‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 7 sur 134 · LE PET · texte numérisé non relu

LE PET

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adressées a la cour d'Autriche attestent qu'on nous rend, déjà à cet égard une entière justice.

« En présence de cet. état de choses, si la Sardaigne est. menacée, Si, comme tout le fait présumer, son territoire est envahi, la France ne peut pas hésiter à répondre à l'appel d'une nation alhée à laquelle l'unissent des intérêts communs et des sympathies traditionnelles, rajeunies par une récente confraternité d'armes et par l'union contractée entre les deux : maisons régnantes.

. «Aussi, Messieurs, le gouyernement de l'Empereur, fort de la constante modération et de l'esprit de conciliation dont il n’a jamais cessé de s'inspirer, attend avec calme le cours des événements, ayant la confiance que sa conduite, dans les différentes péripéties qui viennent de se succéder, rencontrera l’assentiment unanime de la France ct de l Europe. »

Dans cette même séance nf 26 avril, immédiatement après Ja lecture de cet exposé de la situation, Son Eee M. Baroche, président du Conseil d’ Etat, avail présenté deux projets de loi, impérieusement CoMmandés par la gravité des circonstances et par l'imminence des hostilités. Le premier élevait de cent mille hommes à cent quarante mille hommes le contingent de la classe de 1858.

M. Baroche avait expliqué les motifs de cette mesure avec autant de sobriété que de dignité de langage. Dans un pareil moment, il fallait des actes, et non des paroles. L’ éloquence des faits parlait trop haut pour

que l’éloquence des phrases ne fût pas un luxe inutile. M. Baroche, qui était la voix du gouvernement, avait eu raison de dire les nécessités de,la situation, sans plaider, auprès des mandataires de la France, une cause déja gagnée, puisqu'il s'agissait d'honneur nalional et de gloire militaire.

Mais le Corps législatif était, dans cette occasion solennelle, la vivante personnification du pays. L'âme du pays devait répondre avec effusion à la voix du gouvernement. C'est ce que comprit aussitôt Son Excellence M. le comte de Morny, président de cette Assemblée des élus de la nation. Aussi prit- -1l spontanément la parole, après M. Baroche, pour sc Pr l'interprète officiel des sentiments de la France. Voi oici sa haranguc :

oo Messieurs

© «Laloi qui vous est présentée a toutes les conditions de l'urgence, puisque les conseils de révision sont convoqués : elle ne peut donner lieu qu'à un rapport sommaire. Je propose donc à la chambre de se réunir de suite dans ses bureaux et dé nommer la commission, qui ferait son rüp- Pet immédiatement. La séance potrrit être reprise AE une licure. La

8 L'ITALIÉ CONFÉDÉRÉE chambre entendrait la lecture du rapport, qui serait imprimé et distribué dans la soirée, de sorte qu'aux termes du règlement le projet de loi pourrait être discuté et voté demain. | « Permettez- moi d ajouter quelques mots, que les circonstances rendent nécessaires.

