‹ Campagne de RomeChapitre 5 sur 12 · OO · texte numérisé non relu

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pliisillustré que lesbatailles qui rensauglantèrent et tous les dieux qui y avaient des temples. Falères, Capènes et Véïes ont disparu toutes les trois, comme Laurente, Corioles et Gabies; comme Ardée, Gère n’est plus qu’un hameau chétif et fiévreux; mais , comme elle, elle a du moins gardé son nom. Tout ce pays entre le Tibre et le mont Cimino est le plus inégal de la Campagne de Rome. Les collines y succèdent aux collines et les vallées aux vallées.

De ces peuples perdus, de ces capitales inconnues, de toutes ces civilisations naufragées , que nous reste-t-il aujourd’hui? des noms incertains, des textes plus incertains encore; à peine quelque ruine douteuse pose-t-elle cà et là dans le désert pour l’artiste et pour l’antiquaire qui en veulent retracer la forme ou fouiller la poussière. Mais si l’histoire des premières révolutions humaines est là silencieuse et obscure, celles de la nature y ont, en revanche, laissé des monuments parlants et pleins d’évidence. Le désert en est semé; lui-méme est le plus éloquent de tous. Enfant des mers, il est formé partout de sable et de coquillages; travaillé par les volcans, il estcou-

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vert de laves et de cendres ; presque tous ses lacs sont des cratères; les collines qui l’exhaussent, les vallées qui le sillonnent, furent soulevées et creusées par les feux souterrains ; et si l’âge d’or du Latium n’a pas de monuments visibles, son âge de feu et son âge neptunien en sont prodigues. Ceux-là du moins sont sans réplique.

La longue chaîne du Cimino , qui figure la base de la pyramide , et qui ferme la plaine au nord, est elle-même une création volcanique.

Des coulées de laves éteintes en défendent l’approche, et la science y retrouve la plupart des phénomènes ignés des monts Âlbains. Voyez ses aiguilles tronquées percer l’horizon , ses forêts sombres noircir l’azur du ciel ; ne reconnaissezvous pas là les formes coniques qu’affectent les volcans et que nous remarquons ici ? N’est-ce pas cette même végétation etnéenne dont ici même nous admirons de près la vigueur et la richesse?

Soit que des traditions confuses y eussent perpétué l’épouvante des âges phlégréens, soit que le mystère seul des bois pénétrât les hommes d’une religieuse horreur, les historiens nous

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racontent l’effroi dont le Ciinino frappait les Romains des premiers siècles; ce que la forêt Hercinienne fut plus tard pour les légions d’Auguste et de Tibère , cette montagne formidable l’était pour leurs ancêtres. I^e sol y retenait, comme cloué* disait la Toix populaire , quiconque y posait le pied. l.a politique étrusque se retrancha long-temps derrière la superstition romaine , comme derrière un Inviolable rempart; mais Rome enfin s’aguerrit , et la bâche sacrilège ouvrit à ses armées les forêts cimlnienues pour leé envoyer à la conquête du mondé-

Ne pouvant, i«ous, les franchir, suivons-en de loin les ondulations vaporeuses , et de.pic en pic remontons de la Méditerranée à l’.^pennin; car le mont Cimino serpente de l’une à l’autre; c’est la chaîne qui les unit. Nous voici parvenus à l’aiigle oriental dont, vu de loin, le Soracte semble déterminer la place. Tout un côté de la pyramide nous reste à parcourir pour en regagner le faite; mais ici le spectacle change. Plus de plaines, partout des montagnes. A l'uniformité un peu monotone des cônes volcaniques succèdent les chaînes calcaires de la Sabine, avec leurs

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formes hardies. Imprévues, mais harmuiiietists pourtant dans leur ensemble. C’est le triomphe des lignes romaines; la force et la sévérité s’y marient à la grâce , et la mollesse à la grandeur. La Campagne de Rome, tableau sublime , 4 dans ces majestueuses naontagnes un cadre digne d’elle.

Reposons avec respect nos yeux fatigués de l’aridité du d^rt sur ces fraîches forêts <}ui les décorent. Elles furent le premier séjour des aborigènes; dépositaires de tant de secrets inconnus, muets témoins de tant de révolutions, que de choses n’auraient -^ell^ pas â noüs révéler si, comme aux chênes de Dodône , quelque dieu leur donnait la voix !

