COMPTE BBVDU A 8. H. L EMPEREUR ET ROI
Weimar, 16 octobre 1806.
Place d'Iéna.
L'intendant général n'a quitté Iéna qu'après y avoir fait établir pour la subsistance des blessés un service pour le pain et un pour la viande ; il s'est même assuré par lui-même que ces deux services étaient en activité avant son départ. Il a également procuré pour l'usage des hôpitaux de l'eau-de-vie, du vin et des légumes secs.
D'un autre côté, il a prescrit à l'ordonnateur Lombard de faire évacuer l'église, qui a d'abord servi d'ambulance, vu l'insalubrité de ce local ; il s'est assuré d'établissements pour le remplacer, et les blessés y seront installés aujourd'hui.
M. le commissaire Lombard qui est ici et partage avec le commissaire Bigot mes travaux et mes tourments.
Ces 2 détachements de dragons à pied réunis sont sur pied nuit et jour. C'est avec eux que je cherche des moyens de subsistances, que je m*oppose au pillage (qui duro toujours), que j'assure le plus que je peux le sort des malades, que j'assure quelques communications que des paysans rassemblés et souvent armés sur divers points cherchent à couper. Suia-je donc dans le cas de la destitution, de la punition plus sévère encore, pour avoir profité de ce peu de moyens que je n'ai pas retenus de ma propre autorité, mais sans lesquels je ne puis rien pour les blessés du sort desquels je suis presque responsable? Des partisans ennemis s'approchent déjà de cette direction et au lieu do 250 dragons que j'ai ici, il faudrait peut-être un bataillon pour assurer la ville.
Je fais partir tout ce qui peut marcher soit pour joindre les corps, soit pour s* évacuer sur les derrières, afin d'avoir moins de bouches ; je n'ai point de moyens de transport ; le pillage a fait disparaître les chevaux et les boeufs. Je n'ai pu tirer aucun parti ni comme garnison ni comme bras pour soigner les blessés, des convalescents ou blessés légèrement. Ils ne retrouvent des forces que pour piller dans leurs logements, et se disent impotents pour autre chose. L'habitant ne me fournit aucun secours de ce genre. Je recrute ce que je peux de chirurgiens de la ville en leur donnant 6 fr. par jour conformément à Tordre de M. le maréchal Lefebvre, mais je n'en ai pu avoir que 5, et cela n'ajoute presque rien en secours vu les besoins.
Tout cela, loin d'être exagéré, est au-dessous du vrai.
Le rapport porte l'annotation suivante du Major général : Charlottenburg, 27 octobre. Ordre de faire passer à Wittenberg, pour y être montés et continuer ensuite leur marche, les 160 dragons à pied et de garder les 48 autres pour assurer le service et maintenir la tranquillité à Iéna.
Cette indiscipline sur les derrières nous la retrouvons dans toutes les guerres de l'Empire. Je la crois de l'essence même de l'armée française.
On ne peut y remédier qu'au moyen de grosses patrouilles de gendarmerie, de 30 à 40 gendarmes, battant le pays sur les derrières, et de l'organisation de commissions militaires dont les jugements sont exécutoires immédiatement.
L'intendant général assure donc positivement S. M. que toutes les ressources dont on pouvait faire usage ont été prises par lui pour assurer ce service important.
VlLLEMANZY.