‹ Campagne du MexiqueChapitre 5 sur 19 · PREMIÈRES MARCHES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES MARCHES

Réembarqnement des Espagnols et des Anglais. -^ Une fière parole. «- Plus grands que nature. — Pieds nus. — Les marins à terre. -— Les mystères de la marche. — La charge des chasseurs d'Afrique. «^ Un contre cinq. •— Les gauohof nexicabis* — une route pavée de morts.

On sait que notre faible colonne, qui devait opé-* rer avec les Anglais et les Espagnols, fut bientôt ré-

duite à elle-même. C'était pendant la première étape; les trois corps marchaient joyeusement. Sou-» dain arrive un courrier ; une vive agitation se manifeste dans les rangs de nos alliés, puis tout à coup on les voit faire demi-tour. Notre armée ne se composait que de quelques milliers d'hommes perdus au milieu d'un immense empire. Cortez n'avait contre lui que des Indiens mal armés et terrifiés parles cavaliers qu'ils prenaient pour des centaures, I • 3

par lesi annes à feu dont ils comparaient les effets à ceux de la foudre. L'amiral Juri'en de la Gravière n'avait pas plus de monde que le conquérant du Mexique, et en face de lui se trouvaient des forces organisées et considérables ; la situation était fort dangereuse. Le commandant en chef ne se découragea point ; il lança cette flère parole aux bataillons hostiles qui nous entouraient :

— Nous sommes Tavant-garde de la France !

Etsa petite colonne par sa mâle contenance soutint cette énergique déclaration. Personne ne faiblit, ni chefs, ni soldats.

Des masses nous menaçaient, mais dans cette position précaire chacun conserva une fière attitude qui imposa à nos adversaires prêts à se déclarer ouvertement contre nous au moindre signe de défaillance.— Nous étions peu nombreux, a dit un officier de zouaves, mais nous nous redressions si haut que l'ennemi vit en nous des bataillons de géants et n'osa nous aborder.

Notre prestige fut tel que Tamiral obtint des autorités mexicaines qui* hésitaient à commencer la

gaerre, d'occuper Orizaba, ville importante placée en dehors des Terres-Chaudes où sévit la fièvre jaune.

Dans notre marche, nous eûmes à faire l'éducation des marins-fusiliers, comme marcheurs. Ces matelots, fort braves, bien exercés, adroits tireurs, suffisamment dressés aux manœuvres d'infanterie, manquaient d'expérience au point de vue de la vie de campagne ; ils ignoraient les mille petits moyens par lesquels le soldat adoucit les dures nécessités de la guerre ; ils campaient mal ; ils s'épuisaient dans les marches ; ils se fetiguaient faute de certains soins, dont la pratique enseigne Timportauce.

La coutume des marins est d'aller nu-pieds sur le pont des navires; rien n'est nuisible pour eux comme la chaussure qui les gène horriblement.Une fois l'étape commencée, les braves matelots retirèrent leurs souliers et nous donnèrent le spectacle bizarre d'une troupe portant ses chaussures au bout des baïonnettes.

Mais un chemin n'est pas uni comme le pont d'un vaisseau et les cailloux mirent nos camarades dans un piteux état ; ils eurent bientôt des crevas-

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ses, des ampoules, des déchirures qui les firent cruellement souffrir. Toutefois, ils tenaient bon par amour-propre ; à la halte suivante, ils essayèrent de remettre leurs souliers, mais leurs pieds enflés ne pouvaient y entrer ; il fallut finir l'étape ainsi. De plus, les sacs de toile des marins mal construits avec des planches de soutien trop faibles, se brisèrent ; la charge mal distribuée pesa lourdement sur leurs épaules ; enfin les .courroies n'avaient pas en^core formé aux endroits qu'elles frottaient ces durillons qui protègent sur certains points les corps endurcis des vieux soldats.

