‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 97 sur 134 · EE F · texte numérisé non relu

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L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 129 la baionnette de l’autre. Dans cet embarras, et blessé comme j'étais, un officier m'a prié de lui céder le drapeau, ce que je fis à l'instant, afin de mieux me battre à l'arme blanche. Deux minutes, et un boulet emporte la tête de ce dernier officier. Je ramasse une troisième fois notre aigle défigurée, dont le manche était en tronçons.

« Les Autrichiens nous cernent, se multiplient pour nous enlever ce débris ; mais plus de cinq cents d’entre eux ont payé de leur vie leurs assauts incessants contre l'honneur de notre régiment. Le dernier sauveur de l'aigle du 91° est le sergent Lanou-Domengé, né à Bordères, De Nay, dans les Basses-Pyrénées »

Les Français et leurs alliés ont fait des miracles d'intrépidité, ont accompli des prodiges d’audace sur le champ de bataille de Solferimo. Mais l'éclat de leur gloire est assez resplendissant pour qu'ils ne craignent

pas de rendre justice à la bravoure de leurs ennemis. Les Autrichiens,

eux aussi, ont éLé magnifiques de résistance et de courage, et, pour qu'ils cédassent, il fallait qu’ils eussent devant eux la première armée de l'Europe, commandée par le premier capitame de l'époque. Ce récit de la journée de Solferino serait imcomplet si, en regard des narrations françaises, je ne plaçais la narration autrichienne. Voici d'abord un récit extrait des rapports officiels publiés à Vienne, récit qui est fait au point de vue autrichien. Z

Si « L'armée impériale avait occupé, le 21 juin, les positions qui lui

avaient été assignées derrière le Mincio ; le huitième corps d'armée se tenait à l'extrémité de l'aile droite, entre Peschiera et Casa-Nuova ; le cinquième corps d'armée s’étendait de Brentina à Solionze; le premier et le septième corps étaient en réserve à Quaderni et à San-Zenone-di-Mozzo; la cavalerie et l'artillerie de réserve à Rosegaferro, près de Villafranca, où le quartier général de l'Empereur avait été transporté depuis le 20 juin.

« De la première armée, le troisième corps se trouvait tout près de Pozzolo, le neüvième à Goïto et aux environs; le onzième corps d'armée, arrivé peñdant ce temps, était à Roverbella, la division de cavalerie du lieutenant feld-maréchal comte Zedwitz à Mozzeéane.

« L'armée autrichienne se trouvait ainsi réunie aux renforts disponibles qu’elle avait reçus, et mise de la sorte en mesure de prendre contre l’ennemi une vigoureuse offensive avec quelque chance de succès.

« Pendant que le gros de l’armée autrichienne avait pris position, dans la soirée du 23, de Pozzolengo à Guidizzolo, pour agir ensuite concentri- [ILE 17

quement dans la direction de la Chiese el attaquer l'armée alliée dans ses positions principales de Carpenedolo et de Montechiari, l'ennemi, soit qu'il eùt été entre temps informé de nos projets, soit qu'il exécutât un plan arrêté d'avance, fit également un mouvement en avant, et, le 25, 1l avait, avec toute l’armée piémontaise et quelques détachements français, atteint les points d'Essenta, Desenzano et Rivoltella, ainsi que les positions avancées de Castel-Venzago et San-Martino, pendant que le gros de l’armée française occupait fortement Castiglione delle Stiviere, Carpenedolo et Montechiari, et envoyait des détachements jusque. vers Solferimo et Medole. |

« Les deux armées se rencontrèrent. Dès le 24, de grand matin, l'ennemi entreprit, avec des forces considérables, une HA générale contre la ligne de marche de l'armée autrichienne.

« A l'aile droite, les troupes du huitième corps d'armée, sous la conduite du lieutenant feld-maréchal Benedeck, réussirent non-seulement à soutenir et à repousser le choc violent de l'armée piémontaise, mais encore elles poussèrent jusqu'à San-Martimo, s'emparèrent de cette position favorable, et parvinrent à y maintenir la lutte.

