L INSURRECTION DE CHANG-HAI
l^r octobre.
Equipage, état-major, capitaine, nous sommes tous sur les dents! Tous nos efforts pour renflouer le bâtiment n'ont servi qu'à l'échouer davantage, ou plutôt le courant a été plus fort que nous. En vain avons-nous travaillé toute la matinée ; en vain avons-nous débarqué notre artillerie et nos projectiles ; toutes les dispositions prises ont été infructueuses. L'épreuve cependant est aussi légère que possible, comparée à un éclioiiage sur les roches de Turn about ou sur les bancs du Kiang. Il y a de grandes probabiUtés pour que le Cassini se remette à flot avec la marée de demain, car nous avons déjà Yingt-cinq pieds d'eau à l'avant.
2 octobre.
Grâces, à Dieu, le Cassini est à flot, mais ça n'a pas été sans peines et sans difficultés. J'ignore les desseins de Dieu dans ce petit épisode de navigation; mais je ne puis m'empêcher de le trouver, à bien des égards, utile pour l'équipage et pour moi. Officiers, élèves, maîtres, matelots, tous ont montré un excellent esprit dans ce surcroit de fatigues. C'est une bonne préparation pour les événements auxquels nous aurons peut-être à prendre part à Chang-hai.
Chang-hai, 3 octobre.
Nous avons mouillé à Chang-hai à midi et demi, mais non sans quelques nouveaux incidents. Notre gouvernail a brisé en partie ses ferrures, au moment de l'appareillage, et j'ai hésité à me mettre en route, car comment naviguer avec un gouvernail en mauvais
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état, contre un fort courant, dans un fleuve étroit et rétréci encore par des jonques. Heureusement que le gouvernail avait gardé un peu d'action, et la Providence m'a envoyé un pilote qui m'a aidé à sortir d'embarras. Le Cassini est entré à Chang-hai comme un bâtiment qui revient avarié du combat, le foc déchiré, les mâts de perroquet dépassés, les embarcations à la traîne, etc. J'aurais été profondément humilié de cette piteuse entrée; si je ne l'avais considérée comme une épreuve et une croix.
A bord du Cassini. Chang-hai, 4 octobre.
De nouveaux troubles ont exigé la présence du Cslssini dans le nord. Chang-hai est occupé par une bande de malfaiteurs, en même temps que cerné par les troupes impériales qui hésitent à engager le combat. Si, d'un côté, ces lâches agglomérations de gens armés n'osent pas en venir à une affaire sérieuse, on peut, d'un autre côté, tout craindre de leur indiscipline, quand la peur ne les retient pas. C'est pour obvier à cet inconvénient que les navires de guerre sont utiles dans ces parages.
Jusqu'ici les Européens résidant à la ville ou aux environs n'ont rien eu à souffrir de ces troupes de bandits, et j'espère que nous n'aurons jamais à leur demander compte de quelque insulte à nos missionnaires ou aux autres membres de la colonie française ; mais la population honnête chinoise est aux abois. On m'assure, et ces renseignements me viennent de bonne source, que les malfaiteurs de Chang-hai n'ont aucun rapport avec les révoltés du Kouang-si. Ces bandits, la lie, paraît-il, de la population de Canton et du Fo-kien, font des affaires pour leur compte, et ne se relient à
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aucun grand mouvement insurrectionnel. Les impériaux qui cernent la ville de trois côtés, en auraient bien vite fait justice, si le courage n'était pas chose rare en Chine.
La rivière, jadis sillonnée d'une multitude de bateaux qui donnaient tant d'animation à Chang-hai, est aujourd'hui presque déserte. Il n'y a que les jonques des Fokienois et des Cantonnais qui soient ancrées devant la ville ; il suffirait aux Européens de les brûler ou de les couler pour ôter aux bandits tout moyen de fuir.
Il n'est guère probable que je quitte Chang-hai avant la mi-novembre ; mais je ne fais aucun plan de campagne, j'attends avec patience ce qu'il plaira à Dieu de décider.
7 octobre.
Mgr Maresca était venu à bord, peu de temps après le mouillage ; je suis allé, ce matin, lui rendre visite et entendre la messe à la cathédrale. C'est avec un vrai bonheur que j 'ai revu nos dignes amis les missionnaires.