«L'exposé que vous venez d'entendre établit de la manière la plus. claire que l'Empereur, sans abandonner le but généreux et élevé qu il s'est proposé, dès l’origine, n’a pas manqué un seul jour aux principes. de, modération qui caractérisent sa politique. À chaque phase des négociations, il s'est empressé d'accepter toutes les combinaisons dont les conséquences ne pouvaient être que d'éviter la guerre, et qui lui étaient offertes par ses alliés médiateurs. Le retard même apporté à la présentation de la loi actuelle est la preuve la plus éclatante de l'espoir et du désir qu'avait toujours conservés l'Empereur d'obtenir pacifiquement la solution de ces difficultés. Cette conduite a eu d’abord, pour effet, de rassurer les grandes puissances de l Europe, et si, malgré tous leurs efforts, la guerre est inévitable, au Moins à- -{-on lieu d être certain qu'elle sera localisée et limitée, surtout si les autres puissances allemandes ont la sagesse de comprendre qu il n° ya là qu'une question purement italienne, qui ne cache aucun projet de conquêtes et ne peut enfanter aucune rév olution. « Quant à vous, Messieurs, ait début de cette question, vous avez montré un esprit pacilique que vous inspirait votre sollicitude pour les granés intérêts du pays ; c'était votre droit et votre rôle. Cela ne fait que donner plus de valeur et de force au CONCOUrS que ous late à l'Empereur. €Faisons voir aujourd'hui, afin que pér$onneé pe S'Y méprenne ni au dedans ni au dehors, qu’ en face de l'étranger nous sommes {ous unis dans une seule pensée : Le succès et Ja gloire de nos armes. ‘Une fois la lutte cngagée, tous les intérêts matériels se rangent pour faire place au patriotisme, toutes les inquiétudes sé taisent pour micux nous laisser entendre la voix de l'honneur national. Ne regardons PU en arrière, C "est Na nous qu est le Mate ” la France. RER Li ABUS 4h | Le lendémain, la loi d'augmentation ‘du contingent de 1858 était votée d'urgence et d'enthousiasme, sur le rapport du président du Corps législatif, qui s'était fait un honneur et un devoir, dans cette ciréon= stince tout exceptionnelle et touté nationale, d'être, auprès de'ses collègués, l'interprète de l'opinion des commissaires PPS de Ars de éette Loïi +? 3 54 FO: HFGIS LOHEUTIE EC Le second projet dé loi apporté au tips législatif par M tibia, dans la mémorable! séance du Le avril, sé a re mission ‘d'un cm-

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE | 9 prunt de cinq cents millions, destinés à pourvoir aux depenses de la guerre d'Italie. Celui-ci était également voté, par acclamation, sur le rapport de M: Schneider, dans la séance du 30 avril. Le Sénat avait ratifié avec le. même élan et la même unanimité ces deux votes du Corps législatif, lun dans sa séance du 28 avril, l’autre dans sa séance du PAL

Les événements arc halte avec une effrayante rapidité. Le 27 avril, M. le comte Walewski adressait aux agents diplomatiques de la France une note qui était le commentaire lucide et précis de l'exposé de situation communiqué la veille au Sénat et au Corps légistif, par ordre de l'Empereur. Deux jours après, le 29 avril, l'Autriche jetait violemment le masque d'hypocrisie dont elle avait longtemps couvert son astucieuse politique.

Le délai de trois jours donné au cabinet de Turin par le cabinet de Vienne était expiré le 26 avril. Cependant trois autres jours s’écoulèrent encore, trois jours d’anxieuse attente et d'impatience fiévreuse, pendant lesquels on répandait et on démentait, de minute en minute, la nouvelle de l'entrée des troupes autrichiennes sur le territoire sarde. Mais cet acte d'iniquité, qui devait mettre en lambeaux les traités de 1815, n'avait été que retardé; le 29 avril, dans la journée, l’armée de François- Joseph 1° franchissait les frontières du Piémont.

Le sort en était jeté. La question d'Italie sortait fatalement des régions de la politique et des sphères de la diplomatie pour entrer dans le domaine des faits militaires. L' Autriche avait voulu en sn à la force ; la force allait lui répondre.

Dès le 2 maï, la rupture des relations officielles qui avaient existé jusque-là entre la France et l'Autriche était irrévocablement accomplie. Le même ; jour, presque à la même heure, Son Excellence M. le baron de Hubner, ambassadeur de François-Joseph [à la cour des Tuileries, et M. le marquis de Banneville, chargé d’affaires du gouvernement français auprès du gouvernement autrichien, quittaient, chacun de son côté, le poste où les avait appelés la confiance de leur souverain. Ces deux diplomates se croisèrent à Charleroi. Là, ils échangèrent quelques paroles courtoises sur le gigantesque duel qui allait commencer entre les deux grands empires de l'Europe occidentale, au milieu de ces vastes plaines de la Lombardie et du Piémont que Dieu semble, depuis tant de siècles, avoir prédeslinées à devenir l'éternel champ clos de la France et de l'Autriche.

