‹ Campagne du Nord en 1870-1871Chapitre 16 sur 48 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Formation de la division Robin.

Les décrets du 29 septembre et du 11 octobre avaient mis à la disposition du ministre de la Guerre tous les célibataires ou veufs sans enfants de 21 à 40 ans ; le décret du 2 novembre ajouta à ces deux catégories les hommes mariés ou veufs avec enfants ; ils devaient former le second ban de la garde nationale mobilisée, mais cette dernière mesure ne fut jamais mise à exécution.

Les hommes valides appartenant aux premières catégories étaient d'ailleurs trop nombreux pour qu'on pût les armer et les équiper, avec les ressources dont on disposait dans le nord de la France. Pour le seul département du Nord, les 47 bataillons de

(1) Sauf la division Robin, qui n'eu avait que deux (de 4 de montagne).

(2) Décret du 10 septembre 1870.

(3) Le fait est implicitement reconnu par le général Faidherbc (Campagne de l'armée du Nord).

garde mobilisée, répartis en neuf légions, comptaient à leur formation 31,228 hommes (1). Cesbataillons, de forcestrès différentes, furent Groupés en douze régiments de marche et six bataillons de voltigeurs : mais cette organisation s'effectua très lentement; à la fin de janvier, quatre régiments et trois bataillons étaient encore en formation ; le reste ne pouvait compter tout au plus que comme troupes de garnison.

L'armement des bataillons de mobilisés était très hétérogène, comme on peut s'y attendre : le icr régiment de marche et les Ier et 2° bataillons de voltigeurs étaient munis de fusils modèle 1866. Dans les 3e et 40 régiments, un des bataillons était armé de même ; les deux autres, de carabines modèle 1859 ou de fusils à piston : les autres troupes de garde mobilisée étaient armées de ces derniers et de fusils Snyder.

En outre de ces 30,000 gardes mobilisés du Nord, les départements voisins, le Pas-de-Calais, la Somme, l'Aisne et les Ardennes, avaient fourni un grand nombre de bataillons ; mais leur organisation fut retardée par la présence ou le voisinage de l'ennemi. Malgré la bonne volonté mise en général par les hommes appelés sous les drapeaux, la grande majorité de ces bataillons était encore en formation à la fin de janvier ; les gardes mobilisés du Pas-de- Calais furent seuls à paraître sur le champ de bataille.

Les ressources en artillerie étaient également très considérables sur le papier. Un décret de Gambetta (2 novembre), avait obligé tous les départements à former une batterie par cent mille âmes. Celui du Nord devait à lui seul constituer seize de ces batteries, mais tout était à créer, aussi bien le personnel en hommes et en chevaux que le matériel. A la fin de janvier seulement, treize batteries avaient leurs cadres complets ; les chevaux et le harnachement venaient d'être requis. Aucune batterie mobilisée ne put donc paraître devant l'ennemi (2).

En outre de ces bataillons et de ces batteries, des escadrons de gardes nationaux mobilisés avaient dû être formés. Mais cette tentative n'eut aucun succès ; les chevaux de selle manquaient

(1) Ramon. En outre, le Pas-de-Calais forma 20 bataillons de S à 10 compagnies, d'effectifs très variables et répartis en 4 légions. La Somme et l'Aisne formèrent également plusieurs bataillons. (Voir de Gardevacques, Histoire de l'invasion allemande dans le Pas-de-Calais).

(2) Le département du Pas-de-Calais devait former sept batteries, mais il ne put acheter en tout que 20 pièces de divers modèles, dont plusieurs inutilisables : elles parurent à peine sur les champs de bataille (Cardevacques).

aussi bien que les cavaliers dans cette partie de la France. D'ailleurs, les conditions imposées aux volontaires disposés à entrer dans la cavalerie mobilisée étaient faites pour décourager les bonnes volontés ; les cavaliers devaient se monter, s'équiper et s'armer à leurs frais (i). C'est à peine si, à la fin de la campagne, toute la cavalerie de l'armée du Nord atteignait l'effectif d'un demi -escadron.

Le camp d'Helfaut, près de Saint-Omer, qui, aux termes du décret du 2] novembre, devait être aménagé pour 250,000 hommes, à titre de camp stratégique, ne reçut jamais qu'une faible partie des gardes mobilisés de la région. Le reste était éparpillé dans les places, soumis trop souvent à une surveillance insuffisante.

Encadrer ces masses confuses et sans discipline était une tâche impossible ; l'élection fut le seul moyen employé pour les cadres inférieurs à celui de chef de bataillon : il donna des résultats encore plus mauvais que pour la garde mobile. Aussi l'indiscipline était-elle à l'état chronique dans ce triste spécimen de 'notre armée. A la Houssoye, le 22 décembre, la veille de la bataille de Pont-Noyelles, deux bataillons de voltigeurs et du 2e de marche faisaient main basse, officiers en tête, sur plusieurs voitures chargées de pain appartenant à l'armée. Le commandant supérieur des gardes mobilisés du Nord trouvait le procédé excusable et il fallut une lettre sévère du général en chef pour obtenir la punition des plus coupables.

