‹ Campagne de RomeChapitre 8 sur 12 · JO · texte numérisé non relu

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passions, ust'- leur âme à la poiirsiiit<* «le l’inconnu, de l’impossible; et tout cela poinqnoi? pour arriver au jour de clairvoyance , à ce grand et triste jour où tous les voiles , tous les masques tombent, où l’on envisage face à face la réalité des choses , le néant des rêves ; révélation tardive et sans fruit, car on ne commence à savoir que lorsque l.i science ne sert plus à rien. ’ '

Tout a changé sur cette plage, même les lieux ; ce port magnifique , immense , où se pressaient en foule les vaisseaux du monde connu, ce port a cessé d’exister, la place en est perdue. Les terres charriées par le Tibre ont repoussé graduellement la mer, si bien que la vieille OsHe, bâtie par Ancus Martius à rembouchure du fleuve, en est éloignée aujojird’hni de plus de trois milles; le delta, formé par la bifurcation du Tibre et consacré à Apollon sous le nom d’Ile- * Sacrée, a gagné tout ce que la mer a perdu, et gagne tous les jours; c’était un golfe autrefois, aujourd’hui c’est un promontoire. N’y cherchez pas le temple consacré au dieu du soleil et des muses, le temple a disparu comme le dieu, et rile-Sacrée n’est qu’une vaste plaine déserte, sa-

bloiineiise, couverte d’asphodèles dans foute son étendue. On veut que cette plante soit le fabuleux moly que Mercure donna à L'iysse pour le préserver des charmes de Circé.

Je viens d’écrire un nom qui me rappelle le but de notre promenade. Tournons le dos au Tibre, que nous avons jusqu’à présent côtoyé de près ou de loin, et dirigeons-nous en ligne droite vers la mystérieuse montagne où la redoutable fille du Soleil préparait et pratiquait ses encbantements. Pressons le pas, car la route ne laisse pas d’être longue, et quoique nous allions rendre visite à une magicienne, elle n’a pas mis à notre disposition rhippogriffe d’Astolphe.

En sortant d’Ostie on entre dans une vaste prairie unie, où, si l’on en croit Virgile, Turnus avait dressé son camp. Nous sommes ici en pleine Enéide; mais je me bâte de vous rassurer, vous n’avez à craindre aucune citation; un autre voyageur a pris les devants et reconstruit sur les lieux la géographie des six derniers chants de l’épopée latine. M. de lionstetten a trouvé le seciet de faire avec cela un des livres les plus cliarmants qui se puissent lire; il y aurait plus que

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de l’imprudence à inarclier sur ses traces ; tout ce qui reste à faire après lui, c’est de renvoyer à lui-méine.

Il n’a manqué à jM. de Bonstetten qu’un plus grand théâtre pour prendre dans les lettres une plus grande place ; c’est un des esprits le plus ingénieux , le cœqr le plus indulgent, le plus naïvement enfant que j’aie jamais rencontré; je n’avais pas vingt ans, il était octogénaire, et, je dois l’avouer, le plus jeune des deux n’était pas moi. J’avais eu la bonne fortune de passer quelques mois d’hiver avec lui dans une terre isolée au pied des montagnes, où bien long-temps auparavant son ami Jean Muller, le digne historien des l’épubliques suisses, avaittrouvé d’heureux jours. Depuis cette époque où j’aime à me reporter par l'esprit, les deux amis séparés quelques instants par la mort se sont réunis dans l’éternité pour ne se plus quitter; et moi , en attendant que mon tour vienne de les rejoindre , je garde au fond du cœur une pensée de gratitude et de bénédiction pour le vieillard simple et bienveillant qui adoucit mes premières tristesses , et qui m’ouvrit les bras alors que j’étais seul et persécuté par la

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destinée. Son souvenir m’est toujoui’s cher, et il m’est venu visiter bien des fois jusqu’au sein de ces campagnes romaines qu’il a si bien senties , si bien peintes , et dont il parlait encore mieux.

Je n’essaierai donc pas de glajmr après lui , il u’a rien laissé. Demandons pardon à Virgile de le traiter si cavalièrement sur le théâtre de sa gloire, et retournons du Latium épique au Latium de la réalité.

A la fraîche et verte prairie où campa Turnus, et que nous ne faisons, nous , que traverser, succède un bois de pins si voilé, si mystérieux, que j’aurais voulu ne le quitter jamais. L’ombre du pin ne ressemble à aucune autre ; elle a quelque chose de vaporeux et de transparent qui fait rêver malgré soi au demi-jour poétique de l’antique Elysée. Les troncs droits et lisses s’élancent de terre comme des colonnes, et le léger feuillage s’épanouit au sommet comme une tente de gaze étendue entre le ciel et la terre.

