‹ Campagne de RomeChapitre 10 sur 12 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

CAMPAGinS DB ROME.

On a publié en Italie un recueil de chants populaires de la Campagne de Rome (i). Nous avons pensé qu’une traduction telle quelle de ces chants intéresserait le public et rendrait moins incomplètes les études précédentes; nous avons eu soin toutefois de placer le texte en regard pour les lecteurs curieux d’étudier dans l’original les monuments de la poésie populaire. Voici d’a-

(i) Saggio de’ Cunti popolari délia provineia di Maritima e Campagna. Borna, i83o.

bord quelques réflexions dont l’éditeur, M. Visconti, a fait précéder le recueil dont nous parlons. Ces observations préliminaires nous dispenseront de rien ajouter nous -même, le nom de M. Visconti est un brevet d’authenticité. Nous traduisons littéralement.

« Étroitement liés au caractère national , aux conditions de lieux , à l’état des mœurs , au degré de civilisation , les chants populaires méritent l’attention du philosophe; en eux résident les vieux secrets du cœur humain. Beinarquables par la spontanéité de l’impression , née toujours d’une émotion vraie, ils offrent un mélange intéressant de choses communes et originales , vulgaires et nouvelles. Inspirées par le cœur, elles en révèlent les deux passions tyranniques, l’amour et la colère; et elles les révèlent avec cette énergie qui confond dans une étroite unité le sentiment et l’expression.

» Sous un ciel clément , en présence des spectacles variés d’une nature belle et bienfaisante, doués d’une langue toute poétique, et portés naturellement à l’enthousiasme, les Italiens sont riches en chansons populaires; les unes empriin-

tées aux bons écrivains , les autres dictées par quelque barde obscur, ou produites par un élan de verve native, elles sont toutes d’une manière ou de l’autre, soit par création, soit par adoption, l’apanage du peuple. Ce serait un travail utile que de rassembler la totalité de ces chants nés quelques uns avec notre langue , et féconds en tours piquants et agréables, en vers heureux, en locutions et en mots d’une pureté primitive.

» Ces considérations, je l’espère, donneront quelque prix aux strophes que je publie, et qui sont chantées par le peuple de la Campagne de Rome. Je les ai réunies en parcourant récemment l’ancien pays des Volsques, lieux autrefois pleins de terreurs et d’atrocités, rendus maintenant à la sécurité et au calme. I.a mélodie de ces chants est mélancolique et plaintive; répétée d’une montagne à l’autre, quelquefois par un écho lointain, plus souvent par d’autres voix correspondantes, ou qui semblent l’être , elle a je ne sais quoi de grave et de solennel qui pénètre doucement dans l’Ame

«Lorsque je priais les campagnards et leurs femmes de me dicter les vers qu’ils chantaient,

S’ji) i;ami>agkk de home.

les uns s’} refusaient positivement, les autres cédaient avec peine , même en vue d’une récompense; et si enfin, après une longue résistance, ils se décidaient à me satisfaire , ce n’était que par l’ordre exprès de personnes qui avaient sur eux de l’autorité. Ces poésies expriment si fidèlement le sentiment interne de leur cœur que ma demande ne leur paraissait pas seulement étrange et insolite, mais indiscrète et choquante; c’est comme si on leur eût demandé leur secret. Il y ivait sur les visages une rougeur, et dans les madères une contrainte, un trouble, une mauvaise humeur qui passait toute expression. Je vis là cette pudeur rustique dont parle le grand Tullius (i), et je ne pus obtenir d’eux qu’un nombre bien limité de strophes , et encore avec la condition à chacune que ce serait la dernière ; recueillies par moi tantôt d’iine bouche, tantôt de l’autre, et transcrites littéralement, quelques unes me furent répétées jusqu’à six fois et toujours de la même manière.

»Le mètre est le même dans toutes, comme

(l) Pudor quidam pœnè aubrusticu». (Cic., Ep, G. Lucceio.)

CAMPAGNE DE ROME. ^7 l

devant être eu rapport avec la imisiqiie qui les accompagne; le vers est de onze syllabes; les stances sont composées de huit vers liés entre eux par la rime croisée, entrelacement qu’on ne retrouve pas dans la poésie régulière. Les deux premiers vers , qui renferment presque toujours un sens complet , reviennent à la fin de chaque stance et en forment la conclusion; d’autres fois j’ai entendu finir la strophe par une espèce de licence eu deux vers rimés applicable et appliquée à beaucoup d’entre eux :

Questo lo dico a te , bel verde alloro ,

Giocchè la dea nou vedo, il tempio adoro.

