‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 96 sur 134 · LEE · texte numérisé non relu

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L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 119 chaussée que supportent des murailles de soutènement, et qui, après un long cireuit, aboutit à la porte crénelée d’un vieux château.

« Cette porte s'ouvre sur une immense cour intérieure au fond de laquelle s'élève l'église, avec son curieux dôme de style mauresque. La face orientale de la cour, du reste entourée de bâtiments, donne sur un précipice de près de deux cents mètres de profondeur, bordé par un mur à hauteur d'appui qui permet de jouir de la vue magnifique du lac de Garde, de ses îles et de ses hautes montagnes.

«Derrière la cour, un étroit sentier conduit au pied même de la vieille tour carrée. Achevant ensuite de contourner l’entonnoir du village, 1l s'arrête au piton des cyprès où est le cimetière, lequel est séparé du plateau antérieur de-la montagne par une large brèche, comme serait la cassure du bord d'un grand vase. En arrière du château, de l’église et du piton des cyprès, existe un dernier ravin très-profond, qui se creuse entre Solferino et les derniers mamelons-inférieurs de la chaine de collines.

« Maintenant, si j'ai réussi à représenter à l'esprit du lecteur les principaux accidents de terrain de cette formidable position militaire, on comprendra l'insuccès des premiers efforts de nos colonnes qui venaient s'arrêter court au bord de l’entonnoir du village de Solferimo, qui s'écrasaient en désordre à l'entrée de l’étroit défilé du chemin semi-cireulaire, où elles étaient broyées par les batteries ennemies construites tout autour de ce ravin, au pied de la tour et sur le piton du cimetière. La surprise se joignait à l’extrème difficulté des lieux, pour assurer la victoire aux . défenseurs du château.

-« Un quatrième, un cmquième ass sont livrés el repoussés comme les précédents, après de longues fusillades qui épuisent les cartouches de nos soldats. L'Empereur, étonné, alarmé d'une résistance aussi inattendue qu'opiniâtre, veut venir examiner les lieux en personne, et conduire les troupes au combat ; un de ses cent-gardes est tué à ses côtés, ses généraux l'entrainent en arrière.

Les soldats, électrisés par cet exemple et d’ailleurs à bout de munitions, font alors un effort suprème et désespéré, que seconde une puissante diversion sur le flanc- droit et que favorise encore mieux une pièce de canon qu’à force de dévouement les artilleurs sont venus à bout de hisser au sommet du talus de droite qui domine l’entonnoir,, le chemin et la porte du château. Tous les débris des corps qui avaient déjà donné se massent en colonne, sans ordre de compagnie ou d'uniforme; zouaves, chasseurs, grenadiers, voltigeurs, fantassins de tous régiments, mêlés ensemble, se rangent en bataille sous le commandement des premiers

120 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE officiers venus. Les voltigeurs de la garde, Hat en arrière, à l'abri du grand talus, forment la réserve. | |

« Tout d'un coup, à midi et demi, les tambours, les céiidee nent la charge ; loute cette masse furieuse se jette en avant à la baïonnette, en poussant le cri de Vive l'Empereur ! mèlé à des hourras étourdissants. Cette fois rien ne peut plus arrêter le torrent ; le chemin est balayé, les batleries sont emportées, la porte du château est enfoncée: ses défenseurs sont massacrés où lraqués-dans un coin; sommés de se rendre, ils refusent; on en lue encore une douzaine sous leurs yeux; les autres déposent les armes. Pendant cette rapide exécution, la tour était enlevée, aussi bien que le piton du cimetière, et le village était saccagé à diserc- Uion. Inutile de dire que ses habitants avaient fui depuis la veille.

:« Vous dire l'effet produit par ce dernier assaut, quand on vit du coteau, en face, cette fourmilière de soldats, grimper avec un élan. irrésistible, et de toutes parts à la fois, sur les crêtes les plus inaccessibles de Solferino et en éteindre subitement le feu, serait impossible. Ce ne fut, dans tous les corps témoins de ce fait d'armes et groupés autour de la montagne, qu'un immense cri d'enthousiasme.

