MÉATIRE DE LA GUERRE
La patrie du Tasse et de Dante allait s'éveiller. tout-entière : au bruit des-armes : du pied des Alpes aux bords de l'Adriatique, un frisson de liberté allaiticourir dans ses veines ; au eri d'indépendance, qui devait retentir des rives du Tessin aux rives de l’Arno, un long frémissement allait l'agiter, du lac de Garde au détroit de Messine. | ” Terre privilégiée des grands artistes et des grands poëles, l'Italie, à laquelle se relient deux îles importantes, la Sardaigne et la Sicile, forme une vaste presqu'île, environnée à l'ouest, au sud..et à l’est des flots de, la Méditérranée, qui change de nom en changeant de rivage : vers le nordest, c'est la mer Adriatique; vers le sud-est, c'est la mer Joniénne;.vers le sud-ouest, c'est tantôt la mer Tyrrhénienne, tantôt la mer Méditerranée, Aù nord, des Alpes maritimes et des Alpes Cottiennes aux Alpes. Ju-
liennes, cette même presqu'ile se rattache au continent par. l'immense et haute chaine de montagnes, d’où descendent. les rivières qui forment la vallée-du Pô.et se jettent dans l'Adriatique. Cette ;chaine la sépare en même temps de la France, de la Suisse et de l'Allemagne... |
= De ce côté des Alpes, au pied de leur. versant septentrional, il, y à la Savoie, que les traités de 1815 ont politiquement rivée à l'Italie, . mais qui est en dehors de ses limites naturelles et géographiques. Sur un autre penchant du même groupe de montagnes, il y a une portion du Tyrol, la Valteline, une portion de la Suisse, qui, bien qu'enclavées. dans. ces limites, en dedans desquelles elles se trouvent, ont été violemment sépares du territoire de la Péninsule par les convenances de la. diplomatie ct le cours des événements.» ÉÉsdonemenieh fo nf à FRE
L'Italie confine à la Suisse, à la France et. à l'Allemagne elle commu- ‘nique avec la prennère par les cols du Grand Saint-Bernard, du Simplon et du Saint-Gothard ; -elle communique avec. la troisième parles cols du -Brenner et de Tarvis et par les divers débouchés de l'Isonzo ; elle communique avec la seconde par le Var, aux.environs de Nice, et par les cols des monts Genèvre, Cenis et Petit-Saint-Bernard. Ra si
A l'extrémité de la Péninsule, 1l y a le royaume de Naples, qui confine, au nord, aux États de l'Église, et dont toutes les autres frontières sont des frontières maritimes. À l'heure où commençait le grand duel de l'Autriche et de la France sur le sol béni de l'Italie, un roi achevait de mourir dans ce royaume. Ce roi, c’est Ferdinand II, qui a disparu de ce monde, emporté dans la tombe par une horrible et longue maladie, pendant que les épées se croisaient. et que les baïonnettes se heurtaient au loin.
Là, pendant la mêlée des puissantes armées, dont l’une combattait pour la délivrance de la Lombardie, et dont l’autre défendait la domination de l'Autriche, un changement de règne s’est accompli; mais le peuple et le souverain de cet État. sont restés tellement étrangers, sinon par la pensée, du moins par l'action, au mouvement qui s’est instantanément produit de Bologne à Milan, que leur nom et leur souvenir ne se retrouveront dans ce livre qu'à l'heure des dénoûments diplomatiques. 2.
