‹ Campagne du MexiqueChapitre 11 sur 19 · BLOCUS O'ORIZABA · texte numérisé non relu

BLOCUS O'ORIZABA

Différentes races. — Oppiressi on des Indiens. — Crime et vendetta. — Une razzia en payant. — La Piastre bénie. — pillages Juaristes* — Une résolution audacieuse.-^ La co-* lonne sauTée.

La population du Mexique se compose de trois races : les blancs qui descendent des Espagnols, les métis et les Indiens. Ces derniers, forment la majorité, et sont — qu'on nous passe le mot — les pères nourriciers du pays ; ils cultivent la terre, qui sans eux serait abandonnée, ils vivifient Tindustrie et le commerce. Cependant ils étaient avant notre arrivée sous le joug des deux autres races qui les Rançonnaient cruellement à la faveur de ramachië permanente ; pillés sans cesse par tous les soldats

indistinctement, massacrés souvent, ils étaient les I. 8.

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victimes, les matyrs-nés de la guerre civile. Us comprireat que nous devions faire cesser cet état de choses et prirent parti pour nous.

Mieux que toute explication, les faits suivants peindront la déplorable situation où était plongée à notre arrivée cette intéressante et laborieuse population des campagnes.

Pendant que le commandant Lefèbvre battait l'ennemi, la cobnne expéditionnaire, ignorant cette victoire, rentrait à Orizaba avec le regret de n'avoir point rencontré Saragoza pendant cette retraite prolongée à dessein.

Dès le soir même, un Indien accourait, et comme le soldat grec de Marathon, il tomba aux avant-postes, brisé par une longue course ; il ne put d'abord prononcer que des mots inintelligibles ; on crut que ce malheureux était fou. Le pauvre diable n'était que fatigué ; il avait couru tout d'une traite pour avertir nos soldats qu'un grand triomphe venait d'illustrer nos drapeaux.

Cet Indien était un cultivateur auquel les juaristes avaient enlevé ses bœuls, ses provisions, s6s pe-

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tites épargnes ; puis, ils avaient emmené sa femme et ses filles que, plus tard, il avait retrouvées mortes et abandonnées au milieu des champs.

On conçoit la rage qu'un pareil crime avait excitée dans le cœur de cet Indien inofiensif, étranger

à tous les partis ; il avait voué aux guérillas une haine acharnée.

Dès le lendemain il rôdait à la nuit autour du bivac de la bande dont il avait été victime, tuait une sentinelle et lui enlevait son cheval et ses armes.

La nuit suivante il avait l'audace de tomber seul et à cheval sur le campement des mêmes guérillas et il déchargeait audacieusement sur les bandits endormis sa carabine et ses pistolets ; puis il s'échappait sans blessures. Le surlendemain se livrait le combat d'Aculciago ; U assistait à ce drame caché derrière une broussaille et tirant avec rage sur les juaristes ; quand notre succès fut évident, il se sentit enthousiasmé par la lutte de géants à laquelle il avait pris une part meurtrière ; il s'éprit pour les nôtres d'une admiration profonde et les regarda comme les vengeurs des Indiens si misérables de sâ race.

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La vue de ce champ de bataille jonché de morts le grisa en quelque sorte; Use sentit pris comme d'une joie folle qu'il voulut faire partager à toute notre armée. Laissant cavaliers et fantassins poursuivre Saragoza, il courut vers Orizaba et y arriva haletant ; des courriers vinrent bientôt confirmer le récit qu'il avait pu faire après un instant de repos» Aussitôt sa mission terminée, il se re-? conforta d'une tasse de café et d'une gorgée d'aguar^ diente(eau'de-vie), puis il repartit,

r-Où vas-tu ? lui demanda-t^on.

•— » Poursuivre ma vengeance ? répondit-il.

En effet, il retrouva son cheval qu'avant le com-^ bat il avait laissé à deux lieues d'Aculcingo, pour suivre, sans être remarqué, l'armée de Saragoza; et il poursuivit les fantassins éclopés de ce général, les sabrant pour son propre compte.

Chaque fois qu'un engagement eut lieu, le même Indien, sans cesse aux aguets, combattit à ses risques et périls de quelque coin du théâtre de l'affaire où il s'embusquait ; il s'acharnait ensuite contre les fuyards, si nous étions vainqueurs.

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On ne reconnut ces Ëtits que trop tard pour arrêter cette rengeance impitoyable ; il eût été difficile du reste d'empêcher un homme dont le cœur était profondément ulcéré d'accomplir cette vendetta sanglante ; car il avait soin de se cacher de nous, sachant combien nous avions de pitié pour l'ennemi vaincu.

Nous avons cité cette anecdote parce qu'elle montre à quel point la population indienne était pillée et poussée à bout par les bandes juaristes, et, avant cette guerre, par tous les partis qui déchiraient la nation ; si Ton songe que les Indiens forment la grande majorité du pays, on comprendra comment ils nous accueillirent en libérateurs et quel appui ils nous prêtèrent. En toute occasion ils manifestèrent pour nos adversaires une aversion qui se traduisit plus d'une fois par des coups de fusil.