N'importe I Les marins-fusiliers marchaient toujours. Nous admirions leur constance, car chacun de nous avait été conscrit et savait ce que pèse un havre-sac à la première étape I II faut vraiment un grand courage au jeune soldat pour suivre son bataillon ; à chaque instant il se sent faiblir et ne se soutient qu'à force de volonté. Tout en appréciant l'énergie de nos compagnons, on ne pouvait s'empêcher de rire de leurs réflexions ; ils avaient con, serve les termes de la marine pour peindre les mou-

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vements des troupes de terre et leur conversation produisait un singulier effet, Trouvant les marelles

trop longues, ils s'écriaient avec un juron provençal (presque tous étaient du Midi).

— Troun de l'air! L'amiral il ne veut donc pas stopper ; moi je vais Jeter F ancre ici I

Ou bien encore: — Vent debout l On fait une encablure en avant et deux en arrière ; plus on avance plus on recule. Quand le terrain était ondulé par des mamelons ils se disaient : — Mauvaise mer I Elle est houleuse. Ils avaient mis le cap sur Orizàba pour signifier qu'ils se dirigeaient sur cette ville ; quand ils butaient contre une pierre, ils avaient donné de l'avant contre un écueil. Enfin l'un d'eux s'étant endommagé les reins en tombant à la renverse, ses camarades le conduisirent au docteur en annonçant qu't7 s'^toîï détérioré sa fausse cale en s^ affalant sur un bas fond!

Bref, ils arrivèrent à la nuit dans notre camp établi depuis longtemps déjà ; ils nous questionnaient pour connaître l'emplacement de leur bivouac, et la plupart voyant nos feux allumés, le re-

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pas préparé et les tentes dressées, acceptaient notre hospitalité.

Ils nous abordaient en demandant :

-^Pardon, camarades ; savez-vous où Tescadre est mouillée ?

— Sur la droite, là-bas !

— Là-bas, sous le vent ! faisait le marin. Eh bien, elle est trop loin! Voilà une heure que je tire des bordées sans la rencontrer ; l'un me dit qu'elle est mouillée à tribord, l'autre àbabord ; je stoppe et je mouille ici.

Et le brave matelot prenait place au feu, se reconfortait avec nous et s'endormait sous nos abris en murmurant :

— Chienne de traversée l

Nous avions tous rendu justice à la ténacité qu'avaient montrée les matelots pour nous suivre dans les conditions les plus désavantageuses ; nous résolûmes de leur montrer comment il fallait s'y prendre pour s'épargner toutes ces petites tortures qu'ils avaient endurées et qui ne laissaient pas d'être fort pénibles.

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On leur apprit à verser du suif tiède dans leurs souliers, à se frictionner les épaules avec du rhum, à s'oindre d'huile à la façon des atUètes antiques ; on leur enseigna les petits mystères des coups' de sac qui soulagent en rétablissant la circulation, et qui consistent à faire peser le havre-sac tantôt sur mie épaule, tantôt sur l'autre, tantôt sur les hanches en relâchant les bretelles jusqu'à ce qu'il pèse sur la giberne ; on leur recommanda surtout cette allure régulière, cet emboîtement du pas qui épargne les arrêts, les à-coups ; enfin on leur donna toute la théorie de la marche, car bien marcher est une science, une science difficile que nos régiments possèdent seuls par tradition. Nous en écrirons peut-être un jour les préceptes. Grâce aux zouaves, grâce surtout à leur bonne volonté et à leur énergie, les marins-fusiliers devinrent des marcheurs excellents ; ils avaient acquis, après la bravoure innée chez eux, la plus grande qualité du soldat. Le maréchal de Saxe a dit depuis longtemps : « La guerre est dans les jambes. » ^

Napoléon a répété sous une autre forme : « Tout

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étant égal d'ailleurs, cinquante mille hommes qui ont du jarret en battront cent mille qui n'en ont pas. »

Notre armée, du reste, est merveilleusement douée sous ce rapport. Le Français a d'abord l'immense avantage d'avoir le pied cambré, tandis que la grande majorité des hommes qui n'appartiennent pas aux races latines ont le pied plat. De là cette supériorité de marche des armées françaises, italiennes et espagnoles, sur toutes les autres. Mais nous avons de plus un tempérament ' parfaitement équilibré, à la fois nerveux, sanguin et bilieux, dans des proportions admirablement combinées pour les déploiements de force. L'heure sonna bientôt où ces précieuses qualités de nos troupes furent mises à l'épreuve.