« Cela, je te le dis à toi, beau laurier vert, puis- » que je ne vois pas la déesse, j’adore le temple. » Ou encore :

Questo rjio detto a voi, bel lauro verde,

Chi v’ama più di me , suo tempo perde.

«Cela, je vous l’ai dit à vous, beau laurier vert, » qui vous aime plus que moi perd son temps. » »Un des caractères particuliers à ces chants, c’est que le poète éclate sans aucun préambule, et cette effusion violente du sentiment prouve k

S’j'x c;AMPA(;^^; de home.

mon gré la force et la vérité de la passion qui pousse l’imagination et la gouverne; cela prouve encore qu’ils ont été faits pour la satisfaction personnelle de celui qui les composa bien plus que pour celle d’autrui. L’auteur s’épanche sans chercher autre chose: aussi l’allure en est-elle hardie , pleine de nerf et de vie. C’est là surtout ce qui les distingue d’une manière notable de la poésie calculée pour l’effet , et dont le mouvement, les couleurs, inspirés par l’esprit bien plus cpie par le cœur, n’ont d’autre but que de provoquei- les applaudissements.

w Pour ce qui est de la langue, quelques unes de ces stances sont de la plus grande pureté; on trouve dans d’autres des mots et des formes qui ont vieilli et qui sentent le terroir. Purifiées de ces taches peu nombreuses, elles pourraient se présenter avec avantage aux yeux des plus difficiles; mais j’ai voulu leur conserver leur caractère dans sou intégrité, et je m’en suis fait un devoir que j’ai rem|)li jusqu’au scrupule, bien plus , ou je me trompe fort, ou , tels qu’ils sont , ces chants expriment merveilleusement la véhémence d’une imagination vive et ardente, et les

CAMPAGNE i)E ROME. 3']3

pensées poétiques y sont exprimées poétiquement ; ils ont même, ainsi faits, je ne sais quoi de grave et de doux , de chaste et d’amoureux , et ils brillent de certaines lumières qui, pour n’avoir pas la splendeur de nos meilleurs vers, n’en méritent pas moins de (ixer l’attention. Ils ne décèlent d’ailleurs ni grossièreté de mœurs , ni barbarie, ni cruauté. »

N. B. On a placé à la fin des notes, dont deux ou trois seulement appartiennent à M. Visconti. Les autres sont puisées, soit dans \ Anthologie de Florence , soit dans nos propres souvenirs.

Bella che ci sei nata tra li fiori A noi discesa dai superai Dei , rosa ti dono )i suoi colori E iu palma d’Amor l’archi e i trofei :

Lo tuo padre non fîi qualche pittori ,

Clic li dipinse f|iianto bella sei ?

Bella di nobiltàporti il valori;

Gioia quanto piacesti a l’ occbi miei!

Bella che ci sei nata tra li fiori A noi discesa dai superni Dei.

Rosa gentil che nel giardin d’Amore Vaga coin pa rsa fai tra verdi foglie

Il tuo purpureo e candido colore

Luce da l’occhi e pace a l’ aima toglie;

Intorno spandi si soave odore

Ch’ ogni maggior piacere in se raccoglie,

Punto da le tue spine questo core Di dolor morirà se non ti coglie.

Rosa gentil che nel giardin d’Amore Vaga comparsa fai tra verdi foglie 1

CAMPAGMf; UE ROME.

Belle tu es née an milieu des fleurs et descendue parmi nous du séjour des dieux ; la rose te donna ses couleurs, et la palme d’amour les arcs de triomphe et les trophées : ton père ne fut-il pas quelque peintre qui te peignit , tant tu es belle? Belle , tu enlèves le prix d’élégance. O bijou! combien tu plus à mes yeux I Belle tu es née au milieu des fleurs et descendue parmi nous du séjour des dieux.

Charmante rose, qui, dans le jardin d’amour, apparais si belle au milieu des feuilles vertes, ta couleur blanche et purpurine enlève au yeux la lumière et le repos à l’àme; tu répands un parfum si suave qu’il concentre en lui les plaisirs les plus vifs; piqué par tes épines, ce coeur mourra de douleur s’il ne te cueille, (iliarmante rose , qui dans le jardin d’amour appnrai.s .si belle au milieu fies feuilles verte.s.