Cette longue èrété qui bleuit au loin et que le Tibre sépare du Soraote , ce sont les monts Céraunlens, aü pâéd desquels était Cures, patrie dé Kuma, le plus sage des sages sabins. Le double pic qui les commande, fendu en croissant Comme Celui de Delphes, est le Lucfétilb d’Horace ; sort Sabinum était au revers opposé, et l’oii en voit «iCore les mosaïques au seuil d’un liioii- Ifn que fait leurner la foiitéine de Bisndusè. A

l’Ailio commençait le pays des Èques. Les monts (jui le hérissent affectent toutes les formes , et ils servirent long-temps de retraite à un peuple belliqueux. Les deux villes blanches que vous voyez suspendues à leurs flancs sont Tivoli , où rêvèrent, au bruit des cascades, Horace et l’Ariote; Palestrine, dont les Sorts fameux et la Fortune eurent pour pèlerins jusqu’à des rois de la loin taine Asie. Toutes deux étaient grecques, et toutes deux chères aux Romains; poètes, consuls , historiens, empereurs, s’y donnaient rendez-vous, et leurs maisons de plaisance ne s’y pourraient compter tant elles étaient nombreuses.

C’est sous Palestrine, au lieu même où campèrent Pyrrhus et Annibal, que débouche la vallée des Herniques. Voisin des Marses, et comme eux endurcis aux camps, ce peuple intrépide lutta des siècles avec Rome. Les habitudes de brigandage ont remplacé chez les 61s les habitudes guerrières des pères. La plaine qui les nourrit est formée par une énorme 6ssure de l’Apennin, lequel semble s’ être écarté violemment pour livrer passage au Sacco, 6euve insignifiant qui ne mérite pas tant d’honneur. Si

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notre œil pouvait pénétrer dans cette longue vallée que nous dérobe le mont Lépini, nous y retrouverions en miniature toutes les scènes et tous les phénomènes du désert. Je vous ai déjà dit que le feu a passé par là : sa trace est visible dans les courants de lave d'Anagni , dans les basaltes de Pampinara, dans les affaissements volcaniques enfin et dans la végétation splendide de Valniontone ; mais ce que le Val-di-Sacco a de plus que le désert romain, ce sont les citadelles pélasges qui couronnent ses monts calcaires. Lès murailles cyclopéennes de Segni et d’Alatri sont les plus gigantesques; celles de Ferrentino ont un intérêt singulier et qui leur est propre : on y voit superposées trois civilisations successives. Sur la base pélasgique formée de polyèdres irréguliers d’une prodigieuse dimension, les Romains avaient élevé un mur réticulaire qui subsiste; les Goths vinrent, qui ajoutèrent leur pierre, visible aussi : crénelant la muraille romaine selon les lois de l’architecture chrétienne, ils ont imprimé le dernier sceau, le sceau de la civilisation triomphante, à l’œuvre séculaire des deux civilisations vaincues. Enfin, et pour compléter le contraste,

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sur e« triple fondement que tant de siècle» ont élevé, où tant d’hommes , tant de génération» Ont mis la main, des campagnard» ont enté leur»

bouges, triste couronne de misère , indigné d’un monument si grandiose.

Mais laissons cette vallée invisible, qui ne rompt point pour uoUs la ligne de montagne», et revenons aux pics qui se dressent devant noua. Qe sont les monts volsques , couronnés aussi dé citadelles pélasges. Le mont Lépini, qui sépare la vallée flernique des marais Pomptins, s’avance dans la plaine des Èque», comme un promontoire acéré OÙ durent se briser les flots, alors que là plaine était une mer. La chaîne court vérs la Mé' diterranée , et elle eSt plus agreste , plus sauvage qu’aucune de celles que nous venons de franchir. Une ceinture de villes la borde à mi-e6te dans toute son étendue. La première de cès villes, celte que vous voyez en face de nous étagée en gradius sur un amphithéâtre de rochers nus, c’est Cora. Arrétons-npus-y quelques instants; elle a des monuments de toutes les époques.

