L EMPEREUR A M. MOLLIEN
Potsdam, 25 octobre 1806.
Je reçois votre lettre du 15. Je ne comprends pas qu'il n'y ait que 1,500,000 francs dans la caisse de réserve à Mayence. 15 millions à la bonne heure, mais 1 ,500,000 francs me paraissent une somme bien insuffisante, puisqu'il devrait y avoir la solde de 4 mois de Tannée . Prenez donc vos mesures pour compléter à Mayence la solde de ces 4 mois, qui doit toujours y exister.
Le prince de Neufchâtel, par mes ordres, a fait venir 2 millions ici, afin de n'être point pris au dépourvu et de les employer selon les circonstances.
17e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.
Potsdam, 25 octobre 1800.
Le corps du maréchal Larmes est arrivé le 24 à Potsdam. Le corps du maréchal Davout a fait son entrée le 25, à
10 heures du matin, à Berlin.
Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo est à Brandenburg.
Le corps du maréchal Augereau fera son entrée à Berlin demain 26.
L'Empereur est arrivé hier à Potsdam et est descendu au palais; dans la soirée il est allé visiter le nouveau palais Sans-Souci et toutes les positions qui environnent Potsdam.
11 a trouvé la situation et la distribution du château de Sans- Souci agréables. U est resté quelque temps dans la chambre du grand Frédéric, qui se trouve tendue et meublée telle qu'elle était à sa mort.
Le prince Ferdinand, frère du grand Frédéric, est demeuré à Berlin.
On a trouvé dans l'arsenal de Berlin 500 pièces de canon, plusieurs centaines de milliers de poudre et plusieurs milliers de fusils.
Le général Hulin est nommé commandant de Berlin.
Le général Bertrand, aide de camp de l'Empereur, s'est rendu à Spandau ; la forteresse se défend ; il en a fait l'investissement avec les dragons de la division Beaumont.
Le grand-duc de Berg s'est rendu à Spandau pour se mettre à la poursuite d'une colonne qui file de Spandau sur Stettin, et qu'on espère couper.
Le maréchal Lefebvre, commandant la Garde impériale à pied, et le maréchal Bessières, commandant la Garde impériale à cheval, sont arrivés à Potsdam le 24, à 9 heures du soir. La Garde à pied a fait 14 lieues dans un jour.
L'Empereur reste toute la journée du 26 à Potsdam.
Le corps du maréchal Ney bloque Magdeburg.
Le corps du maréchal Soult a passé l'Elbe à une journée de Magdeburg et poursuit Y ennemi sur Stettin.
Le temps continue à être superbe ; c'est le plus bel automne que Ton ait vu.
En route l'Empereur, étant à cheval pour se rendre de Wittenberg à Potsdam, a été surpris par un orage et a mis pied à terre dans la maison du grand veneur de Saxe. Sa Majesté a été fort surprise de s'entendre appeler par son nom par une jolie femme ; c'était une Egyptienne, veuve d'un officier français de l'armée d'Egypte, et qui se trouvait en Saxe depuis trois mois ; elle demeurait chez le grand veneur de Saxe, qui l'avait recueillie et honorablement traitée. L'Empereur lui a fait une pension de 1,200 francs et s'est chargé de placer son enfant. « C'est la première fois, a dit « l'Empereur, que je mets pied à terre pour un orage ; j'avais « le pressentiment qu'une bonne action m'attendait là. »
On a remarqué comme une singularité que l'empereur Napoléon est arrivé à Potsdam et est descendu dans le même appartement, le même jour et presque à la même heure que l'empereur de Russie, lors du voyage que fit ce prince, l'année passée, qui a été si funeste à la Prusse. C'est de ce moment que la Reine a quitté le soin de ses affaires intérieures et les graves occupations de la toilette pour se mêler des affaires d'Etat, influencer le Roi, et susciter partout ce feu dont elle était possédée.
La saine partie de la nation prussienne regarde ce voyage comme un des plus grands malheurs qui soit arrivé à la Prusse. On ne se fait point d'idée de l'activité de la faction prussienne pour porter le Roi à la guerre malgré lui. Le résultat du célèbre serment fait sur le tombeau du grand Frédéric, le 4 novembre 1805, a été la bataille d'Austerlitz et l'évacuation de l'Allemagne par l'armée russe à journées d'étapes. On fit, 48 heures après, sur ce sujet, une gravure qu'on voit dans toutes les boutiques, et qui excite le rire, même des paysans. On y voit le bel empereur de Russie, près de lui la Reine, et de l'autre côté le Roi qui lève la main sur le tombeau du grand Frédéric; la Reine elle-