Les Indiens ne demandaient qu'une chose — eux

qui sont les seuls producteurs — travailler en paix

et n'être ni pillés, ni battus. C'est un vœu qui peut

sembler fort naturel aux Européens ; mais il parait

^'avant notre intervention c'était une prétention

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138 souvEHias de la Campagne du mexiqve.

exorbitante. En présence de nos soldats si bien disciplinés, cette population comprit que notre triomphe serait une délivrance ; elle le désira ardemment et y contribua. Elle nous fournit des convois, des auxiliaires et surtout des espions dévoués gui jouèrent mille fois leur tête pour aller cbercber et rapporter de bons avis. Notre probité contribua puissamment à nous gagner l'afTection des Indiens qui jamais n'avaient vu l'argent des gens de guerre.

Un jour nos offtciers d'administration arrivent avec escorte dans un village ; à leur approche ou cache toutes les provisions ; ils demandent du maïs aux habitants qui n'en ont pas, prétendent-ils. Les ïouaves d'escorte ne se payent pas de cette défaite, et se mettent en quête, découvrent les cachettes et transportent le blé sur les mulets ; ensuite les officiers font venir le chef du village, qui tremblait de tous ses membres .

— Avez-Vous encore d'autre graiû ? lui demandet-il.

— Hélas 1 non, répond le pauvre homme j vos

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zouaves'soiit plus fins . que les guérillas ; ils ont toutdécouvert.

Nos officiers se mettent à rire de la façon piteuse dont la chose était dite.

— Seigneurs officiers, hasarda alors le chef un peu rassuré, soyez généreux ; laissez-nous quelques sacs pour vivre l'espace d'une semaine, afin que nous ayons le temps de racheter d'autres provisions,

— C'est trop juste, dit-on.

Et on se rendit à ces vœux*

Les gens du village parurent nous savoir beaucoup de gré de cette concession. Mais ils étaient destinés à marcher de surprise en surprise. On compta les sacs, on les évalua un peu au-dessus du taux ordinaire, et on fit former le cercle aux propriétaires; ceux-ci voyant compter de l'argent manifestaient une visible inquiétude, supposant que les Français

n'avaient pas fini leur razzia et allaient compléter par une contribution une somme fixée parleur général et devant être rapportée au camp.

Les choses se passaient ainsi avant nous.

Grande fut la stupéfaction de ces braves gens

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quand on mit ^ chacun sa part de piastres dans la main : ils n'en revenaient pas d'étonnement ; les uns tombaient à genoux, les autres voulaient embrasser nps soldats. Dans leur reconnaissance, ils ofEHrent un banquet au détachement, et un Te Deum fqt chanté dans l'église par le curé en Thonneur des Français venus pour délivrer le pays de V anarchie et des voleurs.

Mais le détail le plus original, c'est qu'une piastre fût solennellement bénie et clouée sur le mal"

tre-autel, afin de rappeler ce mémorable événement

car c'était pour les Indiens une date célèbre que celle où, pour la première fois, ime force armée leur payait les vivres qu'elle emportait.

Malheureusement nous avions beau prêcher d'exemple, ce qui est la meilleure manière de prê-

cher, nos ennemis ne nous imitaient pas. - Quelque temps après, les juaristes pillaient le

village et prenaient aux habitants tout ce qu'ils

possédaient; tout, y compris la fameuse piastre

clouée sur le maître-autel.

Cet acte exaspéra les populations»

«OUVSiriES DE U CAHPAGinE PU MEXIQUE. 141

Notre conduite à l'égard des Indien^ noua permit de ra8sembler des magasins considérables à Orizaba où nous voulions nous installer, et contribua puissamment au salut de la colonne. Quand on sut que les Français soldaient, on ne cacha plus le maïs ; c'était pour nous une question capitale.

En effet, nos adversaires espéraient que nous serions forcés de retourner à Vera Gruz où nos flottes nous ravitailleraient, maison la fièvre jaune nous décimerait ; rester à Orizaba leur semblait impossible. Nous avions épuisé les ressources que nous avions empoi^tées sur nos convois, et il fallait réunir des vivres pour longtemps, car les forces ennemies allaient et nous bloquer et nous fermer les communications vers la mer.

Le général Lorencez, avec ufte rare audace, s'établit à Orizaba, décidé à tenir en échec toutes les forces de l'empire ; il avait calculé que s'il parvenait à entasser pour deux mois de provisions seulement, il aurait le temps d'envoyer un bataillon à Vera Gruz afind'y chercher un convoi.

Et*un bataillon pouvait braver en race campagne

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tous les guérillas du Mexique ; le 89" venait de prouver glorieusement que 500 Français culbutaient une armée juariste.

L'on apprit donc bientôt, non sans étonnement, à Mexico, que notre colonne se fortifiait dans Orizaba et y attendait intrépidement Tennemi. Juarez comprit que nous échapperions aux fièvres jaunes des Terres-Chaudes; il résolut de nous y rejeter de vive force, et il fit marcher trente mille hommes contre nous.

Nous dirons les combats homériques qui se livrèrent entre notre poignée de braves et ces masses imposantes sous les murailles d'Orizaba.

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