Ce soir, on aperçoit du bord un incendie considérable. Selon l'usage en pareille circonstance, les bâtiments de guerre s'empressent de porter du secours. Le grand canot duCassini est expédié et il prend le canotmajor en route. Je pars moi-même avec le youyou pour juger de ce qui se passe. L'incendie, selon toute apparence, avait été allumé parles rebelles ; on disait même à Tong-ka-dou qu'ils avaient menacé de tirer sur ceux qui essaieraient de l'éteindre. Nous continuâmes donc notre route avec la pensée que les rebelles tireraient sur nous; ils garnissaient, en effet, les remparts, assistant tout armés à ce spectacle. Nous revînmes au bout de trois quarts d'heure environ, après avoir aidé les Chinois à couper l'incendie.
9 octobre.
Il paraît que le dévouement de nos hommes, le jour de l'incendie, a été remarqué. Les Chinois, nous diton, en ont été très reconnaissants, et ils sont venus en grand nombre remercier Mgr Maresca de la part que nous avions prise à l'extinction du feu.
, Dans l'après-midi, je suis allé au camp des impériaux; quelles troupes! quels éléments de combat! S'il en est ainsi partout, l'empereur fera bien de plier bagage devant le prétendu descendant des Tsing.
On parle d'un grand combat pour demain ; les impériaux sont résolus à tenter l'assaut.
dO octobre.
Mgr Maresca a bien voulu me donner communication d'un projet de lettrée qu'il a l'intention d'adresser aur conseils centraux de la Propagation delà. Foi, à Lyon et à Paris. J'en extrais les passages suivants qui me' semblent parfaitement résumer la situation de la ville de Chang-hai et des environs, depuis le 7 septembrejusqu'au moment de notre arrivée ici.
(c Le 7 septembre, au moment où l'on s'y attendait le moins, la ville de Chang-hai fut envahie par une bande d'hommes vêtus de rouge, et armés de quelques' mauvais fusils, de sabres et de bâtons. Avant le point du jour, ils s'étaient emparés des portes, et, au lever du soleil, ils occupaient déjà tous les tribunaux et les principaux postes de la ville. Quelques mandarins farent tués, les autres s'enfuirent ; les soldais, qui devaient, être au nombre de mille, s'éclipsèrent sans qu'on pût. en voir un seul.
« Le Tao-tai fut épargné et conduit dans une maison.
l'insurrection de CHANG-HAI 309
d'où il envoya prier les Américains de venir lui sauver la vie. Ces messieurs, craignant de s'engager dans une affaire qui pouvait avoir des suites, envoyèrent deux des leurs voir le prisonnier et examiner ensemble les moyens les plus efficaces et les moins dangereux pour le sortir de la ville. Les deux envoyés firent de suite déguiser le magistrat en commis de boutique ; et, l'armant d'un vieux parapluie à demi-brisé, ils partirent avec lui et un de ses officiers également déguisé. Arrivés non sans peine à la muraille, ils dirent au Tao-tai qu'ils allaient lui attacher une corde sous les bras et le descendre du haut du mur. Celui-ci recula d'horreur à cette proposition et refusa de se laisser lier ; mais un de ses sauveurs s'étant fait descendre le premier, le mandarin vit qu'il n'y avait pas de danger et se laissa faire.
« A neuf heures, on criait parles rues que le peuple n'avait rien à craindre, et que chacun devait se livrer à ses occupations ordinaires. Bientôt des affiches parurent sur les murs, et la foule accourut pour les lire. Elles portaient en substance que toute atteinte à la propriété serait punie de mort. De fait, plusieurs malheureux convaincus de vol furent publiquement décapités. Malgré quelques misères inséparables de ces sortes de révolutions, l'ordre se rétablit dans la ville, et l'on commença à respirer sous ce nouveau régime, dont on ne connaissait encore clairement ni le chef, ni le but véritable.
