‹ Campagne de Prusse, 1806Chapitre 245 sur 412 · LU GÉNÉRAL COMPAKB AO COMMA.SDA.IfT Dfi LA OBNDÀRMKRIB · texte numérisé non relu

LU GÉNÉRAL COMPAKB AO COMMA.SDA.IfT Dfi LA OBNDÀRMKRIB

Rathenow, 29 octobre 1806.

Vous voudrez bien, M. le Commandant, charger un gendarme de votre détachement de réunir et conduire à Spandau les 4 officiers prussiens prisonniers de guerre dénommés dans les pièces que vous trouverez ci-jointes qui doivent leur être remises. Ces officiers sont ici dans des maisons particulières : lu magistrat donnera tous les renseignements nécessaires pour les faire découvrir; ils seront prévenus qu'à leur arrivée à Spandau ils pourront, par l'intermédiaire de M. le commandant de place, adrosser à S. A. le prince ministre de la guerre la demande qu'ils font de rentrer chez eux sur parole.

Zehdenick aura cherché à se rallier à la colonne du duc de Weimar et que pour cet effet il aura été au-devant d'elle vers Ruppin ; dans cette supposition, M. le maréchal Bernadotte doit l'avoir rencontré, et dans cette supposition encore mon mouvement sur Wusterhausen serait fort propre, car il pourrait encore arriver que l'ennemi, pour éviter une défaite totale, voulût se reporter sur notre gauche dans l'espoir (chimérique à la vérité) de nous nuire ; les renseignements que je recevrai demain m'éclaireront à ce sujet et, si j'apprenais qu'il 7 a réellement un mouvement vers la gauche, la division de dragons que j'ai laissée à Tangermtlnde jusqu'à ce que tout le corps d'armée ait filé, aurait encore le temps de les prévenir pour les recevoir à leur passage sur la rive gauche de l'Elbe.

Hier, en arrivant à Rathenow, 5 escadrons de cavalerie saxonne se sont présentés à l'avant-garde en demandant à rentrer en Saxe et déclarant qu'ayant appris indirectement qu'il existait un armistice en faveur des troupes saxonnes , ils désiraient en jouir.

N'ayant aucun avis ni ordre au sujet de cet armistice, je leur ai déclaré que je les recevais d'abord comme prisonniers de guerre, mais qu'en considération de leur démarche, je les autorisais à se rendre à Dessau jusqu'à ce que V. A. ait pu leur faire connaître les intentions de S. M. à leur égard.

D'après cette déclaration les officiers, au nombre de 51 , ont tous signé pour eux et pour leur troupe, qui se compose de 515 sous-officiers et soldats, qu'ils se considéreraient comme prisonniers de guerre et ne prendraient point les armes contre S. M. l'Empereur et Roi, ni contre ses alliés, jusqu'à parfait échange, dans le cas que l'armistice auquel ils croient, n'existerait pas, et, dans cette supposition encore, ils se sont engagés à remettre à l'armée française les 486 chevaux de troupe qu'ils amènent.

V. A. trouvera ci-joint l'état de situation et nominal des détachements qui composent les 5 escadrons ainsi que l'engagement des officiers qui les commandent.

Cette cavalerie était employée sous les ordres du prince

Hohenlohe qu'ils ont quitté sur la route près de Gransee, voulant se diriger sur Stettin. Avant de partir, ils annoncèrent au Prince l'intention qu'ils avaient de quitter son armée et, sans attendre sa réponse, ils se mirent en mouvement ; les officiers ont dit en outre que dans la même armée il y avait encore 3 bataillons de grenadiers saxons qui n'attendaient qu'une occasion favorable pour les suivre.

Le sous-inspecteur aux revues Malraison, qui a été chargé d'aller mettre à exécution dans le duché de Brunswick les intentions de S. M., m'instruit qu'il est arrivé dans cette ville et que déjà il a fait désarmer 3,000 hommes de troupes du duc; il partait pour Wolfenbuttel pour continuer la même opération.

Le duc était parti de Brunswick 2 jours auparavant que le commissaire Malraison y arrivât.

Ce sous-inspecteur m'a demandé de quelle manière il devait traiter les officiers du duc qu'il a constitués prisonniers de guerre ; je lui ai répété que , d'après les instructions que V. A. m'a fait l'honneur de m'adresser, ils devaient être envoyés en France.

Il me mande que depuis le passage de la colonne du duc de Weimar, il n'y a pas paru d'autres troupes prussiennes, et que, d'après les renseignements qu'il a pu recueillir, il n'en était pas même resté en Hanovre'; on dit dans le pays que le duc de Brunswick doit se retirer en Angleterre.

22e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

Berlin, 29 octobre 1806.