« Les 'AUpEe piémontaises furent: r'epoussées avec. des here considérables, jusqu’à Rivoltella et Desenzano. |

« Au centre des positions autrichiennes, dont les, reines" qui dominent Solferino formaient la clef, la Liste Bils, avant-garde. du: cinquième corps d'armée, fut également attaquée avec violence, de trèsorand matin, dans sa position avancée, et se trouva engagée dans une lutte ardente. L'attaque ennemie se développa bientôt, avec des forces de beaucoup supérieures, sur toute la ligne du cinquième. corps d'armée. | | |

« Au premier rang, les br dde Di et Ruben huit Jes r'Éoiments d'infanterie Kinsky et Culoz, un bataillon Ogulins et le 4° bataillon de chasseurs de l'Empereur, firent preuve d'une bravoure et d'une énergie admirables ; elles repoussèrent à la baïonnette, jusqu'à onze heures du matin, toutes les attaques d'un ennemi. trois fois plus nombreux, qui avançait sans cesse de nouvelles troupes, mettait de nouveaux canons en batterie, et, à une distance de près de {rois mille pas, inondait avec succès Solferino de grenades. Hd

« Cependant lorsque l'ennemi, avec une forte nt Mnâoi: a aussi dans la vallée au nord de Solferino.et dans le val de Quidric menaçant ainsi de déborder la position des brigades ci-dessus nommées, il fut impossible, même avec la résistance opposée par kes bligades Koller. et Gaal, du cinquième corps d'armée, qui étaient arrivées pendant ce temps, de

rétablir dans de bonnes conditions le combat, qui dès midi commencea à Lord une tournure défavorable. | &N'étant pas appuyées avec une énergie suffisante par le corps d'armée, les troupes ‘du cinquième corps, qui, après avoir été repoussées à plusieurs reprises, s'étaient de nouveau lancées en avant avec les réserves et avaient reconquis leurs premières positions, se virent enfin obligées d'abandonner les premières hauteurs qui commandent le champ de bataille, et de se rétirer sur les cimes de Monte-Mezzana; puis, lorsque de fortes colonnes ennemies s’avancèrent sur la route qui de Castiglione conduit par le Grole à Solferino, elles durent évacuer cette dernière localitéet se borner à occuper le château, le cimetière-et la Rocca, et enfin, après une héroïque re de il leur fallut aussi céder ces dernièr es positions. | « Ce n’est qu'après la lutte la ais sanglante et au prix de sacrifices

énormes que l'ennemi parvint à arracher ces points dominants au brave régiment Reischach, qui, avec un admirable dévouement, protégea el couvrit le départ des troupes de son propre corps et de celles du premier corps, non sans faire les pertes les plus considérables. Les troupes du cinquième corps se retirèrent à Mescolaro et à Pozzolengo; celles du premier se replièrent sur Cavriana, et de là sur Volta et Valeggio.

«Le cinquième corps d'armée, qui de Foresta s'était avancé pendant ce temps-là en partie vers Solferino, en passant dans la plaine par San- Cassiano, en partie vers Cavriana, en passant par les hauteurs situées au sud de cette dernière localité, n’arriva malheureusement plus à temps pour retarder là perte de Solferino et donner sur ce point une tournure favorable à la lutte. Par contre, il réussit, en occupant Cavriana et les collines environnantes, à protéger la retraite du centre, jusqu'à ce que l'ennemi, s'avançant des hauteurs de Solfermo qui dominent cette dernière position et la foudroyant de son artillerie, elle ne fût plus tenable. © & La division de cavalerie Mensdorff, composée de trois brigades, s'était “dès le: matin avancée dans la plaine au delà du Val del Termine pour s'emparer du terrain ouvert et favorable aux mouvements de la cavalerie ‘qui se trouve entre la Mariana et San-Cassiano ; elle attaqua les batteries “ennemies établies à cheval sur la route et les détachements de cavalerie;

mais elle eut à essuyer un violent feu croisé de quatre à cinq batteries, et dut se retirer. Pendant que le septième corps se portait en avant, cette division de cavalerie éhercha à appuyer par son artillerie les mouvements de ce éorps, mais elle ne put résister au feu de l'ennemi, qui disposait ‘d'un‘beaucoup plus grand nombre de canons.

