‹ Campagne du MexiqueChapitre 15 sur 19 · NOS ADVERSAIRES · texte numérisé non relu

NOS ADVERSAIRES

Discorde aux camps. — - Au diable les ministres I •— Fra DiaTolo général au Mexique. — Un tigre en épaulette. — Le» galanteries de messire GarYdjal. •— Paroles faussées. -^ Fulta bonteuse.

Notre courage, la fermeté du général Lorencez, le stoïcisme de toute l'armée trouvèrent un puissant auxiliaire dans la division, qui ne tarda pas à se mettre parmi nos adversaires. Au lieu de s'unir contre nous avec d'autant plus d'énergie que les revers les accablaient j les chefs juaristes se jetèrent réciproquement des reproches au visage et, l'irritation aidant, ils conçurent lés uns pour les autres des haines féroces;

Au Mexique la discordé et l'anarchie régnaientdans le pays avant notre arrivée et y régnèrent pendant

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la lutte ; chose inouïe, étrange pour un Français, on vit chaque général de Juarez mépriser les instructions du gouvernement, agir à sa guise et refuser d'obéir aux ordres du ministre de la guerre.

La plupart des officiers supérieurs, parmi nos adversaires, se souciaient du président et de son administration comme un enfant d'une coquille de noix dont il a mangé la chair. (Comparaison du capitaine Mila, prisonnier de guerre. )

Les troupes régulières, ou soi disant telles, n'admettaient une direction qu'autant que cela leur convenait. Chaque corps d'armée jalousait scm rival ; on opérait isolément : de là, point d'ensemble faute de discipline.

Les Mexicains qui avaient pris parti pour noua furent soumis à nos règlements militaires, et la nouvelle armée, régentée par le code français, fit merveille sur le champ de bataille;, cent cavaliers de Marquez, organisés à la française, battaient trois fois autant de réguliers juaristes; les contre-guérillas s'illustrèrent par de brillants exploits.

Puis, il faut bien le dire, les simples soldats de

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l'armée ennemie n'étaient pas certains de servir l'intérêt du pays ; ils avaient par contre la conviction d'être des instruments de fortune aux mains de leurs chefs. De pareilles considérations ne sont pas faites pour inspirer le dévouement et l'héroïsme ; tel qui tomberait sans pousser une plainte pour le salut de la patrie, ne se battra qu'à contre-cœur pour assurer la prépondérance d'un ex-brigand, comme Carvajal, devenu par surprise homme politique et commandant d'armée*

Et nous ne saurions trop le répéter, Carvajal, PorfiWopiaz,Curvilliet tant d'autres, n'étaient au début que des capitaines de coupe-jarrets ; après avoir dévalisé les voyageurs, ils offrirent leurs services aux partis qui déchiraient la patrie en lambeaux.

Nul ne saurait nier ces faits notoires. Quand les officiers supérieurs et subalternes qui avaient vraiment l'amour du pays virent le calme et la modération des Français, quand ils eurent admiré notre conduite vis-à-vis des habitants, lorsqu'ils eurent la conviction que nous venions non pas faire une conquête, mais une régénération ; non pas favoriser

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telle ou telle factioii,mais doter l'empire d'ufie constitution stable ; lorsqu'ils nous eurent appréciés enfin, ils passèrent sous nos drapeaux ou gardèrent la neutralité •

C'est ce qui explique comment Orizaba ne fut pas pris ; comment depuis le bombardement, aucune tentative ne fut dirigée contre cette place. Mais on comprend aussi pourquoi des bandes acharnées au pillage, enlevèrent nos convois et cherchèrent surtout à s'emparer des courriers chargés d'espèces pour le corps expéditionnaire. Le brigandage ordinaire se transforma en brigandage politiquen

A ce sujet, la biographie de Garvajal est tout iii2

enseignement. Nous avons trouvé cet 'homme en

face de nous général de division et commandant la

cavalerie de Juarez ; nous n'hésitons pas à affirmer

que si un capitaine de vaisseau, à quelque nation

qu'il appartînt, eût captui*é sur mer un pirate qui

eûtcommis autant de crimes que ce forban déterre,

il l'eût pendu, selon le di*oit maritime, haut et court

à la grande vergue, sans autre forme de procès.

Nous allons décrire l'existence de ces i^autoun

SOUVENIRS T>t II GAVPIGNB DU MEXIQUE. 221

des harramas, comme l'appellent les Indiens ; nous serons scrupuleux à Texcès dans les citations de ces forfaits.

D'abord détrousseur sur la route de Vera Cruz à Mexico, Carvajal réunit une bande et profita des querelles interminables entre les réactionnaires et les libéraux pour piller, tuer et incendier en grand. Peu à peu il trouva son rôle mesquin 'et aspira aux honneurs ; il offrit ses services et ses troupes — r un ramassis d'assassins! — à un général d'armée, et se fit confier le soin d'aller raser les villes et les villages du parti ennemi; c'était d'un habile homme. Il avait un pavillon pour couvrir ses crimes, un drapeau au nom duquel il ravageait d'inofîensives bourgades.)

