‹ Campagne de RomeChapitre 11 sur 12 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Mando a l’ idolo mio da questo petto Cinque mesti sospir figli d’ aniore ^

Gli parla il primo de l’antico affelto ,

E r altro li racconta il mio dolore,

Il terzo l’offeri.sce (|uesto petto,

Il quarto cerca aiuto a tanto ardore , Il quintn genuflesso al caro oggetto Pietà lie cerca e 1’ oflerisce il cot e.

Mando a l’ idolo mio da questo petto Cïmpie niesti sospir figli d’amore.

CAMPAGNK DE ROME.

Rappelle-toi que tu es chose mortelle, toi qui marches si fière de ta beauté! Le printemps seul, il est vrai, l’emporte sur les saisons, mais il est plus court que toutes les autres; la rose e.st belle, sa fleur n’a pas d’égale, mais elle périt en un tour de soleil; qui trop haut s’élève se précipite; le jour le plus splendide devient le soir. Uappelle-toi que tu es chose mortelle , toi qui marches si fière de ta beauté 1

.l’envoie à mon idole, du fond de ma poitrine, cinq tristes soupirs, fils d’amour ; le premier lui parle de l’ancienne affection, et l’autre lui raconte ma douleur; le troisième lui offre ma poitrine; le quatrième cherche assistance à tant d’ardeur; le cinquième à genoux devant l’objet chéri lui demande pitié et li:i offre mon cœur. J’envoie à mon idole, du fond de ma poitrine, cinq tristes soupirs, fils d’amour.

\OTËS

I. Lo tuo pâtre non jù qualdn- pittori ? — On trouve la même idée dans une autre chanson romaine :

Calaro due pitturi dallo cielo;

Et tutti e due co li peuelli in inaoo

Pinser tuo vullo

« Deux peintres descendirent du ciel , et tous les deux, le pinceau à la main, peignirent ton visage... » Il ne faut pas trop s’étonner de trouver des peintres dans ces chants populaires; le peuple de la Campagne <le Home en voit tant, que leur présence est devenue pour lui un événement tout-à-fait ordinaire.

Remarquons en passant que pittori est pour piltnre , comme on écrit cavalieri pour cavalière , leggieri pour leggiere.

II. fiosrt gentil... — La rose joue un grand rô!e dans ces chansons. En voici une qui se chante en Toscane , et où l’on retrouve les mêmes images autrement exprimées ;

O Rosa che di NapoÜ venisti;

Roma faccsti ta prima posata.

Tutta Livorno di rose copristi ;

D’oro e d'ar{>enio c la tua bella casa.

Oh! quantene portasu al parndiso,

Le bianche al cuore e le vcrmiçlie al viso !

« O Rose qui vins de Naples, tu fis à Rome ta première pause, et tu couvris de roses Livourne tout entier : ta belle maison est d’ur et d’argent. Oh ! combien (de roses) tu portas au paradis , les blanches au cœur et les vermeilles au visage! »

Cette chanson paraît avoir été composée en l’honneur d’une belle qui s’appelait Rose; de là le jeu de mots perpétuel.

III. Lavaga rosa... — ■ L’idée de cette strophe est dans Catulle, imité déjà par l’Arioste dans la fameuse octave .\Lii du chant 1" :

La verginella è simile alla rosa....

IV’. — Augeletto diventar votTei... Cette chanson ,

qu'on attribue à nn fimnist iio, à un banni mis hors de la loi, a sa sœur en 'l’oscaue :

Avcssi Talc, e potessi voiarc!

Vorrei vol.ir su quel tinestiino,

Duvi: 5t>i lu ri:i' amure a lavorare

« Que n’ai-je des ailes et que ne puis-je voler ! Je voudrais voler sur la fenêtre où mon amour est à travailler »

Il y a peut-être [)lus ilelan et de spontanéité dans la chausou toscane. Dans une strophe analogue de la Campagne de Rome , les aspirations de l’absence sont exprimées avec un bonhpur singulier :

Al caro beue col pciisiero arrivo....,

Di fedeie amante

Dove Tocchio non puù {’iun^'e la mente

« A mou bien chéri j’arrive par la pensée L’es-

prit de l’amant fidèle va où son œil ne peut atteindre »

VIII. ('alamita oth'otivn d’ogni core... — On trouve la même image dans une autre stance :

Nù simi(;iiante a le non si puô ilare <>alaniita aUrativa in lutte Tore,

Colomba clie risplendi in ine/r/o al iitare,

Boica che quando pailicacci un fiore,

« Non, on ne saurait rien trouver de semblable à toi, aimant attractif à toutes les heures, colombe qui

CAMPAGNE DE ROME. /jOQ

resplendis an milieu de la mer, bouche qui en parlant jctie une fleur. »

Le dernier vers se trouve presque littéralement dans Ovide :

Dum luquitur, vernas efflat ab ore rosas.

