‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine [microform], d'après les rapports, lettres et notes du Commandant de Plas. Enrichie de plusieurs cartes pour l'intelligence du texteChapitre 29 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

29 JUIN d852 — 27 octobre 1852

Visites d'arrivée. — Le collèf;e de Zi-ka-wei. — Difficultés avec les autorités chinoises. — Diner chez le Tao-tai. — Visite à Mgr Maresca. — Les Jésuites et la mission du Kiang-nan. — Une soirée chez un marchand chinois. — Le séminaire de Tsang-ka-leu. — Une famille chrétienne. — Retour à Macao : bonnes nouvelles de France ; fête du 15 août; Fabbé Janson; la fête de saint Louis abord; promenade aux eaux chaudes; la grotte de Camoëns ; occupations de l'équipage; éloge du commandant Bernaërt. — Pourquoi les vocations sont-elles si peu nombreuses? — Départ de Macao.

. Chang-hai, 29 juin.

Rien de particulier dans notre traversée de Ning-po à Chang-liai. Cette dernière ville me paraît offrir plus de ressources que toutes celles que nous avons visitées jusqu'ici (1). J'ai passé la soirée d'hier chez notre con-

(i) Chang-hai-hien, ville de troisiènnie ordre, à cinquante-cinq lieues sud-est de Nan-king et à vingt-deux kilomètres de l'embouchure du Wou-song, qui se jette dans le Yang-lse-kiang, était autrefois peu importante dans la hiérarchie chinoise; elle doit sa

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sul et chez le consul anglais. Aujourd'hui, après une longue causerie avec M. de Rocquemaurelàbord de la Csupricieuse, j'ai trouvé au retour M. l'abbé Janson, qui sera, durant quelques jours, l'hôte du Cassini. Dîner chez M. de Montigny avec qui, j'espère, les relations seront fort agréables, et soirée chez le consul de Portugal. J'ai appris que Mgr Maresca s'est présenté à bord au moment où je lui faisais moi-même visite.

l«' juillet.

Ma journée s'est passée, hier, chez les PP. Jésuites à Zi-ka-wei (1). J'ai été vraiment heureux de rencon-

prospérité récente aux traités de 1844, qui suivirent la guerre de l'opium.

Son port, vaste et profond, situé à la jonction du Wou-song et du Wang-pou, relié par des rivières ou des canaux avec les villes les plus considérables duKiang-sou et du Tché-kiang, est devenu, à cause de sa position centrale et du voisinage de Sou-tcheou, ainsi que des districts qui produisent principalement la soie et le thé, le premier entrepôt du commerce étranger avec la Chine. Il est peu de places au monde, à plus forte raison dans le Céleste Empire, qui puissent aujourd'hui rivaliser avec Chang-hai. Parmi les cinq ports ouverts par les traités, Canton n'occupe plus que le troisième rang; Fou-tchéou le devance pour le thé; quant à Amoj et à Ning-po, ils végètent, comme étouffés par la concurrence de la cité du Kiang-nan.

La ville de Chang-hai, entourée de campagnes très fertiles, mais humides et malsaines, se compose actuellement de deux parties : la ville chinoise, avec une enceinte fortifiée et des faubourgs; la ville européenne, divisée en trois quartiers, auxquels on a donné le nom de concessions françaises, anglaises et américaines. Ce sont des terrains contigus, dont les différentes parcelles sont susceptibles de devenir successivement, par la voie légale de l'expropriation, les propriétés des trois gouvernements de France, d'Angleterre, d'Amérique, ou de leurs sujets. Toutefois, ces terrains restent terre chinoise, n'étant cédés que pour quatre-vingt-dixneuf ans, mais avec clause indéfiniment renouvelable.

^^i) Zi-ka-wei, petit village à six kilomètres sud-ouest de Changhai, s'est formé peu à peu auprès du tombeau du célèbre Paul §iuou 3iii-ko-Iao, ministre d'État, l'un des premiers convertis du

trer un aussi grand nombre d'hommes intelligents et déYOués, pleins d'ardeur et de foi, implantés sur le sol chinois dans une province où le christianisme était autrefois florissant. Les Sœurs de charité etles Lazaristes d'une part, les Jésuites et les prêtres des Missions étrangères d'autre part doivent porter de rudes coups aux superstitions païennes en ce pays.

J'ai été charmé de l'air de santé, de l'impression de bonheur qui se reflètent sur le visage de tous les enfants que j'ai vus. Avec quelle adresse les PP. Jésuites me semblent manier ces jeunes intelligences ! Comme ils savent se faire petits avec les petits ! Comme ils paraissent s'amuser de leurs amusements! Comme ils savent se substituer à la famille, et remplacer les caprices ou les faiblesses du foyer domestique par une sévérité tempérée de charité !

Il y a chez les Jésuites un Frère sculpteur, un Père médecin, un autre architecte, un troisième physicien, un quatrième dessinateur. C'est un assemblage de toutes les professions utiles à la société, embelli de l'abnégation, de l'humilité, de tout ce qui peut rehausser le mérite (i). Combien je m'estimerais heureux de pouvoir passer une huitaine de jours à Zi-ka-wei!

P. Matthieu Ricci. C'est là que se trouve le collège des Jésuites, et l'observatoire météorologique, pourvu des meilleurs instruments. Les jeunes gens qui sortent dn collège peuvent se présenter aux examens du mandarinat, comme les étudiants d'écoles indigènes.

Zi-ka-wei, devenu aujourd'hui la résidence centrale de toute la mission, possède, outre le collège et l'observatoire, les orphelinats, dont l'un, pour les garçons, compte environ trois cents enfants, et l'autre, pour les fliles, environ quatre cents; de plus, un pensionnat déjeunes filles, le scolasticat de la Compagnie de Jésus, le grand séminaire et un musée d'histoire naturelle. On y publie un journal chinois (I-wen-lou), paraissant deux fois par semaine, et le Messager du Sacré-Cœur, en chinois, paraissant une fois par mois.

(1) Le Frère Jean Ferrer, coadjuteur espagnol, né en 1817, mort en 1856, « Ce n'est pas à nous, observe le P. Broullion dans

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