‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine [microform], d'après les rapports, lettres et notes du Commandant de Plas. Enrichie de plusieurs cartes pour l'intelligence du texteChapitre 9 sur 68 · LA FRANCE PROTEGTRICK DES MISSIONS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LA FRANCE PROTEGTRICK DES MISSIONS CATHOLIQUES

La corvette française la Danaïde, raconte l'amiral Jurien de la Gravière, commandée par M. Joseph de Rosamel, eut la première l'honneur de montrer notre pavillon sur les côtes de la Chine- C'était à l'époque où l'escadre anglaise venait chercher à Canton le traité qu'elle avait conquis dans le golfe de Pe-tche-ly. L'officier français dont le plénipotentiaire anglais appréciait la loyale fermeté, put assister, au mois de mai 1841, à l'entrevue qui eut lieu entre le commissaire impérial et le capitaine Elliott. Toute médiation étant devenue impossible, une nouvelle campagne ne tarda pas à s'ouvrir, et M. de Rosamel suivit à Chou-san l'escadre anglaise. La Danmde fut remplacée dans les mers de Chine par YErigone, commandée par le capitaine de vaisseau Cécille. Nul n'était plus propre que ce vaillant officier au double rôle de marin et de négociateur que les circonstances allaient lui imposer. Accueilli avec bienveillance par l'amiral sir William Parker, le commandant Cécille put suivre, avec sa frégate, l'escadre anglaise à Wou-song, et assister à la conclusion du traité qui fut signé à Nanking.

Le traité de Nan-king ne stipulait que les principales conditions de la paix ; c'est à Canton que furent déterminés les nouveaux tarifs de douane et les règlements de commerce. Jamais conditions plus libérales n'avaient été faites en aucun pays au commerce étranger; M. Cécille, de retour à Macao, se hâta de mettre la France en mesure d'en profiter. De concert avec M. de Ratti-Menton, consul de France à Canton, il réclama pour les négociants français une complète participation aux privilèges accordés aux sujets des autres puissances. Le 10 septembre 1843, les droits de la France furent solennellement reconnus et cette convention provisoire ne tarda pas à être convertie en un traité solennel, le pre-

" mier des actes officiels qui ait consacré nos relations diplomatiques avec la Chine.

Ce traité, conclu à Whampoa, le 24 septemLre 1844, entre M. de Lagrenée et le commissaire impérial, accordait sur le terrain commercial toutes les concessions faites aux Anglais, et stipulait en outre quelques avantages. Ainsi le négociateur français obtint que nos navires de guerre seraient admis dans tous les ports de l'empire. Bien plus, s'il arrivait à un de nos nationaux, résidant dans un des cinq ports ouverts au commerce européen, de franchir les limites convenues entre les consuls et l'autorité locale, il devrait être reconduit par les soins des autorités indigènes et sans molestatioii aucune au consulat du port le plus voisin. Les prêtres français et les missionnaires étrangers que les Chinois confondaient avec eux, étaient ainsi placés sous la sauvegarde solennelle d'un acte national. Là s'arrêtaient les instructions de M. de Lagrenée.

Cependant quelques personnes songèrent à aller plus loin. Il fallait, disaient-elles, profiter de l'immense influence qu'assurait au plénipotentiaire français l'éclat d'une mission appuyée par des forces imposantes, et obtenir la révocation des édits promulgués contre les chrétiens (1). Ce n'était pas assez de mettre les missionnaires à l'abri d'arrêts sanguinaires, en ne les rendant justiciables que du conseil de leur nation, on devait encore réclamer pour tous les sujets de l'empire la liberté d'embrasser la foi catholique et d'en professer ouvertement le culte extérieur. Cette démarche était digne assurément de la .France; elle honore et les hommes qui en conçurent la pensée et ceux dont l'habileté en assura le succès.

(1) Plusieurs délégués commerciaux et un inspecfeur des finances faisaient partie de la mission de notre plénipotentiaire, et l'amiral Cécille commandait l'escadre qui la portait.

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