ORDRE DE LA DIVISION
« Quarante chevaux du 1% régiment de chasseurs d'Afrique, 2° cscadron, sous les ordres du capitaine de Coutenson, ont enlevé ce matin un poste de lanciers autrichiens, dans une reconnaissance qui à été poussée jusqu'aux avant-postes de Goito, sur le Mincio ; on a ramené quatre lanciers, sept chevaux; d’autres lanciers ont été tués. Ce détachement du capitaine de Coutenson s’est acquitté d’une manière distinguée de sa mission. |
« Le maréchal des logis Rappe mérite une attention toute particulière.
« Cet heureux coup de main doit servir d'enseignement. Ce petit poste ennemi a été enlevé parce qu'il n'était pas bien sur ses gardes; avec plus de vigilance, il aurait pu, en partie du moins, échapper à la vigueur de l'attaque. Les cavaliers de la division n’oublieront pas que la négligence dans le service d'avant-poste et la dispersion dans les maisons peuvent causer de pareilles défaites.
« Au bivac de Carpenedolo, 22 juin. | « Général PDEvaux. »
Le même jour, 22, la municipalité de Montechiari, encouragée par la présence des troupes alliées, offrit à l'Empereur un pieux souvenir de nos victoires : une colonne, où étaient gravés les noms des officiers français morts en combattant, avait été élevée sur le champ de bataille de Castiglione; en 1818, les Autrichiens renversèrent ce monument, que la ville de Montechiari recueillit et conserva religieusement dans ses murs. Napoléon II accepta le don de cette colonne, ordonnant qu'elle fût replacée aux lieux mêmes où elle avait été primitivement élevée.
C’est ici que le curieux épisode de l'ascension des frères Godard trouve : naturellement sa place. A cette même date, le village de Castenedolo, que les Autrichiens ne manquaient jamais d'attaquer et de prendre, dans leurs grandes manœuvres annuelles de Montechiari, servait d'avant-poste à l’armée allée. |
Des troupes françaises étaient campées tout le long de la route de Castenedolo : dans les environs et dans l’intérieur du bourg était établie la division piémontaise du général Fanti, qui formait de ce côté l'extrême avant-garde des forces alliées. À peu de distance, vers la droite et sur la même ligne, on voyait posiés les cavaliers d'un régiment de chasseurs d'Afrique.
Là arrivèrent, dans la journée, les frères Godard, suivis par deux ou trois prolonges d'artillerie portant leur matériel d'aéronautes. Après avoir examiné le pays du haut du clocher, fait une minutieuse étude de la carte et obtenu du général Fanti la permission d’expérimenter dans une prairie située à un kilomètre de la grande plaine de Montechiari, l’un d’eux s’est porté avec tout son attirail au lieu choisi pour sa curieuse opération. Servi par des sapeurs du génie français et par des bersaglier1 mis à sa disposition par l'autorité piémontaise, il avait, au bout d’une demi-heure, planté ses piquets, dressé ses mâts, tendu ses cordages, gonflé sa mongolfière, et s’enlevait dans l'air à une hauteur de neuf cents mètres. Mais, pendant son rapide voyage, il ne put découvrir aucun indice de la présence des Autrichiens, à quinze ou seize kilomètres au delà de Montechiari. | |
Les souverains alliés poussent une reconnaissance jusqu à Desenzano, sur les bords ‘du lac de Garde, occupent, dans la journée du 20, Lonato, chef-lieu du district de ce nom. Ce bourg compte environ six mille six cents âmes, en y comprenant les hameaux d'Esconta, Venzago, Drugolo, Maguzzano ; il est situé sur une hauteur appelée Rova, et que traverse la grande route de Brescia à Vérone. En 1184, il fut détruit par les Autrichiens et reconstruit, en 1368, par les soins d’Azzo Visconti, seigneur de Milan. En 4509, il fut pris par Léon XII. C’est là que, le 8 août 1796,
deux jours avant la célèbre bataille de Castiglione, où Bonaparte défit Wurmser, le futur empereur battit d’abord l'aile droite des Autrichiens, préludant, par ce premier succès, à sa grande victoire du surlendemain.
C'est à son quartier général de Lonato que l'empereur Napoléon HI a reçu les adresses par lesquelles les municipalités des cités de Bergame, de Varèse et de Brescia exprimaient à Sa Majesté, au nom des populations de ces villes, leurs sentiments de reconnaissance et de dévouement.