Les États de l'Église ne pouvaient rester indifférents à ‘une lutte où allaient. se décider, par le sort des armes; les destinées de l'Italie. Au bruit des combats qui, de la vallée du Pô, montait jusqu'aux rives du Tibre, la population de ces États s'est soudainement émue. Un cri de liberté avait à peine retenti dans la Péninsule, que déjà jaillissaient de l'âme des Romains des élans de patriotisme et des désirs d'affranchis: sement. Mais les événements de la Romagne ont conservé ‘un caractère exclusivement politique. 11 en est de même de ceux qui ont si profondément. remué les duchés de Toscane, de: Parme et de Modène, où le peuple s'est brusquement soulevé, comme par un choc électrique, à la seule approche du drapeau de là France, contre la double tyrannie du dedans et du dehors qui pesait sur lui. Le récit de ces événements viendra plus tard compléter, à son heure et à sa place, l'émouvant tableau des victoires, qui ont assuré l'indépendance extérieure et la liberté inté: rieure de ces contrées que Dieu a faites si nn que asie a faites si malheureuses. |
:Le théâtre de la guerre, qui. br s ‘étendre ; jusqu'à à l'Adiges + au dé même de l'Adige, j jusqu'au Lido, a été circonscrit, par la paix de Villa: franca, dans celte admirable et féconde vallée du-P6, qui embrasse à la fois | le Piémont.et la Lombardie. La nature, qui à favorisé cette contrée de tous les dons de la beauté.et de la ferulité, semble également l'avoir prédestinée à ne former qu’une,seule ünité politique, comme elle ne forme qu'une seule unité géographique. Les violences de: la politique et lés caprices de. la diplomatie avaient faussé son rôle, en. la coupant en deux parts, l'une, placée. sous le sceptre:de la maison de Savoie, l'autre placée sous le sceptre de la maison de Hapsbourg. L’ di de la eau en les re-
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 29 liant l'une à l'autre, pour les fondre dans une même se pie a DAS le crime des traités de 1845. | | | |
‘A Fest, la vallée du P6ô confine à YAdriatiques Mais partout aiieoivi elle est entourée d'une merveilleuse ceinture de montagnes que la chaine des Alpes et la ligne des Apennins tracent autour d'elle. At cune autre région d'Europe n a des frontières plus franchement dessinées par les mains de la nature. Elle possède enfin sur deux mers des débouchés que les monts de la Ligurie protégent à l'ouest, et que les re ap de la Vénétie, défendent. au levant. | … Quelle facilité, quelle sécurité de communications extérieures ! Quelles | conditions exceptionnelles de richesse et de prospérité ! quelle situation | unique, dans les jours dé paix, aux yeux de l’agronome et de l'économiste, que celle de cette vallée du Pô, si magnifiquement abritée contre les vents | froids du nord, par les cimes gigantesques de la chaine des Alpes, si heu- | reusement protégée contre les souffles ardents du midi, par les sommets plus modestes de la ligne des Apennins ! De l’est à l'ouest, sa longueur est de six cents kilomètres ; du nord au sud, sa largeur est de cent soixante
D; sa superficie totale est environ de mille myriamètres carrés: La grande artère du P6, avec ses nombreux afflients, répand dans ce vaste. bassin, par les effets d’un incomparable système arc, œuvre de la nature, une fertilité si miraculeuse, que sur cette superficie de mille myriamètres carrés, recouverte, par le travail des torrents qui tombent | | des montagnes d’alentour, d'un sol d’alluvion merveilleusement productif, l'homme moissonne, huit fois dans l'année, une abondante récolte. Vallée prédestinée aux grandes prodigalités de Dieu comme aux grands ravages de l'homme, on peut dire de la vallée du Po qu'elle est à la fois, avec son délicieux climat et sa ra + rt acordentée, AE et le jardin de la moderne Europe. - | | + En effet, avec son amphithéâtre de RORPIEHUE, cette vallée n’est pas moins propice aux combats meurtriers qu'aux fécondes cultures. Annibal s’ y montra, à la tête de bandes d’aventuriers ramassés sur sa route. Les Cimbres l'ont envahie et ravagée. Tous les grands princes, tous les grands capitaines : Charlemagne, Charles-Quint, Napoléon, s’y sont montrés, four à tour, en conquérants et en maîtres. À leur suile, dr TR allait y paraître, mais en libérateur et non en ennemi. | . Hier encore, partagée entre deux dominations rivales, la vallée du Po était-hérissée, sur le territoire sarde, d’une triple ligne de défenses mili: laires destinées. à arrêter les armées de l'Autriche, qui, des plaines de la “| Lombardie, pouvaient s ur sur ce api Lau y Led la mort et ludévastationner4 21 54 0543 Je |
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Ces lignes de défense, placées complétement en dehors de la Savoie, se (rouvaient exclusivement établies, un peu sur le territoire de l'ancienne république de Gênes, incorporée à la Sardaigne en 1845, par le congrès de Vienne, beaucoup dans la partie de ce royaume qui ne fut d'abord que la principauté de Piémont. Aujotrd' hui le sol génois, qui fut jadis le sol ligurien et qui a connu, au temps des doges, des jours de secret et de gloire, se confond avec le sol piémontais.
La principauté du Piémont elle-même, bien qu'elle tende à donner son nom à la monarchie, chaque jour plus vaste, de la maison de Savoie, nc comprenait autrefois qu'une faible portion de celles des” PRE dc cetté monarchie qui sont situées au delà des Alpes: |
Indépendamment des territoires de l'ancienne république de Gènes, on retrouve également, dans l'ensemble des provinces qui s'appellent aujourd'hui le Piémont, ceux des duchés d'Aoste et de Montferrat, de la seigneurie de Verceil, des marquisa’s de Saluces et d'Ivrée, des comtés dé Nicé et d’Asti, et même des débris du vieux duché de Milan.