Ce temple corinthien , si pur, si gracieux , et que le temps a respecté pour en (aire une église

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de Saiot'Sauveur , fut consacré jadis à Castor et PoHux. Plus haut est celui d’Hercule; modèle parfait de l’ordre dorique, sa façade est intacte, et son isolement sur un cap en saillie ajoute à son élégance. Voyez à côté ces rochers énor*» mes entassés, enchâssés à sec l’un dans l’autre avec une si admirable précision , une puissance digne des Titans de la fable ; c’est un mur cyclopéen , une page de la mystérieuse histoire de ces Pélasges inconnus dont Cora dut être une des premières citadelles. Contemplez cet angle colossal ; dn le dirait d’hier , tant il est encore aigu; la faux des âges s’est brisée en voulant l’é-* quarrir ; sa dent de fer n’y mordra pas. Comme la scolopendre et la clématite se balancent aux aqueducs de la plaine et aux ruines des tom»

beaux , ici ce sont des arbres qui éclosent des fissures, et dont les rameaux centenaires sont battus des vents. Les pièces de conviction sont devant vous, comptez les siècles si vous pouvez.

Forte de sa position , Cora fut la dernière cité du Latium qui céda aux Romains. Elle a l’honiienr encore , et s’en glorifie , d’appartenir au sénat, titre superbe qui n’est plus, hélas! qu’une

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amère dérision, car l’héritier des pères conscrits, le sénateur de Rome, n’est plus qu’un juge de paix. L’antique sénat avait pour sujet des rois; le sénateur moderne donne le signal aux courses de chevaux du carnaval : c’est sa plus noble prérogative.

Poursuivons notre route. Ces villes grisâtres suspendues aux flancs de la montagne et confondues avec les rochers dont elles sont tirées, sont Norba, Sezza, Piperno, cités volsques; Sonnino , ville auronce, places autrefois guerrières et puissantes, aujourd’hui repaires de bandits. Le pic central qui les domine est le mont Capreo ; mais le point culminant, celui qui commande toute la chaîne et qui la termine , c’est le Cacume : plongeant sa tête dans le ciel, son pied dans l’Océan, il occupe le sommet oriental de la grande pyramide romaine, comme le mont de Circé , son rival, occupe l’autre.

Revenus au point de départ, nous voici au terme de notre Odyssée aérienne. Tant de noms et tant de souvenirs accumulés sont faits pour jeter quelque désordre dans l’esprit ; entraîné , préoccupé par les détails , on risque de ne sai-

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sir qu’iiicomplétement la solennelle grandeur de l’ensemble. La lunette met bien en relief et en lumière chaque partie; mais elle l’isole, et l’effet général est souvent manqué : or un cicérone est une lunette. Savoir est parfois incommode; c’est le plaisir de l’esprit; mais c'est un plaisir compliqué , difficile , acheté souvent trop cher. Voir est le plaisir de l’œil , et celui-là est simple, facile; il ne coûte rien. Peut-être donc aurais-je mieux fait de vous amener ici , puis de me taire , vous laissant contempler, dans le recueillement du silence ces mers, ces plaines, ces montagnes, que le soleil couchant inonde à cette heure d’une pluie d’or.

Pardonnez le mal fait; pardonnez aussi le mal à faire , car vous n’étes pas au bout de votre épreuve. Aléa jacta est, le Rubicon est passé. Après avoir fait voyager vos yeux jusqu’à la lassitude, à travers le paysage romain, je médite un nouveau voyage dans le monde invisible de l’histoire. Cette fois , notre point de départ sera Cora.

Une grande ombre plane à mes yeux sur les ruines silencieuses de la cité pélasge ; ce n’est

MO CiMVAGNE DE ROME.

poiut lie fabuleux Coras qui la Couda, tandis que son frère Tiburtus fondait Tibur; c’est un pâtre de Thrace. Fait prisonnier et traîné à Bxnne, il y suivit, chargé de fers, le char d’un triomphateur, et fut de là mené sur le marché aux esclaves pour y être marchandé et vendu. Il était grand et robuste; un nommé I^ntulus, maître d’escrime à Capoue , l’acheta pour en faire un gladiateur. Dressé là sous le bâton et la chaîne au pied pour les jeux sanglants de l’amphithéâtre, sa nature fière et libre se révolta. Il souleva ses compagnons de misère et de servitude, qui pour la plupart étaient Gaulois, ou Thraces comme lui.

