‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 95 sur 134 · PER · texte numérisé non relu

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tualités menaçantes qui pouvaient se produire sur sa droite, avait déjà disposé d'une partie trop importante de ses forces, et cependant de nouvelles demandes lui étaient adressées instamment, afin d'appuyer le centre du quatrième corps, sur lequel l'ennemi frisait, comme sur la droite, un effort désespéré.

Ces demandes sont déjà connues : le rapport du commandant du quatrième corps les indique. Néanmoins, supposant que la division Bourbaki, ainsi que la brigade Collineau, de la division Trochu, seraient suffisantes pour repousser le corps ennemi annoncé de Mantoue, le maréchal Canrobert envoya le général Trochu, avec la brigade Bataille, de sa division, au général Niel, pour être placé entre les divisions de Failly et Vinoy, du quatrième corps.

A quatre heures, cette brigade entrait en ligne, les bataillons en colonne serrée par division, dans l'ordre en échiquier qui leur avait été prescrit sur le terrain, l'aile gauche refusée et l'artillerie à à portée d'agir efficacement. Ce renfort permettait au général Niel de prononcer un mouvement offensif qui a d'abord repoussé l'ennemi ; mais, celui-ci ayant opéré un retour, la brigade Bataille a été lancée de nouveau, el, conduite avec un admirable entrain par le général Trochu, elle a refoulé définitivement l'ennemi, qui n'a pas reparu.

Dans cette marche rapide, fournie jusqu'à la route de Ceresara, le 44", formant l'aile droite, a été un instant débordé par l'ennemi; mais, par l'ordre du général Bataille, dont le maréchal Canrobert loue hautement le courage et le sang-froid, les deux derniers bataillons, vigoureusement conduits par le colonel Pierson et le commandant Coudanien, ont fait face à droite, marché rapidement sur la Tuilerie, et serré de si près l’ennemi, qu'ils lui ont fait des prisonniers et l'ont forcé à abandonner deux canons, qui ont été pris.

Le 45° de ligne, dont un bataillon s'est trouvé un imstant lrès-sérieusement engagé, a montré aussi, dans cette circonstance, une grande solidité. Le 19° bataillon de chasseurs à pied s'est également distingué par son élan.

Pour soutenir le mouvement de la brigade Bataille, le maréchal Canrobert avait prescrit au général Courtois-d'Hurbal de faire avancer son artillerie de réserve, qui était venue prendre position: il avait enfin envoyc le colonel Besson, son chef d'état-major général, sur la route de Medole à Castelgoffredo, pour s'assurer si les reconnaissances du général Bourbaki avaient pu faire découvrir quelque chose des projets de l'ennemi au sujet du mouvement tournant annoncé. De forts détachements de uhlans, appuyés par de l'artillerie légère, avaient pu faire croire à la réalisation de

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celte attaque, à laquelle il ‘ait indispensable de parer ; mais, comme il avait élé constaté à plusieurs reprises qu'aucun corps d'infanterie ne paraissait derrière la cavalerie, le commandant du troisième corps crut pouvoir laisser la brigade Collineau, de la division Trochu, seule, pour couvrir Medole et faire entrer en ligne la division Bourbaki. A partir de ce moment, la position des alliés était entièrement assurée.

De tous les généraux du troisième corps, celui qui s’est signalé avec le plus d'éclat dans la journée du 24 juin, c'est sans contredit le général Trochu, vaillamment secondé par son aide de camp, le capitaine Capitan, qui eut un cheval tué sous lui. Le troisième corps a perdu dans cette journée trois officiers ; il a eu en outre douze officiers blessés : ses pertes en soldats s'élèvent à deux cent cinquante tués ou blessés.

Le chiffre d'ensemble des pertes de l’armée française s'est élevé, h reste, à douze mille hommes environ hors de combat, dont sept cent vingt officiers tués ou blessés, y compris cinq officiers généraux, savoir : un général tué, quatre généraux blessés. |

L'armée autrichienne avait perdu à peu près quarante-cinq mille hommes, tués, blessés ou prisonniers ; ceux-ci se sont élevés au nombre de sept mille. On lui avait pris trente et un canons et quatre drapeaux, et surtout on l'avait forcée de repasser le Mincio, abandonnant toutes ses positions de la rive droite, ne défendant même plus celles qu'elle pouvait occuper sur la rive gauche, et évacuant la Lombardie pour aller s’enfermer dans les forteresses du quadrilatère, qui garde l'entrée du Tyrol et la porte de la Vénétie. Le combat, du reste, avait duré seize heures; la lutte avait donc été opiniâtre, la victoire vivement disputée. |

Les trois armées, française, sarde et autrichienne, combattaient, l’une et l’autre, sous les yeux de leurs souverains; ce seul fait suffit pour donner à cette immense et décisive bataille, qui allait amener la paix, une place éclatante et particulière dans l’histoire militaire de ce siècle.