Au milieu de cette forêt diaphane s’élève le château de Castel-Fusano , un véritable château qui appartient aux princes Chigi; j’en fais le tour sans rencontrer un visage humain ; j’appelle ,

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mille voix ne répond à la mienne; je frappe, le bruit sourd du marteau rouillé va se perdre sans écho dans le silenc(î tles corridors; je me crus au pied d’un de ces châteaux enchantés que la muse de l’Arioste fait surgir au sein des bois sur les pas errants des paladins. La maison du riche me refusant l’hospitalité, je m’allai reposer dans la maison du pauvj-e, je veux dire dans une petite chapelle qui se cache humblement à l’oinhre du manoir féodal, et qui est ouverte à tout le inonde.

Jusque là j’avais marché sur le gazon muet, en me frayant un passage à travers les longues herbes ; une chaussée pavée et bordée de deux rangs de chênes verts touffus et sombres s’offrit à moi, et au bout la Méiliterranée m’apparut tout d’un coup dans son immensité. Ce moment fut saisissant ; jamais je ne revois la mer sans émotion. S’apercevant plus ni chemin ni sentiers, je pris l’extrême plage, et, malgré la vague qui me la disputait à chaque pas , je la suivis long-temps sans faire aucune rencontre ni savoir précisément où je trouverais un toit pour reposer ma tète. Le soleil baissait, ses rayons obliques teignaient la lame d’un pourpre ardent, et je ne voyais pas

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sans inquiétude le soir approcher. Mon œil en vain sondait l’horizon, je n’avais devant moi qu’une grève aride et sans tin. Une chaîne de dunes clair-semées d’une verdure rare et chétive court à ma gauche; j’y monte à la découverte, et j’y monte à grand’ peine , car le sable s’éboulait sous mes pieds. Mon espoir est déçu : je découvre, du côté des terres, un bois profond , et, de l’autre, l’intini des mers. Je regagne ma grève à travers les joncs et les algues; un ruisseau me ferme le passage; je le franchis , et , pressé entre deux solitudes, celle des forêts et celle des eaux , je marche résolument vers l’inconnu.

Le bourdonnement monotone et continu des flots plonge l ame à la longue dans une rêverie vague, ondoyante, qui n’est pas sans douceur, quoiqu’elle ne soit pas sans tristesse. Je cède au charme, et l’inquiétude s’endort dans mon cœur au murmure des vagues. Pourtant le soleil s’était abîmé dans les profondeurs de la Méditerranée , et le crépuscule , si court dans les contrées méridionales, avait cédé à la nuit l’empire de l’espace. Les étoiles s’allumaient une à une dans les ténèbres du tirmament, et scintillaient dans les ondes

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comme dans les deux. Tout-à-coup une clarté rougeâtre pointe à l’horizon. Est -ce un signal ami ou ennemi? Je l’ignore. Je double le pas pour m’en assurer, et j’arrive au bord d’un grand feu de pin autour duquel bivouaquait une douzaine d’hommes d’assez mauvaise mine, dont les figures hardies et basanées n’étaient pas des plus rassurantes dans ce lieu solitaire. Une parancelle à demi échouée sur la côte me dit que j’avais affaire à des pécheurs. Je ne me trompais pas : c’étaient en effet des pécheurs de Bari que le mauvais temps avait jetés sur cette plage inhospitalière, et qui y attendaient le vent.

La parancelle est plutôt ronde que longue ; elle n’est point pontée, ne porte qu’un seul mât, et navigue sous voile latine. Elle n’a d’autre ornement qu’une corne de taureau fixée à l’avant; encore est-ce moins une parure qu’une défense destinée par la crédulité populaire à neutraliser les sorts et à conjurer l’esprit des tempêtes. Cette superstition est commune à tous les mariniers napolitains , et vous n’étes pas là sans avoir remarqué le mystérieux talisman aux barques de Sorrente et d’iscbia.

L’emploi principal et presque unique de la parancelle est la pêche. Le pécheur de Bari est le plus intrépide des mers italiennes ; il appareille dès les premières brises du printemps , et quoique monté sur les frêles embarcations que je viens de vous décrire, il n’en tient pas moins la haute mer fort avant dans l’arrière-saison. Il s’approche rarement des côtes, et presque jamais sans y être contraint par la nécessité. Des chaloupes marchandes partent à jours fixes des divers ports de la Méditerranée, et vont lui acheter sa pêche à son propre bord. I.es marchés se concluent en pleine mer.