X. Palomba... — Cette strophe, toute pleine d’assonances, à l’espagnole , et de mots tronqués, se rencontre encore en Toscane presque dans les mêmes termes, quoique plus correcte :

O rondinina che teii vai per mare,

Passa di qua, ti dica duc parole :

Vo* che ti cavi una penna d’all' ale?

V6 scrivere una lettera al mi* amore.

Quando Taverb scritta c sigillata,

(Quando l’avero sigillata e scritta)

Tu glie ne porterai, iü.sa incarnata.

« O hirondelle qui t’en vas par la mer, passe ici que je te dise deux paroles. Veux-tu que je te tire une plume des ailes? Je veux écrire une lettre à mon amour. Quand je l’aurai écrite et cachetée (quand je l’aurai cachetée et écrite) , tu la lui porteras, à cette rose incarnate. »

Cette même invocation se retrouve par deux fois dans Anacréon, qui l’adresse une fois à la colombe, et l’autre à Thirondelle. Sous le rapport delà philologie, il y aurait beaucoup à dire sur ces deux chansons. Remarquons d’abord que dans la chanson romaine, le

4lO CAMPAGNE DE ROME,

poète joue sur leü deux riinesa/e etore. Ce jeu de rimes est fréquent, eouinie on a pu le voir, et il plaît au peuple. Ici c’est are et ore; ailleurs c’est ora et era, ou bien encore ente et ante, onti-enti , ate-ele , elc. , &.c. M. Visconti a écrit portacella et aiicora; un philologue florentin jtréfère pnrlacela et ancore , comme plus conformes, celui-ci à la rime, l’autre à la prosodie. Dans le chant toscan, <jHene est pour g lie la , forme plus vive et commune chez les trécentistes. Remarquons enlin (jue les chanteurs prononcent aven comme avérn, de la même manière que dans les anciens manuscrits on trouve quelquefois certains mots coupés en deux pour marquer la place de l’accent; par exemple : Qtiivi soave — mente spose il carco.

XX. Si dice che fatnor... — L’enfer revient aussi et à plusieurs re|)iises dans h;s chants du peuple toscan, non moins superstitieux que le peuple romain. En voici un qui rappelle le Dante è certains égards.

Sonu s(a(o <ill inferno, e son lornato.

Misericordia î rjuantn gente e* f“ne !

E’ vVra Ginda tutto incaUnato.

Quando mi vedde, scosse le catene.

E mi risposse : V'attenc co* saiiti.

A quel che ri son io, ce ne son tanti!

« Je suis allé en enfer et j’en suis revenu. Miséricorde! que de monde il y a! Et il y avait Judas tout enchaîné. Quand il me vit , il secoua ses chaînes et

me répondit : Va-t’en avec les saints ; la cause f|ni m’a mis ici y en a conduit bien d’autres.

Le quatrième vers fait penser à quelques passages du Dante :

Quaiiilo mi ville, tutto si distorse. (Inf., xxiii.)

Fialte a scuotersi fu presto. (/«/., xxxi.)

Malgré la su))erstition universelle, les troubadours populaires ont leurs esprits forts : témoin cette facétie sur l’enfer lui-méme, ce roi des épouvantemcnts :

State allcfiri, contnHini.

Ail’ inferno non si ci cape (sic).

L’aitro ier v’ amiiede uo fratc :

Ce lu spinson cogli uncini.

« Soyez joyeux , bons villageois , il n’y a plus de place en enfer (tant il y a foule). Avant-hier un moine y alla , il fallut le tirer avec des crochets. »

Voltaire n’aurait pas mieux dit.

XXI. Conte scende la piogrjia... — On trouve dans une autre strophe deux vers analogues , mais bien plus beaux :

Se senti il vento, h certo il mio sospiro.

i/arqua clie pioverâ sono i inieî pianti.

K Si tu entends le vent, ce sont certainement mes soupirs; l’eau de la pluie, ce soûl mes larmes. »

Ceci rappelle un peu le dernier vers de la cliar-

mante* chanson napolitaine du inurchund d’eau :

Son la{*rime cl’amor non e ucqu<i.

Puis({ue nous avons fait tant de rapprochements , qu’on nous en permette encore quelques uns. Voici des fra{;ments de chansons toscanes qn’on pourra comparer à nos chants romains :

Lri niio amure è corrueei.ito ineeo.

Cari coinpafjni, fate lo far pac’c.