«On venait enfin de triompher de cette forteresse redoutable de Solferino, où s'était arrêté pendant cinq heures l'élan d'une armée qui venait de conquérir au pas de course deux lieues de terrain rempli de difficultés. Désormais la victoire était assurée, complète et définitive.

Une batterie française fut postée immédiatement sur cette crête, et c'est celte batterie qui a causé le plus grand mal à l'ennemi. Les pièces placées sur le mamelon en face, appelé la Rocca, à cause de la fameuse Lour qui le couronne, furent bientôt réduites au silence, et les troupes qui l’occupaient délogées de leurs positions.

« Les Français étaient dès lors maitres des hauteurs qui dominent le bourg, la route et une partie des collines qui se déroulent vers Cavriana. Les Autrichiens qui défendaient ces positions furent ou tués ou faits prisonniers dans les maisons de Solferino. Soixante soldats du 31° de ligne en prirent cinq ou six cents dans une seule maison, la première du village sur la route de Castiglione. Les coteaux étaient encore Jonchés de cadavres autrichiens, le lendemain, dans la soirée, quoiqu'on en eût enlevé. pendant toute la matinée. Il y en avait encore dans les fossés de la route: il y en avait sous {ous les buissons, tous blessés au front, Des armes autrichiennes gisaient partout.

« L'armée avait laissé les sacs pour se battre mieux.

« Pourtant il restait à enlever la position de Montaldo, qui fut la plus difficile et la plus longue à emporter. Cette position était d’une haute

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 191 importance. Cependant, après quatre heures de lutte acharnée, les Français, alors protégés à leur tour par la batterie des Cipressi, précipitèrent les Autrichiens dans la vallée, se trouvant eux-mêmes exposés à la mitraille de deux batteries postées sur le mamelon de San-Cassiano, sur 1a route de Cavriana. L'Empereur des Français, qui suivait l’armée de crête en crête, donnant tous ses ordres, voyant tout, suivant les mouvements de la plaine et des hauteurs, envoya immédiatement un bataillon de la garde pour tourner cette position. Un capitaine des chasseurs de la

garde se précipita sur les deux batteries, tua les hommes, et s'empara de plusieurs pièces avec leurs attelages. Napoléon HE rencontra cette prise sur la grande route du village, en mème temps qu'un drapeau autrichien que l’on venait aussi de prendre.

« En attendant, la bataille continuait dans la plaine. Quoique la lutte fût partout énergique et obstinée, la plus grande résistance fut rencontrée dans une espèce de ferme appelée Barcassa. Masqués derrière des arbres ou dans des buissons, les Autrichiens soutinrent le combat depuis six heures du matin jusqu'à sept heures du soir, se retirant dès qu'ils voyaient les Français courir sus à la baïonnette. Vers le soir, cependant, ramenés dans des endroits moins boisés, ils perdirent contenance. La cavalerie, qui avait suivi la route, les atteignit à la sortie du village de Cavriana et les sabra, tandis que l'artillerie leur envoyait des centaines de boîtes à quatre-vingts coups. Des bombes, des fusées, les canons rayés, qui font peu de bruit, les atteignaient à des distances impossibles, les remplissant d’épouvante. Le carnage pendant le combat fut effroyable.

: «J'ai déjà dit que le lendemain on ramassait encore des cadavres partout. Je puis ajouter qu'on entendait aussi dans les broussailles de la plaine les cris de détresse des blessés; et l’on trouvait cachés dans les maisons et dans les masures de la campagne des prisonniers.

« Les trois quarts des blessés transportés dans Tes hôpitaux étaient des Autrichiens ; on les avait abandonnés sur le champ de bataille. Les zouaves et les turcos ont perdu beaucoup d'officiers. Les Autrichiens avaient en ligne toute leur armée.