Cette vie aventureuse et pleine de périls , de poésie, fait du pêcheur barois un être à part; elle imprime à son caractère une audace , une indépendance, une fierté que n’a point le caboteur plus timide, et surtout plus cupide, qui va rasant les côtes de ville en ville, de village en village , sans aimer la mer , et seulement dans des vues de lucre. Quand les tempêtes de l’équinoxe ramènent au port natal le Barois et sa parancelle , il la met bien quelquefois au service du commerce; mais il croit déroger, et ne s’y résigne que

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lorsque la saison n’a pas été bonne. Réduit par la misère au cabotage, il regrette la haute mer, le bercement des grandes lames, les dangers de la pêche et les hasards des tempêtes. 11 est si honteux de son humiliation, qu’on le prendrait pour un amiral au gouvernail d’un coche d’eau douce.

Telle est la race de ces hommes fortement trempés au milieu desquels le destin du voyage m’avait fait tomber. L’un d’eux , qui paraissait commander aux autres, me souhaita la bienvenue avec aisance; il m’invita à partager le bivouac, et, pour m’inspirer plus de confiance , il me dit tout d’abord son histoire. Soldat dans sa jeunesse, il avait été prisonnier de guerre en France pendant six ans. Depuis il avait voyagé en Suède, en Angleterre, en Espagne, au Maroc, même en Amérique , et il avait fini par se faire pêcheur. Que de déplacements dans ce siècle orageux! que d’existences bouleversées, de familles dispersées! que de destinées jetées aux vents de la terre par la fatalité des événements! Le sort de l’individu dans ces grandes commotions sociales est celui du nautile au milieu des tourmentes de l’Océan.

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Un : Qui vive? parti des bois vint couper l)rusquement le fil de mes pensées. C’étaient les soldats de la station voisine de Torre-Paterno qui faisaient une reconnaissance sur la grève, et qui, nous prenant, ou feignant de nous prendre pour des contrebandiers, ou tout au moins des Barbaresques, paraissaient disposés à nous tirer dessus pour entamer les préliminaires. Nous parvînmes cependant , non sans beaucoup de pourparlers, à calmer leurs ardeurs belliqueuses; et, s’humanisant toiit-à-fait, le caporal m’offrit l’hospitalité avec la tyrannique insistance du Calabrais, dont Horace se moque avec tant d’esprit dans l’épître à Mécènes. Bon gré mal gré, il me fallut prendre congé de mes pêcheurs , et quitter le bivouac pour le lit de camp.

La lune s’était levée sur le mont Albane; sa lumière mystérieuse blanchissait la mer et les bois. Quittant la plage sous la conduite du caporal et des quatre fusiliers qui composaient son armée et toute la garnison du lieu , je traverse un hallier, puis une prairie, et j’arrive au poste, c’est-à-tlire à une chaumière délabrée qui sert de refuge aux militaires déportés dans ces solitudes

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empoisonnées. Je ne vous décrirai pas cet intérieur de désolation; le cabaret d’Ostie peut vous en donner une idée. Imaginez tout ce qu’il y a de plus nu , de plus pauvre , de plus misérable , et vous resterez encore au-dessous de la réalité.

Quel ne sera pas votreétonnement en apprenant qu’un de ces malheureux soldats, doué de la plus belle figure et de la contenance la plus martiale que j’aie jamais vue , est relégué dans celte Sibérie fiévreuse depuis quatorze ans! Je tais leurs plaintes et le long récit de leurs privations , de leur ennui. Condamnés à la solitude , à l’oisiveté du désert, ils n’ont que deux moyens de tuer le temps, pour n’étre pas tués par lui : c’est de jouer leurs baïoques et de chasser les sangliers , les chevreuils et les porcs-épics dont les bois sont remplis. Voilà ce qu’on fait de la vie des hommes dans le propre royaume du vicaire de Jésus- Christ! O Marforio ! ô Pasquin ! vous n’aurez jamais assez de satires pour flageller de si cruelles inconséquences !

Ces braves gens me reçurent de leur mieux; un chêne entier fut jeté dans l’âtre à mon inten-

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^'0»; on me servit à souper tout ce qu’on put trouver de plus recherché , du pain mangeable , figues et des oranges , et pour charmer la veillée le caporal mit à ma disposition toute sa bibliothèque composée du Caloandro fedeie et d’un volume dépareillé de Métastase. Les riants noms de la mythologie sonnent étrangement à l’oreille dans ces lieux maudits.