Pendant le combat, l'empereur d'Autriche, ayant quitté son quartier général de Valeggio, s'était établi à Cavriana, qu'il dut abandonner, après la défaite de son armée, fuyant à la faveur de l'orage.

Dans cette journée, Napoléon HIT n’a pas cessé un seul instant de diriser l’action, en se portant sur tous les points où ses troupes avaient à déployer les plus grands-efforts et à triompher des obstacles les plus difficiles. À diverses reprises, les projectiles de l'ennemi ont frappé dans les rangs de l'état-major et de l’escorte qui suivaient Sa Majesté Impériale.

De l’aveu de tous les acteurs de ce grand drame des champs de bataille, l'Empereur a été en quelque sorte supérieur à lui-même : on l'a vu partout, toujours dirigeant la bataille ; tout le monde autour de lui frémis-

sait du danger qui le menaçait sans cesse ; lui seul semblait lignorer. La protection dont Dieu la couvert s’est élendue aux officiers qui l'entouraient : un cent-garde seul à été blessé près de sa personne; mais plusieurs chevaux de l'état-major de l'escorte ont été tués ou blessés.

J'ai raconté tout d'un trait, d'après les rapports officiels, la grande journée de Solferino. Les correspondances privées ne renferment sur cette mémorable bataille que d'insignifiants détails, hors une seule, qui en donne la physionomie avec une couleur originale et une animation émouvante, et que je reproduis ici, parce qu’elle ajoute aux récits authentiques des indications précieuses à recueillir sur un événement militaire d'une importance aussi capitale. Voici cette correspondance, dont l’auteur va prendre la parole :

« L'armée française, partie le 24 juin, de bonne heure, de Castiglione, de Gassoline, de Resigo et de Medole, s'avançait vers le Mincio, sur un front de douze kilomètres. L'empereur des Français quittait Montechiari. Arrivé à Castiglione, il monta sur la tour en ruine du château, et put entendre le canon sarde qui tonnait. Des aides de camp partirent immédiatement en tous sens, et Napoléon III se dirigea vers Solferino. Avant d'arriver dans ce village, Sa Majesté franchit le mamelon qu'on appelle Monte-Castellino, d’où elle put observer la marche des Autrichiens. L'ordre fut donné à l'armée française de marcher en avant : il était six heures du matin. Les corps d'armée des maréchaux Canrobert et Mac-Mahon se trouvaient dans la plaine qu'on appelle la Campagna, ou la campagne de Medole; celui du maréchal Baraguey-d'Hilliers et une partie de la garde, Comprenant les première et deuxième divisions, sur la route de Castiglione à Solferino : ce corps avançait du midi au nord.

« À cinq heures et demie, le maréchal Baraguey-d'Hilliers marchait tranquillement, la canne à la main, à la tête de ses troûpes, quand tout d’un coup, à dix minutes à peme de Castiglione, il est accueilli par une volée de mousqueterie : les avant-postes autrichiens, que j'avais vus la veille au soir dans ce même vallon, avaient profité de la nuit pour se glisser par là jusqu'aux portes de Castiglione.

« J'avais peine à croire à tant d'audace, en entendant presque sous mes pieds, et en arrière d’une butte que je m'étais hâté de gravir, ces premiers coups de feu, auxquels nos troupes répondirent par deux cris . bruyants de Vive l'Empereur! suivis du petillement de la fusillade qu'’engagent immédiatement nos chasseurs à pied déployés en tirailleurs sur le flanc de la colonne. En un clin d'œil la grand'garde ennemie est repoussée, poursuivie et sabrée par nos chasseurs d'Afrique.