Ce misérable devint un personnage influent, et nous le retrouvons investi d'un grade régulier par Juarez, lors du débarquement.

. Il semblait prévoir que, si les Français étaient vainqueurs, les drôles de son espèce seraient rayés des contrôles d'une armée régulière; il conçut une haine furieuse contre nous.

222 SOVTEVIftS Dl LÀ CiHPlQNl PU VEXIQUK.

Ce fut lui gui ordonna les massacres de prisonniers, lui qui s'empara des décorations de nos morts et les porta sur sa poitrine, lui gui dicta des décisions atroces à des généraux modérés, incapables de résister aux volontés de cet homme dangereux ; lui enfin gui fit déchigueter par morceaux des enfants et des femmes dans des villages où il ne trouvait rien à piller.

Un fait en passant.

Garvajal entrait, un peu avant le second siège de Puebla, dans le bourg de Quecholac ; la population avait faim. Il fit dévaster les maisons et fouiller les campagnes ; ses batteurs d'estrade s'emparèrent de l'alcade et de guelgues notables gui furent bâtonnés, puis torturés avec une barbarie inouïe parce gu'ils refusaient de livrer leurs femmes et leurs filles. Après guoi la chasse recommença et des scènes odieuses, épouvantables se passèrent.

Garvajal choisit la plus jolie captive et l'emmena à sa suite guand il guitta le bourg ; elle était à sa suite garrottée, (juand il rentra à Puebla, où il reçut son brevet de général pour un exploit qpi

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consistait à raser une malheureuse petite ville, La jeune fille fut abandonnée par Carvajal après deux mois de tortures indescriptibles; elle fut ramer née à son village par des Indiens qui eurent pitié d'elle Quand elle retrouva ses parents, elle était dans un état affreux. Depuis elle est devenue folle. Tous les Français qui se sont arrêtés à Quechelac peuvent affirmer la vérité du plus petit détaU. de cette anecdote. Et voilà l'homme qui portait les épaulettes de général I

Encore si ce bandit avait été brave I Mais quand les Français bloquèrent Puebla, Carvajal s'enfuit avec ses trois mUle hommes peu désireux decontribuer à la défense delà ville et de payer de sa personne.

Tel était l'un de nos adversaires, tel était l'un des chefs auxquels Juarez avait confié la défense de sa cause. Porfirio Diaz était taillé sur le même patron ; vingt autres, moins célèbres, marchaient sur les traces de ces Fra Diavolo mexicains.

Aussi comprend-on facilement la réaction qui se fit en faveur des Français. Lorsqu'une de nos co*

224 souvENiifl DX Li càMpjlgnb du VEXigUl.

lonnes débarrassait une ville de ces troupes de chacals et d'hyènes, elle était acclamée. Les habitants saluaient nos soldats comme des libérateurs et plus d'une fois le 2* régiment de zouaves fut écrasé sous une pluie de fleurs.

Quant à expliquer comment les guérillas continuèrent à nous combattre, c'est chose facile. La population travailleuse et affamée de tranquillité se ralliait à l'intervention ; mais tous les routiers, tous les malandrins qui vivaient auparavant de la guerre civile, se raUiaient en masse contre une armée venue pourpacifier la nation.

Grâce aux troubles, la Ue du peuple s'était fait une douce habitude du pillage, et la longue résistances des guérillas est tout simplement la protestation, sous couleur d'indépendance, du brigandage aux abois contre Tordre et la stabilité.

Nous ne confondons pas cependant parmi les bandits les généraux réguliers et braves qui se battaient avec des convictions sérieuses. Mais encore chez beaucoup d'entre eux le sentiment de l'honneur et

sovmnis m ii cmiGifi va vexiqvx. 22S

de la loyauté s'était^l afEEiibli au contact deces drôles <iu'on avait faits leurs égaux.

Après la reddition de Puebla, les généraux juaristes avaient juré solennellement de ne pas chercher à s'enfuir ; parmi ces prisonniers sur parole, li. Diaz, Berriogabal et José Antillon faussèrent leur serment.

Lo Llave fat tué au moment où il cherchait à s'échapper, et enfin Ortega, le général en chef, donna le honteux spectacle de la perfidie la plus déshonorante. H s'esquiva d'Orizaba après avoir renouvelé les assurances les plus vives de loyauté.

Negrete avait auparavant fait fusiller des résidents français gui refusaient de se laisser dépouiller de bonne grâce ; Saragoza avait un code terrible à l'usage des Indiens qu'il réquisitionnait.

Mais cependant nous devons citer comme des types chevaleresques Mendoza et quelques autres qui s'indignèrent de pareilles félonies. Malheureusement, dans les conseils, ces voix honnêtes et modérées étaient toujours étouffées.

L'hiBtoire impartiale, jugeant entre nous et nos

2M SOVTUIU M U OIPIMIS M Mdtvr*

adversaires, dira si nous sommes v^acB au lited^ que détruire une république, ou. si nom n'avoiui pas été entraînés à reconstituer un Etat qui s'èGcoulait et auquel nous ne demandions que des satisfactions légitimes.

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