Le lendemain 3 mai, le Sénat et le Corps législatif recevaient simultanement, l'un de la bouche de M. Fould, ns de la bouche de M. Je

comte Walewski la communication suivante : a ir, 9

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sh « ré ai eu l'honneur de vous présenter l'exposé des négocialions suivies par les puissances jusqu’: au moment où l'Autriche, séparant : son action de celle des autres cabinets, a pris la résolution d’adresser à la Sardaigne un ultimatum énonçant, s'il n'y était satisfait, l'intention de recourir à l'emploi des armes. .

« Le gouvernement de l'Empereur n'a pas voulu laisser ignorer à la cour d'Autriche comment il -envisageait cette éventuñlité, et le chargé d'affaires de Sa Majesté à à Vienne à prévenu, dès le 26 du mois dernier, le gouvernement autrichien que si. ses troupes franchissaient la frontière du Piémont, la France serait obligée de considérer cette invasion d'un pays allié comme une déclaration de guerre. | «La cour d'Autriche ayant persisté ? à employer la force, et ses s troupes élant entrées le 29 sur le territoire sarde, l'Empereur m'a ordonné de porter à la connaissance du Corps, législatif ce fait, qui constitue l'Autriche en état de guerre ayec la France. ».

ren notices rer fers le message impérial au dedans et au dehors de ces deux grandes assemblées officielles. Le cours de la rente était rapidement: descendu de soixante-huit francs à soixante etun francs; mais, à mesure qu'il décroissait, le patriotisme. dupays montait, comme les vagues majestueuses de l'Océan agité par la tempête. Le peuple était avide des mille détails, des mille bruits, des mille faits qui se rattachaient à la guerre et à l'armée. Son exaltation. allait: croissant chaque jour, et l’on sentait chaque jour revivre de plus. en plus, au sein des masses, ce profond sentiment sie la prié qui est le trait distinctif de la nation française. : | ail

Aussi ce fut avec.un vrai sentiment, d'orgueil et de; joie que * foule : émue aceourut de tous: les .faubourgs, de tous les quartiers, pour lire la proclamalion suivante, plarrdée: dans la journée du 3 mai, sur-les sols de la ARR,

L reines AU no FRANÇAIS

« Français,

«. : L' Autriche, en faisant entrer son, armée sur. se territoire. ro roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la guerre. Elle viole ainsi les lraités,

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE at la justice, et menace nos frontières. Toutes les grandes puissances ont protesté contre cette agression. Le Piémont ayant accépté les conditions qui devaient assurer la paix, on se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine : c’est que l'Autriche a amené les choses à cette extrémité, qu'il faut qu’elle domine jusqu'aux Alpes, ou que l Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique; car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir.

« Jusqu'i ici la modération a été la règle de ma conduite: maintenant l énergie devient mon premier devoir.

«Que la France s'arme et dise résolûment à l'Europe : Je ne veux pas de conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle ; J observe les traités, à condition qu'on ne les violera pas contre moi; je respecte le territoire et les droits des puis- ‘sances neutres, mais j’avoue hautement ma sympathie pour un peuplé dont l'histoire se confond : avec la nôtre et qui gémit sous l'oppression étrangère. : |

« La France a montré sa haine contre l'anarchie: elle à voulu me donner un pouvoir assez fort pour réduire à l'impuissance les fauteurs de désordre et les hommes imcorrigibles de ces anciens partis qu'on voit sans cesse pactiser avec nos ennemis; mais elle n’a pas pour cela abdiqué son rôle civilisateur. Ses alliés riaturels ont toujours été ceux qui veulent

l'amélioration de l'humanité, et, quand ee tirel'é + ce n'éstpoint pour dominer mais pour affranchir. | AE RENAAE

-« Le but de cette guerre est donc de rendre l'Italie à elle-même et non dé la faire changer de maître, et nous aurons à nos noce à un 5e RE ami, qui nous devra son indépendance.