* «Sur l'aile gauche, les détachements de la première armée envoyés,

132 L'ITALIE GONFÉDÉRÉE

dès le 25 au soir, en avant à Medole, deux bataillons du régiment d'inlanterie Archiduc François-Charles, furent violemment attaqués au point du jour, et, après une lutte acharnée, rejetés vers Guidizzolo. L'ennemi, en les poursuivant, s'empara du village de Rebecco, situé entre Guidizzolo et Medole, et s'y établit avec des forces imposantes. |

«Le neuvième et le. troisième corps d'armée arrivaient nds fe Guidizzolo; le dernier s’avança sur la grande route jusqu'à la Quagliara, | mais ne put aller au delà, car le neuvième corps ne parvint pas, oil tous ses eflorts, à déloger l'ennemi de Rebecco.

« Pendant plusieurs heures, le combat se livra pour Ja possession de cette localité, où l'ennemi envoyait constamment de Medole des réserves fraiches, tandis que de notre côté nous détachions de suite du onzième corps, : arrivé pendant ce lemps de Castel-Grimaldo, la division Blomberg, comprenant les brigades Dobrzensky et Host, pour appuyer le neuvième corps d'armée, et la brigade Baltin pour couvrir le troisième SOS La localité de Rebecco fut plusieurs fois prise et reperdue ; la lutte s'arrêta plusieurs lois, et chaque fois l’armée autrichienne reprit l'offensive.

«Mais, bien qu'appuyées par une attaque énergique contre Medale, les troupes du neuvième et du onzième corps, malgré de vigoureux efforts et des pertes considérables, ne purent obtenir aucun avantage durable. Le troisième corps se trouva par là arrêté dans sa marche en avant..et il: résisla avec une admirable persévérance aux violentes attaques de h ennemi, qui se renforçait sans cesse.

« La division de cavalerie Zedwitz, dont l'appui était sdiopsalle et continuellement attendu pour dégager l'aile gauche, ne vint pas, attendu que, par suite du combat livré le matin de bonne heure à Medole, elle avait dû se retirer jusqu’à Ceresara et Goïto.

«Le mouvement de flanc que deux brigades du deuxième Corps Ad armée avaient reçu l'ordre d'exécuter, el qui pouvait avoir un effet décisif sur le flanc et les derrières de l'ennemi, ne fut pas non plus-exécuté, car la nouvelle de l'approche d'un gros corps ennemi venant de Piadene et Crémone, où se trouvait en effet la division d’Autemarre, retint cette division à Marcaria dès qu'elle eut passé l'Oglio. dar

« L'aile gauche, sur l'ordre de l'Empereur, essaya encore une fois, vers trois heures de l après-midi, de reprendre l'offensive. |

-<Après que la brigade Greschke, du onzième corps d'armée, se das avancée jusqu'à Guidizzolo pour rallier les détachements déjà ébranlés de. son propre corps et du neuvième, les deux dernières batteries de réserve : furent amenées, sous la protection de deux bataillons et de deux.divisions . de cavalerie, pour canonner l'artillerie ennemie, pendant que, espérant

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 153 toujours dans l'appui de la cavalerie de réserve, les troupes faisaient encore-une attaque générale. Mais ce fut en vain : fortement et sans cesse pressées sur le flanc gauche, ces troupes ne AE cêtte fois encore, obtenir un bon résultat. | me Vers le même temps, Cavriana, après une vaillante résistance, était aussi tombé au pouvoir de l'ennemi ; deux brigades du septième corps d'armée, enflammées par la présence de Sa Majesté François-Joseph 1°, avaient défendu-longtemps, avec des chances diverses, cette localité et les hauteurs environnantes; l'aile gauche de ce corps, appuyée par la division de cavalerie Mensdorff, qui revenait à la charge pour la troisième fois, fit encore une dernière et inutile tentative pour repousser l'ennemi, qui s’avançait en forces supérieures de San-Cassiano à Cavriana .

«Le centre ayant ainsi cédé à Solferino et à Cavriana, l'aile gauche ne pouvait plus forcer la position de l'ennemi, et, à quatre heures de l'après-

midi, on décida la retraite générale.

« À l'aile gauche, elle fut couverte avec beaucoup de prudence par les deux derniers bataillons intacts du régiment d'infanterie Archidue Joseph et le brave 10° bataillon de chasseurs, sous la direction personnelle du lieutenant feld-maréchal Weight, commandant le corps d'armée ; Guidizzolo ne fut abandonné qu'à dix heures du soir, après que toutes les troupes eurent évacué la place, emmené les blessés et mis les batteries en sûreté.

