‹ Campagne de Prusse, 1806Chapitre 355 sur 412 · T-K OKXÉRAL L. BBRTHIBR AU OBsRRAL DUPOKT · texte numérisé non relu

T-K OKXÉRAL L. BBRTHIBR AU OBsRRAL DUPOKT

Lùbeck, 7 novembro 1806.

Veuillez, mon cher Général, conformément aux intentions du prince de

Je vous adresserai plus tard la liste de ceux qui se sont le plus particulièrement distingués, et je réclame d'avance votre intercession auprès de S. M. pour leur obtenir les récompenses qu'ils ont méritées.

Je me borne aujourd'hui à vous dire que tous ont fait leur devoir avec un zèle et un dévouement qui ne laissent rien à désirer.

Les généraux Rivaud et Drouet ont puissamment contribué à la gloire de leurs divisions par la manière distinguée dont ils les ont conduites, et je ne saurais trop me louer de la précision avec laquelle ils ont rempli mes ordres. Le général Pacthod a encore déployé dans cette occasion cette bouillante ardeur qu'il. a toujours montrée, et les généraux Werlé et Frère ont commencé et soutenu l'attaque avec une rare intrépidité.

MM. les colonels des 27e d'infanterie légère, 94e et 95e, ceux des 8e, 45e et 54e, ont entraîné leurs corps par l'exemple de la plus brillante bravoure. MM. Derbes, chef de bataillon du 27e, Aymard du 8e et Martin du 94e ont été blessés grièvement.

Je dois beaucoup d'éloges au zèle avec lequel le général Berthier m'a secondé pendant toute l'action.

Le général Eblé a dirigé l'artillerie avec autant d'activité que de talents ; il plaçait lui-même les pièces ; son sang-froid et la justesse de son coup d'œil ont beaucoup contribué aux succès de la journée. Le général Maison a continué de mériter les bontés de S. M.

Les résultats de la journée sont près de 3,000 hommes tués ou blessés, plus de 5,000 prisonniers y compris les Suédois, 10 drapeaux, 2 étendards et plus de 30 pièces de canon.

Ponte-Corvo, m'adressor dans la journée un rapport circonstancié de l'affaire d'hier. Vous ferez connaître dans ce rapport l'état des pertes que chaque régiment de votre division a éprouvées, les officiers et autres militaires qui s*y sont distingués, les prisonniers que vous avez faits en désignant, s'il est possible, le nom et le grade dos officiers et l'état des pièces de canon, des drapeaux et étendards que vos troupes auraient pu prendre. Ces drapeaux et étendards devront être portés aujourd'hui à l'état-major général.

Je prie V. A. d'agréer l' expression de mes sentiments distingués.

P.-S. — Le colonel Gérard, mon aide de camp, a empêché l'embarquement de quelques bataillons prussiens à Travemlinde ; il a fait quelques centaines de prisonniers et a pris beaucoup de bagages.

LE MARÉCHAL SOULT A L'EMPEREUR

Lùbeck, 6 novembre 1806.

Ainsi que j'ai eu l'honneur d'en rendre compte à V. M. par mon dernier rapport, le corps d'armée est parti ce matin avant le jour de Ratzeburg et s'est dirigé sur Ltibeck*. A 8 heures la cavalerie jointe à celle de S. A. I. le grand-duc de Berg était devant cette ville. Il y a eu* une charge conduite par le général Lasalle, qui a fait prendre un étendard et beaucoup de chevaux. Aussitôt que l'artillerie légère a été arrivée8, elle a été placée à 100 toises de la place et des ouvrages, et l'ennemi a été immédiatement attaqué. La division du général Legrand4 a été chargée d'enlever l'ouvrage avancé de la porte de Mflhlen \ Les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô l'ont emporté à la baïonnette après une ré-

l. En suivant la rive gauche du lac de Ratzeburg. (Rapport du 4e corps.) — De Ratzeburg à Lubeck, 19 kil.

s. A Slrecknitz, S kil. avant d'arriver à Lùbock.

s. L'infanterie était encore éloignée. (4° corps.)

