‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 8 sur 134 · CAM · texte numérisé non relu

CAM

ET

sénatus-consulte ni d'aucune loi de l’État autres que ceux qui sont actuellement péndants devant le Sénat, le Corps législatif et le conseil d'État. | Nous référant à cet égard au contenu des ordres et instructions mentionnés ci-dessus.

« Mandons à notre ministre d’État de donner communication des présentes lettres patentes au Sénat, qui les fera transcrire sur ses registres, et à notre garde des sceaux, ministre de la justice, de les faire publier au Bulletin des lois.

« Donné au palais des Tuileries, le 5 mat 1859.

« NAPOLEON, « Par l'Empereur :

« Le ministre d'Etat, Acmire Four. »

« Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.

« Au moment de partir pour aller prendre le commandement de l'armée d'Italie, nous avons, par nos lettres patentes de ce jour, confié la Régence à notre bien-aimée épouse l'Impératrice, et nous avons réglé, pour le temps de notre absence, l’ordre du service par un acte inséré au livre d'État et porté à la connaissance de notre oncle le prince Jérôme Napoléon, des membres du Conseil privé, du Conseil des ministres et des présidents du Sénat, du Corps législatif et du conseil d'État ;

« Voulant donner à notre oncle le prince Jérôme des marques de la haute confiance que nous avons en lui, et, par le concours de ses lumières, de son expérience et de son dévouement à notre personne, faciliter à notre bien-aimée épouse l’accomplissement de sa mission, nous avons décidé et nous décidons que l’Impératrice-régente prendra, sur les risolutions et décrets qui lui seront soumis, l'avis du prince notre oncle ; nous lui avons en outre conféré comme nous lui conférons par ces présentes le droit de présider, en l'absence de l'Impératrice-régente, le Conseil privé et le Conseil des ministres. |

« Donné au palais des Tuileries, le 3 mai 1859. « NAPOLEON.

.« Par l'Empereur :

« Le ministre d'État, Acunze Fou. »

Hi. |

Ce n'était pas assez d'avoir placé l'Impératrice au sommet du gouxernement actif de l'Empire: il fallait lui laisser des instruments énergiques et expérimentés. Le 5 mai, un décret de l'Empereur replaçait M. Delangle, ancien magistrat, dans sa sphère naturelle, en le faisant passer du ministère de l'intérieur au ministère de la justice. Le duc de Padoue, dont le nom rappelle des traditions d'honneur, de dévouement et de fidélité, qui remontent au règne de Napoléon F”, recevait des mains de Napoléon Hl le portefeuille du ministère de l'intérieur où M. le vicomte dé la Guéronnière, conseiller d'État, allait être appelé à remplir la mission, toute de confiance, de présider au service difficile et délicat de la presse, de l'imprimerie, de la librairie et du colporlage, ce qui comprend presque tous les éléments de l'esprit public. Le même jour, le maréchal Randon recevait le portefeuille de la guerre, abandonné par le maréchal Vaillant, appelé aux fonctions de major général de l’armée d'Italie.

L'Impératrice allait faire le rude apprentissage des affaires publiques ; clle allait, pendant l'absence de l'Empereur, prouver, dans le gouverncment de l'État et l'exercice de la Régence, que la noble compagne de Napoléon IT sait allier tous les mérites de l'esprit à toutes les qualités du cœur, l'intelligence et la fermeté de la souveraine aux séduclions et aux vertus de la femme. Le nom béni d'Eugénie allait s’écrire sur une page de l'histoire de France, à côté des noms Bus trés de Blanche de Castille ct d'Anne d'Autriche. #

Auprès de Fimpératrice, nouvelle dns la pratique du pOMSOÏEE ; l'Enpereur avait placé, comme un foyer de lumière et d'expérience , son oncle, le prince Jérôme, le dernier survivant des frères de Napoléon I”, resté au milieu des jeunes générations du second Empire, avec la triple majesté de la vieillesse, du malheur et de la gloire, comme la double personnificalion des grandeurs et des infortunes du premier Empire. Qui pouvait enseigner le présent et préserver l'avenir mieux que ce témoin du passé, qui a, connu toutes les amertumes de l'exil après avoir connu tous les enivrements de la puissance ?