«Nous n’allons pas en Italie fomenter le désordre ni ébranler lé pou voir du Saint-Père, que nous avons replacé sur son trône, mais le sousraire à cette pression étrangère qui $’appesäntit sur toute la Péninsule, étcontribuér à y fonder l’ordre sur les intérêts légitimes satisfaits.

” &Nous allons enfin sur cette terre classique, illustrée par tant de victoires , ‘retrouver les traces de nos pères : Dieu fassé que nous soyons die d'eux ! a

« Je vais bientôt me mettre à la tête de l'armée. Je laisse en France l’Impératrice et mon fils: Secondée par l'expérience et des lumières du dernier frère de l'Empereur, elle saura se montrer à z hauteur de sa mission.

« Je les confie à la valeur de l’armée qui reste en France pour veiller sur nos frontières, comme pour protéger le foyer domestique; je lés confie au patriotismé de la garde nationale; jé les confie enfin au peuple ont

entier, qui les entourera de cet amour et de ce hace ta dont ; je en chaque ; jour tant de preuves: |

€ Courage donc, et union! Notre pays va encore monirer au monde qu il n'a pas dégénéré. La Providence bénira nos efforts; car elle est sainte aux yeux de Dicu, là cause qui s'appuie sur la justice, l pra l'amour de la patrie et de l indépendance. 2. |

« Palais des Tuileries, le 3 mai 1859.

« NAPOLÉON

‘ Le cœur de la France tressaillit à ce langage où elle se retrouvait tout. entière avec ses aspirations généreuses et ses libérales idées. Napoléon HE, ressaisissant l'épée du triomphateur d’Austerlitz et de Marengo pour aller se mettre à la tête de l'armée d'Italie, plaisait à à ce peuple de soldats dont f

“les rhéteurs ni les agioteurs ne parviendront jamais à étouffer le vieil es-

prit militaire, tant ce vieil esprit tient, per des liens Suis au plus profond de ses entrailles.

* Pendant toute la semaine qui suivit cette proclamation, la physionomie de la capitale sembla tout à coup s’illuminer aux rayons de l’enthousiasme. On savait que l'Empereur ne tärderait pas à partir pour aller préndre le commandement suprême de l’armée d'Italie ; mais on ignorait le jour précis, l'heure fixe de ce départ, dont l'attente remuait si profondément là fibre populaire. Cependant les masses veillaient pour y tie comme on veille pour assister à une fête de famille.

“Chaque jour une foule sympathique stationnait aux abords je dalsis des Tuileries, le long de la grille du Carrousel, sur le quai du pont Royal, sous les arcades de la rue de Rivoli, afin d’être sûre que son Empereur

ne partirait pas sans emporter ses vœux et ses bénédictions. Il y avait là

des femmes qui comprenaient, avec leur cœur de mère et d'épouse, le cœur de l'Impératrice luttant avec les forces de son héroïsme contre les instincts de sa tendresse. Ces femmes l'admiraient et la plaignaient, elle qui devait sourire avec sa raison de souveraine à une résolution qui éloignait un mari de sa femme, un pèré de son enfant, pour livrer sa vie aux hasards de la guerre et à la chance des batailles. + 98

N Y. avait là aussi des enfants et des vieillards, et des ouvriers aux costumes variés, aux mäles attitudes. Ces femmes, ces vieillards, cés enfants, ces ouvriers, ‘attendant avec une patience mérveilléuse, dans l'ignorance du jour et de l'heure, le départ de l'Empereur, quelquefois jusqu’au milieu de la nuit, présentaient 1 un Spectacle à la fois pittoresque et touchant qui se reriouvela plusieurs fois de suite, ‘

:. Dans toutes les mairies d’ arrondissement, on avait ouvert, afin de facliter les manifestations du patriotisme des masses, des bureaux d' enrûlement de volontaires et des listes, de souscription à l'emprunt. Partout la foule accourait : les jeunes s’enrôlaient, les vieux souscrivaient. C'était de l’exaltation,. de la frénésie, du délire ; on ne pouvait suffire à écrire les noms des volontaires et les chiffres des souscriptions. La France offrait

‘avec une prodigalité inouïe son or et son sang pour l'Italie.