376 CAMl'AGNK Ut ROMt.

La vajja rosa a l'amanti gradita

Vaglieggia .sua bellezza iuuamorata,

Quamlo si vode a j)orpora vestita L di foglic li di spinc circonduta ;

Ma qiiando é (;olta pui, tra belle dita Perde l’odorc, e al fine vicn buttata ;

C091 é la donna in uinorosa vita

l)a liiui aniunti alfine abbanduuata.

Questo lo dico a voi bel verde alloro

Giacchè la dea non vedo il tempio adoro.

JV.

Augelletto diventar vorrei ,

Venirti a ritrovar dovunque stai;

De le tue stanze non mi partirei Per vedcr con clii parli e cosa fai :

Tutte le penc mie dir li vorrei ,

(Quanti sot'f'ro per te tormenti c guni.

L'ultimo canto mio dir ti vorrei ,

(lara se mi vnoi ben mi seguirai!

Augelletto diventar vorrei ,

Venirti a ritrovar dovnnqne stai !

Digilized by Goc^le

CAMPAGNt t)K nOME.

La jolie rose , chère aux amants , se complaît dans son amoureuse beauté, t|uand elle se voit vêtue de pourpre , environnée de feuilles et d’épines ; mais lorsqu’elle est cueillie elle perd sou parfum entre de beaux doigts, et on la jette enfin; ainsi la femme d’ainoureuse vie est abandonnée à la fin par tous ses amants. Cela, je vous le dis à vous, beau laurier vert, puisque je ne vois pas la déesse, j’adore le temple.

Je voudrais devenir petit oiseau pour te venir retrouver partout où tu es ; je ne quitterais pas ta demeure pour voir avec qui tu parles et ce que tu fais; je voudrais te dire toutes mes peines, combien pour toi je souffre de tourments et de maux ; je voudrais te dire mon dernier chant; ô chère, si tu m’aimes tu me suivras ! Je voudrais devenir petit oiseau pour te venir retrouver partout où tu es.

Lucentissima Stella mattutina ,

Vaga ninfa d’Amore, dea serena,

Non ci passa nè sera nè mattina ,

Che non rimiri la beliezza tena ;

Chi la riinira sà faccia divina L’aria se ce và nuvola serena ;

Quando esce lo sole a lei s’inchina Credendo che ce sia la Maddalena.

Lucentissima Stella mattutina,

Vaga ninfa d’Âmore dea sereua.

Stella non vidi mai si rilucente ,

Che simigliante fosse al tuo seinbiante :

La Luna stessa se riduce a nientc Che non appare bella in ogn’ istante :

Splende negli occhi tuoi na bamma ardente , Che porge lume al tuo fedele amante :

\j& notte oscura ancor ini sei présente Tanto la tua beliezza è pénétrante!

Stella non vidi mai si rilucente ,

Che simigliante fosse al tuo semblante.

6AMPAGNE DE ROME.

Resplendissante étoile du matin , belle nymphe d’amour, divinité sereine, il ne se passe ni soir ni matin que je ne contemple ta beauté. Qui la contemple, cette figure divine, voit l’air se rasséréner, s’il est nébuleux-; le soleil , quand il se lève, s’incline devant elle, croyant que c’est la Madeleine. Resplendissante étoile du matin, belle nymphe d’amour, divinité sereine.

Je ne vis jamais d’étoile assez brillante pour ressembler à ton visage : la lune elle-même se réduit à rien, car elle ne paraît pas belle à tous les instants ; dans tes yeux resplendit une flamme ardente qui envoie la lumière à ton fidèle amant; pendant la nuit obscure tu m’es encore présente, tant ta beauté est pénétrante! Je ne vis jamais d’étoile assez brillante pour ressembler à ton visage.

CAMPAGNE DK ROME.

vn.

Se io ti miro mi rattristo assai,

Se non ti mira ho nel mio cor le pene :

Se volgi aci altri i dubïosi rai

Seinpre legato a te Anior ini tiene ;

Più premura di me s6 che non liai,

E sospirar per te pur mi conviene ,

Se com’ t’ amo ad amarmi tornerai Più mai non cesso di volerli bene.

Se io ti rimiro mi rattristo assai ,

Se non ti miro ho nel mio cor le pene

Ângelica bcltade , aima divina ,

Calamita attrattiva d'ogni core;

Ogni anima ogni core a te s’ inchina , Ogni bellezza cede al tuo splendore;

Che delle belle sei l’ alta regina ,

1/ Erapireo sei tu del ciel d’Amore ;

Chi t’ama e non t’adora e non t' inchina ' O è uomo di sasso , o non ha core.

Angelica beltade , aima divina ,

Calamita attrattiva d'ogni core.