Fype éprouvé de courage et de loyauté, roi quand il fallait être roi, soldat quand il fallait être soldat, le prince Jérôme avait vaillamment coinbattu pour la France et pour l'Empereur, jusqu'à la dernière heure de la lutte, sur le champ de bataille de Waterloo. Napoléon IH pouvait se fier à celui, qui avait toujours servi, Napoléon 1”, en frère dévoué et ensujet fidèle. Il pouvait confier la Régente à la sagesse de ses conseils,

éclairés par soixante années de prospérités inouies mêlées à des vicissitudes terribles, d'élévations soudaines suivies de. chutes éclafantes,

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 19 de retours de fortune inespérée suecédant à de longues adversités. La destinée réservait à l'ancien roi de Westphalie le bonheur de protéger de sa vieillesse une femme qui est l'amour du peuple, et un enfant qui cst l'espoir de la France.

Cette femme, cet enfant, ce vieillard, formaient comme une sorte de trinité auguste à la tête du gouvernement de l'Empire. Au-dessous, il y avait le Conseil privé, il y avait le Conseil des ministres.

Le Conseil privé se composait de Son Éminence Monseigneur le cardinal Morlot, grand aumônier de France, archevêque de Paris; de Son Excellence M. le maréchal due de Malakoff, commandant en chef l'armée de l'Est; de Son Excellence M. le comte de Persigny, qui allait se rendre à Londres avec le titre d'ambassadeur de France en Angleterre ; de Son Excellence M. Troplong, président du Sénat, premier président de la Cour de cassation ; de Son Excellence M. le comte de Morny, président du Corps législatif ; de Son Excellence M, Baroche, président du conseil d'État ; de Leurs Excellences le comte Colonna-Walewski et M. Achille Fould, qui exérçaient en même temps les fonctions, le premier de ministre des affaires étrangères, le second de ministre d'État et de la maison de l’Empereur, et enfin de Son Excellence M. le maréchal Vaillant, grand maréchal du palais, qui allait en Halie occuper le poste de major général de l'armée.

Leurs Excellences M. le comte Colonna-Walewskiet M. Achille Fould se retrouvaient dans lé Conseildes ministres, qui se composait encore de Leurs Excellences M. le duc de Padoue, ministre de l’intérieur; M. Delangle, garde des sceaux, ministre de la justice ; M. Magne, ministre des finances ; M. le maréchal Randon, ministre de la guerre ; M. l'amiral Hamelin, ministre de la marine ;M. le comte de Chasseloup-Laubat, ministre de l'AIgérie et des colonies ; M. Rouher, mimistre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics; M. Roulland, ministre de l'instruction publique et des cultes; M Baroche, président du conseil d'État, ayant voix délibéralive. Telle était l'organisation du gouvernement intérieur de la France. Le soïn de veiller à la défense de la capitale restait confié à Son Excellence M. le maréchal Magnan, commandant en chef de l’armée de Paris. M. le baron Hausmann administrait le département de la Seine, et M. Boitelle gardait la préfecture de police. Enfin, M. le général comte de Lawéæstine consérvait le commandement supérieur de la garde nationale. t Au milieu de ces actes de prévoyance et de sagesse humaines, Dieu n'était pas oublié. Le 40 mai, Son Excellencé M. Roulland adressait, en qualité de ministre des cultes, à tous les prélats de l'Empire, une circulaire qui leur démandait d'ordonner des prières dans toutes les églises de leur diocèse, afin d'appeler sur nos armes la protection du ciel. Le lende-