« Au centre, la retraite fut couverte par les troupes du septième corps d'armée, qui firent preuve de fermeté et de dévouement, et l'on se retira en bon ordre et en combattant par le Bosco-Scuro, derrière Cavriana.

« Un violent orage ayant interrompu de partet d'autre le combat pendant une demi-heure, l'ennemi cessa complétement de s'avancer dans le Bosco-Scuro. Les brigades Brandenstein et Wusin, comprenant les braves régiments d'infanterie Archiduc Léopold et Empereur, le 19° bataillon de chasseurs et le 1” bataillon de liccans se retirèrent en bon ordre à Volla, sous la conduite du lieutenant feld-maréchal prince de Hesse; elles y arrivèrent à huit heures du soir, et l'occupèrent convenablement pour couvrir la retraite de l'armée à travers le défilé difficile de Borghetto et Valeggio.

« La brigade Gablenz, de la même division, occupa jusqu'à dix heures du soir les hauteurs situées immédiatement en face de Cavriana, avec deux bataillons d'infanterie Grucher et trois bataillons de chasseurs Empereur, et, après avoir reçu tous les petits détachements qui se retiraient, elle se replia, tard dans la nuit, sur Volta, et, dès Je point du jour, elle passa le Mineio sur le pont de Ferri.

« À l'aile droité, le huitième corps d'arméé s'était maintenu dans les conditious de lutté les plus favorables. Dès que le cinquième corps d’armée eut commencé sa retraite vers Pozzolengo, le lieutenant féld-maréchal Benedeck se retira aussi sur Sallonze, après avoir repoussé deux attaques de l'ennemi en se supérieures et Ni : avoir fait de nombreux prisonniers.

« Pozzolengo resta occupé j jusqu'à dix heures du 148 par les troupes du huitième corps d'armée, ce qui rendit possible la retraité ordonnée des

troupes du cinquième el du premier Corps. |

« Dans ces Combats comme dans les autres, les troupes SH sat se sont battues avec une admirable bravoure.

« Les troupes des cinquième et huitième corps d'armée, qui ont été conduites avec beaucoup de prudence et d'activité, se sont comportées d'une manière admirable et ont fait preuve d’un dévouement AUPAESSUS de tout éloge. |

« Du premier corps d'armée, le régiment italien Wernhordt-infanterie, qui s’est très-bravement battu, est cité d’une manière tout à fait honorable dans le rapport détaillé du commandant d'armée. Dans la cavalerie, le régiment de hussards du roi de Prusse mérite la mention la plus glorieuse; ce régiment, sous le feu le plus violent des batteries ennemies, à exécuté une charge contre le régiment français des chasseurs d'Afrique, auquel il a fait subir des pertes considérables ; dé plus, il a fait à l'ennemi de nombreux prisonniers.

«Nos pertes, surtout en officiers, sont dd de He au quelques corps de troupes, elles s'élèvent au quart de l'effectif total. :

« De notre côté, les premier, troisième, cinquième, septième, huilième, neuvième et onzième corps d'armée, et une brigade du sixième, avaient pris part àu combat ; du côté de l'ennemi, il ÿ avait, au dire des prisonniers, cinq régiments ke cavalerie, les COrPS ( d'armée #8 Niel et de Mac-Mahon à l'aile droite, en face de l'aile gauche autrichienne ; au centre, les corps d'armée de Canrobert et de Baraguey-d'Hilliers; puis la garde, et enfin toute l'armée piémontaise à à l'aile gauche. »

Ce récit a la sécheresse obligée des narrations officielles ct spéciales. Celui dés ; journaux d Angleterre qui a publié les correspondances de l'armée d'Italie les plus complètes, sinon les plus impartiales, le Times, en contient un autre également écrit au point de vue autrichien, mais plus coloré, plus mouvementé, et dans lequel se trouvent des indications que les rapports officiels n’ont pas données. Voici ce récit, qui complète le tableau général de la grande journée de Solferino :

« J'ai assisté à la bataille, et, d'une position élevée en avant de Cavriana, j'ai vu presque tout ce qui se passait. Mon récit est fondé sur ce que j'ai vu et sur ce que j'ai recueilli depuis de la bouche de personnes compétentes; et, bien qu’il ne puisse être aussi complet que je le voudrais, je crois pourtant qu'en somme il sera assez exact.