Et quels lieux pourtant sont plus mythologiques? Nous sommes au centre des traditions les plus anciennes , les plus poétiques de la primitive Ausonie; c’est ici que Saturne chassé du ciel vint chercher un asile, et qu’avec lui régna cet âge d'or dont tous les peuples font honneur au passé dans leur dégoût du présent. L’âge d’or, hélas! est l’âge des chimères, il n’existe que daqs nos rêves, la terre ne l’a pas connu; désidératum éternel de la douleur humaine , c’est ce fantastique pays de Ghanaan qui nous apparaît aq loin du sein du désert, qui apparaîtra de même à nos héritiers, mais que nulle génération ne doit jamais posséder. Nous prenons pour un regi-et ce qui n’est qu’un désir. Le passé était pour nos pères c» que le présent est pour nous , ce que l’avenit

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sera pour nos enfants. Le progrès est la loi de l’espérance, mais c’est aussi la loi du travail; espérons donc pour espérer, et travaillons pour travailler, puisque telle est notre destinée. Il est dans la nature, dans l’essence de l’homme de tendre toujours au but et de ne jamais l’atteindre, à moins que ce but mystérieux ne se découvre à nous par-delà ces ombres du trépas où sont ensevelis tous les secrets de la vie.

La triste chaumière où nous passons la nuit occupe le site exact de l’antique cité de I..aurente , bâtie par le petit-fils de Saturne , Faunus, roi des Aborigènes, qui enseigna à l’Ausonie les travaux de l’agriculture et le culte des dieux. Son fils Latinus y tenait sa cour patriarcale, et l’Hélène de V Énéide, la belle Lavinie, y brillait de tout son éclat , lorsque le trop pieux Énée apporta au Latium les pénates de Troie.

En poursuivant plus loin la légende, nous retomberions dans les traditions virgiliennes que nous nous sommes interdites , et qui sont d’ailleure en trop beaux vers pour les traduire en prose.

Laurente disparaît de l’histoire après les guerres

puniques , et son nom ne reparaît que beaucoup plus tard dans le I.<aurente de Pline-le-Jeune, cette maison de campagne qui lui était si chère et dont il a laissé à la postérité des descriptions si vivantes. Toute cette côte aujourd’hui déserte et mortelle était couverte, au temps de l’empire et même de la république, de villas patriciennes, où les heureux du siècle venaient se reposer de leurs travaux et plus souvent de leur oisiveté au sein de la nature la plus raffinée. Le riche Hortensius avait aussi son Laurente. Lœlius et les Scipions, nobles amis, avaient les leurs; les villas se succédaient, se touchaient ainsi jusqu’aux plages fortunées de Misènes et de Baïa.

Préoccupé , poursuivi par les souvenirs de tous les âges , je m’endormis sur le grabat militaire de Torre-Paterno en me rappelant ces paroles de Pline, qui pour moi , hélas! étaient une contre-vérité : « O doux repos de mon Laurente! » ô mer ! ô rivage où les muses me disent tant de i> choses ! c’est ici que je sens le vide de cette exis- » tence agitée de Rome, où sans rien faire on fait » péniblement des riens ; tandis que dans cette » retraite chaque moment est pour moi toute une » vie. »

£t Ton a osé dire que les Romains ne sentaient pas la nature !

Le lendemain j’étais sur pied dès l’aurore, et le soleil nte retrouva où il ip 'avait laissé, sur la grève de l’Océan; piais avant de l’atteindre j’avais eu à traverser d’épais massifs d’arbres fruitiers redevenus sauvages et eptremélés de myrtes et de laurier:^, ruines vivantes et toujours rajeunies des villas patriciennes. Des fourrés plus sombres semblent respirer encpre le religieux mystère, la silencieuse horreur des bois sacrés qui couvraient ces rivages. Les œuvres de l’homme ont disparu, la nature est étemelle, et ses forces occultes sont perpétuellement en action. Un pan de mur dévasté, un fût de colopne brisée apparaissent-ils encore sur quelque point du désert, le lierre ou la vigne aussitôt s’en emparent et donnent à ces débris morts un simulacre de vie. Des bouquets de lentisqiies et de rosiers fleurissent sur la poussière des maîtres du monde.

La matinée était splendide; pas un nuage, pas une vapeur ne ternissait le limpide azur du ciel ; l’alouette clifintait gaiement dans l’espace; la vague murmurait avec douceur; l’épine blanche

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et le chèvrefeuille en fleur exhalaient leurs senteurs printanières, et l’humide gazon des prairies était émaillé de diamants. Je regagnai donc ma grève et la trouvai semée de coquillages et de tortues mortes, sans parler des vivantes qui errent dans les bois. Je fis plusieurs milles dans une solitude profonde ; le vent du matin était assez vif; la Méditerranée se déroulait au loin comme un champ de saphir ; quelques voiles de pécheurs , et parmi elles sans doute la parancelle de nos amis les Barois de la veille, brillaient au soleil comme des oiseaux blancs; les bois borghèse s’ér tendaient à gauche , et j'entrevis même par une éclaircie une des tours du château; mais je ne découvris personne. Des filets tendus par des mains invisibles attendaient au passage les cailles sur le point d’arriver d’Afrique; épuisées par la traversée , les pauvres voyageuses s’abattent par myriades sur cette plage homicide, pour défrayer la table des cardinaux.