20 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE main, 44 mai, Son Eminence Monseigneur Morlot, grand aumônier de France, archevêque de Paris, prescrivait à tous les prêtres de réciter, à la messe, d'abord pendant neuf jours consécutifs et ensuite pendant toute la durée des combats, le dimanche, les oraisons Pro tempore belli, pour le temps de la guerre. C’est ce qui se fit également, par ordre des archevèques et des évèques de France, dans toutes les églises de l'Empire. Partout l’épiscopat, s'associant par ses pieux et patriotiques mandements aux manifestations enthousiastes de l'opinion publique, adressa les mêmes instructions à tous les membres du clergé catholique. Dans les temples et dans les synagogues, il y eut aussi des prières publiques, et, partout où il se trouva des fidèles élevant leur pensée vers le Créateur du monde et de l'humanité, des vœux montaient jusqu’au pied du trône du Roi des rois pour lui demander de donner la victoire aux soldats qui volaient à la délivrance de l'Italie. |

À l'heure où l'archevêque de Paris signait son mandement au is du diocèse, déjà la Reine-Hortense emportait l'Empereur vers les rivages de Gênes. C’est le 10 mai qu'il avait quitté sa capitale pour aller partager les périls et les fatigues de l’armée d'Italie, après avoir imploré l'assistance du Dieu des batailles. Le 10 mai, en effet, auprès de l'Impératrice, au milieu des princes et des princesses de sa famille, entouré des officiers et des dames du palais, Napoléon IE assistait, dans la chapelle des Tuileries, à une messe de départ, dite à midi, par le grand aumônier de France, et se recueillait cure avee sa femme et son “enfant, jusqu'à l'heure des adieux. | aus

IT était cinq heures. Leurs Majestés inpérales allaient se rendre à la gare de Lyon. Dans les salons du palais des Tuileries se pressaient, émus et agités, les membres du Conseil privé, lés ministres, les grands officiers de la couronne, les dames et les officiers des maisons de l'Empereur et de l'Impératrice. Napoléon If reçut leurs derniers hommages : il reçut également les derniers adieux de Son Altesse Impériale la princesse Mathilde, de Son Altesse grand-ducale la princesse Marie de Bade, duchesse de Hamilton et de Sa Grâce le duc de Hamilton; puis il em brassa son fils et se mit en route, ayant à ses côtés l'mpératrice qui devait l'accompagner jusqu’à Montereau.

; L'Empereur et l'Impératrice étaient en calèche découverte, à la Daumont, l'Impératrice en costume de voyage, l'Empereur en petite tenue de campagne. L’ Impératrice portait un chapeau de paille, un mantelet noir et une robe noire. Coiffé du képi, l'Empereur portait la tunique des officiers généraux. Les cent-gardes ét ün premier détachement des cuirassiers de la garde précédäient la voiture de Leurs Majestés Im-

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 21 périales, que suivait un second détachement du même. mégimbnt de cuirassiers. |

Depuis le matin, toute la matlatice de all élait en ri hs abords du palais des Tuileries, tout le parcours de la rue de Rivoli, de la rue Saint-Antoine, de la place de la Bastille, de la rue de Lyon, du boulevard Mazas, les alentours de l’embarcadère, offraient le plus pittoresque. spectacle : c'était comme une mer humaine, tellement la foule était partout immense et compacte, mer mouvante dont. les flots pressés ondulaient, sous l'empire. d’une ardente pensée de patriotisme et d'un vif sentiment d'enthousiasme, avec plus d'impétuosité que les vagues mêmes de l'Océan. Hommes et femmes, enfants et vieillards : tous y étaient, tous jonchaient le pavé des rues, si bien que de la grille du palais des Tuileries à la gare du chemin de fer on ent dit une décoration vivante et continue. | | | - Sur tout le parcours du palais des Tuileries à la gare de Lyon, c'était la même foule aux fenêtres des maisons, où d'innombrables têtes se montraient, encadrées dans. les plis des drapeaux aux couleurs de la France et de la Sardaigne qui, du faite à la base, pavoisaient les façades. À ces fenêtres, dès que la voiture de Leurs Majestés Impériales apparaissait, on-voyait des milliers de mains agiter les chapeaux et les mouchoirs, en signe de sympathie; on entendait, à tous les étages, des milliers de voix acclamer, sur son passage, le cree al. en chef de l'armée d'Italie. ds à La marche du cortège hitiérial, à travers cette multitude enthousiaste, fut une marche triomphale. Ces milliers de drapeaux flottant à tous les vents, ces milliers de voix saluant avec amour l'Empereur au moment où, se faisant soldat, il allait déposer le sceptre pour l'épée, ces milliers de chapeaux et de mouchoirs agités avec tant de spontanéité,. quelle éclatante et solennelle protestation contre les défaillances intéressées et les égoïstes calculs de tous ceux qui avaient conseillé l'abandon de:la noble cause que notre armée allait défendre de l'autre côté des Alpes. Ces conseils de la peur, la population les avait connus. Elle avait su tout ce que l'Empereur avait rencontré, dans de hautes régions, d'obstacles inintelligents à la réalisation de ses glorieux desseins. Ses manifestations d'amour, de dévouement et d’admir ation en avaient acquis plus d'universalité, plus de vivacité. On eût dit qu'elle voulait remercier Napoléon IE d'avoir su comprendre l'âme de la nalion française, en croyant à ses sympathies et en ne doutant pas de ses sacrifices pour. l'indépendance et la liberté italiennes.