Si je te vois , je m’attriste ; si je ne te vois pas , j’ai le cœur plein de peine ; si tu tournes vers d’autres tes rayons douteux, Amour me tient lié toujours à toi. Je sais que tu n’as plus de moi aucun souci, et moi je ne puis m’empêcher de soupirer pour toi. Si tu reviens à m’aimer comme je t’aime, je ne cesserai plus jamais de t’aimer. Si je te vois , je m’attriste; si je ne te vois pas, j’ai le cœur plein de peines.

Angélique beauté, âme divine, attractif aimant de tous les cœurs; tous les cœurs, toutes les âmes s’inclinent devant toi; toute beauté cède à ta splendeur; car tn es la reine suprême des belles, tu es l’empirée du ciel d’amour; celui qui t’aime et ne t’adore pas, et ne s’incline pas devant toi, est un homme de j)ierre ou n’a pas de cœur. Angélique beauté, âme divine, attractif aimant de tous les cœurs.

Vorrei fare un bel cambio d’Araore , Donami lo tuo core, eccote ’l mio ;

Sarai tu del mio cor cura maggiore,

Cura maggior del tuo sarô ancor io.

Oh che dolce parlar de core a core , Intendere ogni sjpeme ogni desio !

Semo due cori ristretti in un core,

Quel che lo vuoi tu lo voglio ancb' io.

Vorrei fare un bel cambio d’Amore, Donami lo tuo core , eccoti il mio.

Polomba che per l'aria vai a volare Ferma che voglio dirte due parole :

Voglio cavà una penna a le tue ale,

Voglio scrive unalettra a lo mio amore;

Tutta de sangue la voglio stampare ,

Per sigiüo ce metto lo mio core.

E finita de scrive et sigillare

Palomba portacella a lo mio amore.

E se lo trovi in letto a riposare ,

O palomba riposati tu ancora.

CâMPAGüE DE UOME.

Je voudrais foire un bel échange d'amour ; donnemoi ton cœui', voilà le mien, tu seras de mon cœur la sollicitude la plus grande, et moi je serai du ûen la plus grande sollicitude. Oh ! quelle douce causerie de cœur à cœur ; entendre chaque espérance, chaque désir! Nous sommes deux cœurs confondus en un cœur; ce que tu veux, toi, moi je le veux aussi. Je voudrais foire un bel échange d’amour ; donne-moi ton cœur, voilà le mien.

Palombe qui vas volant par les airs, arrête, je veuxte dire deux paroles : je veux tirer une plume de tes ailes, je veux écrire une lettre à mon amour, je veux l’imprégner de sang tout entière ; pour cachet j’y mets mon cœur, et une fois écrite et cachetée , palombe, porte-la à mon amour, et si tu le trouves reposant dans son lit, 6 palombe ! repose-toi aussi.

CAMPAGNE DE KOME.

Discacciaio idol mio se mi vuoi bene Chi présumé rubarme ’l tuo bel core ,

Non gli mostrar le tue Inci serene,

Digli che ad altro cor giurasti amore,

Digli rh’ bai troppo strette le catene ,

E conservi per nie un fido amore :

Âlfine gli dirai clie non conviene

Lasciare chi per te si strugfje e more.

Discacciaio idol mio se mi vuoi bene Chi présumé rubarme ’l tuo bel core.

Son sforzato a cantar non da l’Amore, Solo per tua bellezza raccontare;

Risiede nel tuo volto un gran spleiidore, Che fa qualunque vista innamorare.

Gli Dei s’uniron tutti a tuo favore,

E per volerti di bellezza ornarc..

Ab chi non t’ ama non conosce Amore , O non inteiide lo modo d’ainare !

Sono sforzato a cantar non du f Amore Solo per tua bellezza raccontare.

('.ampaom; üe home.

Chasse, ômon idole! situm 'aimes, celui qui prétend me voler ton beau cœur; ne lui montre pas tes prunelles sereines; dis-lui que tu juras amour à un autre cœur; dis-lui que tu as trop serré les cliaiiies , et conserve pour moi un fidèle amour ; enfin tu lui diras <[uc tu ne dois pas abandonner celui qui pour toi se consume et meurt. (Chasse, o mon idole! si tu m’aimes, celui qui prétend me voler ton beau cœur.

de suis forcé à cbanler, non par l'amour, mais pour raconter ta beauté. Sur ton visage brille une grande splendeur qui rend amoureux tous les yeu.x. Les dieux s’unirent tous en ta faveur, et |)our t’orner de beauté üh! qui ne t’aime pas ne connait pas l’amour, ou n’entend pas la manière d’aiincr! Je suis forcé h chanter, non pour l’amour, mais |iour raconter ta beauté.