Après une station à Orizaba, notre colonne, pour l'exécution de conventions diplomatiques, dut quitter cette ville et se replier sur les Terres-Chaudes ; on crut pouvoir laisser quatre cents malades dans les hôpitaux ; la guerre n'était pas encore déclarée.

Dans notre marche vers les Terres-Chaudes, uq

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courrier nous apporta une sommation qui nous donnait vingt-quatre heures pour enlever nos ambulances d'Orizaba ; ce délai passé ^ Ajoutait le général, il ne répondait plus de nos malades!

H était en apparence impossible d'exécuter cette sommation ; nous étions déjà loin de la ville ; mais la nouvelle des menaces faites par le général en chef de Juarez, circula dans les rangs et y excita une explosion de rage ; le sens de cette dépêche était trop net pour qu'on ne craignît pas que passé vingt-quatre heures nos blessés seraient massacrés; les bataillons demandèrent à grands cris le retour immédiat sur Orizaba, et ils fournirent une de ces marches forcées qui sont inscrites dans l'histoire comme faits prodigieux ; celle-ci peut-§tre comparée à celle de la division Masséna (i'® campagne d'Italie) et aux étapes non moins fameuses des grognards de l'Ile d'Elbe après le débarquement de Cannes. Les jnarins-fusiliersnous prouvèrent qu'ils avaient profité de nos leçons ; ils marchèrent aussi bien que nous.

Soudain on aperçut un groupe de cent cavaliers

54 sourimu di u cumoiri du lÈziaTiK.

mexicains ; c'était Tennemi I Un brave sous-lieutenant des chasseurs d'Afrique, M. Lemaire de Fauchey, s'élança contre les Mexicains, à la tête d'une vingtaine de chasseurs d'Afrique ; il fournit une charge magnifique.

Les chasseurs abordèrent l'ennemi, quoiqu'il fût cinq fois plus nombreux, le culbultèrent au premier choc et le poursuivirent avec acharnement.

C'était notre premier succès, peu important au point de vue matériel, icgmense sous le rapport de l'influence morale.

De tous temps les gauchos mexicains avaient joui d'une grande réputation de bravoure et d'adresse ; ils étaient même posés comme le prototype du cavalier hardi, intrépide, habile aux exercices équestres. Et voilà que vingt chasseurs d'Afrique mettaient en déroute un escadron de cent hommes, tuaient, blessaient ou prenaient la moitié de cet effectif et dispersaient le reste.

Nos hourrahs saluèrent le retour de nos chasseurs, qui venaient d'inaugurer si brillam^nent cette guerre.

SOVVENIBS DE LÀ CÀKP16NB DU VEXIOVE- 55

La colonne continua sa marche ; pendant l'espace d'une lieue le chemin se trouva de distance en distance jonché des dépouilles de l'escadron ennemi; on rencontra même plusieurs chevaux sans maîtres.

Cependant une grande inquiétude planait toujours sur notre colonne ; chacun pensait aux blessés que peut-être à cette heure l'ennemi avait massacrés ; enfin, après de longues heures d'anxiété, on aperçut les remparts d'Orizaba ; notre émotion devint poignante.

Allions-nous retrouver nos frères d'armes vivants I

L£S AilBULAiCES D'ORIZABA

La YiUe eat dés^te; où sont nos blessés? — • Cn fort improvisé. -~ Zouaves et guérillas» *— Le lazo*

Plus la colonne approchait d'Orizaba, plus Pinquiétude devenait poignante.

A une lieue delà place, des cavaliers envoyés en reoonnaifisance annoncèrent que la ville semblait déserte ; cette triste nouvelle serra tous les cœurs. Qu'avait-on lait de nos malades? Etaient-ils prison* niers ou, comme le laissait prévoir le général Saragoza, qui n*en répondait plus passé vingt-quatre heures, nos malheureux C£unarades avaient-ils été égorgés par des bandes féroces ?