L'Italie ! Ce nom réveillait de bien poétiques souvenirs, de bien ardentes sympathies. Mais ce n'était pas seulement le généreux élan d'un peuple chevaleresque en faveur d'une sainte cause et d’une nation opprimée qui. se traduisait par toutes les marques éclatantes de la satisfaction universelle. Les flots de population qui escortaient, le long des boulevards.et des quais, jusqu'à la gare du chemin de fer de Lyon, les soldats de la France, joyeux et fiers d'aller combattre sous les yeux de l'Empereur, étaient autre chose encore que la marée montante des vœux du

peuple en faveur de ltalie.

Il y avait dans ce frémissement des masses comme une instinclive joic de la portion de vengeance que la France allait prendre, dans, les plaines de la Lombardie et du Piémont, sur cette douloureuse défaite de 1815 dont le ressouyenir la trouble encore,.même dans les grandeurs et les prospérités de l'heure. actuelle. Jamais la France n’oubliera Waterloo ; toujours elle s'en souviendra avec des rugissements de colère et des larmes de désespoir ; jamais ce nom ne s ’effacera de. sa mémoire; toujours cette pensée l obsédera jusqu’au milieu de ses triomphes et de ses fêtes, à moins qu'il.ne lui soit enfin donné de déchirer, avec son épée victorieuse, cette

sanglante page de son histoire, écrite par la trahison et la fatalité.

Ceux qui croient que la France à oublié, qu’elle a pu oublier Waterloo, ne saventrien de son âme ni de sa pensée. Ceux-là ne la comprennent pas. Elle travaille avec calme, mais elle se souvient. Qu'on la fasse riche comme jamais ne l'a. été nation de la terre : elle se souviendra encore. Qu'on. lui donne tout : gloire, puissance, liberté, elle se souviendra {oujours. Mais. qu'on l'envoie un seul jour sur les champs de bataille prendre une dernière, une \ vraie revanche de Waterloo : alors glle pourra oublier, clle oubliera.

J'ai dit les sentiments graves et. les spectacles solennels de la popula-

tion de Paris dans les premiers jours du mois de mai 1859, J'emprunte lés détails pittoresques de la physionomie de la capitale pendant ces jours de

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mouvement et de bruit inusités à un journal de Bruxelles, l'Indépendance, qui publiait,. k: jour même. où 1 I FAPELÉ eur Arial is Hé, le feuilleton que voici : +

14, L'ITALIE CONFÉDÊRÉE

« En moins de huit jours la ville a changé de physionomie ; évidemment ilya le Paris de la paix et le Paris de la guerre :‘or c’est le Paris de la guerre que nous avons sous les yeux. La rue est plus animée et plus bruyante; on va moins vite; on regarde, on écoute, on interroge; il va des groupes qui semblent attendre une révélation; un’ dragon qui passe à cheval est un événement. Jugez donc si le régiment qui part au bruit de sa musique, au battement de ses tambours, est suivi d’un regard attentif ctcurieux! Déjà le gamin surgit de toutes parts : il en vient des imprimeries, où les gamins jouent le rôle d’apprentis; il en vient des études de notaire et d'avoué, où ils remplissent les graves fonctions de saute-ruisseau ; il.en vient des Batignolles, de la Villette et de tous les endroits où l'on fabrique; où l'on bâtit quelque. chose. Aussitôt qu'il a senti l'odeur de Ja poudre et qu’il pressent le bruit du canon, il est impossible de rete-. mr le gamin de Paris. Il comprend qu'il entre en vacances ; il faut qu'il voie et qu'il écoute; il faut surtout qu'il suive au pas, le bonnet sur l'o: reille.etle feu dans les veux, le régiment qui s'en va; trop heureux le ga-: mini de Paris, lorsqu'un soldat lui confie un instant sa gibèrne ou son sac! il lui semble alors qu'il est-un héros. En ce moment il a dix coudées, Ia taille d'Ajax Télamon, et, quand le gamin à conduit son soldat jusqu'à la gare, où la vapeur Imfatigable attend ses colis armés, alors il se met à erier : « Vive la ligne!» etmème; on vous le dit tout bas, ïl se met à chanter la Marseillaise! Ah ! cette Marseillaise, elle revient toujours; elle est dans la mémoire et dans les moelles de ce peuple. I peut cesser de la chanter, il: ne l'oubliera jamais; à la moindre occasion, la chanson se réveille, e et sauve qui peut! | | gt BURIE HO