CAMPAfiNK DK HOME.

Cupido fece nn’arco sopra un monte ,

E d’oro ’l ricoperse et d’adamante ,

E ritta in mezzo ce planté na fonte Per rinfrescare ojjni felice amante.

Ma niun se bebbe l’acqua d’ esto fonte E de r età ne son passate tante !

Cbi passa in mezzo al mare senza ponte Quello se puô chiamar felice amante.

Questo lo dico a voi bel lauro verde :

Chi v’ ama piii di me suo tempo perde.

Dimmi che cosa mai farà ’l mio core Dovendosi da te allontanare :

Dimmi se deve conservarti amore , Oppur per sempre ti deve scordare;

Un cor ch’ avvisa non è traditore ,

Tu presto pensa la risposta dare.

Dimmi di s\ di nè senza rossore ,

Se mi vuoi morto o mi vuoi consolare.

Dimmi che cosa mai farà 1 mio core Dovendosi da te allontanare.

Cupidon fit une atche sur une montagne; il la re. couvrit d’oretde diamants. Droit au milieu, il planta unefontainepour rafraîchir tous les amants heureux ; mais personne n’a bu l’eau de cette fontaine , et que de siècles se sont écoulés! Qui passe sans pont au milieu de la mer, celui-là peut s’appeler amant heureux. Cela, je le dis à vous, beau laurier vert, qui vous aime plus que moi perd son temps.

Dis-moi ce que fera mon cœur, s’il doit jamais s’éloigner de toi. Dis-moi s’il doit te garder son amour, ou s’il doit pour toujours t’oublier. Un cœur qui prévient n’est pas trompeur; songe à me donner promptement la réponse ; veux-tu ma mort ou me veux-tu consoler? dis-moi oui ou non sans rougir. Dis-moi ce que fera mon cœur s'il doit jamais s’éloigner de toi.

Ardo per te cT amor, m’ abbruccio e pato ;

Mi consuma l'amore in fiamma e foco ; Misero son ridotto in taie stato Chc mancare mi sento a poco a poco!

Vorrei da te saper se sono amaio,

Parlare ti vorrei , ma non ho loco :

Vorrei mo.strarti corne so impiagato, Refrigerio non ho non trovo loco.

Ardo per le d’amor, m’ abbruccio e j)ato; Mi consuma l'amore da fiamma e foco.

Sarebl)e tempo oinai pupille care

D’aver qualche pielà del mio dolore, Sai ebbe leinpo ornai di consolare li’ardente brama de l'afflitto core.

Clieii giova di fariiii piùpenare?

Smorzaloper pielà l’acceso ardore;

E se poi viioi '1 mio petto anche svenare Son eontento mori per lo tuo amore.

Sarebbe temjio ornai pupille care D’aver qualche pietà del mio dolore '

Je brûle pour toi d'amour, je me dévore et je souffre; l'amour me consume en flamme et en feu. Je suis réduit à un tel état de misère, (pie je me sens jieu à peu mourir! Je voudrais savoir de toi si je suis aimé, je voudrais te parler, mais il n’v a pas moven; je voudrais te montrer comme je suis blessé ; je ii’ai pas de soulagement, je ne suis bon ii rien. Je brûle pour toi d’amour, je me dévore et je souffre; l’amour me consume en flamme et en feu.

Il serait temps maintenant, ô prunelles chéries! d’avoir cpielque pitié de ma douleur; il serait temps maintenant de consoler l’ardent désir de mon Cfeur affligé. A quoi lion me faire tant souffrir? Kteins par pitié l’ardeur allumée; et puis, si tu veux encore me liercer la poitrine , je suis content de mourir par ton amour. Il serait temps mainUniant, ô prunelles chéries ! d’avoir quelque pitié de ma douleur.

3go

CAMPA .< dp; HOME.

Cara dimmi quai dubio hai tu nel core , l’orse credi fallaci i detti miei !

Dissi d'uiuard , e non sou traditore ,

Se delitto é l’amor siara tutti rei.

Finclié di ^ioventù m’ assiste il fiore Sarè costante se fedel ini sei ;

Comnietter non saprô alcun’ ei rore ,

Ma un pejjiio solodi tuo ainoi- vorrei.

Cara dimmi quai dubio hai tu nel core , Forse credi fallaci i detti miei !