De pareils massacres avaient eu lieu déjà dans ce j^ys tourmenté par les guerres civiles, et l'on savait

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que nos adversaires avaient à leur service des gué^ rillas qu'un crime n'épouvantait pas ; — plus tard, les conseils de guerre eurent à purger le pays de ces troupes de brigands qui tuaient et pillaient indis* tinctement les partisans de Tintervention et ceux de Juarez. — La colonne exténuée de fatigue, hâta néanmoins le pas pour tâcher de recueillir des ren« seignements sur nos ambulances.

Les rues étaient silencieuses, pas un soldat ennemi n'apparaissait; Orizaba était abandonné par Saragoza; nos éclaireurs ne s'étaient point trompés.

Tout à coup la colonne s'arrêta en tressaillant ; un clairon répondait à nos clairons ; la marche des zouaves retentissait dans la place; c'étaient sans doute nos malades qui nous avertissaient qu'ils étaient encore là t

On courut et l'on trouva le couvent, qui servait d'hôpital, barricadé, crénelé et armé ; c'était une véritable forteresse dans laquelle s'étaient enfermés nos quatre cents malades.

Deux longs cris de joie montèrent jusqu'au del, les barrières furent démolies, la colonne se préâ^

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pita dans le couvent et trouva sous les armes tous œux de nos valétudinaires qui pouvaient se traîner hors de leurs lits.

Voici ce qui s'était passé :

Le général Saragoza avait ordonné aux ambulances de se rendre à merci ; mais ce mot merci peut cacher tant d*interprétations que Ton résolut de défendre Thôpital et de s'ensevelir sous ses ruines plutôt que de se livrer à Tennemi.

Malades, infirmiers, chirurgiens, tous se mirent à Tœuvre, organisant une énergique résistance ; avec cette intelligente activité qui caractérise les Françaiô, ils avaient en deux heures improvisé une formidable citadelle, à laquelle Tennemi n'osa donner l'assaut. h

Pourtant les assiégés, —il y eut blocus, —purent croire plus d'une fois que l'attaque allait commencer ; mais ils firent si bonne contenance que, craignant le ridicule d'une attaque infructueuse, l'ennemi se Retira.

A notre approché, la garnison de l'hôpital crut au l:etour des Mexicains et prit les armes ; nous f û*»

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mes saisis à Taspect de ces compagnies de fiévreux dans les mains desquels tremblaient les fusils. Les plus malades étaient assis aux créneaux, plusieurs enveloppés de couvertures et grelottant; ceux-là n'avaient pas la force de venir à nous. C'étaient là de bien faibles défenseurs ; mais quels cœurs de bronze battaient dans ces poitrines amaigries 1

L'héroïsme avait galvanisé tous les courages, et cette ambulance eût renouvelé les miracles que fit celle du Tlemcen aux temps critiques de nos campagnes d'Afrique*

— Nous voilà 1 avait-on crié à ces malades intrépides ; ne craignez plus rien, nous nous battrons pour vous.

— Tonnerre de Brest ! murmura un fusilier marin qui n'avait plus que le souffle ; nous espérions mourii» en soldats et il faut se résigner à mourir delà fièvre 1

— Va, mon garçon, lui dit un docteur, tu en réchapperas ; tu viens d'avoir une crise qui te sauvera.

En dffët, le Breton — c'en était un — se guérit, et put se faire tuer à la Puebla quelques mois plus tard.

SOtviNlRS DB LA GAMPÀGNS DU MKXIQUBé 61

La conduite de nos malades avait enthousiasmé la colonne ; on échangea les plus cordiales étreintes avec ceux qu'on revoyait après les avoir supposés perdus.

Un convoi fut immédiatement formé, et aussitôt que l'on eut tout organisé, la colonne se remit en marche pour repasser les Cumbrès en vertu d'une convention ; quitte à revenir bientôt, car le séjour des Terres-Chaudes nous eût été fatal, et nos effeotife y eussent étébientôt décimés par le vomitO'negro.

Pendant la retraite, — retraite toute volontaire, — vers les Cumbrès, notre arrière-garde pendant les marches, nos avant-postes dans les bivacs, furent harcelés par les guérillas ; ceux-ci étaient très-habiles à enlever les hommes isolés ; ils se servaient pour cela d'une longue cqpde munie d'un nœud coulant. Quand ils apercevaient un traînatd, ils se précipitaient sur lui à fond de train s'arrêtaient brusquement, lui lançaient leur lazo^ attaché à son extrémité aux arçons de la selle ; puis ils répartaient au galop entraînant leur prisonnier par monts et par vaux.