« Le 25, les Autrichiens ont fait marcher toute leur armée dans la direction qui s'éloigne de Mantoue, de Vérone et de Peschiera, et, le soir même, cette armée était concentrée dans les positions suivantes : ,

« De la première armée sous les ordres de Wimpffen, le troisième et le neuvième corps, commandés par le prince Édouard Schwarzenberg et par le général Schaffgotsch, ont bivaqué dans le village de Guidizzolo et dans la plaine qui s'étend entre ce village et Volta; le deuxième corps, sous les ordres du prince Édouard Lichtenstein, était.en arrière ; le dixième, sous les ordres du. général Wernhardt,'et le onzième, étaient encore plus en arrière, dans la direction de Goïto. |

« De la deuxième armée sous les ordres du comte Schlick, le huitième corps, commandé par Benedeck, formait l'extrême droite de la ligne au trichienne et s’appuyait sur Pozzolengo ; le cinquième corps, commandé par le comte Stadion, occupait le village. de Solferino ; le premier corps, sous les ordres du comte Clam, occupait Cavriana, pendant que le sepième corps, sous les ordres de Zobel, Risque sur la route de San-Cassiano à Volta. |

« Le quartier général français était à Castiglione delle Stiviere ; il me sembla que de fortes divisions se trouvaient sur la route, entre San-Vigilio et Medole, ainsi que sur la route qui conduit à Solferimo:

« En jetant un coup d'œil sur la carte, vous apercevrez que la position autrichienne formait une courbe dont la direction générale allait du nord au sud; que Solferino était la partie, proéminente de la courbe et le centre des mouvements de la journée. C'était une position dont la partie supérieure ou septentrionale était élevée et importante, parce qu “elle s’appuyait sur les hauteurs qui surplombent le Mincio, tandis que la partie inférieure ou méridionale donnait sur la grande plaine qui s'étend des hauteurs de Castiglione vers le sud, à une distance immense.

«La position des alliés était également divisée, leur droite se trouvant dans la plaine entre Medole et Castiglione, et leur gauche sur les longs contre-forts de Lonato à Solferino. Sur ce dernier point, toutefois, cette chaine est coupée à angles droits par une vallée, en sorte que Solferino se trouve au sommet d’un triangle de montagnes, dont les côtés s'étendent au sud-ouest vers Volta et au nord-ouest vers Pozzolengo.

« Au sommet se trouvela vieille tour carrée de Solferino. La hauteur

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156 L'ITALIE CONFEDERÉE

sur laquelle est située la Lour est commandée par les hauteurs plus élevées qui sont de l’autre côté de la vallée. Au sud et à l’est de Solfermo, el séparé de ce village par une vallée peu profonde, se trouve Cavriana, avec ses maisons en pierre et ses vieilles ruines ; un peu plus au sud et à l’ouest, dans la plaine, est San-Cassiano. Une route excellente conduit de Solferino à Castiglione ; une autre, également bonne, va de Caehgione, à Guidizzolo.

« La grande route entre. Solferino et Cavriana traverse San-Cassiano ; mais, là, 1l y a une seconde route par les hauteurs, qui est en meilleur état. La plaine entre Guidizzolo et Medole, San-Cassiano et Castiglione, désignée généralement sur les cartes militaires sous le nom de Campo di Medole, est complétement plate, parsemée d'arbres, mais admirablement appropriée aux évolutions de la célèbre cavalerie autrichienne. Elle est traversée au centre par une route qui va presque exactement de l’est à l'oucst, et qui coupe à angles droits celle qui sépare Guidizzolo de Castiglionc.

« Les Autrichiens, ayant occupé les positions que j'ai mentionnées, résolurent de prendre l'offensive le 24 au matin à neuf heures ; mais ils furent prévenus par les alliés, qui commencèrent l'attaque à six heures sur toute la ligne, depuis Pozzolengo jusqu'à Medole.