Prima ch’ io lasci te gentil signora

I duri sassi si faranno cera ,

Madré dell’ ombre diverrà l’aurora,

II mezzo giorno sonera la sera ;

Saranno il foco e l'acqua uniti ancora ,

lîterna durera la primavera ;

I nostri amori hniraimo allora

Quaudo 1 mondo ritorni a quel che era.

Prima ch’ io lasci te gentil signora 1 duri sassi si iaranno cera.

Dlgitized by GoogI

CAMl'AGMi jL>E UOMK.

chère, dis-moi quel doute tu as dans le cœur. Peut-être crois-tu mes paroles fallacieuses? J’ai dit que je t’aimais, et je ne suis pas trompeur. Si l’amour est un crime, nous sommes tous coupables. Tant qu’en moi fleurira la fleur de jeunesse, je serai constant si tu m’es fidèle. Je ne saurais commettre aucune faute, mais je voudrais seulement un yage de ton amour. Chère, dis-moi quel doute tuas dans le cœur. Peut-être crois-tu mes paroles fallacieuses?

Avant queje te quitte, maîtresse charmante, les durs rochers se changeront en cire, et l’Aurore deviendra la mère des ombres; midi sonnera le soir; le feu et l’eau seront unis; le printemps durera éternellement; nos amours finiront alors que le monde retournera à ce qu’il était. Avant que je te quitte, charmante dame, les durs rochers se changeront en cire.

CAMPAONK Dfc ROMK.

Lungi da l’ occlii moi caro mio bene Passai fra mille guai li giorni e Tore, Qnal di prigion fra reppi e fra catene Corse la vita mia sempre in dolore.

Ln miospirto e’I mio sangne entro le vene Non avevan più forza e j)iù vigore ,

Fra fioritc canipafpie, in culte arene Se non morii mio ben mi resse Ainore.

Lungi dagl’ occhi tuoi caro mio bene Passai fra mille guai li giorni e Tore.

Si dice elle l’ainore non sia nienti !

Provar lo possan l’infideli amanti; Andai a l’inferno per pâlir tonnenti,

K <iuelii mi jiarevan suoni e canti :

Mi disse la fortuna immantinenti

Quesle non son le pene de l'amanti ,

Se t’insegno (piai sono lor lormenti Quando una donna solu n' ama tanti !

Si dice clie l’ amore non sia nienti ;

Provar lo possan gl’ infedeli amanti.

CAMPAGNK PE HOME.

Loin de tes yeux , ô mon bien chéri ! je passai à travers mille maux les jours et les heures ; comme le prisonnier dans les fers et dans les chaînes , ma vie coulait dans les douleurs. Mon esprit et le sang de mes veines n’avaient plus ni force ni vigueur. Si je ne mounis pas au milieu des campagnes fleuries et des terres cultivées,ômonbien! c’estqueramonr m’a soutenu. Loin de tes yeux, o mon bien chéri ! je passai à travers mille maux les jours et les heures.

On dit que l’amour n’est rien! Les amants tnfidéles peuvent prouver cela ; j’allai à l’enfer pour en souffrir les tourments, et ils me paraissaient de la musique et des chansons; la Foi tune me dit aussitôt: Tu verras bien que ce ne sont pas là les peines des amants, si je te montre quels sont leurs tourments quand une seule femme en aime plusieurs. On dit que l’amour n’est rien ! Les amants infidèles peuvent prouver cela.

Pietà , pietà ti chiedo e non rispondi ,

Più, ti chiedo pietà iiieno rai senti ,

Mi pari un duro scoglio in mez/o ai monti Per esser cosi ingrata ai miei tormenti.

Ti prego anima mia parla rispondi,

Ahhi pietà di qiicsti miei lamenti :

Corne scende la pioggia giù dai monti , Cosi son le mie lagrime cadenti.

Pietà, pietà ti chiedo e non risjxmdi,

Più ti chiedo pietà meno mi senti.

O cielo, O terra , o mar raeco piangete ;

Fonti , Bumi , mscelli lagrimate ; Piangete se di me pietade avete Augelli che perl’aere volate.

Amai del fido amore che sapete Colei che mi lasciè senza pietate.

O cielo , O ten a , o mar jxiichè piangete ;

Del tradito ainor mio vendetta fate.

O cielo , o terra , o mar meco piangete ; Fonti , fiumi , ruscelli lagrimate.

CAMPAGM;; DE ROME.