62 BOUYENIRS ht U GAXPÀGiri DU XlXIQtJE.

Les guérillas parvinrent à nous lacer ainsi plusieurs hommes, desquels Saragoza espérait obtenir des renseignements ; mais il est assez difficile de faire parler un Français quand il a résolu de se taire ; pas un de ceux qui furent amenée devant le général ne consentit à lui répondre.

Les îaceurs encouragés par quelques succès devinrent de plus en plus hardis ; mais nos soldats apprirent à Se débarrasser d'eux. Presque tous les zouaves portent à la ceinture un couteau arabe tranchant coDune un rasoir ; ceux qui furent lazés se servirent de ce goutnie pour couper la corde ; dès lors chaque troupier fit Templette d'une bonne lame bien affûtée pour s'en servir à l'occasion.

Un autre zouave trouva le moyen d'échapper au nœud coulant ; ce moyen consiste dans une manœù-* vre fort simple. Au moment où le cavaUer arrête sa monture pour jeter son lazo, on se couche à plat ventre ; le lacet dès lors n'a plus de prise ; cette méthode fut particulièrement reconunandée et obtint un plein succès.

Mais ce n'était pas assez pour des hommes

SOVySNIAS DE U CiXPlGNI DU VISXIOVE.

comme les zouaves d'écliapper aux laees^ ils voulurent les prendre à leur tour.

Un soir ils avisèrent à la cime d'un mamelon un petit arbre qui leur parut propre à réaliser leur projet ; ils s'empressèrent de le tailler à hauteur d'homme ; la nuit venue, une belle nuit étoilée, ils entourèrent le tron(^de l' arbre jusqu'à mi-bauteur d'une culotte; puis ils jetèrent sur lui un de leurs manteaux, dont ils rabattirent le capuchon sur le sommet.

L'arbre figurait assez bien dans la pénombre un factionnaire d'avant-poste ; pour compléter la ressemblance, on dressa contre lui une carabine dont la baïonnette étincelait sous les rayons argentés de la lune; cela fait, deux honmies s'embusquèrent près de là.

Vers minuit, survint un guérillero qui rôdait autour du bivac ; il aperçut la fausse sentinelle.

Le laceur se jeta aussitôt dans un petit ravin qui le couvrait et s'approcha le plus près possible de ce qu'il prenait pour un factionnaire.

A cinquante pas, il éperonna son cheval, fondit sur le tronc d'arbre, le laça et repartit.

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Mais la corde retenue d'une part au tronc d'arbre, de l'autre à la selle se tendit violemment et imprima au cheval une si rude secousse qu'il s'abattit avec son cavalier*

Les deux zouaves embusqués coururent au Mexicain désarçonné et le firent prisonnnier. Conduit à l'état-major, le guérillero, honteux comme un renard qu'une poule aurait prÉ y donna tous les renseignements que l'on désirait ; il offîit même, moyennant une solde raisonnable de servir de guide à notre colonne.

La fldéUté au drapeau n'étouffiiit pas ces irrégu-» liers I Comme celui-là, retenu près de nous, ne prévint pas ses camarades du piège qu'on lui avait tendu, les zouaves purent renouveler leurs embuscades les nuits suivantes, et malgré le proverbe non bis in idem y ils réussirent souvent à capturer les guérilleros de Saragoza. Le premier soin en arrivant à un bivac était de choisir un arbre qui leur convînt, et depuis dans tous les camps on voit un tronc dénudé qui s'-appelle le poteau du lazo I

Grâce à ces bons tours qu'ils jouaient aux gué-

•eoUVENIftg DE U CAUnGNS DU IIBIIOW* ^

rillas, nos soldats les découragèrent et il» évitèrent ainsi les pertes nombreuses qu'avaient précédemment subies d'autres armées^ où Ton comptait en moyenne une dizaine d'hommes lacés par nuit.

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