Les événements se succèdent avec rapidité. Le grandduc de Berg est arrivé le 27 à Hasleben avec une division de dragons. Il avait envoyé à Boitzenburg le général Milhaud avec le 13e régiment de chasseurs, et la brigade de Gavalerie légère du général Lasalle sur Prenzlow. Instruit que l'ennemi était en force à Boitzenburg, il s'est porté à Wichmansdorf. A peine arrivé là, il s'aperçut qu'une brigade de

cavalerie ennemie s'était portée sur la gauche dans l'intention de couper le général Milhaud. Les voir, les charger, jeter le corps des gendarmes du Roi dans le lac fut l'affaire d'un moment. Ce régiment, se voyant perdu, demanda à capituler. Le prince, toujours généreux, le lui accorda ; 500 hommes mirent pied à terre et remirent leurs chevaux. Les officiers se retirent chez eux sur parole. Quatre étendards de la garde, tous d'or, furent le trophée du petit combat de Wichmansdorf, qui n'était que le prélude de la belle affaire de Prenzlow.

Ces célèbres gendarmes, qui ont trouvé tant de commisération après la défaite, sont les mêmes qui, pendant 3 mois, ont révolté la ville de Berlin par toutes sortes de provocations. Ils allaient sous les fenêtres de M. Laforest, ministre de France, aiguiser leurs sabres ; les gens de bon sens haussaient les épaules, mais la jeunesse sans expérience et les femmes passionnées, à l'exemple de la Reine, voyaient dans cette ridicule fanfaronnade un pronostic sûr des grandes destinées qui attendaient l'armée prussienne.

Le prince de Hohenlohe, avec les débris de la bataille d'Iéna, cherchait à gagner Stettin. Il avait été obligé de changer de route parce que le grand-duc de Berg était à Templin avant lui. Il voulut déboucher de Boitzenburg sur Hasleben. Il fut trompé dans son mouvement. Le grand-duc de Berg jugea que l'ennemi cherchait à gagner Prenzlow : cette conjecture était fondée. Le prince marcha toute la nuit avec les divisions de dragons des généraux Beaumont et Grouchy, éclairées par la cavalerie légère du général Lasalle. Les premiers postes de nos hussards arrivèrent à Prenzlow avec l'ennemi ; mais ils furent obligés de se retirer, le 28 au matin, devant les forces supérieures que déploya le prince de Hohenlohe. A 9 heures du matin le grand-duc de Berg arriva à Prenzlow, et à 10 heures il vit l'armée ennemie en pleine marche. Sans perdre de temps en vains mouvements, le prince ordonna au général Lasalle de charger dans les faubourgs de Prenzlow et le fit soutenir par les généraux Grouchy et Beaumont et leurs 6 pièces d'artillerie

légère. Il fit traverser, à Gollnite, la petite rivière qui passe à Prenzlow, par 3 régiments de dragons, attaquer le flanc de l'ennemi, et chargea son autre brigade de dragons de tourner la ville. Nos braves canonniers à cheval placèrent si bien leurs pièces et tirèrent avec tant d'assurance qu'ils mirent de l'incertitude dans les mouvements de l'ennemi. Dans le moment, le général Grouchy reçut ordre de charger; ses braves dragons s'en acquittèrent avec intrépidité. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout fut culbuté dans les faubourgs de Prenzlow. On pouvait entrer pêle-mêle avec l'ennemi dans la ville ; mais le prince préféra les faire sommer par le général Belliard. Les portes de la ville étaient déjà brisées : sans espérance, le prince de Hohenlohe, un des principaux boutefeux de cette guerre impie, capitula et défila devant l'armée française avec 16,000 hommes d'infanterie, presque tous gardes ou grenadiers, 6 régiments de cavalerie, 45 drapeaux et 64 pièces d'artillerie attelées. Tout ce qui avait échappé des gardes du roi de Prusse à la bataille d'Iéna est tombé en notre pouvoir. Nous avons tous les drapeaux des gardes à pied et à cheval du Roi. Le prince de Hohenlohe, commandant en chef après la blessure du duc de Brunswick, un prince de Mecklenburg-Schwerin et plusieurs généraux sont nos prisonniers.

« Mais il n'y a rien de fait tant qu'il reste à faire, écrivit « l'Empereur au grand-duc de Berg. Vous avez débordé une « colonne de 8,000 hommes commandée par le général Blti- « cher; que j'apprenne bientôt qu'elle a éprouvé le même « sort. »

Une autre de 10,000 hommes a passé l'Elbe ; elle est commandée par le duc de Weimar ; tout porte à croire que lui et toute sa colonne vont être enveloppés.

Le prince Auguste-Ferdinand, frère du prince Louis tué a Saalfeld, et fils du prince Ferdinand, frère du grand Frédéric, a été pris par nos dragons les armes à la main.

Ainsi cette grande et belle armée prussienne a disparu comme un brouillard d'automne au lever du soleil. Généraux en chef, généraux commandant les corps d'armée,

princes, infanterie, cavalerie, artillerie, il n'en reste plus rien. Nos postes étant entrés à Francfort-sur-1'Oder, le roi de Prusse s'est porté plus loin. Il ne lui reste pas 15,000 hommes ; et, pour un tel résultat, il n'y a presque aucune perte de notre côté.

Le général Clarke, gouverneur du pays d'Erfurt, a fait capituler un bataillon saxon qui errait sans direction.