« La ville et les environs restèrent assez tranquilles une huitaine de jours. Les chefs de l'insurrection déclarèrent qu'ils agissaient par ordre de Taï-ping-wang, le nouvel empereur ; que leur intention était d'exterminer tous les Tar tares, mais qu'ils voulaient rester amis des Européens et ne rien faire souffrir au peuple. Tous les consuls se sont montrés d'une fermeté remar-
quable ; toutes les nuits, trois cents hommes gardent le quartier des Européens etn'y laissent pénétrer aucun Chinois tant soit peu armé.
« Vers le milieu de septembre, les villes du Poutong furent occupées par une compagnie de révoltés : Song-kiang et Sou-tcheou ne tardèrent pas à tomber en leur pouvoir. On annonçait aussi que l'armée de Tchenkiang allait rejoindre celle de Chang-hai, forte déjà, disait-on, de vingt mille volontaires.
« Cependant, à la fin de septembre, une armée d'impériaux s'avança pour prendre Chang-hai et cinq autres villes fortiiSées qu'occupaient les rebelles. Chassés de partout, ceux-ci finirent par se retirer à Chang-hai, où ils s'organisèrent pour une sérieuse défense.
« Le 26 septembre, une flotte de cinquante jonques de guerre vint jeter l'ancre dans le Wang-pou près Long-ho, vis-à-vis de Zi-ka-wei. Une autre flotte, descendue par le canal de Sou-tcheou, mouilla aussi vis-àvis de Zi'ka-wei, du côté de Fa-ho.
« Le 29 au matin, toutes ces jonques de guerre descendirent la rivière avec grand fracas, et, pendant deux heures, lâchèrent leurs bordées par-dessus notre maison. Les impériaux prétendaient bien tirer sur la ville» mais, de fait, les projectiles tombaient dans le faubourg oîi ils causèrent beaucoup de mal au pauvre peuple. Pour notre part nous eûmes aussi quelques trous dans les toits et dans les murs, mais il n'y eut aucun dégât considérable. Dès le commencement de la canonnade, j'avais fait ouvrir les portes de l'église et tout le voisinage s'y réfugia. Le lendemain, notre quartier fut tranquille.
(c La scène du 1^' octobre menaça d'être plus animée que les précédentes. Au plus fort de la canonnade, une barque, chargée de deux petits canons et montée par ■une vingtaine d'hommes, se détacha de la flotte qui
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stationnait à un demi-quart de lieue, et iît voile directement vers nous. Curieux de connaître ce qui allait se passer, Mgr Spelta se montra à sa fenêtre, et aussitôt un coup à mitraille, dirigé vers lui, cribla de balles les deux côtés de la fenêtre. Heureusement que nous avions à la maison quatre hommes envoyés par un capitaine espagnol, et dix Manillois qui avaient obtenu de leur capitaine un congé de deux ou trois jours. Quand donc la barque s'approcha pour aborder, le P. Lemaitre ouvrit la porte du jardin de côté du Wang-pou, en criant : aux armes ! Il avait recommandé à nos hommes de ne tirer qu'autant que les autres tireraient de nouveau ; mais la seule vue des baïonnettes et des sabres suffit à mettre en fuite ceux qui paraissaient si décidés. Les jours suivants, les jonques revinrent encore lancer quelques bordées à la ville, qui ne répondit pas ; après quoi elles se retirèrent en lieu sûr. Enfin, quelques braves se décidèrent à mettre pied à terre, et à établir tout près de nous une espèce de camp qui ressemble plus aune foire qu'à une station militaire. »
■12 octobre.
On entend une vive canonnade dans le lointain : c'est une nouvelle attaque des impériaux contre les insurgés. Le Père Lemaitre m'écrit :
« Nous avons été fort tranquilles cette nuit ; mais Toilà qu'on se bat maintenant sur le chemin de Zi-ka- "wei ; je ne pense pas, du reste, qu'il y ait danger pour la maison. Les impériaux descendent et marchent vers la ville ; je doute qu'ils y puissent encore entrer.
« A moins d'empêchement imprévu, je compte aller vous dire la sainte messe demain à bord. »
âd2 CAMPAGNE DU « GASSINI »
id octobre.
