MARCHE SUR LES CUIBRËS
In avant. •— Les nuées da Kexique. »— Un réseau de fer et de feu. ^-* Les sauterelles de luarei. — Le jeu n*en ?aut pas la i^andelle. — Au pied des Gumbrds,
Après la délivrance de ses blessés menacés dans Orizaba, la petite colonne française était revenue dans les Terres^Chaudes ; elle y fut renforcée par les bataillons du général Lorencez, gui prit le commandement en chef ; ramital Jurien delà Gravière était rappelé en France, et l'expédition perdait son caractère primitif d^une descente à terre de soldats de marine. L'amiral fut vivement regretté non-seulement par les fusiliers-matelots, mais encore par les zouaves que son caractère chevaleresque avait séduits ; il emporta les plus vives sympathies.
Le nouveau commandant eut bientôt conquis à
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son tour l'affection des troupes ; il prit vigoureusement Toffonsive et marcha sur Mexico, par la Puebla.
La colonne se composait du !•' régiment d'infanterie de marine, du bataillon de fusiliers- marins, du 1*' bataillon de chasseurs à pied, du 99« de ligne, du 2* de zouaves, de trois batteries dont une de marine et une de montagne, cette dernière portée à dos de mulets ; le tout formant un effectif réel de six mille combattants auxquels le président Juarez opposait trente mille réguliers et des nuées de guérillas.
La colonne poussa en avant, suivie d'un convoi portant ses vivres et ses bagages ; les officiers étrangers furent frappés du petit nombre relatif de mulets nécessaires à notre afmée. De tout temps, les marches ont été rendues fort pénibles, très-longues et très-périlleuses au Mexique par la difficulté de protéger les trains d'équipage contre les innombrables partisans qui harcèlent les colonnes; mais chaque soldat portant chez nous sa tante et des vivres pour longtemps, ces difficultés se trouvaient
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réduites des deux tiers. Des nuées de guérillas vinrent néanmoins se jeter sur nos bataillons» mais elles ne purent faire leurs prises habituelles ; toutes les voitures et les cacolets de charge étaient si vi* goureusement défendus qu'il fallut renoncer à toute espèce de pillage. La guerre d'Afrique a si bien formé notre armée, que de toutes les autres, elle est celle qui sait le mieux faire une étape au milieu des partis ennemis. En vain les bandes d'irrégu-» liers s'abattirent sur nous ; nous avions su nou^ envelopper d'un réseau de fer et de flamme. IjOS officiers étrangers admirèrent l'ordre de marche qui nous permettait d'avancer ainsi au milieu des flots de cavaliers qui nous pressaient de toutes parts ; comme rien ne ressemble moinô à uner étape sérieuse qu'une promenade «militaire, nous allons décrire à ijos lecteurs la façon dont une colonne est organisée en territoire ennemi.
D'abord, avant de lever le camp, le général fait fouiller, par les éclaireurs de cavalerie, la route qu'il doit parcourir ; puis ces éclaireursprennent la tête à bonne distance, le mousqueton au poing, le
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sabre dégagé de fourreau ; ils marchent l'œil au guet, l'oreille tendue, flairant de loin les embuscades, prêts à se replier à la moindre alerte ; leur salut dépend de leur surveillance et de leur décision ; ils sont à chaque instant exposés à tomber au milieu de forces considérables gui les écran seraient.
Vient ensuite le bataillon d'avant-garde qui détache une ou deux compagnies en extrême avantgarde ; si un fort parti de cavalerie charge inopinément, ces compagnies, prévenues par les éclaireurs, se replient sur le bataillon ; si, au contraire, elles ont affaire à de l'infanterie, elles se déploient en tirailleurs, couvrant d'une vaste étendue de feux leur bataillon et lui donnant le temps de se former en bataille sous leur protection.
- Apparaît ensuite le centre de la colonne, puis le convoi, puis le bataillon d'arrière-garde. Arrivons enfin à ce réseau de baïonnettes dont notre armée sait s'entourer au besoin contre la cavalerie.