1.,’iiisurrection les rendit tous à la liberté , et iis le mirent à leur tête. Ils étaient deux cents; leur nombre s’accrut de village en village. Retranchés sur les rochers du Vésuve , leur première campagne fiif la défaite de trois mille vieux légionuaires commandés par un préteur. La fortune ne les quitta plus : ils envahirent la Campanie , assiégèrent la puissante Capoue, prirent toutes les villes de la cote, et, guidés toujours par le pâtre de Thrace, ils vinrent jusqu’à Cora insulter Rome et la défier.

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Qr, ctt pâtre étranger, cet e^lave, ee capitaine victorieux, c’est Spartacus.

Voilà le nom qui anime pour moi ces ruines , la figure imposante qui se dresse sur ces monrtagnes, menaçant la reine du monde de son épée de gladiateur.

On raconte qu’un jour qu’il dormait , pauvre esclave, sur la terre nue, un serpent se roula autour de sa tête sans le blesser. Sa femme , Thrace ainsi que lui, et initiée aux mystères de Baccluis, pratiquait l’art de la divination t elle vit le présage, et le déclara favorable ; U annonçait à l’ esclave une puissance fi>rmidabie et une prospérité qui le suivrait jusqu’au tombeau. Soit que le symbolisme ancien ait cacité sous l’emblème du serpent qui redresse la tête quand on l’écrase l’esclave révolté dans sa dignité d’homme, soit que le serpent ne représente ici que le génie fin, actif, de ce pâtre résolu et si l>ien doué , qu’au dire de Plutarque, c’est plutôt un Grec qu’un barbare, la pippbétie conjugale s’accomplit.

Vous connaissez l’bistoire : laboureurs des plaines, bergers des montagnes , prolétaires des villes , tous les prisonniei’s étrangers vendus à

Itu CAMPAGNE DE ROME.

t’ encan, tous les gladiateurs dévoués au cirque, tous ces esclaves en un mot dont les patriciens nourrissaient leurs murènes , ils brisèrent tous à 4’ envi leurs fers , et volèrent sous ses drapeaux. On les comptait par cent mille. Il en venait de tous les points de l’Italie , et toutes les parties du monde étaient représentées dans ce vaste camp. A ce formidable cri d’émancipation, répété comme la foudre par tous les échos de l’Apennin , la vieille république du Capitole s’émut et trembla. Ce que Spartacus déploya de génie et d’audace est à peu près fabuleux : du Phare au Tibre , du Tibre au Pô, il sillonna deux ans l’Italie dans tous les sens , et toujours vainqueur , soulevant les provinces, décimant les légions ; et il ne fallut rien moins à Rome pour se sauver que Caton , Crassus, Pompée , et les armées qui avaient conquis le monde.

Spartacus ne fut battu qu’une seule fois , et ce jour-là même il périt dans la mêlée. Ce fut au pays des Picentins, non loin des temples de Pestum. Cela se passa soixante ans avant Jésus- Christ.

Cependant un autre plébéien , un autre Spar-

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CAMPAGNK DR ROM K.

tacus, mais un Spartacus pacifique, était mort aussi, expiant, non sur un champ de bataille, mais sur la croix , et après une mission de deux ans, comme le pâtre de Thrace, le meme crime que lui. Après sa mort, son nom n’avait fait que grandir. L’Orient l’adorait; à Rome, il passait déjà de bouche en bouche. Quelques uns croyaient ; beaucoup étaient ébranlés; le monde entier était en suspens. Or, en ce temps-là, et pendant que Néron régnait à Rome, un centurion romain, venant de Campanie par la voie .Appia , arriva un jour près du village de Tres-Tabernæ. Nous en voyons d’ici les ruines, ou du moins le site, dans ces masures blanches qui brillent au soleil sur la grande route de Velletri. Le centurion conduisait de Judée à Rome un prisonnier accusé de crime d’État. Quoique chargé de fers, le captif n’en marchait pas moins d’un pied joyeux. 11 était chauve et de petite taille; il avait le nez aquilin, la physionomie distinguée, et son œil noir et fin brillait d’un feu perçant. Il devait être sexagénaire; mais il paraissait plus usé par les voyages et les travaux de l’esprit que par la vieillesse. Comme il approchait de ’l'res-Tabernæ,

CAMPAGJSK DE BOME.

une troupe d’hommes \int au-devant c)e lui, et s’étant reucoutrés, ils s’embrassèrent avec effusion et rendirent grâces à Dieu.