Le p. Lemaîfcre m'apprend les résultats de la journée d'hier. Les impériaux, au nombre de six à sept mille hommes, s'étaient avancés vers la ville, prêts à livrer une attaque générale et à monter à l'assaut ; mais en approchant de la muraille ils furent tellement effravés d'entendre les halles siffler à leurs oreilles, qu'ils s'enfuirent pêle-mêle, laissant leurs canons aux mains de l'ennemi.
14 octobre.
Mgr Maresca et le P. Lemaître viennent à bord pour demander que notre chirurgien-major aille soigner les blessés de l'armée impériale envoyés à Tong-ka-dou. M. Pallier se rend à terre immédiatement.
J'ai visité les petits détachements que nous avons établis à Zi-ka-wei et à Tong-ka-dou, et j'ai appris avec plaisir que les missionnaires étaient contents de la conduite de nos hommes.
J'ai assisté au pansement de plusieurs Chinois blessés par les armes a feu ; leurs plaies étaient hideuses. Je ne me sens pas très propre à aider un chirurgien.
21 octobre.
Les Européens vivent ici dans une confiance incroyable, à cause de la crainte que nous inspirons aux Chinois, et ils négligent les plus vulgaires précautions de sécurité. Il suffirait, à l'heure qu'il est, du plus léger incident, pour que ceux qui passent pour sages aux yeux du monde se vissent couverts d'une confusion bien méritée.
l'insurrection de CHANG-HAI 313
Ainsi, nous avons dix hommes au poste de Yangking-pang, chez M. Rémi, l'unique représentant du commerce français. Ils se trouvent à cinq cents toises de nous, à la même distance d'un poste anglais, avec lequel il ne serait pas sûr qu'on pût s'entendre. Ces dix hommes doivent empêcher mille à quinze cents bandits, renfermés dans la ville, de passer sur le pont de ce ruisseau ; ils doivent aussi empêcher six mille impériaux qui bloquent la ville, de prendre cette direction. De plus, .quatre hommes, à moitié invalides, sont à Tong-ka-dou chargés de détourner de l'église et de l'établissement les pillards et les malfaiteurs ; et cinq convalescents à Zi-ka-wei sont destinés à faire peur aux traînards et aux voleurs.
Toute la sagesse humaine n'est que folie. N'est-ce pas, en effet, une folie de prétendre protéger la religion chrétienne dans la mer de Chine avec deux bâtiments, disposant de trente-six canons et de trois à quatre cents hommes d'équipage ? Dieu permet, pour le moment, que l'habit européen effraie les Chinois, et que nous moissonnions ce que l'Angleterre a semé de crainte dans ce pays. Profitôns-en, rien de mieux. Mais qu'un homme de génie et de courage prenne un jour la direction des affaires en Chine, il nous faudra ou mourir glorieusement pour appuyer nos prétentions, ou plier honteusement bagage devant des masses d'hommes qu'on traite maintenant avec mépris.
, A bord du Cassini. Chang-hai, 22 octobre.
Commandant,
La ville de Chang-hai se trouve toujours au pouvoir des Fokienois et des Cantonnais qui s'en sont emparés le 7 septembre dernier. Depuis le 25 septembre, une armée impériale, forte de cinq à six mille hommes,
di CAMPAGNE DU « CASSINI »
SOUS les ordres des généraux Tsong et Lan, fait d'inutiles efforts pour l'obliger à rentrer dans le devoir.
Dans les journées des 5, 13 et 24 octobre, nous avons vu vingt-trois jonques impériales descendre le fleuve pour canonner la ville, entre Tong-ka-dou et le Yangking-pang ; mais, quoique la canonnade ait duré plusieurs heures, nous n'avons aperçu aucune trace de dégâts. Les jonques, armées de canons de petit calibre, tiraient de la rive opposée à la ville, n'osant pas approcher, parce que les insurgés avaient deux petits canons à l'autre bord. Ceux-ci, connaissant la frayeur de leurs adversaires, agitaient leurs drapeaux en signe de déâ et ne cherchaient nullement un abri derrière le parapet qui protégeait leurs canons. Le feu ayant pris à une jonque impériale, une trentaine d'insurgés se jetèrent dans des barques et allèrent l'amariner, à la vue des autres jonques qui ne firent aucun mouvement pour s'y opposer.
