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58 L'ITALIE CONFÉDÉREÉE Garde impériale : pour vingt-quatre bataillons et vingt-quatre escadrons, douze mille fantassins et trois mille chevaux.
Si l'on ajoute environ sept mille hommes d'artillerie pour le service de trente-deux batteries divisionnaires et d’un nombre à peu près égal de batteries de réserve, l’armée française pouvait avoir en ligne le chiffre maximum de quatre-vingt-sept mille fantassins, huit mille quatre cents cavaliers, sept mille artilleurs ; ce qui fait en tout cent deux mille cent hommes. |
L'armée sarde, qui disposait seulement de trente-cinq mille hommes à l'attaque de San-Martino, et l’armée française, donnent donc le chiffre d'environ cent quarante mille soldats. :
Voici maintenant le récit général de la journée du 24 juin, récit qui présente l’ensemble des opérations de cette immortelle journée : |
D'après l’ordre général donné par l'Empereur le 25 juin au soir, l’armée du Roi devait se porter sur Pozzolengo, le maréchal Baraguey-d’Hilliers sur Solferino, le maréchal due de Magenta sur Cavriana, le général Niel sur Guidizzolo, et le maréchal Canrobert sur Medole, La garde impériale devait se diriger sur Castiglione, et les deux divisions de cavalerie de la ligne devaient se porter dans la plaine, entre Solferino et Medole. il avait été décidé que les mouvements commenceraient à deux heures du | malin, afin d'éviter l’excessive chaleur du jour. | |
Cependant, dans cette même journée du 23, plusieurs détachements ennemis s'étaient montrés sur différents points, et l'Empereur en avait reçu avis; mais, comme les Autrichiens ont l'habitude de multiplier les reconnaissances, Sa Majesté ne vit dans ces démonstrations qu’un exem- - ple de plus du soin et de l'habileté qu'ils mettent à s’éclairer et à se garder.
Le 24 juin, dès cinq heures du malin, l'Empereur, étant à Montechiari, entendit le bruit du canon dans la plaine et se dirigea en toute hâte vers Castiglione, où devait se réunir la garde impériale.
Pendant la nuit, l’armée autrichienne, qui s'était décidée à prendre l'offensive, avait passé le Mincio à Goito, Valeggio, Monzambano et Pes- . chiera, et elle occupait de nouveau les positions qu'elle venait tout récem-
. ment d'abandonner. fl:
C'était le résultat du plan dont l'ennemi avait poursuivi l'exécution depuis Magenta, en se retirant successivement de Plaisance, de Pizzighettone, de Crémone, d’Ancône, de Bologne et de Ferrare : en évacuant, en un mot, toutes ses positions, pour accumuler ses forces sur le Mincio. I avait, en outre, accru son arméc de la plus grande partie des troupes
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 89 composant les garnisons de Vérone, de Mantoue et de Peschiera; et c'est ainsi, comme on vient de le voir, qu'il avait pu réunir neuf corps d'armée, forts ensemble de deux cent cinquante mille hommes, qui s’avançaient vers la Chiese en couvrant la plaine et les hauteurs.
Cette force immense paraissait s'être partagée en deux armées ; ; celle de droite, d’après les notes trouvées, après la bataille, sur un officier autrichien, devait s'emparer de Lonato et de Castiglione ; celle de gauche devait se porter sur Montechiari. Les Autrichiens croyaient que toute notre armée n’avait pas encore passé la Chiese, et leur intention était de nous rejeter sur la rive droite de cette rivière.
Les deux armées, en marche l’une contre l’autre, se rencontrèrent donc inopinément. À peine les maréchaux Baraguey-d'Hilliers et de Mac- Mahon avaient-ils dépassé Castiglione, qu’ils se trouvèrent en présence de forces considérables qui leur disputèrent le terrain. Au même imstant, le général Niel se heurtait contre l'ennemi à la hauteur de Medole. L'armée du Roi, en route pour Pozzolengo, rencontrait de même les Autrichiens en avant de Rivoltella, et, de son côté, le maréchal Canrobert trouvait le village de Castelgoffredo occupé par la cavalerie ennemie.
Tous les corps de l’armée alliée étant alors en marché à une assez orande distance les uns des autres, l'Empereur se préoccupa tout d'abord de les relier, afin qu’ils pussent se soutenir mutuellement. A cet effet, Sa Majesté se porta immédiatement auprès du maréchal duc de Magenta, qui était à droite dans la plaine et qui s'était déployé perpendiculairement à la route qui va de Castiglione à Goito. Comme le général Niel ne paraissait pas encore, Sa Majesté fit hâter la marche de la cavalerie de la garde impériale, et la mit sous les ordres du duc de Magenta, comme réserve, pour opérer dans la plaine sur la droite du deuxième corps. L'Empereur envoya en même temps au maréchal Canrobert l'ordre d'appuyer le général Niel autant que possible, tout en lui recommandant de se garder à droite contre un corps autrichien qui, d'après les avis donnés à Sa Majesté, devait se porter de Mantoue sur Azola.
Ces dispositions prises, l'Empereur se rendit sur les hauteurs, au centre de la ligne de bataille, où le inaréchal Baraguey-d'Hilhiers, trop éloigné de l'armée sarde pour pouvoir se relier avec elle, avait à lutter, dans un terrain des plus difficiles, contre des troupes qui se renouvelaient sans cesse.
