ASSAUT DE LA PU£BLA
Let convenu de Puebla, et par quels moines ils étaient habités.— niusions perdues. — Lhassa ut. Le clairon Roblet.**- Faitd*armes d*un sergent des zouaves -—Sous les boulets.— Un orage des tropiques.—- Glorieux échec.
Après avoir passa les Cambrés» Tarmêe se dirigea sur Mexico ; maisj sur sonchemin, elle vint se heurter» le 6 mai 1862» contre la Puebla» place forte considérable, qu'U était dangereux de laisser derrière soi. Déjà toutes nos communications étaient coupées avec la Vera Gruz et notre escadre ; si Ton ne s'emparait pas de la Puebla» Tarmée s^isolait au milieu des terres» sans base d'opérations^ sans point de ravitaillement» sans ligna de retraite en cas d'échec*
La place cependant était redoutable i elle avait
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une garnison de 12,000 hommes, commandés en chef par Saragoza ; deux couvents, dont les murs étaient d'une épaisseur énorme, avaient été transformés en forts et dominaient la ville ; celle-ci avait toutes ses rues barricadées et chaque maison était devenue un bastion; les constructions ont, au Mexique, une solidité dont nous nous ferions difficilement une idée d'après les nâtres.
On comptait s'emparer dePuebla sans coup férir; la diplomatie et la poHtique jouaient un grand rôle dans cette guerre ; on se croyait certain que de nombreuses défections aS^ibliraient la garnison et que celle-ci serait forcée d'évacuer la ville, dont les habitants étaient disposés à nous faire bon accueil.
« Telle était ma situation devant Puehia, écrivait le général Lorencez, la ville la plus hostile à Juarez,audire de personnes dans l'opinion desquelles je devais avoir foi, et qui m'assuraient formellement, d'après les renseignements qu'elles étaient àmême de recueillir, que je devaisyètre reçuavec transport, et que mes soldats y entreraient couverts de Heurs. -
SOUVENIRS DB LÀ GAMPÀGNB D^ MBXIQUE. 97
. Malheureusement, les illusions dont se berçaient nos alliés mexicains se dissipèrent plus tard à la voix du canon des forts* A trois lieues de la ville > on était encore si convaincu qu'une réception enthousiaste nous attendait, que les troupes eurent ordre d^ réparer le désordre apporté dans les uniformes par la marche.
Les zouaves, entre autres, blanchirentleurs guêtres et roulèrent leurs turbans autour de leurs chichias rouges.
Mais à quelque distance de Puebla le ca&ôil tonna.
— Entendez-vous, disaient nos auxiliaires, on salue notre arrivée en tirant à poudre. Un fioulet qui vint rouler jusqu'à nous, prouva clairement que c'était un salut de guerre.
Il fallut prendre un parti.
Les personnes qui avaient renseigné le général affirmaient que c'était là un simulacre de résistance que nos partisans se déclareraient aussitôt que nous donnerions Tassant; qu'il suffisait de lancer en av antquelques compagnies.
80UVSNU8 DK LÀ CAMPAGNE W VBZIOtlE.
Mais le général Lorencez en jugea autrement et comprit toute la gravité de la situation ; il était bien difficile de reculer après s'être engagé si avant; l'honneur voulait qu'on commençât la lutte, tant meurtrière qu'elle dût être ; si petites que fassent les chances du succès, notre devoir était de les épuiser toutes avant de nous retirer.
.Le général prit ses dispositions. Les deux forts % gui dominaient la place devaient être enlevés les premiers ;. la colonne fit un mouvement tournant pour les aborder par les seules pentes accessibles.
Guadalupe était en face de notre gauche, San^ Loretto à notre droite ; nos batteries montées furent placées à deux kilomètres des remparts et ouvrirent leur feu ; malheureusement ces pièces de campagne n'étaient pas d'un calibre assez fort pour faire brèche ; il fallut donner l'escalade à Guada^ lupe dans les conditions les plus périlleuses. Ce fort avait 2,000 défenseurs sous les ordres d'un gé^ néral énergique^ Negratte ; il était armé de ^0 pièces de 24 ; dô plus les terrasses et les x^lochers du Couvent étaient couverts d'obiisiers de montagne ;
enfin, trois étages de jnousqueterie en gradins garnissaient les remparts, et les tireurs s'abritaient derrière des sacs à terre : tous ces feux étaient pion* géants.