-@ Pe:tous les soldats qui s’en vont pleins d'espoir et d'un noble orgueil, ci qui plaît le mieux au gamin de Paris, sans contredit, c’est le zouave. In'est rien qu'il préfère à ce tent cuivré, à cet habit oriental, à ce visage heureux et goguenard. I faut dire aussi, pour expliquer ces intimes préférences de gamin, que le zouave allant en guerre emporte un tas de bêtes dont ilfait sa joie et sa fête, en chemin, sous la tente, à la bataille, à l'assaut: Telrégimentse félicite d’un chien caniche, et le caniche, en piéton prudent qui déjà se douté des longueurs du chemin, marche, en vrai sol: dat chevronné, d'un pas calme et mesuré, sans se livrer à des gambades inutiles. Telle autre compagnie de zouaves emporte un écureuil trèséveillé, très-curieux, qui va d’un sac à l’autre, etqui ne se doute pas, l’imprudent, des grands dangers qui le menacent, car monsieur l'écureuil est un Jean-Jean à sa première campagne. Toutau rebours, ce vieux chat, cematou: qui:a perdw sa queue à la dernière bataille, ikne voulait pas partir, tant il:se trouvait bien sous le toit:de la caserne. Le zouave avait

ET

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L'IPAHIE GONFÉDÉRÉE Fe beau x'appeler : Minet! minet ! de sa plus douce voix, notre hommé de chat gagnait la gouttière : ‘il avait, pensait-il, assez de gloire, il s'était vaillamment conduit sous les murs de Sébastopol; même une fois il avait évité l’insigne honneur que les Russes voulaient lui faire de le manger en civet. Bref, notre ‘héros tournait autour des Invalides. Vaine ambition ! inutile espoir! « Il: faut partir, Agnès l’ordonne! » Agnès est le caporal Moustachu, qui prudemment attache à son sac le matou récalcitrant et déserteur. Dans deux ou trois jours, quand nousserons bien lancés en pleine campagne, et que maitre chat: ne pourra pas faire autrement que de se battre avec nous, nous lui rendrons sa liberté.

« Voyez-vous, cependant, gravement perché sur le turban d'un Fo clairon, monsieur du Corbeau, criant et battant des ailes, comme s'il appelait la victoire et qu'il sentit déjà la chair fraiche des champs de bataille? Monsieur du Corbeau a déjà fait bien des campagnes ; 1l avait deux ans à peine qu'il assistait à la bataille d'Isly, et le maréchal Bugeaud, en passant; devant le front de bandière, l'a salué de son épée! Il a eu quatre ou cinq maîtres tués sous lui, et chaque fois que son maître est mort, il a choisi pour le remplacer le plus brave du régiment, et tant mieux s'il était décoré. 1 a passé par tous les grades ; il fut d’abord le soldat Corbeau, puis le sergent Corbeau, le capitaine et le major Corbeau ; il ést mamtenant le général Corbeau, sans être ou moins brave ou plus fier.

