‹ Campagne du MexiqueChapitre 2 sur 19 · L'EMBARQUEMENT · texte numérisé non relu

L'EMBARQUEMENT

Un Campement d*Affique. <— Le zouave en faction* «*-> Le travail. — Monographie du zouave. — Esprit de corps. «* Le recrutement. — Education. — La levée d*un campi -« Marpbe rapide. — Départ.

Le 16 novembre 1861, plusieurs compagnies de zouaves du 2* régiment étaient campées au Tlélat, à quelques lieues d'Oran ; ces compagnies construisaient une route. En Afrique, Tarmée française imitant les grands exemples des légions romaines, a sillonné sa conquête de longues voies stratégiques, exécuté des ouvrages d'art innombrables et créé des villes sur l'emplacement de ses bivacs : les nations vraiment militaires se distinguent toujours par leur aptitude aux travaux gigantesques ; c'est par la

pelle et la pioche, plutôt que par l'épée, que Rome

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conquît le monde. Une des plus précieuses qualités de nos soldats est cette merveilleuse facilité avec k' quelle les combattants se transforment en pionniers. Les zouayes, campés au Tlélat, étaient rentrés sous leurs gourbis (cabanes) d*alfa depuis quelques instants déjà ; c'était l'heure de la sieste ; chacun dormait sous le frais abri de verdure qu'il s'était industrieusement construit. Les sentinelles seules veillaient, mais avec cette nonchalance apparente, particulière au soldat d'Afrique en faction. A voir un zouave, appuyé gur sa carabine,' les yeux demiclos, la pose abandonnée, on se figurerait qu'il ne prête aucune attention à ce qui se passe ; mais qu'un bruit léger vienne mourir jusqu'à lui, qu'une ombre suspecte paraisse à l'horizon, aussitôt le soldat qu'on croirait endormi redresse la tête ; son regard perçant sonde l'espace ; son oreille inquiète interroge la brise. C'est un trait de mœurs digne de remarque et qui frappe l'observateur, que cette surveillance active au milieu d'une demi-somnolence. Du reste, tout est étrange, pittoresque, original dans ce corps des zouaves ; leurs régiments, créés depuis quelque

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vingt ans seulement, ont déjà fait le tour du monde et sont revenus, rapportant d'impérissables et glorieux souvenirs dans les plis de leurs étendards.

Le zouave e^ certes un des types les plus saillants de notre armée : non qu'il l'emporte' sur les autres en courage; sous ce rapport, la plus parfaite égalité règne entre tous nos régiments ; mais le zouave a des qualités, des aptitudes, une bravoure et des coutumes toutes spéciales, qui lui font une place bien tranchée au milieu de nos légions. Le recrutement d'abord n'amène dans les rangs que des volontaires qui se sentent une vacation pour le genre de vie aventureux que l'on mène en Afrique ; il est rare qu'on ait recours au contingent pour combler les vides, et encore fait-on un choix ; de nombreux rengagements conservent un solide noyau de vétérans qui maintiennent les bonnes traditions du corps et lui conservent ses allures. Sans cesse en campagne, toujours bivouaquant, même dans les cours moments de tranquillité que leur laissent les Arabes, rompus aux marches forcées, aux intempéries, aux

fatigues, les zouaves doivent à cette existence semée I 1*

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de périls, de courses incessantes, de privations pénibles, un vigoureux tempérament militaire qui leur permet de supporter, comme en se jouant, les longs jeûnes, les dangers menaçants, les triples étapes. Leur corps semble avoir cette trempe qtii rend si dur Taciei* d'une bonne épée. Les campagnes d'Afrique avec leurs embûches, leurs pièges toujours tendus, leurs attaques soudaines, leur ont donné un coup d'œil sûr et prompt, une décision rapide et énergique, un sang-froid remarquable ; selon le mot d'un de leurs chefs : « Au milieu des circonstances jes plus imprévues et les plus critiques, ils ne se déjnontent pas et avisent à parer aux événements. »

Sans cesse en lutte contre des adversafres qui rampent comme des serpents, bondissent comme des panthères, frappent comme la foudre et fuient comme le vent, ils ont acquis une merveilleuse agilité et sont devenus éminemment propres aux manœuvres de tfrailleurs, aux charges impossibles à travers les rochers.

Nul ne sait mieux que le zouave dissimuler sa marche et tomber à Timproviste sur Tennemi.