Quand ils eurent cessé de prier , les nouveauvenus dirent au prisonnier : « Voici : aussitôt que » nous avons eu de vos nouvelles par les frères de » Pouzzol, et que nous avons su que vous veniez » à Kome, nous avons quitté la ville pour venir » au -devant de vous. » Et ils lui témoignaient tous une grande vénération , et ils soulevaient ses chaînes pour le soulager. « Hommes frères , » leur répondit -il d’une voix simple et grave, ç quoique je n’aie rien commis contre le peuple » ni contre les coutumes des pères, toutefois j’ai » été arrêté à Jérusalem et livré entre les mains » des Romains , qui , après m’avoir examiné, me 0 voulaient relâcher, parce qu’il n’y avait en moi » aucun crime digue de mort. A^ais les Juifs s’y U opposant , j’ai été contraint, sans pour celaap* atquser ma nation, d’en appeler à César; car, » quoique né à Tharse eu Cilicie , je suis citoyen » romain (i). Voici, ajouta-t-il en secouant ses

^i) Tharse devait re privilège et cet honneur à un bienfait par* liculier de l’enipereur Auguste.

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CAMPAGRE DE ROME.

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» fers : c’est pour l’espérance d’Israël que je srtk » chargé de cette chaîne. Or , sachez que le salftt »de Dieu est envoyé airt Gentils « ét qii’ils l’efl- » tendront. »

Il prononça ces dernières paroles avec l’éloquence de la conviction ; la foi rayonnait sut sôii front; la foi passa dans toutes les âmes.

Tout eli parlant, ils avaient repris ensemble lâ route de Rome. Le centurion, qui ne comprenarit rien à cette scène , ne put s’empëdier d’en être' étonné , presqile ému , et il fixait sur son prisonnier un regard de respect et d’adtniration.

Or, savez-vous quel était ce vieillard qui marchait captif vers cette Rome qu’un siècle auparavant Spartaciis en armes avait menacée du haut de la montagne? Cet hoiRme était l’apôtre des Gentils, e^’êtah saint Patil.

Sous quels cieux rencontrer des rapproehemeiits de cette éloquence , une si haute philoSoiphiedans les dates et dans les faits? H faut Vertir dans la Campagne de Rome pour trouver de semblables poèmes. Vue ainsi et d’ici, l’histoire de ce grand passage du monde païen à la loi chrétienne se coordonne, s’harmonise admira-

Il6 CAMPAGINE DE ROME,

blement dans ses parties, et s’élève de plein saut, pour ainsi dire, à cette unité providentielle que poursuit l’œil investigateur de la science nouvelle (i).

J’entends les esprits fragmentaires me dire que tout cela n’est qu’imaginations et hasard pur. Moi , je ne comprends pas le mot hasard , et je ne vois pas d’imagination dans les dates. Le monde invisible des principes a, comme la monde visible des corps , ses rapports et ses liaisons, ses effets et ses causes. L’homme qui, après avoir contemplé les champs merveilleux du passé, s’en vient me dire gravement: C’est du hasard ! ressemble assez bien à ce voyageur clairvoyant qui tout-à-l’heure nous disait : La Campagne de Rome , c’est du blé ! Jh

En tout cas , le hasard serait un fort habile dramaturge; car le drame dont je viens de vous esquisser à grands traits quelques scènes n’a son égal dans aucune histoire.

Il est coupé en trois journées comme les tra-

(i) La Sciema nuuva. C’e»t le iioin douné par Vico à la vraie philosophie historique, cl le titre même du bel ouvrage où il en a posd les bases et osé déduire les faits des principes.