La voiture impériale avançait lentement, retardée à chaque pas par

l'élan populaire. Arrivée sur la place de la Bastille, elle est soudamement entourée de groupes nombreux d'ouvriers qui veulent dételer les chevaux pour la traîner eux-mêmes jusqu'à la gare. Cela se passait aux cris mulliphés et chaleureux de Vive l'Empereur! vive l'Impératriec! vive l'Italie! : Ému jusqu'aux larmes, l'Empereur se lève debout, s'écriant : « Mes amis, vous voulez que je parte? — Qui, Sire, répondirent alentour des voix nombreuses. Partez et revenez victorieux. — Eh bien, alors, ne me retardez pas, car le temps presse. Mes chevaux me conduiront plus vite. Laissez-moi passer, — C'est vrai, » reprirent les mêmes voix. Et la foule s’écarta, en criant de nouveau : Vive l'Empereur ! vive l'Impératrice! vive l'Italie !

Un peu plus loin, un ouvrier, s'adressant à ses camarades, dit, en apercevant le général en chef de l'armée d'Italie, ce mot prophétique : Regardez donc l'Empereur; il a la victoire dans:les yeux. Plus loin encore, tout près de la gare, il y eut un mouvement d'ondulations populaires, subit'et violent, autour de la voiture impériale. Des ouvriers cherchaient à s'ouvrir un passage, à travers la foule compacte, jusqu'à Leurs Majestés Impériales. Un commissaire de police intervint : « Nous voulons parler à l'Empereur, dirent les ouvriers à ce magistrat.—Mes amis, leur répondit leéommissaire de police, tout en s’efforçant de les contenir pour dégager la route par où s’avançait la voiture impériale, je voudrais vous conduire moi-même à l'Emperéur; mais c'est impossible, vous le voyez vous-même, — Eh bien, monsieur le commissaire, chargez-vous alors de notre commission, reprirent les mêmes hommes. Voici ce que nous voulions dire à l'Empereur : « Sire, vous avez dit : En partant, je confie l’Impératrice et mon fils à « Famour:et au dévouement du peuple. Vous pouvez compter sur nous.» On one citer cent autres RE cent autres mots sf même nature. | QUI

Le cortège éphrind arrive es en face de l'embarcadère, Là, sur ‘la place Mazas, sur la route du chemin de fer et devant l'entrée de la gare, une haie de:troupes était formée par les 14° et 15° bataillons de la garde nationale de Paris, un bataillon de la gendarmerie de la garde impériale

ctun bataillon du 80° de ligne. La cour intérieure de l'embarcadère était pavoisée de drapeaux tricolores, de trophées d'armes et: PCR au chiffre de l'Empereur: | |

Dans la salle des Pas-Perdus on avait improvisé une salle de réceplion, ornée de tentures vertes aux crépines: d'or; on y retrouvait aussi les mêmes éeussons au. chiffre de l'Empereur. Dans cette salle avaient été disposées des banquettes pour les personnes invitées. Enfin le grand salon de première-classe se trouvait converti en salon impérial. Fi

