‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 82 sur 134 · AN DE · texte numérisé non relu

AN DE

66 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE nombreux état-major, apparaissent à l'extrémité du Corso. Je m'étais fiuré que-toutes les fleurs et toutes les couronnes entassées sur les balcons et sur les fenêtres avaient été jetées aux voltigeurs et aux chasseurs à pied; mais Milan avait décidément dépouillé tous ses parterres, dévasté tous ses jardins en prévision de l'entrée triomphale des Piémontais et des Français. La pluie de roses a recommencé de plus belle; les couronnes voltigent, les bouquets se croisent, et, à un certain moment, le cheval de l'Empereur et le cheval du Roi, devenus le point de mire de tous les projectiles, se cabrent sous leurs cavaliers.

«L'Empereur, qui monte un cheval anglais de pur sang, fait signe aux dames de mettre plus de modération dans le lancement des bouquets, qui frappent et effrayent son cheval. Inutile recommandation : l'élan est donné, et, parmi toutes les belles Milanaises en robes blanches et aux cheveux noirs tordus comme des serpents, c'est à qui lancera les bouquets les plus gros et les fleurs les plus brillantes. Le cortège impérial et royal arrive cependant sans encombre sur la place de la cathédrale ; l'évêque coadjuteur, monseigneur Caccia, à la tête des chanoines coiffés de la mitre blanche, vient recevoir les deux souverains, et la cérémonie comnence.

« On avait eu le bon goût de ne point orner de draperies les murs de cette magnifique église, la plus vaste qui existe après Saint-Pierre de Rome. Cinq nefs se succèdent majestueusement, et leurs voûtes ogivales, décorées de festons de marbre, reposent sur des colonnes de marbre. Malgré leur masse gigantesque, ces énormes piliers paraissent minces, grâce à leurs harmonieuses subdivisions, chaque colonne semblant composée d'une infinité de colonnettes. Je ne dis rien du beau pavé en mosaïque, des tableaux, des reliquaires, chefs-d'œuvre de la ciselure; des statues, du chœur, de la richesse des autels et de la richesse encore plus considérable du trésor de cette église, lequel représente la somme de dix millions, non plus que de ses pinacles élancés, surmontés de statues si légères qu'elles semblent danser sur la pointe d’une aiguille. L’extérieur du Dôme, bien plus extraordinaire encore, apparaît comme un de ces palais des contes de fées que chacun de nous a plus ou moins entrevus dans les rêves extravagants de la première jeunesse.

« Je ne sais quelle plume à la fois assez artiste et assez savante pourrait convenablement décrire ces pyramides gothiques de marbre blanc s'élançant dans les airs et se détachant sur le bleu sombre du ciel italien ; cette forêt de piliers de marbre et d’aiguilles de marbre travaillés avec toute la délicatesse du guillochage, et cette immense population de stas lues plus considérable que la population de certains de nos chefs-lieux, Je

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