« L'action avait commencé au moment où l'Empereur et son état-major, accompagnés des archiducs, du grand-duc de Toscane et du due de Modène, partirent de Valeggio. A mesure que nous avancions, laissant Volta à notre gauche, nous entendions distinctement la canonnade sur le champ de bataille, dont nous n'étions séparés que par les hauteurs de Cavriana. Nous nous sommes arrêtés à l'entrée du village, et, laissant nos chevaux aux mains des ordonnances, nous nous sommes rendus sur une hauteur, sur le versant occidental des montagnes,-où l’un des plus grands spectacles qu'il m'ait été donné de voir s’est offert à ma vue. Vers le nord, la tour de Solferino se détachait en relief, commandant la vallée devant elle el les montagnes de l'autre côté, d'où une batterie française lançait des obus sur les Autrichiens, qui se trouvaient en avant de la tour.

« Derrière la batterie, des colonnes d'infanterie s’avançaient par scclions vers la première ligne, tandis que, dans la vallée, nous entendions retentir le bruit de la fusillade. L'air était rempli d'obus français lancés à une grande hauteur et faisant explosion en tombant.

« Le combat était engagé non-seulement en avant de Solfermo, mais aussi sur la gauche, à San-Cassiano, et sur la droite, le long des hauteurs, dans la direction de Pozzolengo. A l'ouest, on n’apercevait que la plaine, s'étendant jusqu’à l'horizon, couverte de petits arbres, du milieu des-

quels s'élevaient les toits el les clochers de nombreux villages. Des corps de troupes sé mouvaient dans la campagne, et déjà la fumée des batteries enfiemies et la poussière soulevée par des milliers d'hommes répandaient un nuage lugubre sur les combattants.

: @ Dans la plaine, dévant Guidizzolo, il y avait, en face de Castiglione, uné batterie autrichienne qui échangeait une canonnade avec les batteries françaises disposées en croissant, présentant leurs deux ailes au front autrichien, et dirigeant contre lui un feu croisé. Un corps de cavalerie aütrichienne manœuvrail sur le front d'une batterie et délournait une partie du feu des alliés. Sur le front septentrional de Guidizzolo, un combat furieux se livrait, les Autrichiens voulant entrér à Medole et les alliés à Guidizzolo. | | a, Li |

: & En arrière des canons français, deux lignes de poussière, couvrant d'un voile les arbres des routes, indiquaient la marche de grandes masses de troupés, tandis qu’au sud de Guidizzolo des lignes semblables annoncaient des préparatifs identiques du côté des Autrichiens. Au lom, vers le nord, s’élevaient les hauteurs sur le penchant desquelles est située la ville de Castiglione, dont les dômes étaient visibles à l'œil nu.

: « Le-soleil tantôt brillait d'un éclat extrême, tantôt se cachait derrière les nuages. Jamais je n'avais vu un champ de bataille aussi vaste, un assemblage aussi énorme d'hommes engagés dans une lutte mortelle. La fumée des fusils se perdait dans Pinmensité ; ce n'était que lorsque les volées d'artillerie sé succédaient rapidement que la fumée prenait une forme distincte. Bientôt elle disparaissait dans la brume générale ‘où se détachaient seulement les blanches lignes paraboliques décrites par les fusées, dont les Autrichiens faisaient grand usage. |

«Les formes des hommes ne se distinguaient pas dans un combat d'aussi vastes proportions, et ce n’est que lorsque de grandes masses s'assemblaient qu'on s'apercevait de leur présence. Avec un télescope, on pouvait voir des myriades d'hommes combattant des deux côtés sur tous les points, des cadavres d'hommes et de chevaux couvrant la terre parsemée de débris d'uniformes et d'armes ; mais l'œil nu croyait voir remuer une vaste fourmilière, les hommes ayant l'air de pygmées; et, en effet, ils ne Sont pas autre chose dans des rencontres aussi considérables.

« Voici quels avaiént été les mouvements des armées. À six heures du malin, les Piémontais, qui occupaient la gauche de la position des alliés, s'étaient avancés contre lé huitième corps, sous les ordres dé Benedeck, pendant que les Français attaquaient le cinquième corps, commandé par Stadion, sur les hauteurs de Solférino. Ces mouvements n'avaient pas plutôt commencé sur la gauche de l'armée française, que les Autrichiens

avancèrent, sur leur gauche aussi, le troisième corps, commandé par Schwarzenberg, se dirigeant sur Castiglione par Guidizzolo, et le neuvième, sous les ordres de Schafsotsch, prenant la route parallèle qui va à Medole.