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« Au même instant l’on voyait, du haut de la colline où j'étais, au centre de la ligne de bataille, les divisions piémontaises commencer la canonnade sur plusieurs points de notre aile gauche, entre les buttes de Uastiglione et le lac de Garde, tandis qu'à notre extrème droite, en avant de Medole, le combat, commencé à cinq heures, s'animait de plus en plus. Partout on voyait, au bout d’une heure seulement, ces splendides campagnes humides de rosée et éclairées par une riante matinée de la Saint-Jean, s'émailler de gros flocons de fumée. blanche que la brise du matin dissipait bien vite. |

« Dans la plaine on commençait à apercevoir aussi, en arrière des nuages blancs de la canonnade, d'autres nuages roux formant de longues trainées dans diverses directions : c'était la garde impériale, la cavalerie et tous les autres corps dispersés de notre armée, qui, à la voix du canon, accouraient de Montechiari, de Lonato et de leurs autres cantonnements pour prendre part à la bataille. Tel était l'avide empressement de toutes ces colonnes électrisées par le bruit du combat, que plusieurs résiments d'infanterie, et entre autres les voltigeurs de la garde, pesamment armés et équipés, soutenaient pendant deux heures le pas gymnastique, sac au dos. | |

« Mais revenons au centre, où l'action est à se vive, plus intéressante.

« Les Autrichiens occupaient une chaine. de mamelons qui commence

à deux kilomètres de Solferino et se prolonge au delà de Cavriana. Ces mie plus escarpés du côté du midi, moins vers le nord, sont presque nus au soinmet ; leurs deux versants sont en partie couverts de vignes et de broussailles. La route qui mène de Castiglione à Cavriana passe dans la petite vallée où se trouve Solferino. Du côté droit de celte route, en face des collines qui se déroulent en forme de croissant des environs de Solferino à Cavriana, s'élève un mamelon plus considérable, couvert d'un petit tapis de gazon, qu’on appelle Montaldo, et qui domine la plaine. Au delà de Solferino, à droite, les élévations continuent; les plus considérables s'appellent Solferino, montagne de Polliate, San-Cassiano.

« Le théâtre de la bataille était ainsi disposé : une plaine à perte de vue

couverte de vignes et de bois : un gros mamelon découvert, comme poste

avancé, une pclite vallée, où se trouvent la route et le viliage de Solferino, et, derrière, une chaine de collines plus ou moins élevées, formant comme. une espèce d'amphithéâtre. Les Autrichiens occupaient toutes les hauteurs et se tenaient embusqués dans la-plaine vers lorient. L'objectif de la bataille était de les déloger de leurs positions élevées, de les chasser de la plaine, et de se frayer le passage vers le Mincio. |

« Les Tyroliens garnissaient le mamelon le plus avancé, du côté de

jastiglione, appelé le Sassi. |

« Cependant une grosse tour carrée, que j'avais vue s’'entourer de masses de troupes autrichiennes, était bien effectivement le centre principal de la résistance ennemie. Mais la disposition des lieux, qu'il était impossible d'explorer, et la limpidité de l'atmosphère, m'avaient fait illusion sur la distance aussi bien que sur les difficultés terribles de celte position. Elle avait été étudiée l’avant-veille, mais imparfaitement, à cause de l’éloignement, par plusieurs ascensions en aérostats, qu'avait même troublées l'attaque audacieuse d'un détachement de cavalerie. Cette vieille tour, qui signale et défendait jadis le village de Solferinv, est éloignée de près de huit kilomètres de Castiglione, soit que l'on suive les sinuosités de la roule, soit, ce qui est pire encore, que l’on marche droit en escaladant toutes les hautes buttes qui jalonnent cette distance.

«En effet, ces buttes ne forment pas, comme on pourrait le croire, vues de loin, une chaîne de collines, avec une arête suivie et commune, mais une sorte de chapelet de grands mamelons de cent à deux cents mètres d’élévation, à péntes abruptes fort irrégulières, et séparés les uns des autres par des gorges profondes et resserrées, qu'il faut descendre et gravir successivement. |

« Cette série de positions militaires dont je ne fais qu'indiquer le caractère essentiel, en négligeant une foule de détails accessoires, s'étend en serpentant entre la grande plaine de Montechiari à droite et un vallon à gauche, qui, en remontant vers Solferino, s'ouvre largement et finit par se confondre avec la vaste plaine onduleuse que l'on voit s'étendre au Join jusqu'aux bords du lac de Garde. La tour de Solfermo est le point culininant dé ce chapelet de hauteurs escarpées qui s’abaisse en arrière, vers le sud, en monticules insignifiants.

« En suivant ces hauteurs, on a constamment sous les yeux cette double plaine où se mouvaient les deux ailes des armées en présence, réglant leurs mouvements d’après ceux de leurs centres respectifs, qui se disputaient chaque butte avec acharnement.