Quant à moi qui étais à jeun , je le sentais , et même je commençais à m’apercevoir un peu trop que l’heure du déjeuner était passée. Pardonnezmoi, nion cher ami, de vous faire si souvent

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descendre aux trivialités de l’existence matérielle, la question du vivre est capitale dans ces lieux dénués de tout : la chose la plus rare ici, c’est le pain. A la fin je distinguai bien loin, au pied des dunes , des cabanes de ramée dont la vue fit naître en moi quelque espoir; comme j’étais près de les atteindre, deux ou trois spectres couverts de baillons parurent sur le seuil en me faisant des signes que je ne compris pas d’abord; à mesure que j’approchais les signes devenaient plus animés , sans être plus intelligibles ; enfin , quand je fus à la portée de la voix , le formidable mot de quarantaine frappa mon oreille. Je m’arrêtai tout court, et, la conversation s’engageant à distance , j’appris que ces misérables huttes servaient de lazaret à des naufragés siciliens dont les papiers ne s’étaient pas trouvés en règle et qui attendaient là qu’il plût à la Sanità de leur donner pratique. Telle est l’incurie qui préside à toutes les branches de l’administration papale, que les sentinelles chargées de garder les prisonniers n’étaient jamais à leur poste , et que , sans l’avertissement charitable des prisonniers euxmêmes, je courais l’affreux danger de partager

leur quarantaine en communiquant avec eux.

Figurez-vous les horreurs d’un pareil supplice.

Je renonce à vous peindre ces malheureux naufragés. Il faudrait pour en donner l’idée le vers âpre et sanglant d’Alighieri , dont la sombre muse n’a rien rencontré de plus hideux , de plus désespéré dans son odyssée infernale. Je ne sais si ces damnés innocents avaient la peste, mais à coup sûr ils avaient la fièvre ; leur œil cave et scintillant, leurs joues hâves et creuses, leur démarche incertaine , leurs membres amaigris , tout en eux décelait les ravages du mal qui les consumait. Campés sur le sable aride du désert, ils étaient nu-téte et pieds nus , et n’avaient pour se vêtir que de vieux manteaux déguenillés qui accusaient plus qu’ils ne déguisaient leur nudité; les plus ingénieux s’étaient fabriqué des tuniques avec des lambeaux de voiles. De quoi vivaient-ils? Je l’ignore, et ne, veux point le savoir; Dante nous dit-il ce que mangeaient les ombres de la cité dolente?

Encore tout ému du péril auquel je venais d’échapjjcr miraculeusement , et comme poui'suivi par tous les démons de> l’enfer, je poussai d’une

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haleine jusqu’à la tour Vaianica, où, grâce à quelques habitants d’Albano qui s’y trouvaient en partie de plaisir, je fus traité assez bien : ne l’avais-je pas mérité?

J’étais las des grèves, je m’enfonçai dans les terres. Les magnifiques prairies de Capauamurala et de Camposelva retentissaient des clochettes des troupeaux; les taureaux, rois du pâturage , n’étaient pas trop jaloux ni les chiens trop hargneux , et je n’eus pas avec eux de sérieux démêlés. Quelques pins-parasol s’élevaient çà et là comme des colonnes épanouies au sommet; les parfums et les rossignols du printemps charmaient les bois et me faisaient oublier la fatigue et les privations.

Ce groupe de maisons jaunâtres que vous voyez là-bas sur la colline ; c’est Pratica ou Patrica-, car le peuple romain transpose volontiers les lettres, surtout les r, et dit, par exemple : cmpa pour capra , frebbe pour febbre. Reconnaissez si vous le pouvez dans ce hameau chétif et dépeuplé l’antique métropole du Latium, la ville sacrée , fondée par Énée en l’honneur de sa femme liavinie, qui lui avait donné son nom , et où les

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premières divinités étrangères transplantées en Italie, Vesta , Vénus, les Pénates et les Mânes reçurent pendant des siècles les adorations superstitieuses du peuple-roi. Une chétive église a remplacé tous ces sanctuaires qui, dans l’origine, il faut bien le dire , ne la valaient même pas , puisqu’ au temps de Numa , cinq ou six siècles après Énée, le temple de Vesta à Rome n’était encore, si l’on en croit Ovide (i), qu’un tissu d’osier couvert de chaume. Il est probable qu’en ce temps-là les cavernes volcaniques sur lesquelles est bâtie Pratica servaient au culte mystérieux des divinités infernales.