Quand Empereur et l'impératrice entrèrent, aux acclamations dé la

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE a foule qui encombrait la cour intérieure, et au bruit du tambour qui battait aux champs, dans la salle de réception, formée avec une moitié de la: salle des Pas-Perdus, toutes les dames qui garnissaient les banquettes se levcrent par un mouvement spontané. C'est là que Leurs Majestés furent reçues par Son Excellence M, le maréchal Magnan, commandant en chef de l’armée de Paris, M. le général comte de Lawæstine, commandant supérieur de la garde nationale de la Seine, M. le baron Hausmann, préfet de la Seine, M. Boitelle, préfet de police, par tous les membres du conseil d'administration de la compagnie du chemin de fer de Paris à Marseille, par des sénateurs, des conseillers d'État et des députés, accourus en grand nombre, pour saluer, au départ, le général en chef de l'armée d'Italie!

Au seuil du salon impérial, qui faisait suite à la salle de réception, Leurs Altesses Impériales le. prince Jérôme, le prince Napoléon et la princesse Clotilde, reçurent -à leur tour Leurs Majestés impériales, qu'elles avaient précédées de quelques minutes. Là se trouvaient également les grands dignitaires de l'Empire. Dans ce salon, le prince Jérôme, que ee départ pour l’armée d'Italie reportait aux glorieux souvenirs d'une autre époque, fit ses derniers adieux à l'Empereur son neveu, et-au prince. son fils, retrouvant: ainsi, aux jours de sa vicillesse, dans les émotions et les tableaux de cette séparation, les spectacles et les impressions qui l'avaient si souvent agité, aux jours de sa jeunesse. L'Enipereur échangea quelques paroles avec son oncle, l'embrassa :affectueusement, ainsi que la princesse Clotilde, qui fit aussi, à ce moment-là, ses adieux au prince Napoléon, serra la main aux dignitaires de l'Empire qui l'entouraient, puis fit entrer l’Impératrice dans un waggon-terrasse, où 1l monta bientôt à son tour, suivi de son cousin. Ce waggon-terrasse précédait trois autres waggons-salons qui composaient, avec trois waggons ordinaires de emioue classe et deux waggons de charge, le train impérial. |

On remarquait dans ce train Son dise M. le maréchal Vaillant, major général de l'armée d'Italie; MM. le comte Roguet, de Cotte, de Failly et le comte de Montebello, généraux de division; le baron de Béville, le prince de la Moskowa et Fleury, généraux de brigade ; le colonel de Vaubert de Genlis, chef d'état-major de la garde impériale ; Reille, lieutenait-colonel, chef d'état-major de à 4'° division de la garde impériale, tous aides de camp de l'Empereur ;

“MM. le marquis de Toulongeon: et le comte Lepic, ieutemant-colonc} d'état-major, faisant fonctions d'aides de camp ; 290 2906

MM. Favé, lieutenant-colonel d'artillerie ; le baron-de Mininova; chef d'escadron d' artillerie : Schmitz, chef d'escadron d'état-major ; Brady, ca-

pitaine d'artillerie; le vicomte Friant, capitaine de cavalerie ; de Tascher. de la Pagerie, le prince dé la Tour d'Auvergne, capitaines d'infanterie ; le prince Joachim Murat, lieutenant de cavalerie ; de Clermont-Tonnerre, capitaine d'état-major, tous officiers d'ordonnance de l'Empereur. |

MM. le baron de Bourgoing et Davillier, écuyers de l'Empereur ;

M. Conneau, premier ser et M. le baron Favrey, chirurgien de: (L Empereur; | |

M. l'abbé Laine, aumômier de d'étéédonos de l'armée d’ alice.

M. Robert, maître des requêtes, et M. Lemarié, auditeur au. conseil d' État, chargés du service du er: de re au ne général de l'armée d'Italie. | 5 | 4 © ]l était six heures ; le prince Jérôme ‘s ’éloignait avec. be princesse. Clotilde. Le sifflet du machiniste se fit entendre, et le train pantihe aux Cris universels de Vive l'Empereur ! vive l'Impératrice! vive l'Italie!