....M. le Maréchal ordonna aux 6 pièces attachées à l' avant-garde de se porter en avant pour soutenir la cavalerie et l'uider à repousser les avaul-postes ennemis. Mous commençâmes par faire feu sur los pelotons qui soutenaient leurs tirailleurs ; après qu'ils furent dispersés et forcés à rentrer dans la place, nos pièces s'avancèrent à petite portée do mitraille ; l'une fut placée sur la chaussée qui mène droit à la porte de la ville ; les autres dans les jardins à droite et à gauche. On tira à boulets sur la porte pour l'enfoncer et à mitraille

sur les batteries et les troupes qui les défendaient Les prisonniers, les

déserteurs ont attesté pendant toute la campagne la grande supériorité de notre artillerie et combien elle portait l'épouvante et occasionnait do ravages parmi les rangs des Prussiens... (G*1 Larihoisiére.)

4. A 10 heures la division du général Legrand put prendre part à l'engage, ment... (4e corps.)

5. Et de pousser l'infanterie par la droite jusqu'à la Wakonitz pour se rap-

sistance d'une heure. Le 26e d'infanterie légère, soutenu par les 18* et 75* de ligne, ont escaladé en même temps le rempart, et l'artillerie enfonçait la porte. 1,500 prisonniers avec leurs officiers et 2 généraux ont été pris dans cette attaque. — La division du général Levai était en même temps dirigée sur la porte de Hertzberg qu'elle devait aussi enlever1; celle du général Saint-Hilaire était en réserve. Mais l'emploi de toutes ces forces n'a pas été nécessaire. Le général Legrand a forcé la porte de Mtihlen et est entré dans la ville en même temps que le ltr corps d'armée y pénétrait par un autre côté ; la jonction des 2 corps s'est faite dans la ville même, en poursuivant l'ennemi. Une espèce d'ouvrage à cornes, absolument détaché et défendu par 2 bataillons, tenait encore et faisait une vive résistance ; mais il a été également forcé et tout a été pris". — Aussitôt que la cavalerie a pu déboucher, celle du corps d'armée s'est mise à la poursuite de l'ennemi. Dans son premier mouvement elle a coupé 4 escadrons prussiens avec leurs canons. Après une légère résistance, ils ont capitulé8. Le restant de la colonne du général Blttcher et de

procher do l'attaque du i«r corps et ensuite forcer les remparts depuis la Wakenitz jusqu'à la porte de Mùhlen. (4e corps.)

1. Elle eut ordre de prendre l'attaque de gauche et de passer la Trave audessous de son confluent avec (a Steckenitz, soit à un gué qui y avait été reconnu, soit au pont de que l'ennemi venait de détruire, mais qui pouvait être facilement rétabli. (4° corps.)

x. Pendant 2 heures que dura le combat on se battit souvent corps à corps et à la baïonnette. L'artillerie, conduite par le général Lariboisiôre, se tint constamment à demi-portée de mitraille et contribua puissamment par la vivacité de son feu à la destruction de l'ennemi. Aussitôt qu'elle put être portée sur les remparts, elle s'y établit et étant alors plus rapprochée des 2 bataillons prussiens qui étaient sur une demi-lune rasée entre la porte de Mùhlen et le canal de la Wakonitz où, quoique tournés et vigoureusement pressés par les bataillons de tirailleurs corses et do tirailleurs du Pô, ces s bataillons faisaient encore résistance; elle les foudroya et, après quolques décharges à mitraille, obligea le peu qui restait à capituler. Il était extrêmement difficile de déboucher dans la rue qui aboutit à la porte de Mùhlen tant le passage était encombré d'hommes et de chevaux morts et par des canons et des caissons que l'ennemi avait été forcé d'abandonner successivement et il fallut perdre quelques instants pour le désencombrer et pour s'ouvrir une autre voie; enfin on y parvint et les troupes sortirent de la ville par la porte dite de Holslein, en avant de laquelle elles ne tardèrent pas à rencontrer l'ennemi. (4e corps.)

