il

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 249 soutenait, quoique dépourvu d'artillerie, une lutte acharnée dont il sortait vainqueur. | « Par d’autres combats successifs, il s'ouvrait le chemin de Côme ; là,

il repoussait encore les Autrichiens, et il s'emparait de leurs magasins et de leurs bagages. Ces beaux faits d'armes forment le plus bel éloge des jeunes volontaires qui, organisés par leur brave chef alors que l'ennemi réunissait déjà de nombreux bataillons sur nos frontières, ont combattu comme de vieux soldats. Ils ont bien mérité de la patrie. Sa Majesté, se plaisant à leur témoigner sa plus haute satisfaction, a ordonné de faire connaître à toute l'armée les noms des braves chasseurs qui se sont le plus distingués, ainsi que les récompenses qu ‘il leur accorde par le présent ordre du jour.

«Médaille d’or à la bravoure militaire, Giuseppe Garibaldi, général des chasseurs des Alpes ; croix d'officier” de l'ordre militaire de Savoie, Medici, lieutenant-colonel : croix de chevalier du même ordre, Succhi, ma-

jor ; médaille d'argent à la bravoure militaire, Ceni, Puggi, de Cristoforis,

capitaines ; Prebustini, lieutenant; Pedotti, Guerzoni, sous-lieutenants ; Vigevano, chasseur; mention honorable, Corenz, lieutenant-colonel des chasseurs des Alpes, et à vingt-deux capitaines, lieutenants, sous”hente nants, sergents et soldats.

« Au quartier général principal, Milan, le 8 juin 1859.

« D'ordre de Sa Majesté, le lieutenant général chef d’ état-major de l’armée,

« Derza Rocca.

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