‹ Campagne du MexiqueChapitre 13 sur 19 · LE RUISSEAU DES PIERRES · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU DES PIERRES

Trahison et gruet-apens]— Vingt fusils contre trois mille carabines.— -Sans quartier. — Les deux cantiniôres des louaves.

Nos courriers indiens avaient porté nos dépêches àlaVeraGrnz, grâce aux ingénieux procédés qiio nous avons décrits.

Vera Cruz était notre port de débarquement, notre base d'opérations ; c'est là qu'arrivaient tous les renforts, tous les secours envoyés de France ; nous annoncions au gouverneur que nous étions à court de munitions de guerre ; nous étions aussi menacés de manquer de pain dans un délai assez rapproché ; le commandant de la Vera Cruz résolut d'organiser un convoi et denous l'envoyer sous une escorte qu'il avait sous la main.

152 SODYmilRS DE Li CAMPAGNE DU MEXIQUE^

Cette escorte ne présentait pas toutes les conditions de sécurité désirables, mais Ton avait tout lieu d'espérer que Tennemi ne tenterait rien contre elle, des partis peu nombreux tenaient la plaine, Saragoza semblait profondément découragé ; de plus les circonstances étaient pressantes et il fallait confier la garde des fourgons aux hommes que Ton avait à sa disposition; c'étaient des convalescents, des infirmiers, des ouvriers d'administration, des cantiniers, des soldats du train ; les premiers, trop faibles pour avoir cette énergie morale et physique qui permet les luttes à outrance ; les autres, trop peu habitués au combat pour ne pas être inexpérimentés dans le maniement des armes et surtout dans les manœuvres difficiles de tirailleurs que nécessite la protection d'une longue file de voitures.

Enfin, il le fallait ainsi : nécessité n'a pas de loi.

On pensait aussi que l'armée juariste, démoraUsée par sa défaite d'Aculcingo, n'oserait pas s'aventurer en race campagne et occuper sérieusement les routes entre Vera Cruz et Orizaba ; vaine espérancç, on le verra \

Le convoi comptait plusieurs centaines de voitu^ res dont quelques-unes étaient attelées de seize mules ; les chemins étaient si mauvais que Tonne traversait pas plus de dix kilomètres par jour ; et ces étapes duraient souvent quatorze heures. L'ennemi eut donc tout le temps d'être averti qu'un convoi nous était envoyé, il put observer l'escorte et se convaincre qu'elle se composait surtout de non coiii- . battants, armés il est vrai, mais point aguerris.

Les arreras (conducteurs) des attelages nous trahissaient pour la plupart et donnaient aux espions de Juarez tous les renseignements possibles, encourageant nos adversaires à une attaque. Plusieurs chefs de guérillas, excités par l'appât du gain, — un butin considérable devait être le fruit de la victoire, — se rassemblèrent et s'entendirent; au nombre de plusieurs milliers de cavaliers, ils se groupèrent aux environs de Metta-Indios. Ils devaient tomber sur le convoi au moment où s^a tête arriverait à ce bivac, le centre étant encore engagé au ruisseau des Pierres (arrago de Piedras), Une partie de l'escorte commit la faute de quitter les voii 9*

154 SOUTENUS Dl LÀ CiHPAGHB DU MEXIQUE.

tures, quand le bivouac fat en vue ; ces soldats fatigués par une marche péniile avaient hâte d'étahlir leurs tentes et d'allumer leurs feux ; ils étaient trempés jusqu'aux os et mouraient de faim.

Les guérillas avaient prévu toutes ces particularités ; le terrain les favorisait ; l'embarras du convoi, dont une partie était enfoncée dans le torrent, ajoutait pour eux aux chances de succès, sans compter leur immense supériorité numérique. Cependant ils n'osèrent pas charger ; ils filèrent de chaque côté du convoi, se dissimulant sans peine par des accidents de terrain ; puis, quand leur mouvement tournant fut terminé, ils engagèrent sur l'escorte une fusillade générale.

Ils espéraient mettre en fuite les défenseurs des voitures, mais ceux-ci ne songèrent qu'à opposer une énergique résistance aux assaillants. Ils saisirent leurs mousquetons pour opposer feu pour feu ; malheureusement presque tous étaient hors de service ; les ouvriers d'administration et infirmiers n'a-^ valent pas songé, par ces pluies torrentielles, à entretenir leurs armes en bon état ; canons, baguettes^

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batetteries, tout était rouillé, faussé, détérioré.

De plus, ils ne s'étaient point frabriqué, comme le font les soldats en campagne, des cartouchières de peau ou de toiles goudronnées ; la poudre était humide, la giberne ordinaire laissant l'eau pénétrer par ses interstices ; vingt fusils à peine purent être mis en ligne.

Deux cantiniers de zouaves se trouvaient parmi Tescorte avec leurs femmes ; ces quatre vieux soldats — nous comptons les cantinières— se groupèrent autour de Tofficier d'administration qui commandait et devinrent, avec lui, Tâme de la défense ils raillièrent toute l'escorte, et, sentant l'impossibilité de répondre à la mousqueterie, ils chargèrent à la baïonnette une des trois bandes de guérillas, laquelle se dispersa devant eux, incapable de tenir contre le choc de cette petite colonne ; mais cette attaque avait éloigné notre troupe de son convoi, sur lequel s'abattirent les deux autres bandes. Aidées par les muletiers qui nous traliirent, elles coupèrent les traits des attelages et cherchèrent à renverser les voitures.

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