-« Lé jour de sa mort au champ d'honneur serait un deuil véritable pour son régiment adoptif. J'ai done vu le général Corbeau, il était plein d'enthousiasme ; à coup sûr, il comprend qu'on le mène à la bataille ; il en a tous les instincts guerriers, il en sait même les chansons, et quand son clairon se mit à sonner la Casquette au général Bugeaud, le corbeau chanta de sa voix basse : As-tu vu, as-tu vu, la casquette, la casquette ? as-tu vu la casquette-auw pèr Bugeäud ? À ce cri de guerre et d’ironie, on eût vu le peuple applaudir et chanter en chœur la chanson du’ maréchal Pugeaud, du général Corbeau. ion 5250 «Jai vu passer aussi, sur le chemin de l'Italie, db non pas sans unC émotion très-vive au fond de l'âme, un superbe régiment de la garde avec armes: et bagages. C’est un sévère, un imposant spectacle. Ils allaient, calmes et silencieux, sans forfanterie et sans morgue, chacun d'eux portant légèrement le lourd fardeau : que porte avec soi un soldat en éampagne. Ils: n'avaient ni chien, ni corbeau, aucun des-enfantillages de: la guerre, et les gens lettrés, voyant passer ces grenadiers;:se disaient : Malhèur à ceux qui vont rencontrer ces régiments, semblables à autant de lours, mais à dés tours qui sauraient réparer leurs brèches. Je l'avoue; en ce moment j'ai senti se serrer mon vieux cœur, et.j'ai été pris d'une im-

mense envie, en voyant ces Jeunes gens, le printemps de l'armée, arriver d’un pas si calme et si fier au-devant de tant de hasards. Ne sont-ils pas, en effet, dignes d'envie ? Ils ont vingt ans ; ils sont puissants et forts; 1ls savent manier en soldats une arme imposante et terrible ; ils combattent sous un drapeau glorieux entre tous les drapeaux de ce monde; ils vont à la gloire, ils y vont sans haïne et sans peur. Oh! les heureux! ilsont

à jouer un grand rôle, à l'heure où nous autres, les écrivains, les poëtes

les artistes, les artisans, les bourgeois, les avocats, les rêveurs, nous ne

sommes plus bons qu’à garder la ville et à suivre au loin, dans la poussière éclatante, ces gens heureux qui emportent à leur suite toute la curiosité, touté l'émotion, toutes les passions de la France. ls sont les rois,

ils sont les dieux de l'heure présente ; il n’y a que pour eux de l'espaceet du soleil; la renommée et le bruit leur appartiennent ; le vieillard les sa-

lue en disant : Au revoir! le petit enfant, se haussant sur ses pieds charmants, agite de sa main ingénue un petit drapeau qui les salue ; ils s’en vont, contents de mourir ; mais chacun d'eux est sûr de vivre et de r'evenir couvert de gloire. » ‘* | Lee Cependant Napoléon III s'occupait, en prévision de son départ Le

l'armée d'Italie, d'organiser le gouvernement intérieur de la France. Le

5 mai, il signait deux décrets importants ainsi CONÇUS :

«Napoléon, par la ares de Dieu et la volonté nationale, Empereur dei Français, à tous présents et à venir, salut.

« Voulant donner à notre bien-aimée épouse l Impératrice des marques

de la haute confiance que nous avons en Elle,

«Et attendu que nous sommes dans l'intention d'aller nous mettre à la

tète de l'armée d'Italie, nous avons résolu de conférer, comme nous conférons par ces présentes, à notre bien-aimée épouse l’Impératrice le titre de Régente, pour en exercer les fonctions pendant notre absence, en

conformité de nos instructions et de nos ordres tels que nous les aurons

fait connaître dans l'ordre général du service que nous aurons établi et qu sera transcrit sur le livre d'Etat.

: « Entendons qu'il soit donné connaissance à notre oncle ii prince Jé-

rème, aux présidents des grands corps de l'État, aux membres du Conseil privé et à nos ministres, desdits ordres et instructions, et qu’en aucun cas l'Impératrice ne puisse s ‘écarter de leur ERA dans l'exercice des fonctions de Régente ;

€ Voulons que l'Impératrice préside en notre nom le Conseil privé et le Conseil des ministres. Toutefois notre intention n’est point que l’Impératrice régente puisse autoriser par sa signature la promulgation d'aucun

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