‹ Campagne du MexiqueChapitre 4 sur 19 · LA VERA CRUZ · texte numérisé non relu

LA VERA CRUZ

Les Anglais, les Espagnols à Tera Gruz. — Un abrégé du monde. — Le sachetn indien. — • L'entiée en rade ; les préjugés s^en vont et Vesti me vient — * Tohu-bobu; Tordre dans le chaos. — Bias. — Dumanet. — Les bibelots. — Le défilé et les bravos. — Une Tille improvisée. — Les dames de vera Gru2 au camp.

Les habitants de la Vera Gruz avaient curieusement assisté au débarquement des troupes espagnoles qui nous avaient précédés; des détachements anglais étaient aussi descendus à terre avant nous. Les différents corps de ces deux nations avaient produit une vive impression sur le population par, leur belle tenue et leur aspect

martial ; les Anglais surtout, grâce à leur carrurel colossale, avaient fait grand effet.

Vera Gruz est une ville cosmopolite ; on y voit des représentants de toutes les nations du monde,^

et on y rencontre des trafiquants de toutes les provinces de Tempire. On trouva dans cette ville jusqu'à des Indiens, et le hasard voulut qu'un sachem puissant assistât à notre entrée ; il prit de nous une opinion qui eut plus tard une grande influence sur nos opérations en Sonera où sa tribu nous prêta son appui.

L'appréciation que Ton porterait sur nous à Vera Cruz avait donc une importance capitale.

Et d'abord notre entrée en rade avait effacé jusqu'au dernier vestige d'un vieux préjugé ; notre escadre avait subi l'examen sévère des connaisseurs qui, plus tard, purent visiter l'intérieur des bâtiments; notre marine, au point de vue de l'ensemble et des détails, fut jugée si favorablement que nos équipages devinrent l'objet d'un engouement général ; mais les opérations de débarquement firent surtout l'admiration universelle. Le Français, marin ou soldat, a deux qualités qui sont l'activité et l'instinct de l'organisation ; cette activité, qui fait que chacun se hâte, cause d'abord une confusion apparente, puis Tordre naît soudain

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sans que Ton ait perdu un temps précieux: en tâtonnements ; les chefs donnent le plan général et abandonnent chacun à son initiative ; on obtient alors des merveilles de rapidité.

Les troupes furent mises à terre en si peu de temp9, malgré les faibles moyens dont on disposait, que les spectateurs firent tous à ce sujet les plus favorables remarques ; d'autant plus que chaque soldat se trouvait muni de son sac et de son fusil et prêt à marcher*

Jjes officiers étrangers observaient curieusement nos allures*

Sur les quais, les soldats s'éparpillaut au ha-^ sard, couraient çà et là, achetant les uns du tabac, d'autres des provisions, riant, causant, s'entremêlant dans le tohu-bohu le plus complet.

A l'étranger, la discipline la plus sévère est nécessaire en pareil cas ; chaque compagnie prend sa place et y reste pour éviter un pêle-mêle dont on né se tirerait pas une fois les rangs rompus ; aussi Anglais, Espagnols, Américains^ Mexicains nous attendaient-ils à la formation en bataille. Les nôtre^i

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insoucieux, se préoccupaient fort peu de ce point si important pour les autres armées.

La confusion allait croissant. Tout à coup le clairon sonna le rappel. Il y eut alors un redoublement de cris, un mélange d'hommes, une fouillis de corps, de bras, de jambes et de tètes inextricable ; sapeurs, zouaves, chasseurs, fusilliers-marins, officiers et soldats, tout le monde se heurtait, criant, jurant et courant précipitamment ; si bien que certains groupes, mal disposés sans doute, riaient d'un air sardonigue.

Mais cela dura une minute à peine.

Les clairons sonnèrent le pas de course ; il y eut une recrudescence de clameurs et d'activité fiévreu- ?e parmi la colonne ; puis au moment où il semblait impossible que Tordre naquit de ce' désordre, les rangs se formèrent comme par enchantement, le front de bataille s'improvisa et en quelques instants ces hommes éparpillés de toutes parts trouvèrent leur place de combat. Les tambours roulèrent, les garde à vous! sonores retentirent sur toute la ligne, les mâles commandements vibrèrent,

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les armes résonnèrent et il se fit un silence solennel.

t^ Les rieurs ne riaient plus : ils avaient compris pourquoi nos of&ciers laissaient tant de latitude aux soldats ; c'est qu'ils étaient sûrs de leur intelligence. Mais ce qui frappa surtout les militaires étrangers, ce fut la simplicité de nos manœuvres de campagne ; l'aisance de nos mouvements ; la suppression des alignements inutiles, longs, fatigants ; la succession rapide des ordres ; la forma* tion inunédiate de la colonne.