« Napoléon IT, on l’a vu en suivant ce récit, est resté à cheval toute la journée, toujours présent, toujours exposé au danger. Il n'a pas mangé de toute la journée. Le soir, il a trouvé le diner de l'empereur François- Joseph 1" à Cavriana : Sa Majesté Royale, Impériale, Apostolique avait déjeuné dans ce bourg. L'armée aussi était à jeun depuis la veille. Dans la journée, on a terriblement souffert de la soif : l'eau manquait. »

Dans cette correspondance particulière, on parle de l'admirable sanglil. 16

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122 : L'ITALIE CONFÉDÉRÉE froid, du calme imperturbable de l'Empereur, comme on en parlé dans les rapports officiels ; c’est le langage de tous ceux qui ont assisté à la

bataille de Solferimo. Tous s'expriment dans les mêmes termes sur le courage personnel et le génie militaire que l'empereur des Français à dé-

ployés dans la journée du 24 juin. Celui-ci dit que l'Empereur a poussé le courage jusqu'à la témérité, électrisant les soldats par le sang-froid qu'il montre toujours ; engagé très-avant, il ne changeait jamais de position qu'au pas de son cheval, sous une pluie de balles et de boulets. Chacun frémissait de voir Napoléon II s’exposer ainsi, et les soldats, pleins d'admiration pour celte audace, la regrettaient cependant tout haut, redoulant une catastrophe. Cet autre raconte que l'empereur des Français était au milieu des soldats, allant d'un point à un autre, sans craindre la fusillade et les boulets de l'ennemi, qui venaient jusqu'à lui, encourageant les troupes pendant toute la journée et leur donnant l'exemple du courage el de la patience pour supporter la ‘fatigue, la soif et la faim, ausar bien que pour braver le péril. Un troisième écrit qu'à neuf heures l’empereur Napoléon était sur le champ de bataille, entouré de son état-major; il marchait en avant avec le corps du maréchal Baraguey-d'Hilliers, et les soldats le voyaient apparaître au sommet de chaque mamelon an fur et à mesure qu'on en prenait un. De là il voyait tout et suivait les phases de la bataille. Plusieurs fois il à été exposé. IL était tantôt à pied, tantôt à cheval: 1l envoyait des ordres et témoignait une confiance dans le succès égale à celle de ses officiers. | Enfin on lit dans une dépêche privée que tout le éndés pété: ofliciers et soldats, a partagé les émotions et les sentiments qu'a ‘nspirés l'attitude de l'Empereur à la bataille de Solferino. Depuis huit heures du malin jusqu’à sept heures du soir, Sa Majesté s’est exposée au feu de l'ennemi; un boulet est passé à quelques mètres de sa tête. : Le commandant Verly, des cent-gardes, placé à quelques pas derrière l'Empereur, a reçu, en pleine cuirasse, une balle qui a fait ricochet et est allée s’aplatir sur la cuirasse du capitaine placé auprès de lui. Le baron Larrey a eu un cheval tué sous lui ; le cheval du a rss mia officier d'ordonnance de Sa Majesté, a été Hess A Solferino; comme à Magenta, cet admirable sp boit cette insouciance du péril, ont encore augmenté l'élan irrésistible de notre armée, qu'aucun obstacle ne peut arrêter. En voyant l'Empereur s’exposer ainsi dans la glorieuse journée du 24 juin, on se rappelait ce qu'il avait été dans la bataille de Magenta, restant à cheval jusqu’à six heures du soir et se portant au pont malgré toutes les prières, parce que c'était l'endroit le plus périlleux et le plus important à protéger : l'Empereur n'avait voulu

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 125 se-rclirer qu'à la nuit, afin de rester le dernier sur le champ de bataille.

D'après le même témoin. oculaire, un capitaine de chasseurs de la garde, à la tête de sa compagnie, a pris la montagne de Paille. Au sommet, une batterie terrible vomissait la mitraille. Il excite ses hommes, il marche en avant, et ses hommes le suivent. Ils tournent la montagne, ils montent une pente presque à pic : ils arrivent. La baïonnette joue son jeu. Les canonniers autrichiens, surpris de tant d'audace, ne savent plus où ils en sont; quelques-uns tombent morts percés de coups, les autres prennent la fuite : le brave capitaine et ses cent dix hommes restent maîtres de la position et de la batterie. Il y avait six canons.