Le maréchal Baraguey-d'Hilliers était néanmoins arrivé jusqu'au pied de la colline abrupte au sommet de laquelle est bâti le village de Solferino, ‘que défendaient des forces considérables retranchées dans un vieux château et dans un grand cimetière, entourés l’un et l'autre de murs
épais et crénelés. Le commandant du premier corps avait déjà perdu beaucoup de monde et avait dû payer plus d'une fois de sa personne, en portant lui-même en avant les troupes des divisions Bazaine et Ladmirault. Exténuées de fatigue et de chaleur, et exposées à une vive fusillade, ces troupes ne gagnaïent du terrain qu'avec beaucoup de difficulté.
En ce moment, l'Empereur donna l’ordre à la division Forey de s’avancer, une brigade du côté de la plaine, l’autre sur la hauteur, contre le village de Solferino, et la fit soutenir par la division Camou, des voltigeurs de la garde. 11 fit marcher avec ces troupes l’artillerie de la garde, qui, sous la conduite du général de Sévelinges et du général le Bœuf, alla prendre position à découvert, à trois cents mètres de l’ennemi. Cette manœuvre décida du succès au centre. Pendant que la division Forey s’emparait du cimetière et que le général Bazaine lançaït ses troupes dans le village, les voltigeurs et les chasseurs de la garde impériale grimpaient jusqu'au pied de la tour qui domine le château, et s'en emparaient. Les mamelons des collines qui avoisinent. :Solfefino étaient successivement enlevés, et, à trois heures et demie, les Autrichiens évacuaient la position sous le feu de notre artillerie couronnant les crêtes, et laissaient de ce côté entre nos mains quinze cents prisonniers, quatorze canons et deux drapeaux. La part de la garde impériale dans ce glorieux trophée était de treize canons et un drapeau.
Voici, au surplus, le récit spécial des mouvements particuliers de ce corps d'élite. |
Le 24 juin, la garde impériale était campée, les deux divisions d’infanterie à Montechiari, les huit batteries d'artillerie et la division de cavalerie à Castelnedolo. L'Empereur, on le sait, lui avait donné l’ordre de quitter ces deux positions pour se rendre à Castiglione.
L'infanterie partit de Montechiari à cinq heures du matin. L'artillerie partit à la même heure de Castelnedolo et rejoignit la gauche des deux divisions d'infanterie à Montechiari, vers sept heures moins un quart.
La division de cavalerie ne devait partir qu’à neuf heures du matin de Castelnedolo et marcher librement, afin de ménager ses chevaux.
Vers six heures du matin, une canonnade bien nourrie s’engagea avec l'ennemi, qui avait pris position au delà de Castiglione. C’est alors que l'Empereur ordonna, comme on l’a vu, à la garde d'accélérer son mouvement. L'ordre fut expédié de suite à la cavalerie de partir avant l'heure qui lui avait été désignée : à huit heures, elle put monter à cheval, et, vers neufheures et demie, elle arriva sur le lieu du combat, où elle fut mise à la disposition du maréchal de Mac-Mahon.
Ainsi que je l'ai déjà dit, l'infanterie de la garde avait débouché
Voltigeurs de la Garde.
| ts de Guerre.)
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 91 de Castiglione par la route de Guirdizzolo: mais on se rappelle que l'Empereur, ayant Jugé que le point décisif de la bataille était l'enlèvement de la position de Solferino vivement défendue par l'ennemi, donna . l'ordre à ce corps de se porter à sa gauche, afin de se trouver en situation d'appuyer l'attaque du maréchal Baraguey-d'Hilliers contre Sol ferino. |
La division de voltigeurs commandée par le général Camou fut placée en ligne déployée derrière le premier corps, et, à cinq cents mètres en arrière, la division Mellinet fut formée en colonne double par division à distance de déploiement. |
La division Forey ayant éprouvé des pertes sensibles dans l'attaque de la position del Monte, la brigade Manèque, composée des chasseurs à pied de la garde, des 1° et 2° voltigeurs, fut portée à son secours et enleva ces positions au cri de Vive Empereur !
Au même moment, deux bataillons du 2° voltigeurs, lancés sur la tour et le couvent de Solferino, les enlevèrent avecun remarquable élan.
Ces bataillons ont ensuite occupé les crêtes de la position del Monte et y ont été soutenus par l'artillerie à cheval de la garde, qui vint se mettre en batterie sur la grande route de Cavriana. Bientôt l'ennemi chercha à reprendre cette importante position, et le petit nombre de troupes qui élaient sur ce point n'aurait pas permis de la conserver, si l'Empereur, en se rendant parfaitement compte de l’état des choses, n'avait envoyé immédiatement l’ordre à la division de grenadiers commandée par le général Mellinet de soutenir les batteries de la garde et la brigade Manèque. Cet ordre, promptement exécutt par le général Mellinet, permit à la brigade Manèque et à l'artillerie de la garde, non-seulement de conserver la position un instant menacée, mais encore de gagner du terrain en avant, en s’emparant successivement de celles de l'en: nemi.
La brigade Manèque arriva ensuite à quelque distance de Cavriana, position importante entourée de vieilles fortifications, où l'ennemi pouvait renouveler dans la ville et dans le château la longue résistance qu'il avait opposée à Solferino.
L'Empereur envoya l’ordre à l'artillerie de la garde de battre cette position, et à la brigade Manèque de l'enlever. Cet ordre fut exécuté avec vigueur et intelligence sous les yeux de Sa Majesté.
Le village de Cavriana venait d’être enlevé vers cinq heures du soir, lorsqu'un violent orage éclata et suspendit un instant les opérations. Mais à peine avait-il cessé, que les voltigeurs de la garde reprirent l’œuvre commencée et chassèrent l'ennemi des hauteurs qui dominent le village