A quelque distance au nord de Lavinie était le temple de la sœur de Didou , Aima Perenua , dont le christianisme , si païen souvent dans ses substitutions, a fait Anna Petronilla, la mère de la Vierge ; encore aujourd’hui la chapelle de la sainte existe au même lieu où fut adorée la nymphe.

Cette Anna , dont Ovide (2) nous raconte au

(1) Quæ nuiic .x>rc vidos, stipula lune tecta vidercs;

Et paries lento viinine texius eiat.

{Fastes, VI, a6i.)

( 2 ) Fastes, liv. ni.

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long la vie aventureuse, fut obligée de fuir Carthage après la mort de Didon; elle passa à Malte et de là fut jetée en Italie , où elle retrouva, qui? ce même Troyen qui avait mis sa sœur au tombeau, et qui, marié alors avec la fille du vieux Latinus , régnait paisiblement sur le Latium. Pleurs, récriminations, désespoir. Pourtant on s’expliqua, on s’entendit, et la fugitive finit par accepter un appartement dans le propre palais du parjure. Lavinie ne vit pas de bon œil la sœur de sa rivale; la jalousie s’éveilla dans son cœur, et une nuit l’ombre ensanglantée de la reine de Carthage vint avertir sa sœur qu’on lui dressait des embûches. La pauvre Anna fut si épouvantée de cette redoutable apparition qu’elle sauta par la fenêtre et s’alla noyer dans le Numicus (i). Elle y cherchait la mort, elle y trouva l’immortalité, et de simple mortelle passa nymphe des eaux , sous le nom caractéristique de Pérenna.

Bien des siècles plus tard, le peuple romain s’étant retiré sur le Mont-Sacré pour échapper à la tyrannie des patriciens, le blé vint à lui man-

(i) Ovide ëcril Numiciusi mai» je suis l'orlliogr.iplie de Viigile.

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quer , mais les dieux y pourvurent : un bonne petite vieille en cheveux blancs lui apportait tous les matins de Bovilles ( la course était longue ) des gâteaux rustiques qu’elle pétrissait elle-même à son intention; or, çette vieille secourable n’était autre que la sœur de Didon. C’est vraisemblablement cette dernière tradition qui a fait voir à Malte-Brun dans l’Anna Pérenna du Latium l’Anna Puruada qui chez les Indiens préside à la nourriture des hommes.

Une fois au rang des immortelles, Anna mena joyeuse vie, et se dédommagea largement des tragiques vicissitudes de son existence terrestre. Notre maligne vieille joua même au dieu de la guerre un fort méchant tour, en se substituant un soir â la belle et fière Minerve, dont il était amoureux. On en rit beaucoup sur l’Olympe , et il n’est pas étonnant que la fête d’une sainte de si bonne humeur ait été la plus gaie du calendrier latin. C’étaient les Jours Gras du paganisme; et une nouvelle preuve de la persistance des mœurs populaires, c'est que notre carnaval tombe juste à la même époque que celui des anciens Romains. Le tableau qu’Ovide nous a

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laissé de ces jours de délire a tout l’intérêt, toute la vie de l’actualité; à deux mille ans de distance, ce sont les mêmes divertissements, les mêmes folies; on y retrouve les chansons équivoques, les danses que l’on ne nomme pas, tout en un mot, jusqu’à la descente de la Coiirtille(i).

Bien loin de s’effaroucher d’honneurs si profanes, la nymphe du Numicus les encourageait, au contraire, en accordant autant d’années de vie que l’on buvait de fois à sa santé; la langue latine lui doit même deux mots : annare et perennare. Commode perennare , c’était boire des années , ou se perpétuer en buvant.

Je me suis laissé entraîner à vous rappeler toutes ces antiques légendes, parce qu’elles m’ont paru originales et qii’elles jettent de vives lumières sur les mœurs privées des Romains.

Tout maîtres du monde qu’ils fussent, ils étaient hommes. Nous nous les représentons toujours trop solennels; il est bon de les faire descendre quelquefois de leur piédestal et de les traiter sans façon. Il n’est pas jusqu’à leur costume qui ne

(l) fastes, Itl,

nous impose à travers tant de siècles; nous ne les voyons jamais que drapés dans leur toge, chaussés du cothurne, couronnés de chêne ou de laurier , et iiouç UC pouvons pas nous persuader qu’ils |K)rtaient des chapeaux comme nous, des pantalons à la turque, des souliers à la poidaine, et même ties parapluies ( 1 ).