3. La cavalerie légère du corps d'armée s'étant portée sur Fackenburg,

celle du général Wenniping réunies a'eat retiré vers Travemûnde. Demain il y sera poursuivi et sans doute obligé de se rendre à moins qu'il ne force le cordon de troupes danoises gui est sur la frontière du Holstein. Mais quoi qu'il fasse, il n'échappera pas à son sort. — Cette journée produit au moins 6,000 prisonniers, 50 canons, plusieurs drapeaux et étendards, 3 généraux et considérablement de bagages1. Le corps d'armée commandé par M. le maréchal Bernadotte et le 4e y ont également participé. Tout le monde rivalisait de zèle ; et les troupes ont marché à l'ennemi aux cris de Vive VEmperewr! — S. A. I. et R. le grand-duc de Bergqui a principalement dirigé les attaques et qui avait fait arriver sa cavalerie pour y prendre part, rendra à V. M. un compte plus détaillé de ce qui s'est passé dans la journée et moimême j'y reviendrai lorsque tous les rapports me seront parvenus. A peine puis-je dans ce moment en connaître les principales circonstances.

La nuit étant venue, le corps d'armée prit position une division en avant de Ltibeck but la route du Holstein, et 2 divisions en arrière de la ville. La cavalerie fut établie au village de Padeliigge, où elle ramassa la valeur d'un bataillon ennemi qui avait été. coupé. (4e corps.)

village danois, rencontra 3 escadrons de dragons prussiens avec 4 piôces de canon qui, ne pouvant pénétrer par le Holstein, avaient la retraite coupée et qui se rendirent après avoir fait quelques efforts (inutiles à la vérité) pour s'ouvrir un passage.

La cavalerie de S. A. lo grand-duc de Berg et celle du 1er corps prirent la route de Travemûnde. (4e corps.)

1. La division Legrand fit sur les remparts de la ville, aux avancées et dans les mes, 2 ,600 prisonniers avec leurs officiers et 2 généraux (les généraux Haufberg et Zwiflel) ; elle prit 9 drapeaux et 25 pièces de canon avec leurs caissons. Par l'effet des sages dispositions que le général Legrand prit et par la rare intrépidité que les hommes montrèrent, leur perte ne fut pas trds-coneidérable. — Le général Legrand cite avec éloge dans son rapport le général de brigade Ledru pour le zèle et l'intelligence qu'il mit à exécuter les ordres qui lui furent donnés, radjudant-commaudant Cosson, son chef d'étal-major, et ses propres aides de camp. (4e corps.)

LE GRAND-DUC DE BEKG A L EMPEREUR

Lùbeck, 6 novembre 1806, 9 heures du soir.