De Paris à Montéreau, ce fut une course haletante et triomphale, car le rain qui passait, rapide comme l'échair, sur la voie ferrée, état salué par les populations rivéraines, qui envoyaient à l'Empereur leurs. vœux ardents ét leurs acclamations enthousiastes. IL y-eut seulement quelques minutes d’ arrêt à Melun, où le premier magistrat du département. prit place dans le wag cgon-térr asse, qu’il devait quitter à Montereau. Pendant ces minutes d'arrêt, toutes les autorités civiles et militaires de la ville furent admises, avec les membres de la magistrature et. du series l'honneur de saluer Leurs Majestés Impériales. | sant

Montereau, où l'Empereur ét l'Impératrice devaient se dhpnpeni a été l'un dés champs de bataille du premier Empire. Dans son admirable campagne de France de 1814, Napoléon F° remporla, près de-cette ville, sur les alliés, une victoire qui eût sauvé son trône, si son trône. avait pu être sauvé par le génie de la guerre. Un autre souvenir illustre aujourd'hui les annales de cette ‘cité où l'Empereur, tirant son épée de. capitaine pour la délivrance de Ftalie, a remis aux mains de révhsiniise son sceptre de souverain. r .

C'est dans les salles de la gare, transformées: comme par. magie : enl salles d' apparat, qu'a eu lieu le diner des adieux. Ce splendide festin, of- | fert à T'Empereur et'à l'Impératrice par la municipalité, réunissait, à la table de Leurs Majestés Impériales, le préfet de Seine-et-Marne, le souspréfet de Montereau, le commandant du bataillon des, sapeurs-pompiers avec les principales autorités de la ville: Pendant le repas, la société des orphéonistes faisait entendre des chants patriotiques. Sin £

Un touchant épisode à signalé la fin de cette journée rs ss pes 4 sert, le docteur Conneau se mit à distribuer à chacun des convives une

| L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 25 photographie-miniature de Disderi, à trois épreuves différentes, représentant, l'une l'Empereur debout, l'autre, l'Empereur assis, la troisième, l'Empereur, l'Impératrice et le Prince Impérial. réunis... Chacun était encore tout ému de cette gracieuse surprise, lorsque M. de Lezay-Marnésia, chambellan de l'Impératrice, s'adressant, au nom de Sa Majesté, à tous ceux qui accompagnaient l'Empereur en Italie, leur fit don, à son tour, d’une petite médaille de la Vierge en or; avec cette simple légende surmontant l'image de la Mère de Dieu : Marie, priex pour nous. L'heure de la séparation avait sonné. L'Empereur et l'Impératrice s’embrassèrent avec des larmes dans les yeux, mais le cœur ferme, l'âme sereine, ayant foi dans la protection de Dieu et la fortune de la France. À ce moment, les assistants crièrent d'une voix unanime : Vive le Prince Impérial! comme s’ils avaient tous compris que ce cri répondait mieux qu'un autre à la dernière pensée qui devait occuper Leurs Majestés Impériales à cette dernière mmute des adieux ; puis l'Impératrice revint à Paris et l'Empereur continua sa route vers Lyon. | | ° Le train impérial reprit sa course avec une nouvelle impétuosité. Il ne courait pas, il volait sur la voie ferrée : on eût dit qu’il avait des ailes. Quand il arriva dans la gare de Sens, les élèves. du collége se mirent à exécuter, à la clarté des flambeaux, l'air de Ja reine Hortense : Partant pour la Syrie: 1 y eut là une station de quelques minutes, ce qui permit aux membres de la magistrature et du clergé, ainsi qu'aux autorités C1vileset militaires, de présenter à l'Empereur leurs respectueux hommages. De Sens à Lyon, le tram impérial ne fit qu'un bond, ne s’arrêtant à Laroche, Tonnerre, Montbard, Dijon, Beaune, Châlons et Mâcon, que pendant quelques sécondes, pour le: service, et trouvant à la gare de Lyon M. Vaisse, sénateur, chargé de l'administration du département du Rhône, qui était vénu complimenter l'Empereur. Là, Son Excellence le maréchal comte de Castellane, commandant.en chef de. l'armée de Lyon, monta dans lé waggon de Sa Majesté qu'il devait avoir, l'honneur d’accompagner jusqu'à Marseille. : LA L'Empereur fit un premier déjeuner à Valence; il devait en faire un second dans l'entre-pont même de. la Reine-Hortense. Le train impérial reprit sa marche rapide vers Marseille, ne la suspendant, pour le service, qu'aux gares d'Orange, d'Avignon et d'Arles. Pans la gare d'Avignon, une pauvre femme nommée Niel, infirme et veuve, mère de six enfants, attendait l'arrivée de l'Empereur comme on attend. une apparition de la Providence. L'ainé de ses fils venait d'être-rappelé sous les drapeaux. Elle demanda, dans un placet qu’elle eut le temps de remettre à l'Empereur, que son fils lui fût rendu. Napoléon HI lut le placet au moment même où IL. 4

