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me demande s'il serait possible d'entasser une plus grande quantité de marbre sur une plus grande surface; mais quel architecte aujourd'hui formerait, de tant d'ornements réunis, une masse aussi majestueuse, aussi étonnante par la grandeur de l'ensemble que par l'exquise délicatesse des détails? En sortant du Dôme, je vois, devant la grille du palais vide de l'archiduc, un garde national qui monte la garde dans une des guérites occupées naguère par les sentinelles autrichiennes.
« Après m'être assuré d'une voiture dans la matinée, je suis parti à midi pour le champ de bataille de Marignan.
«En revenant de Marignan, je rencontrai une très-élégante calèche, qui se eroisa avec une charrette dans laquelle étaient quatre blessés. La calèche s'arrêta, deux belles jeunes femmes mirent pied à terre. Elles firent placer les soldats blessés dans la calèche, montèrent sur le siège auprès du cocher, et rentrèrent ainsi dans Milan. Cet exemple a été suivi par beaucoup d'autres dames. | |
« Un très-grand nombre de voitures de l'aristocratie se sont dirigées, ce soir, vers Marignan pour transporter en ville les blessés, qui sont entrés dans Milan à l'heure des illumimations. |
« C’est superbe; la vue du Corso éclairé à giorno est splendide. Parmi les palais qui se font remarquer par la magnificence de leurs girandoles de feu, je citerai le palais Belgiojoso.
«On fait en ce moment une grande manifestation pour l'union du Piémont et de la Lombardie. Quinze mille personnes au moins traversent le Corso et se dirigent vers le palais Brusca, en criant : Viva il re! viva Vittorio Emmanuele !
«Tout ce qui a été dit par les journaux italiens, gt répété par les journaux français, sur la répulsion qu'inspirait aux nobles milanais le pouvoir autrichien, était parfaitement exact. Ic1, le mouvement n’est pas seulement populaire, toutes les classes de la société y prennent part, et je dois même ajouter que c’est l'aristocratie qui le dirige. | |
« Ce soir, au moment où défilait dans le Corso ce cortège de quinze mille hommes criant : « Vive notre roi Victor-Emmanuel! vive la constitution ! vive l'union! vive l'unité de l'Italie! » les plus grands noms lombards S'associaient à celte manifestation, et les femmes les plus distingnées par leur origine, par leur beauté et leur fortune agitaient leurs mouchoirs et montraient du doigt au peuple qui passait le palais Brasca, habité par le Roi. L'annexion, que l'on regardait comme difficile par suite de prétendues rivalités existant entre les Lombards et les Piémontais, était déjà faite dans les esprits avant d’avoir été consacrée par les événements. Devant les acclamations de toute une capitale, Victor-Emmanuel IF n'a: pas hésité
68 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE à nommer immédiatement un gouverneur de la Lombardie agissant au vom du Roi.
« L'Empereur s’est tenu tout à fait à l'écart, laissant à la population milanaise toute sa liberté d'action. On avait dit qu'un commissaire français serait nommé au moins provisoirement : c'était une hypothèse toute gratuite. La France n’est pas venue en Italie pour conquérir, mais pour délivrer les peuples. Du reste, l'Empereur avait clairement indiqué son plan de conduite dans la proclamation du 8 juin, adressée aux Italiens.
CM. de Cavour, arrivé à Milan dans la journée, pour en repartir demain, a eu Sa part de l'ovation populaire. Après avoir défilé devant le palais du Roi, en poussant le cri de Viva il nostro re! la foule s'est portée devant
l'hôtel du ministre, qui a paru au balcon et a été salué par d'unanimes applaudissements. »
Dans la soirée du lendemain, 10 juin, le théâtre de la Scala était honoré de la présence de l'Empereur et du Roi. Cette vaste et magnifique salle, la plus immense de toute l'Europe, semblait rayonner, tant on y voyait scintiller de rivières en diamants qui étincelaient au cou, dans les cheveux, sur le sein, aux bras des belles patriciennes milanaises, toujours décorées du ruban aux couleurs italiennes en sautoir. Quelques-unes avaient même des toilettes vertes, rouges et blanches. Les six étages de loges étaient resplendissants. La loge impériale et royale, piacée au centre, est un superbe appartement ouvert qui s'élève jusqu'aux deux tiers de la salle. L'intérieur des autres loges est également décoré de tapisseries de soie, de candélabres, et la ‘plupart ont une chambre élégante où l'on joue et où l'on soupe. ACER
L'Empereur et le Roi, à leur entrée dans la salle, ont été accueillis par des tonnerres de vivat. Hommes et femmes, tout le monde se tenait debout, et pendant les deux heures qu'a duré le spectacle, on se levait de cinq minutes en cinq minutes pour agiler les mouchoirset crier : « Vive l'Empereur ! vive le Roi! » C’était l'enthousiasme du Corso transporté à la Scala, un de ces accès de délire dont nous ne pouvons nous faire une idée.
Le spectacle avait été donné au profit des familles de ceux qui sont morts en combattant. | |