CAMPAGNK DE ROME. 1 1 7

gédies espagnoles. La première s’ouvre à Capoue; mais bientôt la scène change, et l’on voit Cora, les champs Pomptins, tous ces lieux où nous sommes, puis successivement la Lucanie , le Pô, le Samnium, toute l’Italie enfin, jusqu’à Pestum, où la mort de Spartacus dot le premier acte. Les acteurs de cette grande journée, qui est comme l’exposition du drame , vous les connaissez. D’une part Rome, son dur patriciat , ses légions, ses plus grands capitaines, ses institutions défaillantes; de l’autre, un pâtre et cent mille esclaves de tout pays (fait immense), réunis pour la première fois sous le drapeau commun de l’égalité. C’est l’appel de la victime à la force; tout se passe en combats , en carnages. Le glaive parle seul, et le glaive seul répond. L’esclave avait besoin de se faire craindre du maître, pour que le maître apprît à respecter l’esclave; cette effraycinte initiative, cette sanglante révélation de sa puissance, étaient nécessaires à la reconnaissance prochaine de son droit. Armé pour une conquête , il préludait par la révolte et par la terreur à l’affranchissement. Cette grande œuvre préliminaire et préparatoire une fois accomplie.

la mission du berger thrace était eonsomméé, il ne lui restait plus qu’à mourir; car si la force renverse, il ne lui est pas donné de fonder. Gé noble rôle appartient de droit à l’esprât^ et n’ap> partient qu’à lui.

C’est alors que s’ ouvre la seconde jonrnée.

Gelle-ci , aiisâ pacifique qne Pantre a été gnerrière; se passe à Jérusalem. Phis de combats, pkis de carnages; aux gladiateurs, airx esclaves déchaînés succèdent des pécheurs, des p>éagers, des artisans paisibles; au tumulte des camps, lèS discussions du temple; à l’épée, la parole. C’eSt un charpentier, c’est le Christ prêchant les masses du haut de la montagne, noiirHssant le peuple du pain de vie et de vérité, réformant là mOrale humaine par l’amour, détrônant Perreur par la pensée, proclamant enfin , au nom de tout ceqtti est saint dans l’homme, le dogme de l’égalité. La sensualité tombe dans le mépris; l’intelli-t gence et la moralité montent à l’autel ; la charité descend comme une rosée au fond dèS âmes pour les féconder; l’amour des frères émeut toutes les entrailles; la grande ère d’affranchissement et dè réhabilitation commence... et le Calvaire dot la seconde journée.

CAMPAORE de ROME. I 19

La troisième s’ouvre sur la route de DamaA.

Un cavalier s’avance vers la ville , enflammé de haine contre la victime de Oôlgotha, et teint encore du sahg d’Étlfenne lé martyr. Messager de mort, il va porter la persécution et le carnage au milieu dfes prfetniets Nazaréens; tout-à-cdup une vive lumière resplendit du ciel autour de lui, et il tombe à terre, el une voix se fait entendre ét lui dit : Saül , Saül , pourquoi me persécutes-tu ? Et Saul Cépond : Qui es- tu, Seigneur? Et le Seigneur lui dit : 3e stiis Jésus que tu persécutes ; pourquoi regimbes -tu contre les aiguillons? Et Saul , tout tremblant et tout effrayé , reprit : Seigheuf, que veut-tu que je fasse (i)? Et Saul , comme le Sicambre, fit ce que Dieu voulait ; il

(1) Cette vision de saint Paul, toute symbolique, est i\inede.'i alWçories les plus poétiques du Nouveau-Testament. Jam.'iis on n*a représenté en traits si vifs ni revêtu d’emblèmes si brillants et si diaphanes, ces soudaines illuminations «le l’tnte)li{’eDce, révélations intimes, et, si l’on veut, miraculeuses, dont l’histoire des çrantls hoitimes ëst pleihe. Cest le Anch'io son pittort! de l'artiste italien ; c’est Thucydide aux jeux olympiques, saint François sur les rochers de l'Alverne, Kepler devinant d’instinct les Lois du ciel, Newton quand la pomme tombe à ses pied.s; c’est Albéti devant les tombes illustres de Santa-Croce ; c’est Jean-Jacques en pleurs sous l'arbre de Vincennes. 11 n’est pas un génie supérieur qui n'ait eu sa vision de Damas.