Aussitôt que des partisans sont Qn vue, nous l^mçons nos jflanqueurs ; ce senties zouaves ou les chas-
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seurs à pied qui jouent ce rôle ; à quelques cents mètres des flancs de la colonne et parallèlement à eux, ils forment un cordon de tirailleurs espacés de huit ou dix pas les uns des autres : ces tirailleurs font feu tout en marchant et leurs longues carabines tiennent Teimemi à bonne distance. Lorsque celuici se groupe pour rompre cette ligne sur un point, les différentes compagnies de /fan^Mewr* se ralhent au pas de course, se forment en plusieurs cercles à rangs serrés ; la colonne s'arrête un instant. Pour entamer le convoi, que, du reste, les bataillons du centre viennent soutenir au plus vite, il faudrait passer entre les différents cercles deflanqueurs, subir leurs décharges meurtrières et s'exposer à les Voir accourir au moment où on s'emparerait des Voitures, énergiquement défendues par les soldats du train, bien armés ; et ceux-ci pnt toujours montré dans ces sortes de luttes unô intrépidité peu com^^ mune parmi les corps semblables des autres nations. Enfin reste Tarrière-garde qui se garde à son tour par une ligne de tirailleurs, faisant feu en se repliant et nourrissant ce leu par le procédé suivant:
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ils sont Aumérotés par groupes de quatre 1 , S, 3 et 4. Supposons deux œnts tirailleurs en ligue : le 1 et le 3 de chaque groupe font feu et courent se placera cinq pas en arrière, recljpgeant en courant ; il reste en première ligne cent hommes, les 2 et 4 de chaque groupe, qui font feu à leur tour, et traversant les intervalles de cent autres en ligne derrière eux, se reploient cinq pas en arrière de ces derniers ; ceuxci recommencent à tirei: et à se replier, et ainsi de suite.
En cas de charge, le bataillon d'arrière-garde fait volte-face et forme le carré aux angles duquel se réfugient les tirailleurs, un genou en terre, la crosse de la carabine à terre, la baïonnette penchée à hauteur des naseaux des chevaux.
Après ces expUcations, le lecteur peut se figurer clairement une marche en colonne ; mais ce qu'il imaginerait difficilement, c'est le sang-froid, la bravoure, l'entrain avec lesquels s'exécutent toutes ces manoeuvres ; les guérillas en étaient stupéfaits,
Que de pièges on leur tendit 1
UnjOTr deux compagnies d'arrière-gûrde 8e trou-
valent harcelées par quelques centaines de cavaliers qui, se tenant à distance, tiraillaient sans s'engager ; fatigué d'une lutte qui n'aboutissait à rien, le capitaine qui commandait résolut de donner une bonne leçon à ces guérillas et de s'en débarrasser ; il ordonna d'abord à une compagnie défaire mine de rejoindre la colonne, comme si, dédaigneux de l'ennemi, il avait assez de la moitié de son monde ; mais cette compagnie devait s'enibus(juer un peu en arrière du sommet d'une colline dont on était assez rapproché.
Les Mexicains voyant les tirailleurs en si petit nombre jugèrent que nous avions commis une grande imprudence en nous dégarnissant ainsi ; ils s'enhardirent et s'avancèrent, engageant une vive fusillade à laquelle on répondit mollement ; nos soldat se hâtaient, à mesure qu'ils gagnaient vers la colline, simulant la frayeur; à mi-côte, ils prirent le pas gymnastique comme des gens qui craignent d'être engagés dans une mauvaise situation. Les Mexicains chargèrent ; les nôtres s'enfuirent au pas de course : une fois sur la crête du mamelon^
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ils se jetèrent ; à gauche et à droite de la compagnie embusquée, prenant rang près d'eUe.
Les Mexicains débouchèrent au galop, comprtant sabrer des fuyards ; quand ils parurent au haut du mamelon, ils furent salués de deux œnts balles, qui jetèrent bas unecinquantained'hommes; le reste tourna bride et s'enfuit. Les deux compagnies s'emparèrent de quarante-six chevaux et de quatrevingts sabres ou fusils ; elles furent débarrassées de leurs adversaires pour le reste de l'étape.
Quand les irréguliers mexicains recevaient ainsi à brûle-poitrine une décharge Inattendue ils se sauvaient avec tant de rapidité, et leurs coursiers iaisalent des bonds si prodigieux, que nos soldats les avaient surnomniés les sauterelles de Juarez.
Los guérillas essuyèrent souvent de pareils échecs, et ils disaient que pour enlever un mulet aux Français il fallait le payer du sang de dix hommes : le jeu n'en valait pas la chandelle.
Le 27 avril 1862, l'armée se trouvait au pied des
Cumbrès, montagnes formidables qu'il fallait escalader pour en franchir les cimes ; Saragoza, avec des
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troupes nombreuses,* défendait ces contreforts que Ton avait surnommés les Alpes du Mexique I Nous dirons comment furent prises ces imprenables positions, « cû mille hommes pouvaient arrêter une armée I « (proclamation de Saragoza). Jamais plus prestigieuse victoire ne fut remportée.