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Enfin, la longue habitude de braver la mort les a rendus inaccessibles aux paniques ; leur dédain du trépas est proverbial ; ils sont de bronze au combat. La nécessité, mère de l'industrie, a présidé à leur éducation militaire; aux prisés avec les difficulté de la vie des camps, ils savent improviser des res-

Ources là o4 tout semble faire faute au soldat. Chasseurs habiles, pêcheurs émérites, ils mettent à cou tribution la terre et Teau ; ils ont découvert aux plantes dédaignées de merveilleuses propriétés culinaires; ils savent remplacer les légumes absents par un plat d'orties ; ils ont inventé ïe fameux rôti aux cœurs de palmiers-nains ; ils ont mis en vogue le lézard grillé qui a eu naguère les honneurs d'une table auguste ; ils ont sucré leur café avec des car roubes et remplacé le café lui-môme par le glanddoux avant que l'on admit ces substitutions comme possibles. Vatels éminents, ils ont créé des assaisonnements qui rendent supportablela chair du chacal et prêtent un goût exquis aux biftecks les plus risqués.

Leur esprit de corps est magnifique ; unis entres eux, dévoués au drapeau, tous sont soucieux de la

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réputation de Tarme et se feraient hacher plutôt que de compromettre Thonneur du régiment. Vrais et durs soldats en expédition, ils doivent un brillant vernis d'instruction aux nombreux fils de famille qui s'engagent parmi eux et maintiennent très-haut le niveau intellectuel. Les bacheliers foisonnent aux EOuaves ; les docteurs en droit et en médecine voire même en théologie, n*y sont pas rares ; plus d*ûn gentilhomme y abrite, comme jadis aux mousquetaires, un grand nom sous une veste de simple sol-» dat.

Aussi ces rudes compagnons, si débraillés de cos« tume, si énergiquement rabelaisiens de langage au bivouac, sont-ils en garnison d'élégants soldats qui se targuent de parler un langage choisi et de faire preuve d'atticisme. Que de fois, en Crimée, les zouaves étonnèrent les officiers russes, pendant les armistices, par Taisance de leurs manières et le brio de leur conversation I

Tel est le zouave; tels étaient les cinq cents hommes de cette arme qui allaient partir pour le M^iique !

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Comme nous l'avons dit, Tordre de se mettre en marche arriva pendant la sieste.

Dès que Tofflcier qui commandait eut pris connaissance de la dépêche, il fit sonner sac au dos par le clairon de garde ; le camp était installé pour plu^ sieurs mois, en dix minutes il était levé.

Nulle armée au monde ne peut être comparée à la nôtre pour l'activité. C'est grâce à cette foudroyante facilité de concentration rendue possible par le caractère du soldat et ses qualités de marcheur, c'est grâce aussi à l'admirable organisation des services, que nous pûmes en quelques jours lancer 120,000 hommes en Italie et couvrir Turin quand on nous croyait encore, les uns au delà des Alpes, les autres sur les confins du Sahara.

A peine les premières notes avaient-elles retenti, que chacun bondissait hors de son gourbi, abattait les tentes, les roulait, les chargeait sur les mulets de l'intendance; puis faisait son sac, prenait son arme aux faisceaux, sa place au front de bandière et attendait le départ.

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Eq moins de rien, ces cinq cents hommes étaient prêts à partir au bout du monde.

Ils gagnèrent Oran en quelques heures, traversèrent la ville en cliantant, saluèrent gaiement de la main, parmi la population, leurs amis émus en les voyant s'embarquer pour un si long voyage, poussèrent un hourra d'adieu aux portes de la ville et gagnèrent le port de Mers-el-Kébit, où ils montèrent sur le vaisseau qui les emportait à deux mille lieues delàl

Ainsi sont nos soldats.

Enthousiastes de gloire, amoureux d'aventures, ils adorent les pérégrinations lointaines; ils passent avec joie d'un continent à l'autre ; rien ne les étonne. L'Océan est pour eux un lac facile à franchir ; Pékin leur semble aux portes de Paris, Mexico à deux pas.

Et de tout temps ce fut ainsi. Les Gaulois, nos pères, sillonnèrent le vieux monde de leurs émigrations périodiques, au retour des printemps sacrés ; de notre sol surgirent les premières armées des croisades ; Napoléon promena nos aigles jusqu'au fond

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des mystérieuses contrées de la haute Egypte ; et de nos jours nous avons visité en triomphateurs les parages les plus reculés de l'ancien et du nouveau monde.

La race n'a pas dégénéré !

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