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CAMPAGNK DK HOME.

brûla ce qu’il avait adoré, et il adora ce qu’il avait brûle.

Choisi du ciel pour propager, pour organiser la loi nouvelle, il devient l’apôtre des Gentils; il part, il va chez les nations étrangères, il les convertit à l’amour et à l’égalité; il célèbre la Pâque H Troye; Damas, Antioche, Tyr, Césarée, l’Asie- Mineure, tout le I,evant retentit du nom du charpentier de Bethléem; Athènes, Corinthe, la Grèce entière s’eu étonne et s’émeut aux prédications de l’apôtre, impétueux tour à tour et patient , fort et touchant , toujours simple, toujours clair, il déploie partout son zèleetson éloquence, il fonde partout des églises et règne sur toutes eu dictateur. Il vient à Jérusalem; traîné au pied des tribunaux par le souverain-sacrificateur, il confesse sa foi et son Dieu; il en appelle à César, s’embarque pour Rome, et y entre non en conquérant , mais chargé de chaînes; car c’est la parole, et non l’épée, qui doit convertir la terre;

Jésus et Spartacus avaient lutté deux ans, celui-ci dans les moiitagues par les armes, celui-là à Jérusalem par la parole; l’un pour détruire l’esclavage, rantre pour fonder la liberté: saint

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CAMPAGNE DE HOME. , lai

Paul aussi prêcha deux ans l’Évangile dans cette capitale du monde ancien, qui n’avait été préservée de la juste colère des esclaves que pour devenir la capitale du inonde nouveau, le centre, le loyer de la civilisation ciiiétienne, et pour j)roclainer à la face de l’univers l’émaiicipation de ces mêmes esclaves qu’elle avait naguère noyés dans leur sang. Reine auguste assise sur le trône des trônes, revêtue de la pourpre des pourpres, elle était destinée à dicter un jour des lois à tous les Césars, au nom de l’humble fils du charpentier.

Symbole populaire, tribunat suprême, sacerdoce d’élection et d’intelligence, où Spartacus, Jésus et Paul (i) viennent se résumer et se fondre, le Pape, ou pour parler plus rigoureusement, l’institution papale fut donc le dénouement de cette magnifique trilogie qui n’a rien d’égal à sa grandeur que son admirable unité; car le nom seul des acteurs a changé; le héros invariable du

(i) Saint Paul est la tetc politique du christianisme; c*est lui qui l’a formulé, constitué, développé; on doit à ce titre le regarder comme le premier pape bien plus (jue saint Pierre, qui renia trois fois son maître, et qui n’a jtrestpie dû sa faveur (pi’à un jeu de mots.

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1Ü3 • CAMPAüNfe bÈ hOilÈ.

drame, celui qui arma Spartacus et combattit avec lui sur les monts de la Lucanie, qui prêcha par la voix du Christ dans les temples de Jérusalem, qui voyagea avec saint Paul de peuple en peuple, pour propager, pour organiser l’Évangile, qui, en un mot, jeta les bases du Vatican , et finit pâr monter en triomphe au moderne Capitole pour y régner, ce n’est pas un homme , c’est un principe, l’égalité.

Mais ce pHncipe a subi la loi du progrès, il a marché avec la science , et s’est développé avec l’esprit humain. Du trône des théories et du sacerdoce , il aspire depuis quatre siècles à descendre sur le terrain des faits et des applications sociales; l’émancipation veut s’étendre ; elle gagne de proche en proche, et un nouveau drame se joue sur la scène européenne. Autres formes, même Unité; autres noms, mêmes rôles. Wiclef et Jean Uuss, Luther et Spinosa, Sdcin, Vico, Voltaire et Jean-Jacques, tels sont les acteurs du premier acte. Sanglant et terrible 4 le second se déroule sous nos yeux depuis cinquante ans. Mirabeau, la Convention, Napoléon, ont tour à tour occupé le théâtre et fait leur œuvre; la ptë-

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