«Mais, malgré l’obstination des Autrichiens qui s'étaient préparés de longuemain cé champ de bataille dont ils connaissaient tous les détours et tous les accidents de terrain, nos soldats, d'abord en petit nombre, car on n'avait pas voulu attendre de renforts, chassèrent cependant l'ennemi tambour battant et sans s’'arrèler, sans faire un seul pas en arrière, de Castiglione jusqu'au pied de la grande butte de Solfermo.

« Ce fut quelque chose d’admirable que de voir l'entrain héroïque et joyeux avec lequel tons ces braves gens escaladèrent ainsi au pas de charge

lambour battant, clairons sonnant, au cri de Vive l'Empereur ! ou au bruit de formidables hourras, à travers les balles, les boulets et les fusées, einq ou six hautes collines que les Autrichiens finissaiént toujours par abandonner pour ne pas être coupés par les colonnes latérales qui menaçaient les gorges de séparation. Il faudrait des volumes pour raconter tous les détails de ces diverses scènes de combats. Nos chasseurs d'Afrique caracolaient sur les flancs des hauteurs, impatients de prendre part au combat, et sabrant, faute de mieux, tous les uhlans qu'ils rencontraient dans les bas-fonds. L'artillerie grimpait au galop sur la pente presque impraticable des pitons évacués pour y établir des batteries qui écraseraient les canons ennemis ; puis elle redescendait presque aussitôt la pente opposée, pour se reporter en avant, non sans renverser quelquefois, comme je l'ai vu arriver, ses pièces, ses chevaux et ses conducteurs sens dessus dessous au fond des ravins. Mais les conducteurs se relevaient gaillardement, se sccouaient, fouettaient leurs chevaux, retournaient leurs petits canons légers et repartaient plus rapides qu'auparavant.

« Pendant que le combat poursuivait ainsi son cours au centre, la canonnade redoublait à gauche, où, au milieu de la plaine mamelonnée, mais ouvrant dans les vallons, l’armée sarde avançait à peu près du même pas que dans notre centre. |

« À droite, la canonnade grondait avec force vers sept heures du din: dans la plaine au delà du village de Medole, loin duquel l'ennemi avait été de nouveau chassé. A la fumée blanche de la poudre, on voyait se mêler par moments de longs tourbillons de poussière rousse, soulevés par de formidables charges de cavalerie sur les colonnes d'infanterie serrées en masses noires et profondes.

«Et cependant toutes les réserves n'étaient ali encore entrées en ligne, car de tous côtés on apercevait les roules couvertes de troupes convergeant vers le heu de l’action, soit pour nous, soit pour l'ennemi.

A huit heures, la bataille était dans toute sa fureur, sur toute la ligne courbe de vingt kilomètres qu’elle décrivait à travers les deux plaines et la chaine de coteaux qui les sépare. Comme le centre avait avancé plus que les ailes, il se trouvait à demi entouré par ce colossal demi-cercle de feu et de fumée. On sentait, à la lettre, la terre ébranlée jusqu’au sommet des collines par la violence des détonations de ce feu roulant d'artillerie, auquel on voyait se mêler, à l'extrême droite, presque derrière on une longue ligne de feu de mousqueterie. | |

« Ce spectacle, vu des hauteurs, était tellement beau et entraînant, qu'une troupe de gens du pays, et surtout de braves citadins de Castiglione, eurieux de voir pour qui allait se déclarer la victoire, avaient suivi

d'assez près le mouvement des divisions du maréchal de Mac-Mahon sur les buttes. Mais, au moment le plus intéressant de l'action, un boulet perdu vient siffler au-dessus de leurs têtes, les fait tous jeter à plat ventre et fuir ensuite à toutes jambes, au rire des Français moins chatouilleux des oreilles. On ne les à plus revus. |

« Du reste, d'autres piquants épisodes se mêlaient à cette scène terrible. En traversant un ravin à la suite d’un de nos bataillons, à michemin de Solfermo, je vois un gros lièvre S ‘élancer de son gile, tout cffaré par le bruit de cette chasse formidable qui ne le regarde pas ; un peu plus loin ce sont deux cailles qui partent d’entre les jambes d'un chasseur de Vincennes affamé, qui avait bien autre chose à faire qu'à ajuster le gibier, qu’il eût cependant volontiers mis dans son sac. Aîlleurs, - une vieille bergère,- à demi folle de terreur, accourt vers moi en me mon- trant un boulet qui venait de s’enfoncer en terre à côté d'elle et de sa

chèvre, et en même temps elle imite de sa voix le sifflement et le bruit sourd du projectile frappant le sol; sans cet échantillon de la guerre, elle ne se serait seulement pas doutée de la nature du fracas assourdissant qui se faisait autour de ces paisibles pâturages.