Puisque j’ai fait une si longue halte dans le [)assé, permettez-moi de la prolonger un peu , et de vous retenir encore quelques instants au bord de ce Numicus, où se métamorphosa la sainte Anne des Gentils , et qui joua depuis un si grand rôle dans la théologie romaine. C’était le fleuve sacré par excellence; il était défendu d’user d’une autre eau que de la sienne pour les sacrifices de Vesta. Il avait été le tombeau d’Anna; il fut celui d’Énée, qui s’y laissa tomber comme elle, et, comme elle, y trouva ,1a mort et l’immortalité. Il dut la faveur de passer dieu à la protection de Vénus, sa mère , à qui le maître du tonnerre ne

(i) Voir a ce sujet un article très curieux ilu Magasin ;'e$<yiee ( tome ix, pajje Les lecteurs me remercieront de les

avoir envoyés à cctic ]iuliliratioii si savante, si prfdte, si éiiiiuemment populaire.

savait rien refuser. Elle-même se chargea tle la transformation miraculeuse, véritable embaumement, dont le détail est curieux à lire dans Ovide (i) , et ce nouveau dieu , dont le temple existait encore au siècle d’Auguste sur les borcîs même du Nimicus, fut adoré par les dévots de Rome sous le nom d’Indigète.

Quoique l’identité d’Indigète et d’Énée soit établie par Ovide, et aussi, je crois, par Tite-Live, elle n’en est pas moins contestable : il est probable que ce dieu Indigète était plus ancien ; c’était sans doute Saturne.

Les premiers habitants de l’Italie paraissent avoir été les Cimmériens, Kimris ou Uniri, dont

(i) Perque lèves auras juncûs iiivecta colunibis Litus adit Laurens, iil>i tectus arundine serpii In fréta Humineis vicina Nuiuicius undis.

Uuric jubet Æneæ, qiiæcumque obnoxia morti,

Abluere, et tncito defenosub æquora emsu.

Corniger exsequitur Veneris mamiaia; suisque,

Quidquid in .£neâ fuerat inortale, repui^nt,

Kt resper(;it «iquis : pars optima reslitit illi.

LnsCratum genitrix divino corpus odore tinxit, ctambrosia cum dulcinectarc inixta Coutigit us, feciique Deum : queiii lurba Quiriiii Nuncupat Indigetein ; Ceinploque arisque recepil.

{Métam.^ xiv, 697.)

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le nom est resté à l’Ombrie. Os Ombres , dont Homère nous fait une si sombre peinture sous le nom de Cimmériens (i) , étaient Celtes, et ils avaient pénétré en Italie par les Alpes. Leur nom à' Urnbri, dans la langue celtique, est synonyme de noble , vaillant; Ambra veut dire encore en irlandais grand , noble ( 2 ). Un fait singulier rapporté par Plutarque dans la vie de Marins, c’est que les Liguriens, dont l’origine était celte aussi (3), et les Ilelvétieus, qui faisaient partie de la grande armée des Cind)res , avaient le même cri de guerre : Amorones. La surprise fut égale des deux côtés lorsqu’ils se rencontrèrent sur le champ de bataille : ils se reconnurent pour frères en s’entr’égorgeant.

I.,e dernier roi des Cimmériens fut Janus, ou Jupiter , car au fond c’est le même homme, ou.

( 1 ) « Là sont les Cimmériens tt leurs tristes demeures, enve- M luppccs d’ombres éicrncUc.s. Jamais le soleil ne 1rs perce de ses » rayons ni rpiand il monte sur le trône des airs ni quand il desn cend au sein de.s eaux. Une nuit iinmoliile pèse sur ces peuples » infurluiie's. ■ (0//js. , xi.)

( 3 ) Dict. anp,l. d’Kdinond l'Huid.

(3) Lly-gour^ d’où Ligures^ veut dire en celtique hommes de la tner» (3/tw, de l Avad, des /. et B.-L.y xviii.)

a3o CAMPAGNK DK HOMK.

si VOUS voulez, le même dieu : ce mot n’est d’ailleurs qu’un titre, comme César, par exemple, est l’appellation générique qui s’appliquait à tous les emj)ereurs ; le nom , le vrai nom cimmérien de Janus était Camers; sa femme s’appelait Camersa. (Vest sous son règne que débarqua en Italie la première colonie étrusque (i), sous la conduite deTarchon, lequel passe, non sans raison , pour le fondateur de la triple monarchie étrurienne. Mais cè mot de Tarchon n’est encore qu’un titre, Ap'/iuv, c/ic/Javec le 7’ étrusque; le nom véritable de cet étranger était Saturne, que plus tard, depuis la conquête de la Grèce par les Romains, on a confondu avec le Xpovo; des Grecs. Le nom de sa femme, ou d’une de ses femmes, était l.azia, qui pourrait bien avoir baptisé le Latium.