L'Empereur a passé le 28 la revue du corps du maréchal Davout sous les murs de Berlin. 11 a nommé à toutes les places vacantes; il a récompensé les braves. Il a ensuite réuni les officiers et sous-officiers en cercle et leur a dit : « Officiers et sous-officiers du 3* corps d'armée, vous vous êtes « couverts de gloire à la bataille d'Iéna ; j'en conserverai un « éternel souvenir. Les braves qui sont morts, sont morts « avec gloire. Nous devons désirer de mourir dans des cir- « constances si glorieuses. » En passant la revue des 12e, 61e et 85e régiments de ligne, qui ont le plus perdu à cette bataille, parce qu'ils ont dû soutenir les plus grands efforts, l'Empereur a été attendri de savoir morts ou grièvement blessés beaucoup de ses vieux soldats, dont il connaissait le dévouement et la bravoure depuis 14 ans. Le 12e régiment surtout a montré une intrépidité digne des plus grands éloges.

Aujourd'hui à midi l'Empereur a passé la revue du 7e corps, que commande le maréchal Augereau. Ce corps a trèspeu souffert. La moitié des soldats n'a pas eu occasion de tirer un coup de fusil ; mais tous avaient la même volonté et la même intrépidité. La vue de ce corps était magnifique. « Votre corps seul, a dit l'Empereur, est plus fort que tout « ce qui reste au roi de Prusse, et vous ne composez pas le « dixième de mon armée. »

Tous les dragons à pied que l'Empereur avait fait venir à la Grande Armée sont montés, et il y a au grand dépôt de Spandau 4,000 chevaux sellés et bridés dont on ne sait que faire, parce qu'il n'y a pas de cavaliers qui en aient besoin. On attend avec impatience l'arrivée des dépôts.

Le prince Auguste a été présenté à l'Empereur au palais

de Berlin, après la revue du 7e corps d'armée. Ce prince a été renvoyé chez son père, le prince Ferdinand, pour se reposer et se faire panser de ses blessures.

Hier, avant d'aller à la revue du corps du maréchal Davout, l'Empereur avait rendu visite à la veuve du prince Henri, et au prince et à la princesse Ferdinand, qui se sont toujours fait remarquer par la manière distinguée avec laquelle ils n'ont cessé d'accueillir les Français.

Dans le palais qu'habite l'Empereur à Berlin se trouve la sœur du roi de Prusse, princesse électorale de Hesse-Cassel ; cette princesse est en couches ; l'Empereur a ordonné à son grand-maréchal du palais de veiller à ce qu'elle ne fût pas incommodée du bruit et des mouvements du quartier général.

Le dernier bulletin rapporte la manière dont l'Empereur a reçu le prince deHatzfeld à son audience. Quelques instants après ce prince fut arrêté. 11 aurait été traduit devant une commission militaire et inévitablement condamné à mort; des lettres de ce prince au prince de Hohenlohe, interceptées aux avant-postes, avaient appris que, quoiqu'il se dît chargé du gouvernement civil de la ville, il instruisait l'ennemi du mouvement des Français. Sa femme, fille du ministre Schulenburg, est venue se jeter aux pieds de l'Empereur ; elle croyait que son mari était arrêté à cause de la haine que le ministre Schulenburg portait à la France. L'Empereur la dissuada bientôt et lui fit connaître qu'on avait intercepté des papiers desquels il résultait que son mari faisait un double rôle, et que les lois de la guerre étaient impitoyables sur un pareil délit. La princesse attribuait à l'imposture de ses ennemis cette accusation qu'elle appelait une calomnie. « Vous connaissez l'écriture de votre mari, dit « l'Empereur, je vais vous faire juge. » Il fit apporter la lettre interceptée et la lui remit. Cette femme, grosse de plus de 8 mois, s'évanouissait à chaque mot qui lui découvrait jusqu'à quel point était compromis son mari, dont elle reconnaissait l'écriture. L'Empereur fut touché de sa douleur, de sa confusion, des angoisses qui la déchiraient: c Eh bien,

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c lui dit-il, vous tenez cette lettre ; jetez-la au feu ; cette « pièce anéantie, je ne pourrai plus faire condamner votre « mari. » Cette scène touchante se passait près de la cheminée. Mmd de Hatzfeld ne se le fit pas dire deux fois \ Immédiatement après, le prince de Neufchâtel reçut ordre de lui rendre son mari. La commission militaire était déjà réunie. La lettre seule de M. de Hatzfeld le condamnait; trois heures plus tard il était fusillé.

• LE MAJOR GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL HULIN

Berlin, 29 octobre 1806.

Je vous préviens que d'après les intentions de l'Empereur je charge le capitaine adjoint Beaulieu et M. Denniée fils, commissaire des guerres, de se rendre de suite dans les casernes qui existent dans la ville de Berlin, à l'effet d'en faire la visite, de faire sortir de ces casernes toutes les femmes qui s'y trouvent et de veiller à ce qu'il y ait des fournitures en suffisance pour y établir demain 20,000 hommes, les bivouacs étant maintenant nuisibles à la santé des soldats : 10,000 hommes seront de plus logés dans les maisons abandonnées ou bâtiments publics. Il y aura en tout 30,000 hommes d'infanterie, 4,000 de cavalerie, indépendamment de la Garde qui continuera à loger chez les habitants.

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