Je te demande pitié, pitié, et tu ne me réponds pas; plus je te demande pitié, moins tu m’entends : tu me parais un dur rocher au milieu des montagnes , tant tu CS insensible à mes tourments. .le t’en supplie, ô mon âme! parle, réponds-moi, aie pitié de mes lamentations. Comme la pluie descend du haut des monts, ainsi tombent mes larmes. Je te demande pitié, pitié, et tu ne me réponds pas; plus je te demande pitié , moins tu m’entends.

O ciel ! ô terre ! ô mer ! pleurez avec moi ; fontaines, fleuves, ruisseaux, pleurez; pleurez si vous avez pitié de moi, oiseaux qui volez dans l’air. J’aimai du fidèle amour que vous savez celle qui sans pitié m’abandonna. O ciel ! ô terre! ô mer! puisque vous pleurez, vengez mon amour trahi. O ciel ! ù terre! ô mer! pleurez avec moi ; fleuves , fontaines , ruisseaux pleurez.

CAMPAGNK DE HOME.

XXHI.

Misera chi confida a la Foituna ,

Pazzo chi crede in amicizia umana !

Nel monde non si dà fede veruna li’amante più fedele s'allontana.

Le donne sono simili a la Lima Fanno li quarti ad ofpii settimana ;

Me{'lio è lasciarle andare a una a una , l'i vivere con tntte a la lontana.

Misera chi confida a la l’ortuna ,

Pazzo chi crede in amicizia umana !

Fra r aüfanni e l’ angustie ognor mi sento Misero me stupisco corne campo !

Contro di me congiiira ogni elemento

l)a un laccio fuggo ed in un altro inciampo.

Passeggiero provai qualche contento ,

Fuggi quai spuma in mar ne l’ aria un lampo •

Se r amor non mi serve d’ alimente

Non trovo al mio penar rimedio o scampo.

Fra gl’ affanni e l’ angustie ognor mi sento , Misero me stupisco corne campo!

Malheureux qui se confie à la fortune , fou qui croit en l'amitié humaine ! Il n'y a aucune foi dans le inonde: l’amante la plus fidèle s’éloi{;ne; les femmes sont semblables à la lune, elles changent de quartier chaque semaine ; le mieux est de les laisser aller une à une, et de vivre avec toutes à distance. Malheureux qui se confie à la fortune, fou qui croit à l'amitié humaine !

Je me sens toujours au milieu des tourments et des angoisses ; malheureux ! je m'étonne de vivre encore! Tous les éléments sont conjurés contre moi ; je fuis un lien pour tomber dans un autre. Eprouvé-je quelque joie jiassagère, elle fuit comme l’écume eu mer et l’éclair au ciel. Si l’amour ne me sert pas d’aliment, je ne trouve à ma peine ni remède ni salut. Je me sens toujours au milieu des toui nients et des angoisses; malheureux! je m’étonne de vivre encore!

Copriti ciel di tenebroso manto ,

Apriti terra all’aspro mio tormento.

Cessa pur Sole di rilucer tanto Eclissati tu Lima al inio lamento ;

£ voi pianeti in questo aniaro pianto Convertitevi in acqua , foco , e vento,

Giaccbé il mio beiie che m'amava tanto Misero m’ ha lasciato in un momento !

Copriti ciel di tenebroso manto ,

Apriti terra ail’ aspro mio tormento.

Già che non m’ami più , lasciami almeno , Lascia ch’ io sfoghi in pianto il mio dolore !

Già che morto mi voi eccoti il seno,

Eccoti il ferro ancor , passami’l core.

Il mio morir sarà dolce sereno,

Vittiraa io sarô del dio d’Amore;

Ma prima del morir parlami almeno,

Dimini se fui fedele o traditore.

Già che non m’ami più, lasciami almeno, Lascia ch’ io sfoghi in pianto il mio dolore !

Ciel , cou vre-tx)i d’un ténébreux manteau; terre, ouvre-toi à mon âpre tourment, et toi, soleil, cesse aussi de tant briller. O lune, éclipse-toi à mes lamentations, et vous, planètes , dans ce pleur amer, convertissezvous en eau , en feu , en vent , puisque mon bien , qui m’aimait tant, malheureux ! m’a abandonné en un instant. Ciel, couvre-toi d'un ténébreux manteau ; terre , ouvre-toi à mon âpre tourment!

Puisque tu ne m’aimes plus , laisse-moi du moins , laisse-moi épancher ma douleur en larmes! Puisque tu veux ma mort, voilà mon sein; voilà aussi le fer, passe-le-moi dans le cœur. Ma mort sera douce et sereine , je serai victime du dieu d’ Amour. Mais avant de mourir, parle-moi du moins; dis-moi si je te fus traître ou fidèle. Puisque tu ne m’aimes plus , laissemoi du moins épancher ma douleur en larmes !