Les colonies pélasgiques et aborigènes dont Denys d’Halicarnasse fait deux nations bien distinctes , ne seraient venues que plus tard : les

(i) Quelques étymologistes foui venir Teichoii dcTyrm, ville lie I.ydie près ilc Sanies, dont ils retrouvent le iioiii dans celui dé la mer Tyrrhénienne, mare Ty n/iciiiim. Cette opinion est celle de Viigile, qui atlriliue à la cite étrusque d’Agylla une origine lydienne (£» , viii); mais il par.iit aujourd'hui beaucoup plus probable que l'Égypte fut le berceau des Étrusques.

CAMI’AtiJii; Dt ItOMi:.

Aborigènes d’abord, les IVlasges ensuite. Fn'ret en fait une seule et même migration : selon lui , les Pélasges étaient les premiers Grecs encore sauvages et non civilisés. L’étymologie du mot est si douteuse , si incertaine , qu’au lieu de rie- ^.affyoi, des archéologues ont lu ns>.apYoi, cigognes, parce que ce peuple , disent-ils , était errant et vagabond comme ces oiseaux de passage (i).

L’histoire de ces premières dynasties aborigènes (si du moins c’est là de l’histoire) est pleine de ténèbres , et la confusion des noms ajoute à la confusion des faits. Tantôt une appellation commune s’applique à plusieurs personnages; tantôt un seul est désigné sous plusieurs noms; comment se reconnaître dans un pareil dédale ? Une seule chose est certaine au milieu de toutes ces incertitudes ; c’est que la vie comme la lumière nous est venue de l’Orient. Plusieurs couches de peuples se sont superj)osées l’une après l’autre sur l’Italie pour la féconder, et l’Italie, avec ses lois , ses mœurs , ses traditions , sa langue, a réagi ensuite sur presque tout l’Occident.

(i) Mém. lie VAcad, dt:$ I. xtv,

Voilà les {(ramies lignes de ces lointains vaporeux ; quant aux détails, il faut nous résigner à ne les pas voir ou à ne les entrevoir que confusément.

Nous sommes restés, si j’ai bonne mémoire, an pied des rochers de Pratica; le Ruisseau-Tors, lUo-Torto (c’est son nom , et il est bien nommé) , que nous allons maintenant traverser, n’est airtre que ce fameux Numicus dont je ne vous ai que trop parlé, et dans lequel vous n’auriez certainement pas reconnu le fleuve sacré des vestales. Il est vrai que l’on conteste son authenticité; M. de Ronstetten, qui n’entend pas raillerie sur la géographie de Virgile, veut que le Numicus de r Enéide ait été beaucoup plus près du Tibre ; et comme il ne l’a pas retrouvé à la place indiquée, il en conclut qu’il a disparu. Je n’ai pas d’opinion à cet égard , et je vous engage à croire làdessus tout ce que vous voudrez.

Deux cavaliers armés de lances, exactement comme au temps de Virgile, étaient arrêtés sur le pont du Rio-Torto , je n’ose dire le Numicus , comme s’ils eussent été disposés à m’en disputer le passage : c’étaient des pâtres qui ne pensaient pas

à moi , occupes qu’ils étaient à surveiller un grand troupeau d(‘ buffles qui se vautraient dans l’eau bourbeuse, et qui soufflaient comme des baleines. Les halliers voisins en sont remplis (de buffles, non de baleines j. Sans être agressifs, ils ne laissent pas d’être inquiétants, et plus d’une fois il me fallut appeler à mon aide l’épée que je portais dans mon bâton de voyage.

Le Campo-lemiue, que nous traversons, est un sol mouvant et fortement accidenté; on sent que le feu des volcans a passé par là. Tous ces lieux phlégivens étaient consacré‘s jadis à Vénus, qui y avait des bois sacrés , des temples et des statues, dont la charrue ou le pied des taureaux exhume de temps en temps quelque débris. Je vis moi-même sortir du sable une tête de marbre blanc qui, toute mutilée qu’elle était, portait l’ineffaçable empreinte d’un ciseau grec.

Nous voici sur l’antique chaussée romaine qui .serpente mélancoliquement à travers les solitudes , et ne conduit plus nulle part. Une chaîne de coteaux volcaniques percés de grottes s’élève devant nous; Ardéeest assi.se au sommet: montous-y. Nous voici de nouveau sur le terrain de

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