La lour de l’'Espion résistait toujours ; on ne parvenait pas à éteindre sa batterie. Il y avait là aussi des morticrs qui lançaient de tous cotés des bombes ct des obus; ces projectiles faisaient du mal dans la plaine et nous tuaient beaucoup de soldats : il fallait venir à bout de celle position.

Le premier corps était déjà maître de la colline des Cyprès ; cette colline fait face à la tour, dont elle n’est séparée que par une très-petite dislance. On crie à l'assaut : la division du général Forcy s'élance, soutenue par le 1° et le 2° régiment de voltigeurs de la garde. L'ardeur de l'attaque élait extrême, la défense désespérée. Le général Forey est blessé; sa blessure, légère d’ailleurs, l'irrite, et il crie plus fort : En avant! À trois heures et demie environ, la {our était en notre pouvoir.

On cite aussi un lieutenant de chasseurs à pied, du nom de Monoglia, qui a pris, dans le village de Solferino, quatre pièces de canon commandées par un colonel autrichien, qui lui a remis son épée. L'Empereur l’a fait capitaine et lui a lui-même annoncé cette promotion. :

Les traits d'audace abondent dans les récits de bivacs. On vient de voir un capilaine de chasseurs à pied tournant un coleau, tombant sur l'arülerie autrichienne et, avec sa Compagnie, s'emparant de six canons : chhien, à chaque pas, des groupes de dix à quinze hommes attaquaient ct mettaient en fuite des régiments entiers, que la seule vue des baïonnette jetait dans l'épouvante.

À l'attaque de la position du village de Solferino, {rois pièces d'artilleri, placées dans une métairie, foudroyaient de leur feu les voltigeurs, qui venaient de déposer leurs sacs à terre. Le capitaine Zeiler, à la tête de sa compagnie, s’élance sur la métairie, située au sud de Solferino.

Les artilleurs autrichiens envoient une décharge de mitraille sur les assaïllants, mais cette décharge est la dernière : les voltigeurs, toujours précédés de leur intrépide chef, s’élancent sur les pièces, dont deux sout prises par le brave Zeiïler en personne. Une de ces pièces était tout altelée

- A TS EE mt de

124 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE et flanquéc de deux caissons encore remplis de gargousses à boulets et à mitraille. 3

Un sergent et un voltigeur sont laissés à la garde de ce magnifique trophée, et la compagnie s'élance, de position en position, jusqu'au village de Cavriana, où elle fut chargée, par le général Manèque, de rassembler les prisonniers autrichiens.

Douze hommes du 86° de ligne se sont jetés sur une pièce d'artillerie ennemie et sont parvenus à s’en emparer. L'ennemi revint en forcé pour la reprendre : aussitôt les douze braves se jetèrent sur lui à la baïonnette, et, après l'avoir vivement repoussé, s’attelèrent eux-mêmes à la pièce, et l'emmenèrent sous le feu d’une vive fusillade et de la mitraille.

Deux fois ils furent obligés de s'arrêter pour résister à la cavalerie ennemie, qui cherchait à leur reprendre la pièce; deux fois ils la forcèrent à battre en retraite. Enfin, après une heure de nombreux efforts, ils parviennent à garder leur trophée de victoire.

Les noms de ces douze braves, qui n’ont pas quitté la pièce malgré les attaques de l'ennemi, méritent d’être signalés; ce sont le fourrier Giroux, les fusiliers Rieux, Dié, Picard ; les voltigeurs Bretenay, Jupille, Mathieu, Soulard, Pinçon, Legalou, Berger et Rouchy.

Ailleurs, le fusilier Girard se jette sur une batterie, arrive à la bouche à du canon au moment où le servant va tirer, le tue et reçoit dans la cuisse une balle qui le renverse.

Le caporal Montellier, des chasseurs de la garde impériale, s’élance au milieu d'un groupe d’Autrichiens, renverse à coups de baïonnette les hommes des premiers rangs, pénètre jusqu’au porte-drapeau, le tue et s'empare du drapeau, que les Autrichiens s'efforcent en vain de reprendre; ceux-ci se ruent sur le caporal Montellier, mais il redouble de vi-

. gueur et de bravoure, et étend à ses pieds tous ceux qui s’approchent de

sa personne. Enfin les chasseurs de son régiment arrivent à son aide; l’ennemi est refoulé, et le drapeau si vivement disputé reste entre ses mains.

