LA FRA^XE PROTECTRICE DES MISSIONS CATHOLIQUES
posé à abandonner ses précieuses conquêtes : la France ne demandait aucune modifîcalion au traité népjocié en son nom par M. de Lagrenée, mais elle était résolue à en exiger la stricte exécution. Aussi le vice-roi et les mandarins réitérèrent-ils les assurances les plus formelles que toute idée de persécution avait été à jamais abandonnée, et que la liberté de conscience était absolue au sein du Céleste Empire.
Malheureusement, en Chine, les faits sont loin de répondre aux paroles ; la tolérance à l'égard des chrétiens doit être entretenue par une surveillance de tous les instants. Les agents français ne faillirent pas à leur devoir, et leurs réclamations incessantes contribuèrent beaucoup, avec le zèle intrépide de nos missionnaires, aux succès de la propagation de la foi en ce pays. Grâce aux persévérants efforts de M. Forth-Rouen et de M. de Bourboulon, son successeur, qui arriva en Chine en 1851, à peu prés en même temps que le Cassini, la sécurité des chrétiens ne fît que s'accroître dans les provinces les plus reculées, jusqu'au moment où les conventions de Tien-tsin en 1858 et de Pé-king en 1860 consacrèrent définitivement les droits de la religion chrétienne en Chine.
« Oui, c'est la France, dirons-nous avec un ancien chargé d'affaires en Chine, qui, après avoir applaudi aux courageuses et infatigables tentatives de ses diplomates, aux nobles actes de ses soldats, après avoir encouragé de ses vives sympathies les habiles efforts des Lagrenée, des Forth-Rouen, des Bourboulon, a signé, par la main ferme et vaillante du baron Gros, les conventions qui consacrent, dans l'empire chinois, l'affermissement définitif du culte chrétien. L'œuvre éminemment française que Louis XIV et Louis XVI ébauchèrent dans les pays de l'Extrême-Orient, Napoléon la couronna à Pé-king, le 25 octobre 1860. »
14 IJNTRODUCTION
Tout ce qui avait été précédemment écrit, proclamé ou publié en Chine par ordre du gouvernement contre le culte chrétien, fut complètement abrogé et déclaré sans valeur dans toutes les provinces de l'empire. Un des articles du traité de Tien-tsin, confirmé par la convention dePé-king, stipulait qu'une protection efficace serait accordée aux missionnaires qui se rendraient dans l'intérieur du pays, et il ajoutait : « Aucune entrave ne sera apportée par les autorités de l'empire chinois au droit qui est reconnu atout individu, en Chine, d'embrasser, s'il le veut, le christianisme et d'en suivre les pratiques, sans être passible d'aucune peine infligée pour ce fait. »
C'était la liberté sur une vaste échelle, sans doute, et les vieux errements de la cour de Pé-king faisaient place à une politique nouvelle ; mais un bon nombre de magistrats dans les provinces ne s'empressaient guère d'obéir aux ordres qu'ils avaient reçus. Il était même à craindre que des vexations partielles ne recommençassent tant que les édits de persécution resteraient inscrits dans les codes de l'empire. Les habiles négociations et la ferme persévérance de M. de Bourboulon obtinrent, en faveur du christianisme, un nouveau décret portant la date du 5 avril 1 862. Il était précédé de considérants très explicites, par lesquels le gouvernement Chinois s'engageait à faire disparaître du code national toutes les clauses infamantes ou prohibitives qui concernaient le culte des chrétiens. « J'ordonne donc, en conséquence, disait le nouvel édit, aux vice-rois et gouverneurs de chaque province de iDrençlre des mesures efficaces pour que tous les magistrats placés sous leur juridiction obéissent sur le champ à cet édit, en apportant désormais l'équité la plus parfaite dans toutes les affaires intéressant les chrétiens : affaires qu'ils devront, en outre, terminer