‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine [microform], d'après les rapports, lettres et notes du Commandant de Plas. Enrichie de plusieurs cartes pour l'intelligence du texteChapitre 11 sur 68 · LA FRANCE PROTECTRICE DES MISSIONS CATHOLIQUES H · texte numérisé non relu

LA FRANCE PROTECTRICE DES MISSIONS CATHOLIQUES H

Un long cri de joie salua dans toutes les chrétientés de la Chine l'apparition de cet édit. Une ère nouvelle semblait s'ouvrir pour les missions, et notre marine devait être bientôt appelée, par la force même des choses, à défendre l'œuvre de notre diplomatie.

Les Etats tributaires de la Chine refusèrent de suivre cet empire dans la voie des concessions religieuses; quelques provinces même de l'empire ne virent dans l'édit de tolérance accordé aux chrétiens cliinois que le résultat des obsessions étrangères, qu'une humiliation imposée au Fils du Ciel. Pendant que les vice-rois s'étaient empressés de publier les édits partout où pouvait atteindre notre marine, les chrétiens continuèrent de subir partout ailleurs les violences accoutumées. Avant de quitter la Chine, M. de Lagrenée s'aperçut qu'il avait été le jouet de généreuses illusions, et que l'acte gracieux du cabinet de Pé-king demeurait à l'état de lettre morte ; mais, si le gouvernement chinois n'avait cru faire qu'une concession sans importance, il dut reconnaître bientôt que de toutes les concessions arrachées par l'influence étrangère, l'édit de tolérance était la plus grave et serait la moins facilement éludée.

Une pièce très authentique donnera une idée de la bonne foi des mandarins chinois dans leurs négociations avec M. de Lagrenée. C'est une circulaire officielle adressée par le vice-roi du Fo-lden aux ofâciers de cette province :

« J'ai ouï dire que la France était le plus ptiissant royaume de l'Europe ; l'année passée, en effet, l'ambassadeur français se montra ici avec une flotte bien capable de résister à la flotte anglaise. Prenez donc garde de maltraiter les chrétiens... Les Français ne font pas très grand cas de leur commerce ; mais ils voudraient répandre la religion chrétienne dans le monde entier pour en acquérir de la gloire. Vous devez re-

commander à vos officiers inférieurs, aux soldats, aux satellites, de ne commettre aucun acte imprudent vis-àvis des chrétiens, de peur d'irriter les Français et d'attirer de grands malheurs sur l'empire... Insensiblement nous en reviendrons à surveiller la perfidie des. chrétiens.

« Vous devez tenir ceUe lettre secrète, et si vous quittez le poste que vous occupez en ce moment, vous la remettrez en main propre à votre successeur, en lui recommandant de ne la communiquer à personne, et en lui faisant comprendre la nécessité d'exiger de ses subalternes les plus grands ménagements envers les chrétiens. Sans ces précautions on attirerait d'incalculables malheurs sur nos provinces maritimes. »

On conçoit qu'après une semblable communication,, les mandarins des provinces intérieures ne se fissent aucun scrupule de maltraiter les chrétiens, malgré les édits de l'empereur. C'est ce qui arriva dans le Hou-pé et le Kiang-si.

- Cette rupture d'un engagement contracté avec la France appelait des protestations qui ne se firent pas attendre. M. l'amiral Cécille et M. le commandant. Lapierre se chargèrent successivement de réclamer la complète exécution des décrets de l'empereur, jusqu'au moment où le gouvernement français envoya un agent revêtu d'un caractère diplomatique, M. Forth-Rouen,, recueillir et défendre l'héritage de M. de Lagrenée., En apprenant l'arrivée du ministre de France à Macao, le vice-roi de Canton avait témoigné une satisfaction qu'on pouvait croire sincère, et il se montra empressé à recevoir le représentant d'une puissance qu'il avait toujours trouvée bienveillante envers le Céleste Empire . Dès la première entrevue, le ferme et noble langage de notre agent diplomatique dut convaincre les mandarins chinois que le gouvernement français n'était pas dis-

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