Le général Forey a pris ce drapeau au milieu même de la bataille, et l'a présenté à l'Empereur en lui disant :

« Sire, voici un drapeau que vous offre un de vos soldats. »

Sa Majesté a fait prendre le nom du caporal Montellier, et a chargé le général Forey de le remercier, au nom de l'Empereur, du cadeau qu'il

venait de lui faire.

Le caporal Ferrière, de la 3° compagnie de chasseurs, escalade avec ses hommes un plateau où l'ennemi à établi une batterie qui fait sur les nôtres un feu meurtrier ; il a le bras gauche cassé, broyé par la mitraille: il s'écrie : |

« C'est égal! avant de mourir, je descendrai encore un de leurs offi- CIers. »

: Au même instant, le caporal Ferrière jette son fusil, devenu inutile pour lui, lire son sabre, ct, le bras tout fracassé, pendant, ne tenant plus que par les lambeaux de chair et de la manche, il s’élance à travers un orage de mitraille, escalade le talus ardu, arrive sur la batterie, et plonge jusqu'à la garde son sabre dans la poitrine du capitaine d'artilleric qui la commandait. Le colonel autrichien l'aperçoit, court à lui, et à bout portant lui brûle la cervelle d’un coup de pistolet : Ferrière tombe et meurt sur le corps du capitaine qu'il vient de tuer.

Un fait singulier s'est produit vers la fin de-la bataille : l'orage qui a éclaté sur les six heures a été précédé d’un violent coup de vent qui sou- levait Loute la poussière des routes en formant des nuages compactes. Les cavaliers chargeaient au milieu de cette poussière, poussant vers l'ennemi, qu'ils savaient bien être devant eux, mais qu'ils n'apercevaient plus. Il fallait tenir l'éperon dans le flanc des chevaux pour les obliger à avancer au milieu de ce tourbillon et de cette obscurité.

Tout à coup la poussière se dissipe, et, à la place où les cavaliers français avaient vu des carrés ennemis, 1ls aperçoivent des grenadiers de la garde impériale, blancs de poussière, poudrés à frimas sur leurs bonnets à poils, qui leur crient de s'arrôter. Ces grenadiers, très-inférieurs en nombre, s'étaient jetés dans le nuage de poussière, et, à la pue de leur baïonnette, avaient mis en fuite les Autrichiens.

Au milieu de tmt de. faits de bravoure, voici un autre épisode de lo journée du 24, plus curieux encore :

Dans les premières heures de la bataille, un jeune officier, récemment sorti de Saint-Cyr, et entré comme sous-lieutenant au 91° de ligne, ayant eu le bras gauche brisé par un biscaïen, s'était retiré en arrière ; le sang s'échappait avec abondance de sa blessure, et, ne voyant pas d'officier de santé, il s'était assis au pied d'un arbre, dans un ravin qui s’étendait audessous de la ligne de bataille, et, déroulant une bande de toile qu’il portait sur lui avec un peu de charpie, comme les militaires bien inspirés ont la précaution prudente de le faire en campagne, 1l essaya de se panser luimême.

En ce moment parurent des Hongrois, et Fun d'eux, en apercevant l'officier français, le coucha en joue à une faible distance ; mais un officier hongrois, relevant vivement le bout du canon du chasseur, marcha droit à l'officier français, lui pressa la main et voulut le faire porter par deux de ses hommes dans un endroit moins exposé. Une marche en avant l'empêcha de donner suite à ce projet. |

Des mouvements allernatifs se succédèrent entre les combattants, et bientôt l'officier français, assis et défaillant au pied de son arbre, se trouva exposé aux feux croisés des Français et des Autrichiens. Atteint de nouveau dans les bras et dans les cuisses, il était comme cloué sur place, en attendant son coup de grâce, lorsque des pièces d'artillerie, pointées par les Autrichiens d’une hauteur dominant le ravin, se mirent à en balayer l'étendue pour empêcher les Français de le franchir.