«Schwarzenberg envoya deux baltcries:en avant, sur le Cp di edole, où les Français, comme je l'ai déjà dit, avaient placé trois batteries en croissant, dont les deux extrémités ou cornes exposaient les Autrichiens à un feu croisé. Sur les hauteurs de Solferino et sur la droite autrichienne, l'attaque des Français et des Piémontais fut repoussée avec des perles considérables ; ARter: 24e FIMO NN tombèrent entre les mains des Autrichiens. Eh |

« Le corps de Schafgotsch s'avança atoiagiq et se fraya un chemin dans la direction de Medole ; mais les batteries de Sehwarzenberg avaient pris une position où elles subissaient des pertes sérieuses, et il devenait nécessaire de les en tirer. Dans ce but, la brigade de cavalerie de Mensdorff s’avança sur la droite de Schwarzenberg, dans la plaine, et marcha sans hésiter dans la direction des batteries françaises ; elle allira ainsi sur elle une partie du feu qui pesait lourdement sur l'artilleri le autrichienne, | | | bai

« Pendant, que cette derniène se retrait, la cavalerie sise une partie de la cavalerie française, puis elle tomba sur un carré d'infanterie française, Cette charge fut magnifique, mais elle fut exécutée au prix de pertes nombreuses. Les chevaux et les hommes tombèrent par vingtaine, el j'ai vu deux escadrons de hussards réduits au chiffre de trente hommes. Les canons autrichiens, ayant pris une position en arrière de la première, ouvrirent de nouveau leur feu, et, en dépit de tous les obstacles, le troisième corps essaya de s'avancer dans la plaine et de prendre l'artillerie française à la baïonnette ; ilne put y réussir et dut se retirer.

« Depuis ce moment, toutelois, jusqu'à une heure avancée, la canonnade continua sur ce point avec rapidité et avec fureur. Quant à la cavalerie autrichienne, elle ne reparut plus sur le champ de bataille, autant du moins que j'ai pu en juger. Il élait alors neuf heures passées, et, bien que la première attaque des alliés sur la droite autrichienne eût échoué, grâce à la bravoure avec laquelle les huitième et cinquième corps l'avaient répoussée, les Français et les Piémontais s'apercevaient trop bien que Solferino état la clef de la position autrichienne pour ne pas s’efforcer de s'en emparer. Autant que j'ai pu en juger, ils ont de bonne heure commencé à concentrer sur ce point leurs meilleures troupes et leurs plus srandes forces.

« Les grenadiers français se PAPE bi d'une fois un chemin } jué-

L'ITALIE CONFEÉDERÉE 159 qu'au sommet du rocher même où se trouve la tour de l'Espion ; mais ils furent successivement repoussès par le premier corps, qui avait été envoyé de Cavriana à Solfermo pour fortifier le cinquième, qui commençait à montrer des symptômes de fatigue.

« Les Français toutefois continuèrent leurs efforts et agirent sur Solferino nou-seulemént de front, mais sur les deux flancs. Couverts par un feu térrible d'artillerie partant de la plaine de Medole, feu qui avait déjà forcé Schwarzenberg à se retirer, et pendant que Schafgotsch était ténu en haleine, à ce qu’il semble, sur la route de Medole, les Français dirigèrent deux fortes divisions de leur front sur San-Cassiano : elles disparurent bientôt à la vue dans la campagne, et elles ont probablement agi comme colonne d'assaut sur le flanc de Solferimo. Jusque vers une heure et demie, les Autrichiens avaient repoussé toutes les attaques, à l’exceplion d'une seule ; ils tenaient fermement à Solferino, à Medole et sur F'extrême droite de la position; mais il devint bientôt évident qu'ils devenaient rapidement inférieurs en nombre. |

« Toute l'armée-piémontaise attaqua le corps de Benedeck sur l'extrème droite autrichienne, et il fut obligé de se retirer en combattant sur la route de Monzambano. Le cinquième corps, combattant avec le premier, qui aurait dû lui servir d'appui, fut repoussé lentement dans les hauteurs vers l'est, dans la direction de Castellaro-Lagusello.