Sire, je m'empresse d'annoncer à V. M. le plus brillant succès dont le résultat sera, je l'espère, la prise de tout le corps du général Blttcher et de celui du duc de Weimar. Le général Blttcher, qui commande tous les restes de l'armée prussienne réunis, avait attendu les troupes de V. M. dans Lttbeck. M. le prince de Ponte-Corvo et M. le maréchal Soult ont débouché sur cette ville presque en même temps. Les divisions Grouchy et d'Hautpoul y ont paru à la même heure : le prince de Ponte-Corvo par la route de Rehna, le maréchal Soult par celle de Ratzeburg et la grosse cavalerie par une route intermédiaire entre les 2 corps d'armée. J'ai marché de ma personne avec M. le maréchal Soult et la brigade du général Lasalle. On était en mouvement de tous côtés dès 5 heures du matin. Les troupes légères de M. le maréchal Soult et la brigade Lasalle ont rencontré l'ennemi à une lieue en avant de la ville, l'ont chargé, culbutéf ont enlevé un guidon et pris 200 hommes montés. Le général Lasalle, en fournissant sa charge, est arrivé sous les murs de la ville où il a été reçu par 6 coups de canon à mitraille ; il a perdu quelques hommes et a conservé sa position. Cependant la division Sahuc et tout le corps de M. le maréchal Soult suivaient ; les différentes routes étaient interceptées ; les rivières de la Wakenitz et de la Steckenitz étaient reconnues et observées. Alors le général Legrand a reçu Tordre de M. le maréchal Soult d'attaquer les ouvrages avancés de la porte de Mtthlen. Les tirailleurs corses et ceux du Pô, soutenus par le 18°, ont marché en tête et, aux cris mille fois répétés de Vive l'Empereur! ont couru à l'ennemi ; l'attaquer et enlever les ouvrages avancés a été l'affaire d'un moment. 1,200 hommes et 3 généraux qui les défendaient ont été faits prisonniers. Ce premier succès en a donné un second: la porte de la ville a été enfoncée à coups de canon, les remparts ont été gravis ; on est entré dans la ville. Le général

Levai, de son côté, marchait pour attaquer la porte de Huxter, et le général Saint-Hilaire restait en réserve. Tandis que M. le maréchal Soult forçait ainsi l'ennemi par la porte de Mtthlen et pénétrait dans l'intérieur de la ville, M. le prince de Ponte-Corvo avait obtenu les mêmes succès à la porte de Burgen. Les têtes de colonne des 2 corps d'armée se sont rencontrées au milieu de la ville : tout a été renversé ; jamais on ne s'est battu avec plus d'acharnement ; les rues sont jonchées de cadavres. Alors j'ai ordonné qu'on laissât déboucher la cavalerie qui a poursuivi l'ennemi l'épée dans les reins sur la route de Travemttnde, par où s'est retiré le général Blttcher. — Sire, 5,000 hommes, 3 ou 4 généraux, au moins 50 pièces de canon ont été les résultats de cette journée. Une colonne qui s'était retirée par la route de Hamburg, forte de 6 escadrons et de quelques bataillons, s'est rendue à la cavalerie légère de» M. le maréchal Soult. Le général d'Hautpoul a l'ordre de sommer le général Blttcher. La nuit a mis fin au combat et a empêché la prise de tout le corps ennemi. — Demain à la pointe du jour toute la cavalerie marchera sur le général Blttcher. Placé entre la mer et le cordon de troupes danoises qui, les armes à la main, a fait respecter sa neutralité, il sera certainement forcé de se rendre. Il est impossible de faire de meilleures dispositions que celles qu'ont faites MM. les Maréchaux. Ils feront sans doute connaître à V. M. les militaires de tout grade qui se sont le plus distingués dans cette affaire-, quanta moi, je dois vous dire que tout le monde a fait son devoir. La ville souffrira beaucoup, mais il a été hors de notre pouvoir de l'empêcher. Demain j'aurai l'honneur d'écrire plus en détail à V. M.

Le prince de Ponte-Corvo a pris 1,000 ou 1,200 Suédois qui étaient déjà embarqués. Les Danois, qui paraissaient bien décidés à défendre leur neutralité, ont fait feu sur mes troupes, les prenant pour des Prussiens. J'ai fait rendre tous les prisonniers de cette nation.

P.-S. « — Je joins à ma lettre la copie de la capitulation de

Wolgast1, que m'envoie mon aide de camp Déry, que j'ai annoncé à V. M. avoir été envoyé dans la Poméranie suédoise pour enlever tous les bagages qui s'y étaient retirés. J'aurai l'honneur d'adresser à V. M. une copie de tous les rapports que je reçois du chef d'escadron Boyer qui commande à Ânklam et de mon aide de camp Déry.

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