En quelques mstants les branches de l'arbre au pied duquel était l off cier tombèrent autour de lui, hachées par les projectiles, et bientôt de nombreux soldats atteints par le feu meurtrier de ces pièces jonchèrent, à quelques pas, le sol sur lequel il était lui-même étendu. Cette horrible situation dura pendant deux heures consécutives.

Mais, lorsque la victoire fut assurée à l’armée française, le jeune offc'er put réclamer des secours. Transporté à Brescia, il fut évacué quelques jours après sur Marseille et de là sur Paris, où il a eu le bonheur de revoir sa famille.

Je viens de prononcer le nom du 91° de ligne. Ce nom est inséparable de celui de Solferimo. Le 91° de ligne s'était déjà signalé en Crimée à l'attaque de la courtme de Malakoff, lorsqu'il fut appelé à faire partie de l’armée d'Italie. Là, 11 partagea tout d'abord, comme on l'a déjà vu, avec les 74°, 84° et 98°, la gloire d’être fortement engagé à Montebello, où on sait que son colonel, Méric de Bellefonds, reçut une blessure qui était mortelle.

M. Méric de Bellefonds fut alors remplacé par M. Antoine Abbatucci, alors heutenant-colonel du 52°, et qui, ayant été cité à l’ordre du jour de l'armée d'Afrique, après la prise de Laghouat, fut décoré pour fait de suerre. Ce jeunc et brillant officier était alors dans le 2° de zouaves. Pepuis, 1l fit la campagne de Crimée, où il reçut trois blessures.

Le nom d'Abbatucci est un nom déjà connu depuis plus d'un siècle dans les glorieuses annales de l'armée française. Il y a eu d’abord Jacques- Pierre Abbatueci, qui naquit le 6 novembre 1 726, dans le village de Zicavo, en Corse. Il fut décoré de la croix de Saint-Louis et nommé maréchal de camp par Louis XVL La République lui donna le grade de général de division dans l'armée du Rhin-et-Moselle. Il mourut en 1843, après avoir consacré sa longue carrière au service des intérêts de la France, et léguant à quatre fils l'héritage d’un nom illustre et pur.

Il y eut ensuite Charles Abbatucci, né également à Zicavo, le 15 novembre 17714, et qui devait, s’illustrer par son admirable défense.de la tête de pont d'Huningue. Charles Abbatueci, à peine au commencement d'une carrière déjà pleune de brillants faits d'armes, avait été promu au grade

de général de brigade dans l'armée de Rhin-et-Moselle, lorsqu'il fut chargé par le général en chef Moreau de sauver l'armée française, en se maintenant dans cette place périlleuse où il devait trouver la mort.

Le 91° de ligne, que M. Abbatucci à eu l'honneur de conduire sur le champ de bataille de Solfermo, est peut-être le régiment qui a le plus souffert dans cette journée. Engagé dès le malin au fort de la mêlée, il comptait deux mille hommes en ligne. Il à combattu avec un acharnement inouï.

Quatre cent quarante soldats de ce régiment sont tombés sur le champ de bataille ; il a perdu onze de ses officiers; il en a eu quinze autres blessés. Le colonel Abbatucei a eu un cheval tué sous lui.

Le général Foréy chargeait avec le colonel à la tête du 94° de ligne. La défense du drapeau de ce régiment à été l'un des épisodes les plus héroiques de la journée du 24. |

Le premier bataillon, colonel en tête, arrivé sur les hauteurs de Solferino, à travers la mitraille qui tombait comme la grêle, bravant les plus vives fusillades, luttait contre des forces dix fois supérieures; un moment le drapeau du régiment et sa garde sont enveloppés par un nombre considérable d'Autrichiens. Le lieutenant de Guiseul, porte-drapeau, tombe grièvement blessé d'un coup de feu à la cuisse; le sergent Domengé, décoré de Crimée, s'empare du drapeau ; il est blessé. Un officier saisit le glorieux étendard : à peine a-t-l le temps de S'en emparer qu'une balle qu'il reçoit dans la tête l'étend roide mort. Deux sergents se précipitent sur le drapeau, dont la hampe venait d'être brisée par un boulet ; ils sont blessés à leur tour.