Dans les attaques par terre, on a remarqué plus d'audace, mais une impéritie incroyable. Un jour, on plante des échelles pour monter à l'assaut ; mais elles se trouvent trop courtes et l'on est repoussé honteusement. Avant-hier, une imposante colonne se met en mouvement, avec trois canons, pour forcer la porte de l'Est. Prévenus du dessein des impériaux, les insurgés se cachent dans les faubourgs, chargent à l'improviste en tête et en flanc la colonne qui fuit en désordre, et la débandade devient complète. Les canons sont abandonnés et pris par les insurgés qui, ne profitant pas de la panique des impériaux, ne leur ont tué ou blessé qu'une dizaine d'hommes.
J'apprends que deux mille hommes arrivent aujourd'hui de Sou-tcheou pour renforcer l'armée impériale ; mais c'est moins de soldats que de chefs dont elle a besoin. Tant qu'elle sera si mal commandée, les ren-
l'insurrection de CHANG-HAI 315
forts n'ajouteront aucune chance de succès à la cause de l'empereur, ils ne font qu'augmenter la misère qui règne dans les campagnes, où l'on pille à loisir, parce qu'on n'a rien à craindre.
L'ancien Tao-tai Wou, connu aussi sous le nom de Samqua, se trouve dans les rangs de l'armée impériale. Il déploie toutes les ressources d'un esprit artificieux pour reprendre un pouvoir qu'il n'a pas su garder, et il affiche la prétention de percevoir les droits de douane, quoi qu'il n'y ait plus d'argent ni d'établissement dans ce but à portée des navires étrangers.
24 octobre.
J'ai été fort agité, hier, par suite d'une collision qui a été sur le point de se produire au poste de Yang-kingpang. Une bande d'insurgés s'est avancée en armes très près du pont. La sentinelle appelle au secours, et dans un instant nos hommes se trouvent dans la rue, croisant la baïonnette contre les insurgés qui se mettent en défense. L'aspirant qui commandait le poste parlementa à l'aide d'un interprète ; les insurgés assurèrent ^qu'ils n'avaient pas l'intention de violer la consigne et qu'ils étaient simplement à la recherche des maraudeurs de l'armée impériale.
N'est-ce pas une bonne occasion de nous soustraire à une fausse position? Ce, poste n'a pas été créé par moi ; j'ai accepté une situation qu'il m'était impossible de refuser en arrivant ici. Mais le moment me paraît opportun de retirer nos hommes du lieu qu'ils occupent sur le Yang-king-pang et de leur assigner la défense du consulat de France, au lieu de celle de la ville anglaise ; j'en ai causé avec M. Alcock, qui est tout à fait de mon avis ; le poste reviendra décidément aux Anglais.
3i0 CAMPAGNE DU « CASSLM »
20 octobre.
Je désire vivement rester neutre, dans la querelle entre les assiégeants et les assiégés, ignorant quel est le parti dont Dieu veut se servir pour le bien. Cependant, peu s'en est fallu que je ne me visse forcé d'intervenir aujourdliui. J'ai dû envoyer M. Clerc vers les deux partis, pour les avertir que s'ils ne respectaient pas le terrain de Tong-ka-dou, ils m'obligeraient à les y contraindre. Sans doute cela s'écarte des notions de droit répandues en Europe ; mais, si avec les Chinois on se conduisait d'après les régies générales, on serait bientôt dupe et victime, parce qu'ils manquent absolument de la droiture qu'on a coutume de rencontrer dans les pays civilisés.
27 octobre.
Voici le rapport que m'a remis M, Clerc sur la mission que je lui avais confiée.
« Commandant,
« Le pavillon de Tong-ka-dou ayant été amené à mi-mât, le 26 octobre, à onze heures et demie, vous m'avez envoyé avec la baleinière n° 2 montée par six hommes armés de sabres et de pistolets. Nous avions l'ordre de revenir à bord, après avoir confirmé la demande de secours, si je la jugeais nécessaire ; ou, si je le pouvais, d'exiger des deux partis belligérants le respect pour la cathédrale.
« La traversée a été un peu longue, à cause de la marée et du vent qui nous étaient contraires. Nous avons trouvé la goélette V Antilope, qui appartient aux impériaux, mouillée à deux cents mètres environ au-