L'heure approche où la célèbre date du 5 août 1796 aura pour glorieux pendant la date non moins illustre du 24 juin 4859. Mais, avant de décrire la mémorable bataille de Solferino, je vais esquisser la topographie du théâtre de cette lutte gigantesque, dans laquelle quatre cent mille hommes se sont heurtés les uns contre les autres. Ce théâtre est à peu près celui où fut livré le combat de Castiglione, avec cet autre point de ressemblance que Wurmser avait remplacé Beaulieu, comme Schlick succédait à Giulay dans le commandement de l’armée autrichienne. Seulement Schlick dirigeait à Solferino les colonnes autrichiennes sous l’autorité suprême de l’empereur d'Autriche, et sans doute aussi d'après les conseils du baron de Hess.
Ceux qui veulent se faire une idée exacte du champ de bataille du 24 juin doivent se représenter une chaîne de mamelons qui, commençant dans les environs de Castiglione et à peu de distance de Montechiari, se déroule en forme de croissant jusqu’à Cavriana, d'où se repliant par Castellaro, Pozzolongo et San-Martino, elle côtoie Desenzano, sur le lac de Garde, et se perd dans ces contre-forts des Alpes qu’on appelle les montagnes de Brescia et de Bergame. Ces hauteurs sont ordinairement boi- - sées ou couvertes de vignes sur les versants, nues au sommet, quand ces crètes ne sont pas couronnées par des châteaux du moyen âge ou par des tours, que les Autrichiens devaient utiliser, comme à Gastiglione, Solferino, Cavriana, Pozzolongo.
Par un chemin étroit, sinueux, qui passe entre des blés, des müriers et des vignes, et longe le pied d’une longue chaine de collines depuis Castiglione jusqu'à la plaine de San-Martino, on arrive au village de Solferino, que dominent la hauteur et la tour du même nom, celle que l’on appelle la Spia d'Italia, V'Espion de l'Italie.
Cavriana ou Cavriano, comme portent les cartes italiennes, est à quatre ou cinq kilomètres du Mincio, sur la rive droite du fleuve, en face de Valeggio, située de l’autre côté et à deux kilomètres. Le quartier général de l'empereur d'Autriche avait été transféré de Villafranca à V alegsio. Cavriana est à gauche de la route de Brescia à Mantoue, par Castiglione et
L'ITALIE CONFÉDÉREE 87
Goito, à une distance à peu près égale de ces deux villes et de Peschiera, par conséquent à peu près vis-à-vis du centre de la ligne du Mincio, Le théâtre des opérations de la journée du 24 se divisait donc en deux parlies bien différentes d'aspect et de disposition : d’un côté, un groupe de trente ou trente-deux mamelons qui, partant de Solfermo, courent vers Mantoue ; de l’autre, une plaine ouverte à perte de vue dans la direction des montagnes de Parme : c’est la Campagna di Medola.
Sur ce terrain, l’armée sarde formait l'aile gauche, l'armée française la droite ; celle-là campait à Desenzano et dans les environs, celle-e1 venait de Castiglione et de Medole. Les deux armées ennemies marchaïent de front, sur une ligne droite : les Autrichiens du levant au couchant, les Franco-Sardes du couchant à lorient. Dans un espace de douze à quinze kilomètres de long et de cinq à six de large, quatre cent mille hommes et six cents pièces de canon marchaient les uns contre les autres. François-Joseph 1* et Napoléon HIT commandaient les deux armées en personne.
L'empereur d'Autriche avait dégarni ses places fortes du quadrilatère et tiré de l'Allemagne tout ce qu'il avait pu en tirer d'hommes valides pour jouer cette grande partie. Il avait posté, sur les hauteurs de San- Martino à Pozzolengo, quarante mille combattants et soixante pièces de canon pour foudroyer l’armée piémontaise ; il avait couvert les mamelons de Solferino à Cavriana, et la plaine de Guidizzolo, de cent cinquante mille soldats avec deux cent cinquante pièces d'artllerie ; 11 avait, en outre, trente mille chevaux et un parc de six batteries à fusées.
L'ennemi avait done à sa disposition neuf corps d'armée, s’élevant en : semble à deux cent cinquante mille hommes.
A ces forces si considérables Napoléon II n’opposait que aisé COTPS
d'armée, la garde impériale et l’armée sarde. En raison des solides occupations de certains points vulnérables du pays, chaque corps avait déjà détaché quelques-unes de ses fractions. Les Franco-Sardes présentaient donc sur le champ de bataille :
A% corps : pour quarante et un bataillons et seize escadrons, vingt et un mille fantassins et dix-huit cents cavaliers ; 2° corps : pour vingt-sept bataillons et huit escadrons, quatorze mille fantassins et neuf cents cavaliers ; 5° corps : pour trente-neuf bataillons et seize escadrons, vingt mille ins et dix-huit cents cavaliérs ; %° corps : pour trente-neuf bataillons et huit escadrons, vingt inille fantassins el neuf cents cavaliers.