Ainsi nommé parce qu'il est entouré de hautes montagnes, le Piémont, dont la Méditerranée baigne le littoral, appartient cependant au bassin de l'Adriatique où le Po emporte les caux qui traversent, en les arrosant, ses vastes plaines, mollement étendues au pied des Alpes Maritimes, des Alpes Cottiennes, des Alpes Grecques, des Alpes Pennines et des Alpes Lépontiennes. 11 touche également, vers le sud, au pied des Apennins, et, vers l’est, 11 se prolonge Je SR desrives du Tessin ; ah aux bords du lac Majeur.
Le Piémont, seul, comptait quatre millions d' inbttantés le chiffre de la population totale du royaume, en y comprenant celle de la province de Savoie et de l'ile de Sardaigne, s'élevait presque à cinq millions; il sera désormais de huit millions, puisque la Lombardie, qui vient d'être donnée par Napoléon HE à IL, pes à peu star rois millions d'habitants. |
Prolongation de la vallée du Po, la | boiaté, qui va enfin ne faire qu’une seule contrée avec le Piémont, s'est appelée de noms divers dans le passe ; mais, sous quelque dénomination qu'elle se présente dans l'histoire, jamais cette terre, arrosée du sang de secs habitants par l'épée des conquérants ou’ par le fer des factions, ne vécut de sa vie propre, d'uné vié indépendante et nationale, ‘même au temps où Milan fut, tour ä tour, là capitale d'une république ‘où d’un duché, car, alors même qu'elle‘ paraissait libre, elle subissait encore, à défaut d'une deninetion étrangère directe, de secrètes influences extérieures: | )
C'est que la Lombardie, isolée du Piémont, qui est, sonores:
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE ol ment, comme une portion d'elle-même, ne pouvait, s'épanouir dans sa plénitude. Maintenant que le sort des combats l'a rattachée. aux possessions italiennes de la maison de Savoie, elle trouvera: sans doute le repos qui lui donnera la prospérité. Mais, avant de la conquérir, le Piémont allait avoir à protéger son propre territoire derrière sa triple ligne de défenses militaires. |
La troisième ligne occupe une position restreinte : c'est celle de la Dora-Ballea, qui prend sa source près du Petit-Saint- Bernard, rejoint la rive gauche du. Pô, après un parcours de sopk cimquante-quatre kilomètres, dans la direction de Crescentino, à trente-huit kilomètres de Turin. Sur cette rivière, qui était défendue ds toute son étendue, au moment, où a commencé la guerre d'Italie, se trouvent Ivrée, Caluso et Chivasso. Trois places de guerre sont situées sur cette ligne dans l'angle que forme le Tanaro par sa jonction avec le PO, protégeant. Turin, du côté sud, de même que la Dora-Baltea lui sert de rempart, du côté nord.
Ce sont Casale, sur la rive droite du Po; Valenza, située sur la même
rive, au pointoù ce roi des fleuves s’infléchit le sé au sud, avant de remonter, à l'est, vers Pavie ; enfin, Alexandrie, assise sur la rive droite du Tanaro, au confluent de cette rivière avec la Bormida, et qui commande une vaste étendue de terrain. Cette dernière place figure au premier rang des places dé guerre de l'Italie. Elle est fortement protégée par une formidable ceinture de vastes ouvrages avancés, qui l'entourent, par une immense citadelle, qui s'élève. sur la rive gauche du Tanaro, et surtout par un système complet d'écluses établies sur cette rivière, qui. permettent d'inonder subitement la plaine.
… La seconde ligne, plus étendue, commence d’abord à la Sesia, qui descend'du versant du mont Rosa et se joint à la rive gauche du Po, et ensuite à la Serivia, qui, partant à seize kilomètres de Gênes, du versant septentrional. des Apennins,afflue au Pô, par la rive droite, à treize kilomètres dé Voghera. Cette seconde ligne s'appuie sur les défenses avancées de. Lagogna et de la Staffora.
Plus avant, en s'éloignant de Turin, d'Alexandrie.et de Gênes, pour s’avancer vers la Lombardie, on rencontre, le Tessin et le Pô, qui forment comme un vaste fossé en demi-cercle, depuis le lac Majeur jusqu'aux lagunes de Comacchio. Le Tessin prend sa source au Saint-Gothard, arrose le canton dela Suisse auquel il donne son nom, passe à ee (raverse. le lac Majeur, et se jette dans le Pô à Pavie. Le Pô, qui est le plus grand fleuve de l'Italie, prend sa source sur les pentes du mont Viso.et va se jeter dans l’Adriatique, après avoir traversé le Piémont, jusqu'à son point d'intersection-avec-le Tessin, la- Lombardie où il reçoit le Mincio, et la Vé-