«Le premier corps, serré de près, ne put se maintenir plus longtemps contre les attaques simultanées de front et de flanc, et se retira sur Cavriana. Il'est vrai que le cinquième corps, celui de Zobel, qui avait oc- -cupé la route entre San-Cassrano et Volta, essaya d'aider à la défense de Sulferino ; mais, malgré tous ses efforts, les Français, en nombre accablant, forcèrent la position et couronnèrent les hauteurs de Solferino, d'où ils se préparèrent rapidement à attaquer Cavriana.

«L'Empereur, après avoir visité en passant Volta, était alors, avec son état-major, sur La hauteur devant ce dernier village. On n'avait pas de nouvelles des dixième et onzième corps, qui avaient été envoyés à une vrande distance sur la gauche ou à l'ouest de Medole, dans le but de tourner le flanc de l’armée française dans cette direction.

«Bien: que le neuvième corps se fût avancé fort loim dans la direction de Medole et dirigeât un feu nourri de fusées et d'artillerie sur les canons français, le feu de l'artillerie de ces derniers semblait augmenter d’imtensité à chaque instant, ct l'air résonnait de volées déchargées à la fois. I devint nécessaire d'ordonner la retraite, ce qui eut heu à trois heures.

« En ce moment, la position de Cavriana fut attaquée ; les Français commencèrent à lanecr des obns de Solferino, situé à fort peu de distance,

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et l'Empereur el son état-major ne purent plus rester à la place où 1ls étaient ; ils se retirèrént, et, lorsque je passai dans les rues encombrées de malades, je pensai au sort terrible qui pouvait atteindre les malheureux déjà blessés sur le champ de bataille et chhqes de rester species passifs d’un nouveau combat.

« L'Empereur n’alla pas bien loin en arrière ; laissant son élat-major dans une ferme, sur la route de Volta, il revint avec quelques personnes choisies, et assista au dernier effort fait pour combattre pour là possession de Cavriana. Ce dernier effort fut inutile. Les obus français se rapprochèrent de plus en plus; une explosion eut lieu au-dessus de la tête de l'Empereur, une autre éclala au milieu de l'état-major. En attendant, l'ordre de la retraite avait été donné, et, pendant que l'Empereur et l'archiduc se retiraient par un chemin de traverse sur Valeggio: la première armée commença à se diriger sur Mantoue. |

« La retraite s’opéra sans difficulté ; le neuvième Corps, occupant encore Guidizzolo, arrèta l'ennemi et empêcha une poursuite dangereuse. La deuxième armée toutefois subit des pertes sérieuses. Le centre des positions autrichiennes ayant été forcé par l'occupation de Cavriana à cinq heures et denie, la deuxième armée dut repousser des attaques qui devenaient de plus en plus dangereuses, et les alliés poursuivirent leurs succès rapidement, coupant la route de Valeggio et forçant le corps qui se Lrouvait sur leur gauche à se retirer sur! Monzambano et sur d'autres points du Mincio supérieur.

« Le matériel de l’armée autrichienne fut néanmoins sauvé par la construction rapide des ponts volants sur la rivière au-dessous de Volta, ct lorsque la nuit tomba, les Autrichiens restèrent en | possession de Mozambano, de Valeggio et de Guidizzolo.

« L'empereur François-Joseph, calme et avec autant de sang-froid qu'un vétéran, est resté sur la hauteur de Madonna del Piéve, près d'une église entourée de cyprès, jusqu'à quatre heures moims un quart. Le comte Schlick et son aide de camp le prince de Nassau étaient auprès de lui à Madonna del Pieve, pendant que les masses se retiraient déjà dans la plaine. Les Français serraient Cavriana de près. Ils avaient déjà pris possession d'un ancien chemin appelé la strada Cavallara, qui va directement de Solferino à Valeggio, et la route de Madonna del Pieve à à ce dernier village devenait très-dangereuse.

« L'empereur d'Autriche se rendit alors tranquillement à Volta avec

| quelques aides de camp, pendant que les archidues, avec le grand-duc

héréditaire de Toscane, suivaient un sentier qui conduit, à travers des bouquets d'arbres et des rochers, à Valeggio. Pendant que nous avancions

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