Le sergent Domengé se jette de nouveau sur le droits dont les Autrichiens, par une attaque furieuse, tentent de s'emparer. Soldats! au drapeau ! s’écrie alors le colonel Abbatucei, en s'élançant en avant, le sabre haut. Les soldats se précipitent sur les pas de leur colonel. Une lutte terrible s'engage ; plus de cinq cents Autrichiens jonchent le sol de leurs cadavres. |

Cependant les soldats du 91° de ligne recueillent, sous un feu meurtrier, l'aigle roulée sur le a: de bataille avec le morceau de la hampe.

Longtemps la brigade d’ Alton, composée du 91° et du 96°, | utta héroiquement contre des forces Cinq fois supérieures; mais, épuisée et trop faible en nombre, elle ne pouvait avancer, lorsque l'Empereur, témoin de cette lutte, lui envoya pour la soutenir des bataillons des 1° et 2° voltigeurs de la garde impériale. La brigade d’Alton, ainsi soutenue, reprit vigoureusement l'offensive, escalada le mamelon de Solferino et

culbuta l'ennemi à la baïonnette, recueillant avec orgueil l'aigle victorieuse du 91° de ligue. |

Voici, du reste, au sujet de ce brillant fait d'armes, des détails extraits des deux lettres particulières suivantes :

RATES Je vous ai parlé souvent de cette glorieuse loque, nolre vieux drapeau, traillé, déchiré, troué par les balles, frangé par la mitraille ; il excitait l'admiration et le respect sur son passage, avant la campagne d'Italie. Que sera-ce donc aujourd'hui? Le coucou n’a plus ni ailes, ni bec; la cravate est réduite à sa plus simple expression : un bout de guenille, large comme une pièce de cent sous, et qu'on devine avoir été bleue, flotte encore à l'extrémité de sa hampe, brisée en trois morceaux ; voilà le drapeau du 91°, mes chers parents, et nous en sommes d'autant plus fiers, que nous avons failli le perdre à Solferino. Il ne nous est resté que par des prodiges de valeur,

«Le lieutenant de Guiseuil, qui le portait, s'était lancé en avant, entrainé par son ardeur; sa garde avait peine à le suivre. Un retour offensif des Autrichiens enveloppa cette poignée de braves: ils se défendirent avec un courage de lion. Deux fois les projectiles brisent le manche de l'étendard dans les mains de ses défenseurs : deux fois le lieutenant de Guiseuil dispute aux Autrichiens les glorieux débris du drapeau. Enfin un coup de feu l'atteint à la cuisse ; il roule à terre, en serrant sur sa poitrine l'honneur du régiment.

« L'ennemi s’élance pour arracher ce lambeau ; un vieux sergent, décoré de Crimée, plus leste et plus audacieux, ne fait qu'un bond et ressaisit ce précieux trésor. Il appelle à son aide; nous accourons à la baïonnette, un affreux carnage recommence ; plus de cinq cents Autrichiens se sont fait découdre sur le corps de Guiseuil. On le croyait mort ; il est resté sur le champ de bataille, évanoui, jusqu’au lendemain. Le sergent a été cité à l'ordre du jour pour avoir rapporté les restes de l'aigle.

QArrivés aux hauteurs de Solferino, à travers la mitraille qui pleuvait sur nous comme la grêle, bravant les plus vives fusillades, l’écharpe de notre drapeau se détache et tombe; je la ramasse et la suspends à ma ceinture, continuant à manœuvrer à la baïonnette. Le lieutenant de Guiseuil, porte-drapeau, tombe grièvement blessé ; la hampe s'échappe de ses mains ; Je ramasse encore ce second débris, et je me sens blessé moimême à la jambe gauche; n'importe, j'avance toujours comme je puis, pressant d'une main contre ma poitrine mon précieux dépôt, et maniant

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