Tels étaient les obstacles qui s'élevaient devant nos colonnes ; en outre une nombreuse cavalerie tenait la pleine, menaçant notre convoi et parais* sant disposée à prendre nos régiments à revers pendant leur attaque.
Un bataillon du 99* garda le convoi ; un autre forma une réserve protégeant le derrière de nos colonnes contre la cavalerie. A gauche, le 2« bataiUon.du 2* zouaves et plus à gauche, encore quatre compagnies de chasseurs durent aborder Guadalupe de front ; à droite, le V* bataillon du 2« zouaves, les fusiliers-marins et l'infanterie de marine devaient passer entre San-Loretto et Guadalupe, tourner celui-ci et y pénétrer par la gorge.
On appelle gorge l'ouverture d'un fort située sur la face opposée à l'ennemi et destinée à livrer passage à la garnison; des madriers hérissés de lances fermentces passages. Les deux colonnes étaient
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accompagnées chacune d'une section de génie, dont les sapeurs portaient des échelles et des sacs à pou* dre destinés à ouvrir les réduits.
Le signal donné, les deux colonnes s'élancèrent ; celle de gauche, droite devant elle ; celle de droite, s'engageant entre les deux forts et disparaissant bientôt au milieu des ondulations de terrain. On comptait surtout sur le mouvement tournant de cette dernière ; l'attaque de face étant destinée à détourner l'attention de l'ennemi. Sur ce points zouaves et chasseurs se précipitèrent droit devaat eux, abordaient intrépidement le front de Guadalupe ; une épouvantable décharge les couvrit de projestiles;les obus,les boulets s'abattirent sur eux, ils continuèrent leur course ; mais, à 300 mètres, les pièces vomirent la mitraille, plus meurtrière que les boulets ; les crêtes des maisons se couron* nèrent de rideaux de flammes ; 2,000 hommes nous fusillaient du haut des toits ; nous fûmes battus par un ouragan de fer et de plomb qui couchaient des rangs entiers sur le sol.
Pondi^sant sous cet orage épouvantable, zouaves;
SDUVENIBS BE LA CJLMFAGNE ]>U MEXIQUE lOi
et chasseurs sautèrent dans les fossés, puis sous une grêle de balles, dressèrent leurs échelles aux murailles et parurent bientôt sur le rempart.
Malheureusement le feu d<^ l'ennemi était si violent que tous ceux qui se hissèrent sur les parapets retombèrent au fond des fossés, criblés de blessures ; un seul, le clairon Roblet, des chasseurs, s'y maintint pendant quelques instants ; il sonnait la charge à pleins poumons I Avant de redescendre, il agita son képi en faisant à la gai*nison ennemie un geste d'énergique défi, qui souleva un cri de colère.
L'impossibilité d'enlever le fort de vive forceétait démontrée : la colonne se rallia derrière] un plr de terrain ; c'est alors qu'eut lieu le beau fait d'armes d'un sergent de zouaves qui, apprenant que le sa^bre de son capitaine blessé était resté dans les fosses, eut l'audace d'aller l'y chercher «pour ne pas laisser une arme d'officier aux mains de l'ennemi.» Toute la garnison tira sur lui; mais il revint sain et sauf par un miracle de chance. Cependant la colonne tournante ne reparaissait point, quand
tout à coup on la v^t revenir sur ses pas ; prise d'enfilade par San-Loretto, écrasée par les boulets de Guadalupe, elle s'était heurtée contre ciifq mille hommes, formant une ligne de bataille entre ces deux bastions.
Elle avait chargé ; mais des masses de cavalerie s'étaient lancées au galop contre elle ; sa position était devenue si critique que tout ce qu'elle put faire fut de se dégager.
Elle vint se rallier à son tour derrière un acci-> dent du soi.
Le général Lorencez ne désespérait pas encore ; il avait gardé deux cents zouaves sous sa main ; il comptait reformer une colonne d'assaut, mettre ces zouaves en tôle et tenter un effort désespéré qui peut-être aurait réussi.
Tout k coup un éclair déchira la nue ; la foudre mêla ses éclats fulgurants aux détonations del'artillerie, un nuage creva sur nos têtes, des torrents de pluie, fouettés par un vent d'un violence inouie, tombèrent sur les pentes eXles rendirent impratipralicables.
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Impossible de se tenir debout sur les escarpements ; la retraite sonna...
C'était un échec, mais un de ces échecs qui honorent une armée, en raison de l'héroïsme qu'elle a déployé.