le train repartait, ct, dans la journée, la femme Niel recevait, avec des paroles d'espérance pour le prochain retour de son fils, une somme de deux cents francs.

Partout, de Paris à Lyon et de Lyon à Murssillé, les populations des campagnes suivant, celles-ci leur maire, celles-là leur curé, étaient accourues, le jour, en habits de fête, la nuit, avec des torches pour flambeaux, sur tout le parcours du train impérial qui fendait l'air, salué, sur son passage, d’acclamations si nombreuses, qu'on eût dit un seul cri continu apprenant à Napoléon HE combien la France applaudissait à sa résolution d'aller combattre les oppresseurs de l'Italie.

: Enfin l'Empereur entré dans la gare de Marseille, au milieu des flots pressés d'uné population enthousiaste etsympathique, qui l'accuerlle-avec d'éclatants témoignages de respect et de dévouement. Aussitôt il se rend vérs le vieux port, au bas de la Cannebière, quartier du peuple dont chaque maison est pavoisée de drapeaux aux couleurs nationales, dont'chaque ‘habitant fait cortège à l'héritier de Napoléon I‘, ct, sans s'arrêter nulle part, il prend possession de la Reine-Hor tense, qui l'attend ar le conduire vérs le théâtre de la guerre.

Une jeune fille, vêtue dé blanc, avait seule pu jo un banquet das la calèche qui avait conduit avec rapidité l'Empereur de la gare au navire. Ce bouquet, c'était le vœu de la délivrance, c'était l'espérance dela victoire, car celle qui l'avait offert au sh ateur de la 3: qi était d'ori- Le milanaise. oi vor

Impatient de répondre à ee vœu de tant aline piribtèniess à à cbtte éspérance de tant de nobles cœurs, Napoléon HI hâtait l'heure du départ. Après le déjeuner, qui avait réuni à la table impériale le préfet des Bouches-du-Rhône, le général commandant le département, le maire et les adjoints de Marseille, l'évêque du diocèse et ses grands vicaires, les premiers magistrats et les principales autorités de la ville, ainsi que les officiers du bord ayant à leur tête le contre-amiral Dupouy, la Reine-Hortense

-s'élança, majestueuse et fière, sur les flots bleus de la Méditerranée, saluée,

par les batteries des quatre forts de la rade, de vingt et un coups de zanon. — Dépuis son arrivée jusqu'à son départ, l'Empereur n’avait entendu NE » qu'un long concert d’acclamations universelles. Ces acclamations, auxquelles se mélèrent les voix du canon et les hourras des équipagés, re doublèrent : quand on vit la Reine-Hortense s'éloigner, ! escortée du Vauban avec ses mâts pavoisés, et montrant avec orgueil à toutes ses vérgues, ses matelots aux chemises blanches, aux allures pittoresques et aux mâles attitudes. rest à voguait — ie se ——. pat sauvée!

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