En campagne, nos généraux n'ont qu'un but :

soulager le soldat le plus possible, le faire arriver vite à l'étape, ne pas le laisser sac au doâ une seule minute de plus qu'il n'est strictement nécessaire ; bref, on met de côté chez nous ces règlements fastidieux, ces formations en bataille répétées à chaque halte, ces marquez le pas qui fati^ ffuent le soldat et allongent de deux bernées Chaque jouinéé de marche.

Il y avait là pour nous ùûô cause de supériorité (jui n'échappa point aux regards investigateurs des

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gens intéressés à voir: Quant au peuple, il était surtout stupéfait de la charge écrasante que* nous portions.

Les habitués du port avaient eu la curiosité dé peser notre fardeau ; l'évaluant à quatre-vingts livres environ, ils en avaient conclu qu'un homme ne pouvait fournir une marche avec ce poids ; ils attendaient l'arrivée des mulets.

Et vraiment ces braves gens n'avaient pas tout à fait tort ; car on s'étonnera toujours qu'un soldat puisse faire une étape avec notre havre-sac.

Voici le détail de l'équipement et de l'armement :

n y a d'abord une carabine de treize livres ; dix et parfois [douze [paquets de cartouches (une livre chacun) ; huit jours de vivres à une livre et demie par jour, parfois quinze jours; viennent ensuite la tente, ses bâtons, ses piquets ; puis la hachette ; le pantalon rouge, la couverture de campement, le Capuchon, deux chemises^ une ou deux paires do souliers, les brosses, les provisions pour deux moiâ de grateset savon, etc* ; le ])idon plein d'eau.

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une livre, un ustensile de ^cuisine, grand bidon ou marmite ; enfin le petit ménage particulier de chaque homme, son engin de chasse, de pèche ou l'instrument de sa petite industrie ; il arrive souvent qu'en outre il faut emporter du bois et de Teau*

Les romains, si vantés, avaient-ils de plui lourds fardeaux ? Nous le demandons à Salluste. Quand las spectateurs virent que les mulets n'a^vaient pas, mais que chaque homme empoignant ^n sac d'une main nerveuse, le faisait, d'un coup sec et vi* goureux, sauter jusqu'à l'épaule; quand, le défilé commencé, ils virent l'aisance élégante, là crâne désinvolture, la fière contenance avec laquellenos bataillons enlevaient le pas malgré le poids du sac, il y eut un long murmure dans la foule. Clairons, tambours et musique lancèrent leurs triom^ phantes Csinfares ; la coloime s'ébranla ; la population, muette d'abord, puis bruyante, bientôt enthousiaste, nous acclama, et l'armée fut saluée de bravos prolongés. Plus tard la foule suivît jusqu'au bivac ; une nouvelle surprise l'y attendait.

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Notre année est la seule qui possède ces merveilleuses petites tentes où le soldat trouve un abri contre le soleil, la pluie et le vent, A l'étranger, un corps de troupes se fait suivre par de longs convois, s'il veut avoir des tentes ; mais cliacun n'y porte point comme chez nous sa maison de toile sur ses épaules. Les bataillons, en arrivant sur le terrain, formèrent les faisceaux, mirent sac à terre puis déroulèrent les carrés de toile, les assemblèrent, plantèrent les bâtons, enfoncèrent les piquets et une ville surgit comme par enchantement, avec ses rues ; sur les fronts de bandière les feux flam- .bèrent, les marmites furent placées sur des foyers creusés avec les pioches des hachettes ; le café fumant fut servi ; dix minutes après l'arrivée — dix minutes, montre à la main — l'armée avait dressé son camp et prenait son premier repas. Jamais on n'a atteint pareille célérité. Les spectateurs étaient ébahis.

Nombre de dames, au bras de leurs maris, étaient venues visiter curieusement le bivac ; on leur en fit gracieusement les homoieurs ; réservées

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d'abord, timides, n'osant s'engager au milieu de nos rues, elles furent si galamment accueillies, entourées de prévenances si discrètes, qu'elles furent bien vite rassurées.

Elles nous accablèrent de questions auxquelles on répondit de façon à satisfaire cette curiosité in- (juiète et naïve qui est l'apanage des femmes ; elles furent charmées de nos façons d'agir et, dès le soir même, l'armée avait pour elle la sympathie des dames c'est-à-dire l'opinion publique sur laquelle la femme, en tout pays, exerce une influence prépondérante;

C'était la plus belle et la plus précieuse conquête qu'il fût possible de désirerj

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