Ce commandant supérieur, dont quelques jours auparavant la délégation de Tours avait fait un général de division au titre auxiliaire, pour le malheur de l'armée du Nord, était un ancien capitaine d'infanterie de marine nommé Robin (2). En non-activité par retrait d'emploi au début de la guerre, il devint chef de bataillon au icl" régiment d eclaireurs de la Seine (3). Echappé de Sedan, il ne tarda pas à obtenir de Gambetta une situation militaire, que sa conduite à l'armée du Nord n'allait guère justifier. Son rôle personnel pendant toutes les batailles livrées par le général Faidherbe fut absolument nul : il n'imposait en rien aux troupes sans cohésion qu'il aurait dû mener au feu. Que penser d'un général de division, même de l'armée auxiliaire, auquel le général en chef avait à recommander « de se garder avec soin et militairement (4 ».

(i) Ranion.

(2) Général Ambert, Récits militaires. Voir eu outre Ramon, Daussy, etc.

(3) Eclaireurs Mocquart.

(l) Drp<îche du généra] en chef au général Robin. 16 décembre,

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Il s'entendait aussi mal avec ses subordonnés directs qu'avec ses supérieurs. La correspondance de l'intendant de sa division est instructive à cet égard. Ce fonctionnaire se plaignait ajuste titre d'être averti trop tard, ou de ne pas être averti du tout, des mouvements à exécuter : les troupes étaient par suite exposées à manquer du nécessaire, ce qui amenait des plaintes peu justifiées de la part du général de division.

Quelques-uns des chefs de corps sous ses ordres n'étaient guère plus aptes que lui à leurs fonctions ; les grades occupés autrefois dans l'armée par la plupart ne les y préparaient nullement (i).

L'organisation des premiers régiments mobilisés était à peine ébauchée quand, le 13 décembre, un ordre du général en chef en faisait la 4e division de l'armée du Nord : la nouvelle division comptait quatorze bataillons, divisés en deux brigades ; un bataillon de voltigeurs était attaché à chacune. Quant à son artillerie, elle était composée provisoirement de deux batteries de montagne, formées par la garde mobile.

D'après ce que nous avons dit, la composition de la division Robin n'était pas telle qu'elle dût apporter à l'armée du Nord un appoint bien sérieux. En formant des divisions ou des brigades uniquement composées de gardes mobilisés, la délégation de Bordeaux cédait au désir d'accroître le nombre des unités à mettre en ligne ; mais il eût été bien préférable de répartir les bataillons mobilisés dans les brigades déjà formées, à raison d'un ou deux par brigade. Peut-être auraient-ils ainsi rendu quelques services.

Les premiers bataillons de mobilisés du Nord atteignirent Albert le 16 décembre ; le 18, la division était concentrée dans Albert, ou dans les villages environnants ; cette concentration s'était faite dans des conditions peu rassurantes pour l'avenir. Beaucoup de mobilisés avaient jeté leurs cartouches, dans la courte étape qu'ils avaient faite de la station d'Acheux à Albert. Les effectifs étaient déjà fort réduits ; ils ne dépassaient pas une moyenne de 600 hommes par bataillon. Quant à l'équipement et à l'habillement, ils laissaient fort à désirer ; la veille de Pont-Noy elles, on adressait encore de Lille à la division 2,128 sacs ou capotes (2). La précipitation avec laquelle la délégation de Bordeaux jetait devant l'ennemi des soldats improvisés, sans même les pourvoir des objets les plus indispensables, était certainement une grande

(1) Un ex-sergent de zouaves était devenu chef de bataillon ; un exmaréchal des logis chef commandait un régiment de marche comme lieutenant-colonel.

(2) Dépèche du colonel Bel au général Robin, le 21 décembre.

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faute. On comprend aisément que de pareilles troupes, réduites par surcroît à des distributions insuffisantes ou irrégulières, aient fait triste figure devant l'ennemi.

L'arrivée de plusieurs détachements de cavalerie mobilisée avait été signalée : très peu de cavaliers ayant rejoint le général Robin, il adressa dans toutes les directions des dépêches pressantes (i) pour les réclamer : fort inutilement d'ailleurs, puisque la cavalerie mobilisée se réduisait à un 1/2 escadron, encore en formation à Lille.

Après l'arrivée de la division Robin, l'armée comptait 4 divisions ; sur la demande du général en chef, la délégation de Bordeaux en fit deux corps d'armée, qui portèrent les noms de 220 et 23e corps ; ils furent commandés par les généraux Lecointe et Paulze d'Ivoy : les deux divisions du 22e corps passèrent sous les ordres des colonels du Bessol et Derroja, promus généraux de de brigade. Le général Farre devint chef d'état-major de l'armée, avec le titre inusité de major général.

La nouvelle répartition, si elle multipliait les états majors, dans un moment où les ressources en officiers étaient si peu abondantes, avait du moins l'avantage de rendre l'armée plus maniable ; les deux divisions de chaque corps donnaient un ensemble moins [ourd que les corps d'armée de 3 ou 4 divisions, constitués en France depuis le début de la guerre.

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