«A huit heures, la marche rapide et victorieuse des maréchaux Baraguey-d'Hilliers et de Mac-Mahon avait conduit leurs corps d'armée, côte à côte, jusqu’en face et au pied du dernier coteau, le plus élevé et le plus important, au sommet duquel s'élevait l'église du village et la grosse tour carrée de Solferino, clef de toute la position ennemie.

«Nos troupes s'élancent de nouveau par un dernier effort, croyant emporter ce poste comme les précédents : elles sont repoussées par un feu diabolique d'artillerie et de mousqueterie partant de tous les ravins, de tous les retranchements qui hérissent le sommet de la montagne, ct auquel se mêle le sifflement sinistre de centaines de fusées à longues queues blanches et à tube de fonte éclatant dans les airs.

« On rend à l'ennemi mousqueterie pour mousqueterie, canonnade pour canonnade, et des milliers d'obus et de boîtes à balles, qui répandent la mitraille sur sa tête, en échange de ses fusées meurtrières. Mais rien n'y fait. Nos soldats reculent pour la première fois. Avec étonnement on les’ voit redescendre précipitamment les pentes qu’ils ont gravies. Ils reviennent immédiatement à la charge, éntrainés par les officiers et les plus intrépides d’entre eux ; ils sont encore repoussés. Cependant quel-. ques chasseurs à pied demeurent accrochés aux crêtes des ravins et couchés à plat ventre. Derrière cet abri, ils engagent une fusillade inégale contre des batteries ou des obstacles invisibles, dont personne ne peut se rendre compte de loin.

1 ». RES L'ITALIE CONFÉDÉREE |

Un troisième assaut, plus terrible, plus général que les deux précédents, amène une masse de troupes sur un plan incliné que l’on distingue parfaitement près du sommet, et qui semble monter tout droit en face de nous vers l'église et la tour, Les plus agiles chasseurs grimpent même sur le talus escarpé ct boisé qui se dresse à droite de cette espèce d’esplanade en pente, et dont la pointe aiguë semble dominer sur un piton planté de grands cyprès, qui ont fait nommer ce lieu les Cipressi. À côté de la tour on entend sonner le clairon et les tambours battre Ja charge que les hommes accompagnent de hourras africains ; une colonne de zouaves, de chasseurs à pied, de soldats du 21° et du 64° de ligne se précipite de nouveau vers le point culminant du plan incliné, soutenue par une charge simultanée de chasseurs d’ Afrique, qui lancent leurs chevaux au galop, dans là même direction, sur une route tracée à gauche de l'esplanade. |

« Vains cfforts! en touchant le fatal sommet, la colonne se débande encore et redescend en désordre jusqu'à la moitié de la longueur de ce champ de carnage, où elle s’abrite au pied du talus boisé de droite, qu'un petit nombre de Urailleurs est parvenu à couronner.

« Il est temps d' expliquer la raison de cette résistance forcenée des Autrichiens dans leur position savamment choisie et si bravement défendué, qu’un instant on put douter de la victoire.

« La montagne de Solferino présente dans son énsémble une forme allongée, resserrée entre les deux plaines de l'est et de l ouest, qui bordent ses pentes latérales excessivement mar quées, formées par des talus de terre graveleuse, couverts de gazon et de petits chênes. La face antérieure qui regarde la dernière butte que nos {troupes avaient emportée en venant de Castiglione est peut-être encore plus abrupte, mais une route. quoique assez mauvaise, facilite l'ascension de ce côté.

« À peu près aux deux tiers de la hauteur totale de la montagne, en montant par la route, on trouve à gauche une esplanade naturelle, large d'environ soixante mètres, plantée en vignes et mais, el qui s'élève en pente plus douce vers le sommet du plateau supérieur. À droite de ce plan incliné se dresse un énorme talu pe à Lan et kan de broussailles, qui forme la crête du coteau.

« Voilà ce que l'on voit du sommet de la colline antérieure : mais ce qu'on ne peut deviner, c’est que ce plan incliné en pente douce et le talu aigu de la droite, qui semblent conduire au pied de la tour de l église et du piton des cyprès, en sont séparés par un profond ravin en forme d’entonnoir, au fond duquel se cachent les maisons du village. Arrivé au bord de cet entonnoir, la route conlourne son côté oriental sur une étroite

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