Menatelo uiia sera a veglia meco,

Cliè lie novelle lo Far6 capace.

Tante novelle e tante novelette

Dov’è la guerra In pace mette.

« Mon amour est courroucé contre moi; chers compagnons, faites-lui faire la paix. Amenez-le-moi un soir à la veillée; je l’amuserai par mille histoires; à force d’histoires et d’historiettes on met la paix où est la guerre. »

Oli! quante volte mi ci fai venin*

Sotto le lue finestre a suspirare !

Piglia un coltello, e fnminici morire.

« Oh! que de fois tu me fais venir soupirer sous tes fenêtres ! Prends un couteau, et fais m'y mourir. »

lo me ne vo{«lio .imlarc c tu mi déni :

E m’ haï legaïo con tre 61a d’oro;

E scioglier non mi posso in nessun iiiudu.

« Je veux m’en aller, et tu me tiens; tu m’as attaché avec trois fils d’or, et je ne puis d’aucune manière me délier. »

Virgile avait dit avant notre barde inconnu :

Necte tribus nodis ternos, Amarylli, colores :

Nerte, Amarylli, modo ; et Veneris, die, vincula neelo

Revenons à nos chansons.

Se vuoi t’iiisegni amor, Invati il viso.

Levati la mattiiia Ui buon’ oia ;

E va neir orto e cogli il tioralisu ;

Mettilo al fuoco, e fa che bolla un* ora.

Quando ha bollito un* ora il âoraliso,

Con te tue bianche man lavati il viso.

« Si tu veu.K que je t’enseigne l’amour, lave-toi le visage; lève-toi le matin de bonne heure; vadaus le jardin et cueille le bluet; mets-le au feu et fais-le bouillir une heure; quand le bluet aura bouilli une heure, lave-toile visage avec tes blanches mains. «

Ce dernier trait est un rappel indirect à la candeur et h la sincérité. Mais il est à remarquer que la plupart de ces poésies sont si anciennes que ceux-là mêmes qui les chantent aujourd’hui n’en comprennent pas toujours le sens caché ni la secrète malice ; il leur arrive même souvent de chanter des paroles mélancoliques sur un air joyeux, et vice versâ. Il est probable que tous ces chants populaires finiront par tomber peu à peu dans un complet oubli. Ce sera grand dommage ; car, n’eusseut-ils aucun mérite littéraire, ils sont précieux comme monuments vivants du caractère national , ainsi ([ue des préjugés , des sentiments, des passions d’une éj)o([ue. Ils marquent

aussi les rapports de peuple à peuple. Ainsi , par exemple, on retrouve encore à Venise des lambeaux de chansons florentines dont les vers, tronqués et séparés les uns des autres, n’ont aucun sens; mais les mots sont restés. La même chose s’observe en Dalraatie, où (les mots et des tours toscans, tombés en désuétude dans la Toscane même , se rencontrent encore mêlés à rillyrien. liien plus, on a retrouvé dans le midi de la France le chant que l’auteur de Faust a mis dans la bouche de ses campagnards. Puisque nous venons de nommer Goethe, relevons, pour terminer, une singulière coïncidence : tout le monde connaît celle de ses ballades où une épouse morte donne la mort à son époux dans un baiser. La même ballade est populaire en Toscane ; la voici telle quelle fut dictée par une jeune paysanne d’Empoli :

Sono siato alP inferno, e son tornato.

Misericortiia ! la çjeiite che c*eraî V’ein iina stauza lutta illun.iaata ,

E dentro v era la speranza mia.

Quando rai vedde , gran fvsta mi fece»

E poi mi disse : Dolce anima luia,

Non li arricüidi del tempo passato ,

Quando tu mi dicevi : Anima mia’.

Ora, mio earo bon, baciami in bocca,

Baciaini tanto cirio contenta sia.

È tanto saporita la tua booca !

Oi graûa saporisci anco la mia.

Ora, mio earo ben ,cbe m*bai baciato,

Di qui non isperar d’anJarne via.

« J'ai été en enfer , et j’en suis revenu. Miséricorde! que de monde il y avait! Il y avait une chambre tout illuminée , et dedans il y avait mon espérance. Quand elle me vit, elle me fit grande fête; puis elle me dit : O ma douce âme ! ne te rappelles-tu pas le temps passe, quand tu me disais : Mon âme! Maintenant, mon bien chéri, haise-moi sur la bouche; baise-moi tant que je sois contente. Ta bouche est si parfumée ! de grâce , parfume aussi la mienne. Maintenant, mon bien chéri, que tu m’as embrassée, n’espère plus sortir d’ici. »

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