4oo

Amate pure chi vi pare e piace , lo senza di voi vivo felice ,

La lontanunza nostra assai iiii piacc,

ür non ci ainiamo piü , già ognun lo dice.

Giorno verra che vorrai far la pace,

Pace far non vorro , giu rra infelice.

Giorno verra che nel tiio diiol vorace,

Ma tardi tu dirai : ohinic che fice !

Amate pure chi vi pare e piace , lo senza di voi vivo felice !

Giacchè vuoi far da nie dura parteuza , l’acciasi ingratii pur; ma in che peccai?

Eri dell’amor inio la ricompenza ;

Forse mi lasci perché io t’amai?

Il misero mio cor di pace senza,

Griderà guerra seinpre e pace mai!

E quando vorrai far la peniteuza ,

Crudelc io ti dirô già ti lasciai.

Giaccliè vuoi far da me dura partenza , Facciasi ingrata pur; ma iuche peccai?

Digilized by Goc^le

4oi

Aimez qui bon vous semble et qui vous plaît, moi je vis heureux sans voJis; notre éloignement me j)lait fort; maintenant nous ne nous aimons plus, chacun le dit. Un jour viendra que tu voudras faire la paix ; la paix , je ne voudrai pas la faire , guerre infortunée! Un jour viendra tjue dans ta douleur dévorante, tu diras, mais trop tard : « Hélas! qu’ai-je fait?» Aimez qui bon vous semble et qui vous plaît, moi je vis heureux sans vous.

Puisque tu veux t’éloigner de moi , pars , ingrate ; mais en quoi ai-je péché? Tu étais la récompense de mon amour. Peut-être m’abandoiines-tu parce que je t’aiinai?M(>n malheureux cœur, j)rivé de repos, criera guerre toujours, et paix jamais! Kt quand tu voudras faire pénitence, cruel à mon toui-, je te dii ai ; « Je t’ai quittée.» Puiscpie tu veux l’éloigner de moi, j)ars, ingrate ; mais en quoi ai-je j)éelié?

CAMPAGMK DU HOMB.

Ascolta la mia voce e insiem , tiranna , La sontenza fatal de l'amor mio.

Il tuo finto parlur più non m'inganna , Ora non sci piü l’ idolo mio.

Eri di questo cor la gioia e Y aima, Vanne lungi da me vanne in obblio,

E questa per tuo duol sia la condanna Addio per sempre ingannatrice addio.

Ascolta la mia voce, e insiem , tiranna , La sentenza fatal de l'amor mio.

Gare luci dal sonno addormentate Fedel v' adoro ancor cosi sopite ;

Se a lo lamento mio ve risvegliate

L’ eco del mio dolor deli ! compatite :

Amor me spigne, e voi quà me tirate Corne del ferro fan le calamite.

Chiudetevi begl’ occhi e riposate ,

Che le dolenti voci ho già Gnite.

Gare luci dal sonno addormentate Fedel v’ adoro ancor cosi sopite.

Écoute ma voix, et en même temps, barbare, la sentence fatale de mon amour : ton langa^je feint ne me trompe plus, tu u'es plus maintenant mou idole. Tu étais la joie et l’àme de ce cœur; va-t’en loin de moi, va-t’en dans l’oubli, et que cette condamnation soit ton désespoir. Adieu, pour toujours , trompeuse, adieu! Ecoute ma voix, et en même temps, barbare, la sentence fatale de mon amour.

Yeux chéris , fermés parle sommeil, fidèle, je vous adore , même ainsi endormis. Si vous vous réveillez à ma plainte , compatissez à l’écho de ma douleur : l’amour me pousse , et vous ici vous m’attirez comme l’aimant attire le fer. Fermez-vous, beaux yeux, et reposez, j’ai déjà fini ma douloureuse plainte. Yeux chéris , fermés par le sommeil , fidèle , je vous adore même ainsi endormis.

CAMPAftNE DE ROME.

Ricoi'date che sei cosa mortale

Tu che vai tanto di bellezza altéra !

Fra le stagioni è ver sola prévale ,

Ma più brève di lutte è Primavera , Bella è la rosa , e non ha fiore eguale.

Ma in un girar di sol convien che pera Précipita chi troppo in alto sale,

Lo più splendido giorno se fa sera.

Kicordate che sei cosa mortale

Tu che vai tanto di bellezza altéra !

Page 1