‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine [microform], d'après les rapports, lettres et notes du Commandant de Plas. Enrichie de plusieurs cartes pour l'intelligence du texteChapitre 8 sur 68 · EN CHINE · texte numérisé non relu

EN CHINE

Saint François-Xavier, arrêté par la maladie dans ses conquêtes apostoliques, avait rendu le dernier soupir en 1552 à Sancian, près de Macao, sur le seuil de la Chine. Ses frères en religion, héritiers de son zèle, pénétrèrent dans le Céleste Empire et prêchèrent l'Evangile jusque dans le palais des empereurs ; mais c'est parmi les pauvres qu'ils avaient recueilli les prémices de leur apostolat. Le premier Chinois régénéré parje baptême fut un malheureux infirme, jeté par ses parents dans un champ public et que les PP. avaient soigné dans leur propre maison (1).

Toutetois cette Église naissante, appuyée sur la faveur impériale, ne tarda pas, grâce à des dissensions suscitées par la question des Rites, à s'abîmer sous les coups de la persécution. Ce fut alors, comme aux temps de la primitive Eglise, aux pauvres gens de la campagne et aux pêcheurs qui n'avaient d'autre demeure que leurs miserablesbarqu.es, que les Jésuites

(1) Ce fait est consigné dans un ouvrage dont le pape Paul V accepta Ja dédicace.

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et les missionnaires des autres ordres religieux, révélèrent surtout les espérances d'une autre vie. Ce troupeau d'élite s'accroissait lentement, faute de ressources, au fond des provinces les plus reculées de l'empire, lorsque l'Europe vint en aide au dévouement des missionnaires par l'humble fondation, à Lyon, en 1820, de l'œuvre aujourd'hui si prospère de la Propagation de la foi.

A cette' époque on ne comptait guère plus de trois cent mille chrétiens dans l'empire chinois ; mais c'étaient des chrétiens comme l'Europe n'en connaît guère, qui avaient confessé la foi par l'exil, par la torture, ou tout au moins par la pauvreté volontaire. Tout servait do prétexte à la haine des persécuteurs : on affectait de confondre les chrétiens avec les rebelles qui conspiraient la ruine de la dynastie régnante ; les cérémonies les plus saintes de la religion avaient donné naissance à des fables ridicules qui puisaient un certain crédit dans l'ignorance des masses et dans Taveugie aversion du peuple pour les étrangers. Ces calomnieuses imputations, favorablement accueillies par le sombre et soupçonneux Kia-King, étaient devenues une cause de persécution générale en Chine et dans tous les Etats tributaires, le Thibet, la Cochinchine, le Tong-king, etc. Un édit contre les chrétiens fut même, inséré au code pénal de l'empire parmi les lois qui prohibent les doctrines impures. Il punissait de la strangulation les missionnaires et leurs catéchistes, de l'exil ou de la cangue tous les chrétiens indigènes qui ne voudraientpas renier leurs croyances, et interdisait aux Européens le droit d'acquérir des immeubles sur le territoire de l'empire. Dans la seule année 1838, la persécution immola vingt-trois martyrs : trois évêques, deux missionnaires, neuf prêtres indigènes, cinq catéchistes et quatre fidèles.

LA FRANCE PROTECTRICE DES MISSIONS CATHOLIQUES t)

Voici, d'après le texte de la dernière édition des codes, la traduction du cruel édit de Kia-Kiiig, ponctuellement obéi pendant une trentaine d'années :

« Les Européens qui propagent, en Chine, la religion chrétienne, qui impriment des livres de leur autorité privée, qui rassemblent et exhortent la multitude, et les Chinois qui agissent de concert avec eux, professent et propagent leur doctrine, et trompent le peuple en lui imposant des noms de leur secte, devront, aussitôt qu'ils auront été mis en état d'arrestation et qu'il sera véritablement prouvé qu'ils sont les chefs de cette secte, être immédiatement condamnés à la strangulation. Ceux qui n'ont converti qu'un petit nombre d'hommes et n'ont point donné à leurs convertis des noms de leur secte, seront emprisonnés en attendant leur jugement.

« Pour ceux qui auraient seulement embrassé la rehgion chrétienne, mais ne la voudraient pas aban- ^ donner, ils seront envoyés dans les villes des Turcs pour y être esclaves des princes turcs et chinois, et leurs noms seront rayés de la liste des populations chinoises.

« Ceux qui auront répandu des doctrines perverses et contraires à la raison, ce qui est un acte très dommageable et ceux qui, faisant usage d'inscriptions et de discours, auront séduit les femmes, ou arraché les yeux aux malades, ou commis quelque autre action perverse de ce genre, seront punis selon la gravité de leur crime.

ce Mais si ceux qui professent le christianisme viennent spontanément trouver le magistrat et renient leur religion, avouant et détestant leur crime, ou si, même étant arrêtés, ils renient volontiers leur crovance en présence de l'autorité, foulent aux pieds la croix dans le prétoire et se rétractent du fond du cœur, ils

seront renvoyés impunis. Que si, après qu'on les a renvoyés et qu'on leur a pardonné leur crime, ils reviennent aux pratiques de leur culte, que d'ailleurs ils consentent ou non à fouler aux pieds la croix devant le magistrat, ils devront d'abord porter, dans le lieu où a été commis le crime, la grande cangue pendant trois rnois, après quoi ils seront envoyés en exil, à moins toutefois que leurs crimes ne méritent la mort. « En sus, qu'il soit rigoureusement défendu aux Européens d'acheter dans l'empire chinois quelque immeuble que ce soit.

ce Tous les mandarins, tant militaires que civils, qui négligent de poursuivre les Européens qui demeurent en Chine et y propagent en secret leur religion, seront traduits en jugement devant le tribunal supérieur. « Qu'on respecte ceci ! »

C'est au milieu de ces épreuves si cruelles pour les missions catholiques qu'éclata la guerre de l'opium entre l'Angleterre et la Chine. Mais depuis cette époque, de grands faits se sont accomplis, qui ont successivement amené l'émancipation du christianisme, et, nous pouvons le dire avec une légitime fierté, cette émancipation a été avant tout l'œuvre glorieuse de la France. Les autres nations étaient exclusivement occupées des soins de leur avenir commercial ; la France, dont le rôle a toujours été de secourir les opprimés, prit la défense d'abord patiente et officieuse, puis officielle et éclatante de la civilisation chrétienne. Il y avait en Chine des victimes et des bourreaux ; notre conduite était donc toute tracée d'avance. Au moment où notre drapeau semblait devoir se retirer des mers de Chine, renonçant à la concurrence commerciale avec l'Angleterre et les Etats-Unis, une politique prévoyante l'y retint, en l'appelant à protéger la cause de la liberté religieuse.

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